PREMIERS TRAVAUX DE BENTHAM
avant de dénoncer les « Benthamites *' ». Même en 1828, Austin, disciple de Bentham, s'inspirera visiblement, dans la partie philosophique de ses leçons de droit, des « Principes » de Paley plus que de r« Introduction » de Bentham. Plus tard encore, Coleridge enveloppera dans une même réprobation ceux qu'il appellera ironiquement « les sages de la nation », — non pas Bentham et Malthus — mais Paley et Malthus "®.
Les amis de Bentham s'émeuvent du succès qu'obtient le livre nouveau; ils s'impatientent de l'incroyable paresse de Bentham à faire imprimer ses manuscrits, à faire paraître les épreuves imprimées de ses œuvres. Depuis 1772 il travaille à un grand ouvrage, qui doit réformer la science du droit ^®. En 1775, il considère connue très avancé le « Plan d'un Digeste », en d'autres termes d'un Code intégral, et, comme touchant à sa fin, un « Commentaire des Commentaires », où il réfute tout le système du grand jurisconsulte anglais Blackstone *°°. Mais, en 1776, il se borne à détacher quelques pages de ce dernier ouvrage et à publier le « Fragment sur le Gouvernement '°* », où il discute, chez Blackstone, les principes du droit constitutionnel. Cependant, il ne cesse d'écrire, travaille maintenant à des « Éléments critiques de la Jurisprudence », très avancés déjà en 1776 '^^ Mais c'est le moment où la réforme des prisons se discute à Londres : dans un « Aperçu sur le Hard Labour Bill », il se contente de publier, en 1778, une application très particulière des principes fondamentaux de sa théorie des peines ^^^ à.
3i LE RADICALISME PHILOSOPHIQUE.
l'organisation du régime pénitentiaire. Car un prix vient d'être proposé, par la Société Économique de Berne*^*, pour l'année 1779, à l'auteur du meiyeur projet de réforme des lois criminelles; et Bentham songe à concourir. Il n'arrive pas à temps *®\ d'ailleurs, et commence, à Londres, en 1780, l'impression du « Code Pénal » qu'il vient d'écrire. Mais, une fois de plus, il n'aboutit pas ^^^, se dégoûte des lenteurs de l'impression, et s'occupe d'autre chose. Les questions de chimie l'ont toujours passionné*®^ : elles occupent plus de place, dans sa correspondance avec son frère Samuel, que les questions de droit ou de politique; c'est comme apprenti chimiste, non comme réformateur social, qu'il fait, en 1775, la connaissance de Priestley *^"; il publie, en 1783, la traduction d'un ouvrage allemand de chimie appliquée '°". Il travaille toujours, cependant, soit à Lincoln's Inn, dans son logement d'avocat, soit au château de Bowood, chez lord Shelburne, qui le protège, à son grand ouvrage de jurisprudence, songe maintenant à une « vue générale d'un corps de législation », approfondit les questions de principes, rédige un traité sur la « législation indirecte », un autre sur la « transplantation des lois **^ ». Il cherche le moyen de propager ses idées sur le continent, et va rejoindre, en 1785, son frère Samuel, qui a obtenu, en Russie, une fonction et un grade. Il s'intéresse aux questions économiques, et publie une « Défense de l'usure » qui obtient un vif succès. Il s'intéresse de nouveau à la réforme du régime pénitentiaire, et, avec la collaboration de son frère,