D ADAM SMITH A RICARDO
En octobre 1808, dans un article de la « Revue d'Edimbourg^ », James Mill constate, avec surprise et tristesse, « la grande difficulté avec laquelle les doc- Irines salutaires de l'économie politique se propagent dans ce pays ». Entre 1776, année où Adam Smith publie sa « Richesse des Nations », et 1817, année où Ricardo i)ublie ses « Principes de l'économie politique et de l'impôt », il n'a point paru en Angleterre un seul traité intégral d'économie politique. Adam Smith reste la seule autorité, peu écoutée. « Les récents Orders in Council relatifs au commerce des neutres ; la popularité des doctrines de JM. Spence au sujet du commerce; nos lois sur le commerce des blés; un grand nombre de nos lois relatives au commerce en général; les discours qui sont généralement prononcés, les livres qui souvent sont i)ubliés, les propos qui se tiennent constamment », sont les preuves
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mélancoliques, que James Mill énumère, du peu d'estime où sont tenus les principes qu'il tient pour les vrais principes de l'économie politique. Est-ce à dire que, pendant cette longue période de guerre, de réaction politique et de protection douanière, la pensée économique n'ail fait aucun progrès? D'abord, à l'insu et sans le concours des législateurs, un monde industriel nouveau vient de surgir, qui soulève des problèmes nouveaux : AVilliam Godwin prépare le socialisme, pendant que Malthus, qui réfute Godwin, donne, à certaines idées déjà admises avant lui par les économistes politiques, un relief inattendu. D'autre part, lasuspension du paiement enespèces par la Banque d'Angleterre, en 1797, a soulevé une polémique qui, depuis le livre de Thornton jusqu'à l'intervention de Ricardo dans le débat, porte à sa perfection la science des finances : c'est par l'étude des questions de banque que s'ouvre, avec Ricardo, la dernière période historique de l'économie politique « orthodoxe » , comme en avaient commencé jadis, au temps de Locke, les premières démarches. Enfin, l'Angleterre reste toujours un grand pays agricole, en même temps qu'elle devient un grand pajs industriel : elle se préoccupe constamment de rechercher les moj'ens à employer pour que la production du pays suffise à la consommation, D'où des enquêtes parlementaires instructives, qui semblent bien avoir déterminé la formation définitive, chez Ricardo el ses disciples, de la théorie de la rente différentielle. Il suffit, d'ailleurs, de comparer le livre de Ricardo avec le livre d'Adam Smith pour mesurer le
progrès accompli : nous nous proposons de rechercher quel a été le rôle joué par le benthamisme dans cette évolution de l'économie politique utilitaire, entre Adam Smith et Ricardo.
Ce rôle est généralement considéré rorame ayant été très important. Benlham et James Mill sont les amis de Ricardo. Bentham n'a jamais cessé de s'occuper d'économie politique : sans parler de sa « Défense de l'usure » et de son « Émancipez vos Colonies », il a écrit un «Manuel d'Économie politique », qui paraît en 1811 , incorporé à la ((Théorie des Récompenses » . Il s'est intéressé aux problèmes de science des finances, n'abandonnant ses travaux qu'après en avoir constaté, en lisant l'ouvrage de Thornton, le peu d'originalité-. Quant à James Mill, les questions économiques l'ont toujours intéressé spécialement. Il a publié, en iSOi, un « Essai sur le caractère impolitique d'une prime à l'exportation du blé». En 1808, au moment où il fait la connaissance de Bentham (et ne peut-on pas conjecturer que, si Bentham désira le connaître, c'est après avoir lu cet ouvrage?), il publie son Commerce Dcfended où, contre Spence, disciple des physiocrates et partisan d'une politique de protection économique, il plaide la cause du libre-échange, tire les dernières conséquences de la thèse de l'identité naturelle des intérêtséconomiques, et, niant la possibilité logique d'une surproduction, d'un excès de l'oiTre sur la demande, reprend la « théorie des débouchés», déjà f(jrmulée par J.-B. Say. Ricardo se trouve, depuis 1807, en relation avec James Mill, (pii le présente, en 1811, à Bentham, au
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momenl où Jes tra\;iuxdo Ricardo sur la déprécialion du billet de banque viennent d'asseoir sa réputation d'économiste, et le font entrer, d'un autre côté, en relation avec Malthus. James Mill devient, à partir de cette date, son conseiller intime, son confident^. Ricardo, qui n'a pas reçu l'éducation d'un homme de lettres, se défie de son aptitude à exprimer clairement ses pensées, écrit péniblement et hésite à publier. Mill est l'homme d'action qui sert en quelque sorte de volonté à Ricardo, circonspect et timide. C'est James Mill qui décide Ricardo, en 181(3, à terminer et publier ses Proposais for an Econoniical and securô currency\ et, en 1819, à se charger, dans le sixième supplément de l'Enc}'clopédie britannique, de l'article Fimding Sj/steni \ C'est à James Mill que revient l'honneur d'avoir déterminé Ricardo à écrire, de 1815 à 1817, ses « Principes »"; et c'est encore sur les instances de Mill que Ricardo entre, en 1819, au Parlement. Tous les actes de la vie de Ricardo, à partir de 1811, ont été voulus par James Mill. « J'élais, disait Bentham, le père spirituel de Mill, et Mill élait le père spirituel de Ricardo; de sorle que Ricardo était mon petit-fils spirituel »", Oii donc résident les difïérences fondamentales entre le livre d'Adam Smith et le livre de Ricardo ? Et dans quelle mesure doiton les expliquer par l'influence de Bentham et de James •Mill, de l'un ou de l'autre, ou de tous deux ensemble? Une première différence existe entre Ricardo et Adam Smilli. Ils n'entendent pas tous deux au même sens l'expression « économie politique ». Pour Adam Smith,
l'économie politique signifie l'ensemble des applications praticiues d'un certain nombre d'observations portant sur les phénomènes du monde industriel et commercial. Dans la partie théorique, qui est préliminah'e, et seulement préliminaire, à la constitution de l'économie politique ainsi entendue, le raisonnement déductif se mêle à l'induction dans des proportions difficiles à déterminer ; mais certainement Adam Smith, ami et disciple de Hume, a voulu procéder en observateur et en historien. Chez Ricardo, ce qui, pour Adam Smith, était le préliminaire, devient l'essentiel de l'économie politique. L'économie politique est à présent une théorie, dé lâchée de la pratique, quelles qu'en puissent être, par la suite, les conséquences pratiques. « Le produit de la terre — tout ce qui est tiré de la surface du sol par l'application réunie du travail, des machines et du capital, est divisé entre trois classes de la collectivité, à savoir : le propriétaire du sol, le possesseur du stock ou capital nécessaire à la culture, et les travailleurs par l'industrie desquels il est cultivé... Déterminer les lois qui règlent cette distribution est le problème principal en économie politique y>^. L'économie politique a pour objet, selon Ricardo, des lois; et cette expression est significative, elle ne se rencontre pas chez Smith. Si l'économie politique, branche de la politique et de la législation chez Adam Smith, est devenue la théorie des lois de la distribution naturelle des richesses chez Ricardo, ce changement de définition est-il dû à l'action de Bentham et de Mill-'?
l'idée de loi économique. 21*.)
Observons d'abord que cette conception nouvelle de l'économie politique, entendue comme une science théorique et une science de lois, n'a pas même son origine en Angleterre : c'est en France, dans l'école physiocratique, qu'elle s'est développée. Hume reproche '" quelque part à Montesquieu d'avoir, au début de son « Esprit des Lois », emprunté à Malebranche cette théorie de la morale, qui foit consister l'essence du droit dans des rapports ou relations aiîstraites. Or, précisément, les physiocrates empruntent leur notion de la loi économique à la théologie chrétienne, et plus exactement à la théologie de Malebranche, dont on retrouve chez Quesnay des citations à peine déguisées, et que La Rivière, dans son « Ordre Naturel des Sociétés », et Mirabeau, dans sa « Philosophie rurale», citent expressément. D'où un optimisme rationaliste, différent de l'optimisme naturaliste de Hume. Nous vivons, selon Hume, sur l'idée de la régularité des lois naturelles. Sans doute l'exercice de la raison nous démontre que cette régularité n'est pas fondée dans la nature des choses, qu'elle est un instinct. Mais nous sommes obligés, pour vivre, de nous fier à l'instinct. Renonçons donc à raisonner, et vivons. La raison elle-même, au contraire, selon les physiocrates, nous enseigne l'existence de lois qui sont des lois de finalité en môme temps que des lois d'harmonie : les lois positives ne sont que de simples actes déclaratifs des lois naturelles, conséquences nécessaires des besoins de l'homme, de la diversité de leurs aptitudes et de la nécessité d'appli-
quer les capitaux à la terre. L'existence du mal est indéniable, mais c'est en théologien que Quesna}- résout la difficulté. Les règles immuables que Dieu a instituées pour la formation et la conservation de son ouvrage sont les causes du mal physique en même temps que du bien physique. Mais, produisant infiniment plus de bien que de mal, instituées pour le bien, et ne produisant le mal que par accident, u elles ne sont des lois obligatoires que pour le bien; elles nous imposent le devoir d'éviter, autant que nous le pouvons, le mal que nous avons à prévoir par notre prudence ». La vraie cause du mal physique et du mal moral, c'est d'ailleurs, vraisemblablement, la transgression par les hommes des lois naturelles, « le mauvais usage de la liberté des hommes " ». <i II est, dit Mercier de la Rivière, de l'essence de l'ordre que l'intérêt particulier d'un seul ne puisse jamais être séparé de l'intérêt commun de tous ; nous en trouvons une preuve bien convaincante dans les effets que produit naturellement et nécessairement la plénitude de la liberté qui doit régner dans le commerce, pour ne point blesser la propriété '- ». On reconnaît le principe de l'identité naturelle des intérêts, devenu en quelque sorte le principe de l'identité rationnelle des intérêts.
lleprochera-t-on, avec Hume, à cette conception de la loi de ne point pouvoir fonder une science positive? — En principe, il est permis d'observer que le finalisine est une méthode légitime, et d'un emploi constant, dans l'étude de la nature : admettre qu'il existe des relations de cause à effet, c'est supposer qu'il existe dans la nature
ORIGINES PHYSIOCRATIQUKS. 'l'il
des successions de phénomènes qui sont semblaijles entre elles, qu'il existe par suite des genres et des espèces, doués de permanence et de fixité, où, par suite, les principes d'existence remportent sur les principes de destruction, où le bien prévaut sur le mal, et que Ton peut à volonté tenir pour les fins dont on cherche les moyens, ou pour les effets dont on cherche les causes. — En fait, il suffit d'observer que la conception physiocratique de la loi s'est immédiatement transmise, moins l'élément théologique, à des penseurs non seulement indifférents en matière de religion, mais hostiles à l'idée religieuse, et ([ui furent les premiers théoriciens de ce que le xix'^ siècle devait appeler l'esprit positif.
Peut-être se rend-on mal compte aujourd'hui qu'aux environs de l'an 1800, c'est la France, et non l'Angleterre, qui possède une école d'économistes: c'est en France que se constitue l'économie politique, entendue comme la science des lois de la dislribution des richesses. La « loi naturelle » de Quesnay devient chez Turgot*^ (( nécessité physique », « loi physique de la nature » ; et Condorcet s'exprime, dans son « Esquisse » av^c une précision que ne dépassera pas Ricardo. « Quelles sont les lois suivant lesquelles ces richesses se formeni ou <e partagent, se conserv(Mit ou se consomment, s'accroissent ou se dissipent? Quelles sont aussi les lois de cet équilibre, qui tend sans cesse à s'établir entre les besoins et les ressources, et d'où il résulte plus de facilité pour satisfaire les besoins, par consé- (jnent plus de l^ien-étrc quand la richesse augm^'Ule
jusqu'à ce qu'ils aient atteint le terme de son accroissement ; et au contraire, quand la richesse diminue, plus de difficultés, et, par conséquent, de la souffrance, jusqu'à ce que la dépopulation et les privations aient ramené le niveau? Comment, dans cette étonnante variété de travaux et de produits, de besoins et de ressources, dans cette effrayante complication d'intérêts qui lient la subsistance, le bien-être d'un individu isolé au système général des sociétés, qui le rendent dépendant de tous les accidents de la nature, de tous les événements de la politique, qui étendent en quelque sorte au globe entier sa faculté d'éprouver ou des jouissances ou des sensations, comment, dans ce chaos apparent, voiton néanmoins, par une loi générale du monde moral, les efforts de chacun pour lui-même servir au bien-être de tous, et, malgré le choc extérieur des intérêts opposés, l'intérêt commun exiger que chacun sache entendre le sien propre et puisse y obéir sans obstacle '^ ? » Après lui, en 1796. Germain Garnier, premier disciple français et éditeur d'Adam Smith, assigne déjà pour premier objet à l'économie politique « les lois ou principes d'après lesquels les richesses se forment dans une société en général, et se distribuent entre les différents membres qui la composent >> '"'. Canard, en 1801, fait une tentative grossière pour trouver des formules mathématiques aux lois qui sont l'objet de l'économie politique '''. Mais surtout, en 1803, ,L-\j. Say publie son « Traité d'Économie politique, ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses »,
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Date importante, non point peut-être dans l'histoire des doctrines économiques, mais dans l'histoire des méthodes d'exposition de l'économie politique. Car J.-l). Say, dans ce traité qui devient bientôt populaire, insiste sur le caractère théorique et systématique que doit présenter l'enseignement de cette science. Assurément, Sav loue Adam Smith d'avoir substitué « l'esprit d'analvse » à « l'esprit de système », d'avoir « appliqué à l'Économie politique la nouvelle manière de traiter les sciences en ne recherchant pas de*^ principes abstractivement, mais en remontant des faits les plus constamment observés aux causes. » Il reproche cependant au livre d'Adam Smith de n'être « qu'un assemblage confus des principes les plus sains de l'Économie politique, appuyés d'exemples lumineux, et des notions les plus curieuses de la statistique, mêlées de rétlexions instructives ; mais ce n'est un traité complet ni de l'un ni de l'autre ; son livre est un vaste chaos d'idées justes, pêle-mêle avec des connaissances positives'" ». Ce qui fait la supériorité du livre de Say, et Ricardo le constate, c'est l'arrangement logique des matières'''. « L'Économie politique, selon Say, montre comment la richesse naît, se répand, se détruit : les causes qui favorisent son développement, ou entraîncnl sa décadence; son intluence sur la population, la puissance des États, le bonheur ou le malheur des peuples. C'est une exposition de /a/7.s (jrnéraujo, constamment les mêmes dans des circonstances semblables ». Lois de la })roduction, de la distribution et de la consommation
'2'2i LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.
(les richesses : c'est l'ordre dont J.-B. Say est l'invenleiir, et qu'il a rendu classique. Dans le sujet qui nous occupe, il \ a, comme dans tous les sujets, des faits généraux ou comlants, objet de l'économie politique, et des faits particuliers ou variables, objet de la statistique. La complexité des phénomènes dissimule seule le lien des faits particuliers, ce qui n'empêche pas le lien d'exister : le principe de gravitation est un « fait général » qui explique aussi bien l'ascension d'un jet d'eau que la chute des graves. « En économie politique, c'est un fait général que l'intérêt de l'argent s'élève lorsque le prêteur est exposé à des risques plus grands: conclurai-je que le principe est faux pour avoir vu prêter à bas intérêt dans des conditions hasardeuses? Le prêteur pouvait ignorer son risque, la reconnaissance pouvait lui commander des sacrifices: et la. loi générale, ironWée dans un cas particulier, devait reprendre tout son empire du moment que les causes de perturbation auraient cessé d'agir'".» — Hume condamnait la définition proposée par Malebranche de la loi naturelle. Les physiocrates, au contraire, la prennent pour point de départ de leurs spéculations. Or, Hume a bien été, en matière d'économie ])olitique, un des maîtres d'Adam Smith; mais les physiocrates en ont été d'autres. De cette dualité d'influence résulte rincertitude de la méthode d'Adam Smith : est-elle inductive ou déduclive? empirique ou rationnelle? C'est maintenant ce même rationalisme français qui, se transmettant des physiocrates aux idéologues, vient une fois de plus, agir sui-
l'économie politique de BENTHAM. 225
la pensée anglaise, et faire prévaloir, des deux tendances, naturaliste et rationaliste, qui se combattaient chez Hume et Adam Smith, la tendance rationaliste.
Il reste que le caractère systématique et déductif de l'économie politique de Ricardo peut avoir pour origine une influence française, subie par l'intermédiaire de Bentham et de James Mi II. Au sujet de Bentham, en tous cas, la chose est bien douteuse. Sans doute Bentham s'était proposé, lui aussi, comme plus tard Sa}-, comme Ricardo, de mettre l'ordre dans le « chaos >■> d'Adam Smith ; et Spéranski recevant, en 1804, deDumont, le manuscrit de 1' « Économie politique » de Bentham, en fait l'éloge en des termes qui conviendraient, sans une altération, au livre de Sav. Il loue « la largeur des vues, la clarté et la précision des classifications, le caractère s^^stématique des arrangements ». Enfin sont exaucés les vœux de Necker. « Adam Smith nous a fourni des matériaux incomparables. Mais, plus occupé de prouver et de déduire de l'expérience les vérités qu'il établissait, il ne songea pas à en faire un corps de doctrine. Plus on l'examine de près, plus est évident son manque de méthode... Je crois qu'en suivant le plan de Mr. Bentham, l'économie polili([ue occuperait une position beaucoup plus naturelle, plus aisée à étudier et plus scientifique-".» Mais le point de vue auquel se place Bentham, pour systématiser l'économie politique, est diamétralement opposé au point de vue de J.-B. Say et de Ricardo. Pour Bentham, le principe de l'utilité a toujours été par essence un précepte, le fondement d'un
système d'obligations. Il faut travailler en vue de l'utilité générale, il faut réaliser l'identité de l'intérêt privé et de l'intérêt public. Tel est l'art du législateur, dont une des branches constitue l'économie politique. Loin donc de négliger cette partie de l'économique à laquelle Adam Smith donnait le nom d'économie politique, pour transférer le nom à cette autre partie de l'œuvre d'Adam Smith qui consiste en investigations proprement théoriques, il supprime complètement, dans son opuscule, « la recherche de la nature et des causes de la richesse des nations », et, au lieu de détacher la théorie de la pratique, absorbe au contraire entièrement la théorie dans la pratique.
Mais peut-être, dans les limites que nous avons définies, l'influence de James Mi 11 a-t-elle été plus réelle. Il a le goût de la déduction abstraite; et son fils Stuart Mill, à une époque où il s'érigera en juge de son père et maître, considérera comme son principal défaut « de trop croire à l'intelligibilité de l'abstrait, quand il ne prend pas corps dans le concret ^^ » . Rien de caractéristique à cet égard comme sa définition de l'histoire, dans la préface de 1' « Histoire de l'Inde britannique » . L'histoire n'est pas pour lui un récit, mais une description méthodique des phénomènes sociaux et des lois qui les régissent. Il faut que l'historien possède « la connaissance la plus profonde des lois de la nature humaine, fin aussi bien qu'instrument de toute chose », « la plus parfaite compréhension des principes de la société humaine, ou de la voie dans