BENTHAM CHEF DU RADICALISME
|K>ur son apologie « philosophique et irréfutable » du suffrage universel et du ballot * 3 . Un journal radical, le Black Dtvarf, dirigé par un ami de Mill, Wooler, annonce la publication, par fascicules, d'une nouvelle édition du « Catéchisme » épuisé. Quelques jours après la motion de Burdett, le Parlement est dissous. En juillet, Mill et Place sont d'accord pour appuyer sa candidature populaire à Westminster, et Bentham, pour la première et dernière fois de son existence, intervient personnellement dans une lutte électorale : à la surprise générale, il rédige une affiche pour combattre la candidature de son vieil ami Romilly, qui, dit-il, « ne vaut pas mieux qu'un Whig », qui, « chose grave entre toutes, est un juriste » u .
Bentham a franchi la dernière étape. Longtemps indifférent ou môme hostile aux idées démocratiques, il se trouve insensiblement amené, sous la pression de circonstances multiples, à professer, mais en se fondant sur des principes différents, la même doctrine que Cartwright. L'esprit corporatif est, par définition, hostile au principe de l'utilité générale, et l'aristocratie politique est une corporation fermée. Bentham a souffert, pendant des années, de l'indifférence témoignée par cette aristocratie à ses projets philanthropiques. Il habite à Westminster, c'est-à-dire au centre même de l'agitation démocratique. Il y fait la connaissance de James Mill, et, par James Mill, de sir Francis Burdett, de Place, de Cartwright. Tant de raisons expliquent comment, dans un intervalle de dix années,
depuis le premier discours de sir Francis Burdettqui, en 1809, précède et prépare le premier opuscule réformiste de Bentham, jusqu'au deuxième discours de sir Francis Burdett qui, prononcé en juin 1818, est Je produit de sa collaboration avec le chef de l'école utilitaire, Bentham, à côté de Cartwright, « le père de la Réforme », devient le philosophe du parti, « le chef spirituel du radicalisme » 4 \
Mais, par Je fait même que Bentham devient radical, le parti radical va changer de caractère. Les radicaux sont d'abord confondus avec les révolutionnaires, pillards, incendiaires, ou disciples de Spence et partisans du retour de la terre à la collectivité, qui épouvantent, dans les années de disette, aristocrates et bourgeois. Brougham, qui a été, en 1814, un radical reformer, rompt, en 1818, avec Bentham représenté par Burdett, maudit, en 1819, les procédés des radicaux, qui, « en abusant des privilèges populaires, fournissent des arguments à ceux qui veulent les diminuer», et les déclare « si odieux que beaucoup de ceux mômes qui pensent comme nous seraient assez contents de les voir, eux et leur presse immonde, abattusàtout prix» 40 . Mais Bentham répudie les doctrines des nouveaux « niveleurs », et écrit, en 1820, son Radicalism Nol Dancjerous 47 , pour séparer la cause du radicalisme d'avec celle du communisme. Il ne s'agit plus de demander le renversement des gouvernements établis, par voie de révolution violente : Bentham se brouille vite avec des démagogues tels que Coblett et Hun t. Il ne s'agit pas davantage d'aspirer,