‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 35 sur 212 · CRITIQUE DE L'IDÉE DE PEINE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE L'IDÉE DE PEINE

Mais, l'Assemblée nationale étant privée du pouvoir de faire des lois, il lui reste l'exercice du pouvoir exécutif, lequel échappe, semble-t-il, aux objections qui valent contre le pouvoir législatif : car les décisions du pouvoir exécutif s'appliquent à des circonstances particulières données, et ne s'énoncent pas, comme les décisions législatives, sous forme de propositions générales qui engagent l'avenir 44 . D'ailleurs, il paraît que le pouvoir exécutif fait partie de l'essence même du gouvernement ; et, si le gouvernement est un mal, n'est-il pas un mal nécessaire? Dès à présent, existe-t-il des questions de gouvernement plus importantes que les questions de paix et de guerre, ou d'impôt, et le choix de périodes appropriées pour la réunion des assemblées délibérantes 45 ? N'est-il pas possible de concevoir qu'avec le progrès de la civilisation, le pouvoir exécutif tende à devenir tout, pendant que le pouvoir législatif se réduira à rien? Peut-être, si une difficulté nouvelle ne surgissait.

En effet, pour que les décisions du pouvoir soient exécutées, encore faut -il qu'une sanction en garantisse l'exécution, et que la non-exécution du commandement entraîne l'infliction d'une peine : or Godwin critique la notion de peine 46 , de même qu'il a critiqué la notion de loi. Comme Paley, comme Bentham (et comme Blackstone lui-même), il refuse de voir dans la peine un talion rationnel. La peine ne doit pas être infligée, « parce que l'on suppose une certaine aptitude, une certaine propriété dans la nature des choses, qui fasse

delà souffrance, sans considération du bénéfice qui en résultera, l'accompagnement convenable du vice » ; punir en se fondant ainsi sur une nolion de convenance, en souvenir du passé, non en prévision de l'avenir, c'est être aussi fou que Xerxès fouettan t les vagues de la mer. La peine devrait être infligée « parce que l'intérêt public l'exige » ; mais cela même est impossible, et par là Godwin, parti du même principe quePaley et Bentham, dépasse les deux philosophes par les conséquences qu'il en tire. D'une part, il est impossible de proportionner les peines aux délits; car la fixation de la proportion dépend de la connaissance impossible des motifs de l'acte et de la réaction de la peine sur toute la conduite future du délinquant. Mais, d'autre part, et surtout, la nature de la peine est incompatible avec la nature de l'intelligence humaine. Le but de la peine, c'est d'enseigner aux hommes quelles actions ils doivent tenir pour justes, quelles actions ils doivent tenir pour injustes. Mais enseigner, c'est démontrer. Or punir, ce n'est pas démontrer. Donc punir, ce n'est pas enseigner. Le supérieur qui châtie un inférieur ou bien prétend avoir raison, ou bien prétend seulement être le plus fort. S'il pense avoir raison, qu'il le démontre. S'il se fonde, pour punir, sur la supériorité de sa force, alors la peine légale des temps modernes n'est qu'une forme plus hypocrite de Yordatie du moyen âge, où le plus fort, en tant que tel, était réputé avoir raison. On a reconnu déjà, en matière de religion, que le principe de la peine contredisait le prin-

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