‹ La formation du radicalisme philosophique (volume 5)Chapitre 17 sur 188 · HELVÉTIUS · texte numérisé non relu

HELVÉTIUS

mons les divers ordres de connaissance'^. Principe que Bentham reprendra pour l'appliquer, dans sa « Chrestomalhie », à un essai de classification des sciences. — Aux actions, t Si l'univers physique est soumis aux lois du mouvement, l'univers moral ne l'est pas moins à celles de l'intérôt » ; et, si l'intérêt personnel est l'unique et universel appréciateur du mérite des actions des hommes, la probité, par rapport à un particulier, n'est, conformément à sa définition, que « l'habitude des actions personnellement utiles à ce particulier '* ». Par rapport à un particulier, soit; mais par rapport à la société? C'est toujours le môme problème qui se pose; et Ilelvétius y répond en se ralliant au principe de l'identification artificielle des intérêts.

Il réfute la théorie des climats, développée par Montesquieu dans son « Esprit des Lois w']. Au déterminisme physique et en quclcjne sorte géographique de Montesquieu, Helvétius oppose un déterminisme moral; l'homme est moins le produit des circonstances géographiques que des circonstances sociales, de l'éducation au sens le plus lai^e du mot ; « c'est uniquement, nous dit-il, dans le moral qu'on doit chercher la véritable cause de l'inégalité des esprits'*^)). La conséquence de cette théorie, c'est que l'homme est muni, grâce à la connaissance qu'il acquiert des lois de la nature humaine, d'un pouvoir illimité de transformer ou de réformer l'homme. C'est la théorie que reprendront, au commencement du xix® siècle, les éducateurs comme James Mill, disciple de Bentham, ou comme Robert

Owen, disciple de Godwîn : par l'éducation, on enseigne aux individus à identifier leur intérêt avec l'intérêt général. Or Bentham et Godwin sont deux disciples d'Helvétius. Du moment que toutes les inégalités entre individus proviennent de causes morales, il en doit être de même de l'inégalité des sexes. Elle est due à des causes sociales et modi Gables, non physiologiques et immuables '\ Helvétius est féministe. Or c'est Mary Wollstonecraft, femme de Godwin, qui fondera, en 1792, le féminisme anglais avec son « Apologie des Droits de la Femme » ; et, aux approches de 1832, la plupart des radicaux utilitaires, Bentham en tête, seront, eux aussi, féministes. On aperçoit sous quelle influence Bentham a conçu l'espoir de constituer une science exacte de la morale, lorsqu'on voit Helvétius déclarer qu'il existe un art pédagogique, un art d'inspirer et de régler les passions, dont les principes sont « aussi certains que ceux de la géométrie ^^ ».

Helvétius demande, d'ailleurs, qu'on entende le mot « éducation » au sens le plus large : « chacun, si je l'ose dire, a pour précepteurs, et la forme du gouvernement sous lequel il vit, et ses amis et ses maîtresses, et les gens dont il est entouré, et ses lectures, et enfin le hasard, c'est-à-dire une infinité d'événements dont notre ignorance ne nous permet pas d'apercevoir l'enchaînement et les causes ^^ ». Le législateur est donc un pédagogue, un moraliste : la morale et la législation ne font «qu'une seule et même science '^^». C'est uniquement par de bonnes lois qu'on peut former des hommes

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