‹ La formation sociale du Prussien moderneChapitre 81 sur 96 · La cherté du terrain tend au même résultat (p · texte numérisé non relu

La cherté du terrain tend au même résultat (p

3. Le développement de la grande industrie amène une immigration de manœuvres (p. 24).

Signalons également dans notre étude sur l'Angleterre toutes les répercussions du travail mécanique sur la formation de l'ouvrier, groupées dans l'alinéa 2 du chap. i^'^de la première partie (Angl.\ p. 31 et suiv.).

2* Le plus souvent, il est évident que le sens commun

l. Dans les renvois qui suivent, la désignation Angl. voudra dire La formation sociale de l'Anglais moderne; tandis que Pr. signifiera le présent ouvrage.

ne suffit pas, et seule la comparaison avec un pays dont l'analyse a déjà été faite peut permettre de découvrir les répercussions.

Ainsi, en Angleterre, si nous avons pu découvrir les répercussions de l'éducation familiale sur le travail {Angl., V^ partie, chap. i", § m), c'est parce que nous avions auparavant étudié un travail analogue en France (Science sociale, 2° période, 59^ fasc).

En Prusse, nous avons pu établir d'autant plus facilement des répercussions de cet ordre que nous avions l'exemple préalable de la France et de l'Angleterre. Elles ne sont pas les mêmes parce que l'éducation familiale est différente dans les trois pays. Exemples:

4. La discipline familiale favorise le développement du grand atelier (Pr., p. 77).

5. L'esprit d'ordre et de minutie favorisent la prospérité de l'industrie chimique {Pr., p. 80).

3° Quelquefois, les termes de comparaison se trouvent dans le pays même. Ainsi, la comparaison des diverses catégories d'ouvriers, nous a permis de proposer la loi suivante :

6. Les salaires sont proportionnels aux difficultés de l'apprentissage ou du recrutement de l'ouvrier (Science sociale, 2* période, 59^ fasc, p. 29), loi vérifiée en Angleterre (Angl., p. 33), et en Allemagne (Pr., p. 25).

Une répercussion sociale qui se vérifie dans plusieurs milieux différents devient une loi, du moins une loi proposée, dont l'énoncé pourra être amendé par la suite, mais qui n'en est pas moins une loi à cause de son caractère général.

Alors que la constatation d'un fait brut ne conduit à

rien, l'établissement d'une répercussion peut amener des résultats pratiques. En effet, les répercussions ne sont fatales et immuables que relativement à une certaine matière sociale, et celle-ci, contrairement à ce qui se passe dans le monde physique, peut être modifiée, non pas il est vrai en un tour de main, mais dans une certaine mesure et peu à peu.

Un problème de ce genre préoccupe à juste titre une foule d'esprits distingués à l'heure actuelle : celui de la préparation de la lutte économique après la guerre. Nous ne pouvons que l'esquisser.

L'Allemagne a remporté, depuis cinquante ans, des succès économiques notables, non pas dans l'industrie en général, comme on le dit parfois un peu trop superficiellement, mais dans certaines industries. Elle est toujours battue par l'Angleterre dans les industries où l'automatisme est poussé très loin, et qui en conséquence demandent beaucoup d'attention de la part des ouvriers; — et par la France dans celles qui demandent de l'imagination et du goût. L'Allemagne a remporté ses succès les plus notables dans les industries qui reposent sur des inventions collectives, et d'une façon secondaire, dans celles qui, tout en étant organisées en ateliers très vastes, ont besoin d'ouvriers ayant reçu un apprentissage technique soigné.

Si donc, vous voulez lutter avec l'Allemagne sur ce terrain, il faudra que vous acquerriez au préalable ces qualités, ce qui suppose une refonte de l'éducation. Sinon, tout ce que vous pourrez faire, sera de limiter les exportations allemandes en France à l'aide de droits de douane prohibitifs.

Mais que vous adoptiez l'une ou l'autre de ces deux solutions, il faudra se résigner d'avance à accepter les répercussions que chacune d'elles comporte.

LES RÉPERCUSSIONS SOCIALES 85i

L'acquisition de l'esprit d'ordre et de la discipline passive n'ira pas sans certains changements heureux et malheureux de la mentalité française. Vous ne pourrez avoir ces qualités et rester un individualiste.

De même, Télévation du tarif douanier entraînera une hausse du prix des produits sur lesquels elle s'exercera, ce qui pourra nuire aux industries pour lesquelles ces produits constituent des matières premières. Il faudra voir si ceci doit être ou peut être sacrifié à cela.

Je ne dis pas que l'on ne puisse lutter avec l'Allemagne sur ce terrain. Je dis seulement qu'il peut être dangereux de le faire d'une façon inconsidérée. Il est bon que les réformateurs comprennent que les faits n'agissent pas isolément, mais s'enchaînent et se conditionnent mutuellement, causant souvent les répercussions les plus imprévues.

Autre exemple. Si l'on envisage les différents groupements d'un même milieu social — famille, atelier, corporation, pouvoirs publics — on constate que certains faits se retrouvent dans tous : par exemple, la façon dont s'exerce l'autorité. Il ne s'agit pas là de concomitances, mais d'un enchaînement de causes et d'effets, dont le point de départ se trouve dans l'éducation familiale.

Il n'y a dissonance que lorsque plusieurs types familiaux ont contribué à former le milieu social. C'est le cas de la Prusse moderne formée de Saxons et de Prussiens. Mais même alors, les caractéristiques des groupements se retrouvent dans l'un ou l'autre type familial.

De la combinaison du Saxon quasi-particulariste et du Prussien quasi-communautaire, tend à se former une

race nouvelle qui n'est pas encore entièrement constituée, mais qui finira par Têtre si les deux types restent soudés pendant un temps encore plus ou moins long, sans toutefois qu'il puisse y avoir jamais une homogénéité complète. Mais les divergences finissent par devenir secondaires au lieu d'être fondamentales.

On a parfois parlé de l'existence possible d'une science qui serait la morphologie sociale et qui trouverait place à côté de la science des répercussions ou physiologie sociale. Cette opinion peut être soutenue, et elle l'a été.

A mon avis toutefois cette distinction ne s'impose pas. Dans l'étude de l'individu, il y a une anatomie distincte de la physiologie, mais on peut penser que cette distinction ne provient que de l'état encore imparfait où se trouve la science physiologique. Très avancée dans l'étude des phénomènes biologiques à réactions rapides, plus ou moins analogues à ceux de la physique et de la chimie, elle l'est beaucoup moins dans celle des phénomènes à réactions lentes qui ont un effet sur la structure et la forme du corps.

La science sociale me semble être dans une situation privilégiée à cet égard, par le fait que l'observation peut se faire à l'intérieur même des organismes, et non pas seulement à l'extérieur. Elle pourra étudier plus rapidement les répercussions qui déterminent la structure des sociétés.

Prenons par exemple toute la partie qui concerne la hiérarchie des classes. Le travail de synthèse sur lequel elle repose semble se rapprocher plus spécialement du type morphologique. En réalité, on peut voir que cette synthèse repose sur l'agencement de quelques grandes répercussions qui agissent conjointement et qui ont

besoin de s'étayer sur un nombre considérable de faits.

Ainsi, dans la troisième partie de notre ouvrage sur la Formolion sociale de V Angleterre, il est bien évident que toutes les répercussions sont formulées dans le chapitre premier qui contient les influences du mode d'existence, des moyens d'existence et de l'éducation sur la conception anglaise des classes. Les chapitres suivants ne comprennent que des faits ou des répercussions secondes, mais ils constituent les preuves des répercussions dont nous avons d'abord donné les formules.

La hiérarchie des classes en Prusse a été exposée suivant un plan analogue. On peut voir qu'elle est basée sur des répercussions du même ordre, mais qui sont différentes, ou qui ont entre elles des forces proportionnellement différentes.

1° Nous trouvons d'abord des répercussions qui agissent en Prusse et que l'on ne trouve pas en Angleterre.

— Citons l'influence des cadres militaires et administratifs, celle du titre officiel, etc.

2° Nous voyons ensuite que les moyens d'existence et le mode d'existence agissent dans les deux pays considérés, mais chacun de ces éléments a une valeur proportionnelle différente. — Ainsi, le revenu famihal est un élément classifîant des deux côtés, mais il a une importance plus grande en Angleterre.

De plus, si l'on compare les hommes de même profession dans les deux pays, on constate que l'Anglais est mieux logé. Prenons par exemple le manœuvre. Son logement comprend : En Prusse, une Wohnzimmer, avec quelquefois une chambre à coucher en plus;

— en Angleterre, une living-room, plus deux ou trois chambres.

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De même, le logement de Y ouvrier qualifié comprend : En Prusse, une Wohnzimmer et deux chambres; — en Angleterre, une living-room, une silling-room et deux ou trois chambres.

Il est difficile de continuer la comparaison, parce que le nombre des cJasses n'est pas égal des deux côtés, mais on voit que toute la question réside dans une différenciation de plus en plus poussée de la salle commune, appelée Wohnzimmer en Allemagne et livingroom en Grande-Bretagne. De cette salle commune, on voit se séparer: en Prusse, d'abord la salle à manger; en Angleterre, la sitting-roomj place où l'on peut s'installer pour lire, pour causer ou pour rêver.

De même, les enfants anglais ont une pièce spéciale pour jouer, une nursery, avant que les enfants allemands n'aient une Kindersluhe.

En ce qui concerne le personnel du ménage, on peut distinguer :

1° Le petit ménage, caractérisé par l'absence de domestique ; on le trouve, dans la classe inférieure en Angleterre, dans la classe populaire et la petite bourgeoisie en Allemagne.

2° Le ménage moyen dans lequel la mère se fait aider par des servantes, tout en travaillant de ses mains ; on le rencontre dans la Middle class en Angleterre, dans la classe moyenne supérieure en Prusse.

3° Le grand ménage dans lequel la mère ne travaille plus. Il apparaît dès la classe moyenne supérieure en Angleterre, et seulement dans l'aristocratie en Prusse.

Ainsi la comparaison des différentes classes en Angleterre et en Prusse fournit des indications sur les mentalités respectives, qui sans cela pourraient passer inaperçues, et parla elle permet la découverte de nouvelles répercussions.

Nous ne pouvons, sans sortir de notre cadre, nous étendre davantage sur cette question du procédé d'investigation. Nous pensons du reste en avoir assez dit pour que Ton comprenne la fécondité de la méthode que nous avons employée et ses possibilités de développement.

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