‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 3)Chapitre 64 sur 212 · ADAM SMITH · texte numérisé non relu

ADAM SMITH

« libéralité » de la nature. Dans le « Traité » il allait encore plus loin, affirmait non seulement que l'humanité ne peut pas vivre sans travailler, mais encore qu'il n'est pas dans la nature que son travail suffise à la faire vivre. Nous possédons, disait-il, trois espèces de biens : la satisfaction intérieure de nos esprits ; les avantages extérieurs du corps ; la jouissance des biens que nous avons acquis par noire travail et notre bonne fortune. La jouissance des biens de la première espèce nous est toujours parfaitement assurée. Les biens de la seconde espèce peuvent nous être ravis, mais sans avantage pour celui qui nous en prive. « Les derniers seuls sont exposés à la violence des autres hommes, en même temps qu'ils peuvent être transférés sans subir de perte ou d'altération ; pendant que, d'autre part, il n'en existe pas une quantité suffisante pour subvenir aux désirs et aux besoins de tous. Donc, comme le développement de ces biens est le principal avantage de la société, Vinstabilité de leur possession, jointe à leur rareté 9 est le principal obstacle »\ D'où la nécessité de ces deux institutions, inséparables l'une do l'autre : la justice et la propriété. Elles reposent, l'une et l'autre, sur l'impossibilité de répartir les biens naturels entre les hommes, en quantités égales, et suffisantes pour les faire vivre.

Lelangaged'Adam Smith est, en somme, plus équivoque encore. Il étudie les mouvements de la population dans leurs rapports avec les mouvements des salaires. Toute espèce d'animaux multiplie naturellement en proporlion des moyens de subsistance, et aucune espèce ne peut

i\± LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.

multiplier au delà H . Mais, chez une société civilisée, c'est seulement dans les rangs inférieurs du peuple que la rarelé des subsistances peut imposer des limites à la multiplication de l'espèce humaine, par la mort prématurée d'un grand nombre d'enfants. Il est donc du devoir du législateur, en employant tous les moyens propres à procurer au travail une rémunération libérale, de viser à la fois un accroissement de la population et une diminution de la misère; mais les moyens à employer ne sauraient être que des moyens indirects, consistante augmenter la productivité du travail, c'està-dire à accroître la quantité des subsistances. De sorte qu'on tourne dans un cercle. « Ce qui encourage le progrès de la |>opulation et des améliorations agricoles encourage celui de la richesse et de la grandeur réelles 7 ». Or, encourager les améliorations industrielles d'un ordre quelconque, c'est, identiquement, encourager la richesse; on pourrait donc dire, aussi bien et peut-être mieux : « ce qui encourage la richesse encourage la population s ». Autre ambiguïté. La population, selon Adam Smith, est limitée par les moyens de subsistance. Faudra-t-il entendre qu'il y a une sorte d'harmonie préétablie et permanente entre les deux termes? Telle est l'interprétation que semble avoir adoptée Godwin, lorsqu'après avoir reproduit la formule d'Adam Smith et écrit « qu'il existe un principe dans la société humaine par lequel la population est perpétuellement maintenue au niveau des moyens de subsistance », il ajoute: « C'est ainsi que, parmi les tribus nomades d'Amérique

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