SCEPTICISME DE SMITH
pable de bien comprendre en quoi elle consiste », de perdre son temps en revendications oiseuses, de se passionner pour celte question politique, alors que c'est le réginje économique qui appelle des réformes : pourquoi tant de bruit au sujet des gênerai warrantSj un abus assurément, mais qui ne conduira pas au despotisme, et lant d'indifférence à l'égard de la loi de selllemenf^ qui paralyse le monde du travaiP^? De même encore les démocrates, et les whigs, et les plus conservateurs parmi les whigs, Blackstone lui-même^', ont gardé la vieille habitude de dénoncer le système des armées permanentes qui, si on les en croyait, mettrait toujours le pays à la merci d'un Cromwell ou d'un Stuart, et le régime des casernes, fait pour des esclaves, non pour des hommes libres. Adam Smith, comme pour défier les préjugés chers au parti auquel il est censé appartenir, fait l'éloge des armées professionnelles, dont l'apparition est la conséquence nécessaire de la division du travail, qui sont utiles pour la civilisation rapide d'un pays neuf, utiles, même, pour la défense de la liberté : car un souverain qui se sent protégé par une armée peut laisser impunément, à l'opinion, une liberté d'expression qui deviendrait dangereuse dans un pays où, faute de la protection d'une force armée, il serait ioujours à la merci d'une conspiration ■'^. Surtout, en matière politique, Adam Smith est un sceptique. « Que la politique peut être réduite en une science », c'est le litre d'un essai de Hume, ce n'est pas, semble- t-il, une idée d'Adam Smith. En
ce qui concerne la législation économique et financière d'un pays, on peut procéder scientifiquement, poser des principes et tirer des conséquences, concevoir une organisation qui convienne « non à certaines circonslanees seulement, mais à toutes les circonstances », qui soit adaptée « non pas à des circonstances transitoires, occasionnelles ou accidentelles, mais à des circonstances nécessaires, et, par suite, toujours identiques » '•. Mais on ne peut procéder de' même en ce qui concerne Torganisation politique d'un pays. Et c'est cette impuissance de notre raison qui fait obstacle à l'adoption de mesures économiques, en soi désirables. On peut lutter contre la rapacité des commerçants et des industriels; mais, quant à la violence et à Finjustice des maîtres de l'humanité, c'est un mal invétéré, nous dit Adam Smith, et un mal auquel, il en a peur, « la nature desaffaives humaines admet difficilement un remède. ^^» Adam Smith n'aperçoit pas de compromis possible entre « la scîenee d'un législateur dont les délibérations doivent âtre gouvernées par des principes généraux qui soient toujours les mêmes », et « Thabileté de cet animal insidieux et rusé, vulgairement appelé honMne d'État ou politicien, dont les conseils sont dirigés par les fluctuations momentanées des affaires. »" Si l'on compare sa philosophie sociale avec celle de Hume, où nous avons distingué deux tendances. Tune rationaliste, et l'autre naturaliste, on pourrait dire qu'en économie politique Adam Smilh incline peut-être les idées de Hume dans le sens du dogmatisme et du rationalisme,