GODWIN ET SON TKMPS
siasment pour ce qu'on appelle la « philosophie nouvelle » ou « moderne ». Godwin est un romancier fécond en même lemps qu'un théoricien politique; et son romande Caleb Williams, où il s'attache à réfuter la morale chevaleresque de Burke, la morale de l'honneur, a le même succès que sa « Justice politique ». Puis la réaction se fait; le moment vient où la cause de la Révolution française est désertée, même par ses plus ardents défenseurs. Mais le nombre des attaques qui sont dirigées contre Godwin prouvent encore sa popularité. Les satiriques le ridiculisent en vers, l'auteur des Pursuits of Literature, le jeune Canning dans V Antijacobin. Les pasteurs dénoncent en chaire soit son égalitarisme niveleur, soit certaines thèses particulières de son livre qui font scandale, la critique des affections domestiques et de la cohabitation dans le mariage"'-. Charles Lloyd écrit son roman de Edinund Oliver tout exprès pour le réfuter. Mackintosh lui-même, réconcilié avec Burke et brouillé avec la Révolution, répudie expressément la philosophie de Godwin dans ses fameuses leçons de droit, données en 1797 à Lincoln's Inn, et déclare que l'homme abstrait selon Godwin est une chimère au même titre qu'une montagne d'or. Mais les idées survivent même à la popularité du système dont, à l'origine, elles faisaient partie. Il est intéressant, et, dès à préseni, aisé de marquer la place qu'occupe Godwin dans l'histoire du principe de l'utilité.
D'un côté, il a été le premier, parmi les théoriciens du parti républicain, à séparer l'idée démocratique
d'avec l'idée de droit naturel ; c'est ce qui fait la différence de sa doctrine avec les doctrines, confuses encore, de Priestley^^, de Mackintosh et de Paine. Assurément, il a été précédé, dans sa critique des notions de contrat originel, d'obligation, de droit naturel, par les premiers théoriciens de la morale de l'utilité, par Hume, Adam Smith et Bentham; mais ceux-là, dupes encore du langage politique courant, ont confondu dans une môme réprobation l'idée de démocratie et l'idée de droit naturel. Godwin s'expose donc, de la part des pasteurs, aux mêmes reproches que jadis Hume. « Ce n'est pas, écrit l'un d'eux "^, dans la préface d'un sermon où il dénonce la morale de Godwin, au sj'stème de Mr. Godwin seulement, c'est au principe d'où ce système est déduit, et qui peut être défini brièvement la réduction de la moralité à V utilité, que j'ai réellement à faire dans les pages qui suivent », principe qu'il déplore de voir adopté à la fois par les défenseurs les plus sincères du christianisme, Law, Brown, et Pale}', et par les athées les plus manifestes, à commencer par Hume et Helvétius. Mais Hume, au temps où les presb}'tériens le persécutaient, était un tory; Godwin est un républicain, ennemi de tous les gouvernements. Son ouvrage fait à la fois des utilitaires et des démocrates. Tel Francis Place, alors simple ouvrier, bientôt maître tailleur, membre actif des associations politiques de l'époque, qui deviendra plus tard un des plus zélés et des plus intimes disciples de Bentham, mais qui, longtemps avant de connaître Bentham, s'est