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La forme chrétienne de l'assurance populaire [microforme]

Cela date des premiers temps du monde, la bienfaisance, le secours mutuel, dont le modernisme du langage a fait la mutualité, tout court. Le sentiment de fraternité, déposé dans le cœur de l’homme par le Créateur lui-même, porta les fils d’Adam à s’aider mutuellement dans leurs détresses, surtout après que la malédiction du Très Haut sur la désobéissance du premier homme, de la première femme, et, en eux, de toute leur descendance, à part la Vierge privilégiée eût converti en angoisse ‘ét en malheurs ce 44 devait être la joie de vivre, ce qui devrait n’offrir qu’un | avant-goût des éternels plaisirs, des félicités infinies.

Mais disons ici, tout de suite, pour passer après le déluge, que les législateurs de la Rome antique furent les ’ premiers à donner à ce sentiment humain la sanction de la force de loi, quand ils firent de la mutualité la base du contrat civil : do ut des.

Dans l'ordre religieux, ce fut le Christ Rédempteur, le Dieu fait homme venant sauver le monde, qui formula, le premier parmi tous les philosophes c'e l'antiquité, le sens de la mutualité humanitaire, quand il énonça, à l’étonnement général des animosités païennes, cette sentence de charité active : ‘‘Aimez-vous les uns les autres, comme votre Père céleste vous aime”, et qu’il proposa à l’admimiration de ses disciples l’édifiante parabole du bon Samaritain.

Essayons de voir par quelle filiation des évènements, l’enseignement impérissable du Divin Maître se répercute aujourd’hui, peut-être en son sens le plus pratique, dans l'organisation contemporaine de la mutualité catholique. Nous aurons aussi l’occasion de noter, en passant, comment l'esprit du mal #’est ingénié à mettre à profit, pour battre en brèche la morale évangélique, cette sublime doctrine, si hautement philanthropique, et les sentiments puissants auxquels elle s’adresse en particulier, dans le cœur de tout être humain.

Tant elle sera toujours vraie, en tout et partout, la parole prophétique du saint vieillard Siméon : ‘ que notre Sauveur Jésus est descendu du ciel sur la terre pour le salut d’un grand nombre et pour la perte de plusieurs Il. a proclamé au monde le Juste, le Vrai, le Bon: c’est au

monde de choisir entre lui et sa doctrine, ou son irréconciliable ennemi, Satan, le singe de Dieu, cherchant à cap-

ter les cœurs, à abuser les consciences, avec des formes

perverties de la même doctrine.

Nous trouvons là tout de suite le germe de la mutualité :. neutre, libre-penseuse ou anti-catholique, en face de la

mutualité catholique, s’efforçant d’arracher aux bataillons du Christ des recrues qui leur appartiennent naturellement. C’est ce qu’elle fait en alléchant l’égoïsme humain, parfois même la généreuse pitié mal comprise, et cela par des moyens ou pour des fins que réprouvent la doctrine du Sauveur, ainsi que ses providentiels desseins sur l'humanité.

La genèsé de la mutualité

Recommandée avec tant de précision par NotreSeigneur à ses disciples, la pratique de la mutualité devint bientôt l'un des devoirs les plus chers aux premiers chrétiens. Saint Jean, l’apôtre de !’amour, fit, de cette maxime favorite, qu’il allait répétant sans: cesse, le résumé de toute sa longue: prédication : ‘‘Mes, enfants, aimez-vous les uns les autres.” Les: fidèles. obéissaient, avec. joie, se. traitant comme de dignes fils du même céleste Pète ; s’entr’aidant comme des. frères. Et: le. monde païen;: qui. se refusait encore à admirer les sublimités.de lai: doctrine: chrétienne: en général, ne pouvait, cependant, taire son admiration, à.la vue de eette mise en: pratique, non moins, neuvelle que magnanime, de: la, solidarité humaine. ; __ Ce:fut particulièrement au cours:des premiers. siècles des

l'ère chrétienne, quand nos:aïeux:dans la:foi témoignaient:

gér:éreusement, par l’effusion de leur sang, à la: face du: paganisme:jaloux et. tyrannique; de la sainteté et de l’iné- : branlable constance. de leurs, croyances; que :la. pratique:

de la mutualité des services et des secours, dont le Maître leur avait laissé À la fois le précepte et l’exemple, leur devint précieuse, indispensable, consolante et réconfortante. C’est alors qu’ils en prirent à jamais, pour être conservée comme une tradition bienfaisante, impérissable dans la grande famille chrétienne, la louable et forte habitude. |

Néanmoins, il était réservé aux siècles du moyen-âge, siècles aussi vainement décriés par l’impiété de tout acabit que véritablement glorieux par leur foi et par leurs œuvres, il était réservé à ces grands siècles chrétiens, alors que l'Église du Christ, enfin sortie des catacombes, cominença À répandre sut le monde sa salutaire influence, de fournir aux âges À venir le modèle, le prototype d’une organisation régulière de la mutualité chrétienne, Ce modèle, cé prototype, il trouva son expression fidèle dans «es Corporations si fameuses du moyen-âge, que les révolutionnaires du rationalisme ont tant calomniées ; que leur’ malice a même réussi à anéantir complètement come une relique de barbarie, miais dont la sagesse contemporaine, éclairée par de douloureuses expériences, commence à reconnaître la valeur et les bienfaits ; qu’elle sohge même à faire revivre dans la mesure, au moins, de ce qué peut les’ rendre praticables notre état actuel de société. En cela, la sagesse contemporaine rencontre l'adhésion de la Papauté infaillible ; elle obtient, surtout, les encouragements particuliers de notre noble Ponte Léon XIIL | ;

Sous le régime de ‘cette institution sociale unique, l'apprenti et le maître, le patron et l’ouvrier, le laboureur

DE L'ASSURANCE POPULAIRE Il

et l'artisan, tout comme le colon-défricheur et le moine, en ce temps-là tout puissant, le seigneur féodal et son libre censitaire : tout ce monde, dont se composait la naissante société policée, au moyen-âge, était intimement uni par les liens d’une étroite et active solidarité chrétienne. Cette solidarité les faisait s’entr’aider, se soutenir, se défendre, se protéger, s’enrichir même mutuellement, au lieu de s’envier, se faire une concurrence mortelle, s’appauvrir, se combattre, se détruire, comme il advint dans les nouvelles conditions d’existence qu’a subtituées. au régime corporatif le rationalisme dévastateur. A la lumière des funestes conséquences sociales résultant des causes posées par cet agent de révolutions qu'est le rationalisme, le monde du XIX° siècle se surprend à se demander si lés corporations du moyen-âge, malgré tout le mal qu’on en a dit,, ne représentaient pas le moins. imparfaitement l'idéal social, si ardemment recherché par ses penseurs et ses économistes, et avec d’autant plus de: justesse. qu’ils en paraissent plus déplorablement éloignés, aux jours présents. Et le monde du XIX® siècle, qui croit impudemment avoir été jusqu’au fond. de tons les problèmes de la science et de la raison,. songe à revenir, comme je le disais plus haut, au régime corporatif du moyen-âge, autant, du moins, qu’il serait passible de lui donner effet, en accord avec les progrès légitimes réalisés, avec les nécessités indiscutables imposées par le cours des temps. ‘Pour l’encourager dans ces vues, pour l’engager à réaliser au plus tôt cet heureux dessein, destiné à améliorer incontestablement et de notable façon l’ordre social, sur: lequel gémissent à bon droit, de nos jours, tous Les éeone-

mistes chrétiens, Léon XIIL -je l'ai dit, a fait entendre . au.monde du XIX® siècle, saldli tonriené au monde catho:

: lique, la grande voix du Vicaire de Jésus-Christ sur la

terre. Dans son Encyclique : Humanum Genus, au 20 avril

. 1884, où il dénonce la ‘secte infâme des fra.ics-maçons, : :

> l’illustre Pontife parle des ‘corporations comme de lun des remèdes les plus efficaces contre la propagande ma-

çonnique, contre les misères sociales des temps: présents, :-

«et ce, soit par le rétablissement de ces corporations, soit :

“par. la création d'institutions similaires.

: Léon XIII, à ce sujet, 8! éutiie comme suit :

#1 Une institution due à la.sagesse 1 nos pères et momentané-

anent interrompue par le cours des temps pourrait, à l’ époque où | nous somines, redevenir le type’et la forme de création analogues. 'S ‘Nous voulons parler de cés corporations ouvrières destinées à pro-

: téger, sous la tutelle de la religion, les intérêts du travail -et les

+ anœurs: des travailleurs. Si Ja pierre de touche d’une longue expérience avait fait apprécier à nos ancêtres l’utilité de ces associations, notre âge en retirerait peut-être de plus grands fruits, tant elles offrent de précieuses ressources pour combattre avec succès et pour écrasér la puissance des sectes. Ceux qui n’échappent à la misère

qu'au prix du labeur de leurs mains, en même temps que, par leur ‘ : ambition, ils sont souverainement dignes de la charitable assistan- :

ce de:leurs semblables, sont aussi plus exposés à être trompés par les séductions et les ruses des: apôtres du mensonge. Il faut donc leur venir en aide avec une grañde:habileté et leur ouvrir les rangs

d’asgociations honnêtes pour leétempêcher d’être enrôléé dans les :

mauvaises. En conséquence; et pour le salut du peuple. Nous sou- : haitons ardemment : de. voir. se” rétablir, sous les auspices et le patronage des évêques, ces corporations appropriées aux ‘besoins: du temps présent. Ce n’est pas pour nous ne joie médiocre d’avoir vu déjà se constituer en plusieuré‘liéux desassoëiations de ce genre, ainsi + des Sooiétés nt eric ‘but: des unes et des autres

BEBOME TE

étant de venir en aide à l’honnête classe-des prolétaires, d'assurer à leurs familles et à leurs enfants le bienfait d’un patronage tuté- laire, de leur fournir les moyens de garder; avec de bonnes mœurs, la connaissance de la religion et l'amour de la piété.”? *

IT

La mutualité maçonnique

Le Pape, en parlant de la sorte, dans son immortelle Encyclique contre les francs-maçons, encourageait les tendances économiques contemporaines vers le retour au régime corporatif. Il approuvait et excitait, du même Coup, les efforts déjà tentés par des économistes catholiques, non moins dévoués que clairvoyants, pour doter la société chrétienne, en:travail de régénération, d’un système complet et à pen. près définitif d’assistance par la mutualité, forme moderne de la solidarité corporative. Sous V influence de ce souffle bienfaisant, on allait voir 8 ’épanouir une floraison superbe de cette application nouvelle de la charité évangélique, si vivement recommandée ] par le Christ Sauveur. Cette floraison allait bientôt couvrir les sphères principales des deux mondes civilisés, où Y ” Église universelle joue surtout un rôle prépondérant. | L Europe et l'Amériqne allaient s’empresser de mettre en pratique, dans une loyale rivalité, les enseignements sociaux, si vivifiants, du Pontife Souverain. Hi

rl À

Le Pape avait dit, parlant de ses enfants de prédilection, qui composent le monde du prolétariat et pour lesquels sa paternelle sollicitude eut toujours de spéciales

attentions :

‘ Il faut leur venir en aide avec une grande habileté et leur ouvrir les rangs d’associa'ions honné'es pour les empêcher d'être enrôlés dans les mauvaises.”

Ce fut le signal de généreüses et intelligentes créations, dans le sens du désir manifesté par le Saint Père. Ce fut aussi le signal d’une impulsion nouvelle et vigoureuse donnée au développement et au perfectionnement d’institutions À ce genre, déja ‘existantes depuis quelques années. s

En effet, depuis dif’ hssez long temps déjà, les économistes

catholiques constataient, non sans une réelle ‘inquiétude, les ravages dégolants, que fainait, ‘au sein de le communauté catholique, la propagande socialé effrénée, comme parle Léon XIII, de ‘cette secte de la Franc-Maçonnerie ou d'autres’ ‘aééociations siilaires qui, se ont ses Coopératrices et ses satellites.” nel n des 1féyens les plus usuéls, en mêmé temps’ que ti plus efficaces, de cette béébaghnde c’est un système 104 judici euseniént ‘organisé ‘d'assistance par la mutualité : assistance à là véuvé ét aux ‘orphelins, au décès de | Vinitié, assistance pour l'initié lui-même, en cas de LL: maladie, d'accident, ’ de’ ‘éhôthage, etc: etc; prôtection l spéciale à initié } pour lui assurer de l'emploi, de l’avan- | éeméht, des pété dé etc, selon le cas. Cette organisation de favoritisme soi-disant thilanthropfitié imaginée par

la franc-maçonnerie pour contrecarrer l’action sociale ‘de l’Evangile de ses ministres et de ses adeptes, il n’y a pas à le nier, exerce un prestige de séduction sur le peuple des travailleurs, même celui où domine la foi catholique. Elle a le pernicieux effet d’embrigader de la sorte dans l’armée du diable bon nombre de prolétaires abusés, qui trouvent ou croient trouver leurs intérêts matériels mieux servis là que dans les phalanges chrétiennes.

C’est contre ce mal que les économistes catholiques s’ingéniaiont à réagir, depuis un certain nombre d'années déjà, s’efforçant de créer, en face des pièges de la francmaçonnerie sous toutes ses formes, des associations honnêtes, qui offrissent les mêmes avantages, et fussent prêtes à ouvrir leurs rangs aux prolétaires en besoin de protection et de soutien, afin de ‘‘ les empêcher d’être enrôlés dans les mauvaises ?” ; c’est à cette noble tâche qu’ils vouaient leurs talents et leurs énergies, quand Léon XIII est venu leur dire : ‘C’est bien, continuez, développez votre œuvre de salut.??

Le temps était opportun pour que cette adhésion distinguée se produisît, afin de donner un nouvel essor à Ja réaction commencée. Le péril devenait imminent, car la franc-maçonnerie, avec ses captieuses méthodes, commençait à se subdiviser en une infinité de sectes ou associations, toujours avec le même masque de philanthropie. Ces sectes multiplient sur tous les points, pendant qu’elles dissimulent soigneusement leurs affinités maçonniques, les appats de l’assistance par la mutualité, afin d’enrôler le plus grand nombre possible d’adeptes ; de les enserrer dans les prescriptions d’un code social plus ou moins ouvertement,

anti-chrétien, et de faire la guerre à l’ Eglise de Jésus-Christ avec le concours de ses propres fils induits en erreur.

Y est de ces associations, de ces sectes à base maçonnique que N. T. $. P. Léon XIII dit, dans la même Encyclique Humanum Genus :

‘ Il existe dans le monde un certain nombre de sectes qui, bien qu’elles diffèrent les unes des autres par le nom, les rites, la forme, l’origine, se ressemblent et sont d'accord entre elles par l’analogie du but et des principes essentiels. En fait, elles sont identiques à la franc-maçonnerie qui est pour toutes les autres comme le point central d’où elles preèdent et où elles aboutissent. Et, bien qu’à présent elles aient l’apparence de ne pas aimer à demeurer cachées, bien qu’elles tiennent des réunions en plein jour et sous les veux de tous , bien qu’elles publient leurs journaux, toutefois, si l’on va au fond des choses, on peut voir qu’elles appartiennent à la famille des sociétés clandestines et qu’elles en gardent les allures. Ti y a, en effet, chez elles, des espèces de mystères que leur conssitution interdit avec le plus grand soin de divulguer, non-seulement aux personnes du dehors, mais même à bon nombre de leurs adeptes. ””

Et plus loin, en venant à traiter des meneurs, des esprits dirigeants de ces sectes ou associations interlopes, le Pape s'exprime comme suit:

‘Ils ne parlent que de leur zèle pour les progrès de la civilisation, de leur amour pour le pauvre peuple. A les en croire, leur seul but est d'améliorer le sort de la multitude et d'étendre à un plus grand nombre d’hommes les avantages de la société civile. Mais, à supposer que ces ippentions iMesent sincères, elles seraient loin d’épuiser tous leurs desseins…

Dans ces sectes que vient de définir le Docteur infailhible, dans ces meneurs qu’il vient d’exiber, s’il est impos-

sible, à côté de la franc-maçonnerie, légataire universelle de toutes les hérésies du rationalisme, de ne pas reconnaître son fils aîné le socialisme, il n’est pas moins difficile de se refuser à voir ausssi ces variétés innombrables de sectes ou prétendues associations, soi-disant neutres ou libres-penseuses qui, par le ministère de la mutualité, dont elles se sont constituées zélatrices, pour se créer un état civil et mieux surprendre la bonne foi des naïfs, s'appliquent à développer, à des degrés divers, l’œuvre satanique de la franc-maçonnerie, leur mère et inspiratrice, contre l’ Église catholique. C’est aux institutions de cette espèce que s'applique avec une particulière justesse la sentence de condamnation portée par le Sauveur : ‘Ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi.” C’est contre ces sentines de libre-pensée ou de fausse neutralité sectaire, où s’égarent malheureusement un trop grand nombre de ses enfants, entrainés per l'attrait des avantages temporels, que l Église- mère n’a cessé de mettre en garde les fidèles confiés à sa sollicitude. C’est de ces sectes, de ces associations aux allures louches, aux desseins équivoques, que Léon XIII, toujours dans la même Encyclique : Humanum Genus, parle encore en ces termes:

‘{Tout ce que Nous venons ou ce que Nous Nous proposons de dire doit être entendu de la secte maçonnique envisagée dans son ensemble, en tant qu’elle embrasse d’autres sociétés qui sont pour elle des sœurs et des alliées. Nous ne prétendons pas appliquer toutes ces réflexions à chacun de leurs membres pris individuellement. Parmi eux, en effet, il peut s’en trouver, et même en bon nombre, qui, bien que non exempts de faute pour s'être affiliés à de semblables sociétés, ne trempent cependant pas dans leurs actes criminels et ignorent le but final que ces sociétés s'efforcent d’at-

teindre, De même encore il peut se faire que quelques-uns des groupes n’approuvent pas les conclusions extrêmes auxquelles la logique devrait les contraindre d’adhérer puisqu'elles découlent nécessairement des principes communs à toute l’association., Mais le mal porte avec lui une turpitude qui, d’elle-même, repousse et effraye. En outre, si des circonstances particulières de temps ou de lieux peuvent persuader à certaines fractions de demeurer en decça de ce qu'elles souhaiteraient de faire, ou de ce que font d’autres associations, il ne faut pas conclure pour cela que ces groupes soient étrangers au pacte fondamental de la Maçonnerie, Ce pacte demande à être apprécié, moins par les actes accomplis et par leurs résultats, que par l'esprit qui l’anime et par ses principes généraux.’ ?

Afin de bien montrer tout ce qu’il y a de perfide et de dangereux pour les catholiques, dans ces sectes où associations où la franc-maçonnerie masquée fait à nos coreligionnaires un acceuil particulièrement empressé, Léon XIII poursuit, un peu plus loin :

‘Que si tous les membres de la secte ne sont pas obligés d’abjurer explicitement le catholicisme, cette exception, loin de nuire au plan général de la Franc-Maçonnerie, sert plutôt ,.:4 intérêts. Elle lui permet d’abord de tromper plus facilement les personnes simples et sans défiance et elle rend accessible à un plus grand nombre l’admission dans la secte. De plus, en ouvrant leurs rangs à des adeptes qui viennent à eux des religions les plus diverses, ils deviennent plus capables d’accréditer la grande erreur du temps présent, laquelle consiste à reléguer au rang des choses indifférentes le souci de la religion, et à mettre sur le pied de l'égalité toutes les formes religieuses. Or, à lui seul, ce principe suffit à ruiner toutes les religions, et particulièrement la religion catholique, car. étant la seule véritable, elle ne peut, sans subir la dernière des injures et des injustices, tolérer que les autres religions lui soient

égalées.?7”

Or, telle était l’acuité du mal, que ces sectes et associa-

’abuire rêts.

anes ‘and Aangs , ils IN p# renutes tiner

car .

des nient

tions dangereuses, au service de la franc-maçonnerie ou de connivence avec elle, s'étaient déjà multipliées à Pinfini, dans l’ancien et dans le nouveau monde, quand Léon XIII, il y à quatorze ans, vint dire aux économistes catholiques qui s’appliquaient à rechercher les meilleurs moyens de porter secours à la classe si intéressante des prolétaires :

‘€ Il faut leur venir en aide avec une grande habileté et leur ou-

vrir les rangs d'associations honnêtes pour les empêcher d’être enrôlés dans les mauvaises,”

Rien d’étonnant, donc, à ce que, sous l'influence de ce conseil auguste du Père commun des fidèles, conseil qui était un ordre pour ses fils obéissants, on ait vu fleurir dans les deux mondes, avec une vitalité intense, les institutions de mutualité catholique, en face de ia mutualité neutre ou maçonnique, et en oppposition à ses desseins pervers,

5 DE iv

Coup d’œil sur la mutualité catholique en Europé:

Nous ne nous arrêterons point à étudier la mutualité dans les œuvres innombrables dont le catholicisme si fécond l’a dotée, en France et dans les autres pays d’Europe qui demeurent en communion avec l’Église de Rome. Elles sont admirables, ces œuvres de secours mutuel, inspirées par la saine philanthropie évangélique. L'ensemble de leur système répond déjà à presque tous les besoins de l'humanité souffrante. Elles mériteraient, certes, plus qu’une simple mention, toute une étude consciencieuse, que pourrait leur consacrer, avec beaucoup plus d’avantage, quelqu'un qui les a pratiquées de plus près que l’humble auteur de cette esquisse. En France, caisses de secours en maladie, caisses de retraite, caisses de chômage, assurances populaires (en Allemagne,) caisses rurales (France, Allemagne, Italie, ) etc. ete : la simple énumération en couvrirait des pages.

Disons seulement que le système mutualiste européen, pris en bloc, a plutôt le caractère d’une institution chari- :

table, se dépensant sans compter, quitte à n’avoir, par suite de déficits prévus dans ses opérations, qu'une durée temporaire, et à renaître ou se renouveler selon le besoin des circonstances. Son cachet de pure charité lui vaut même, en bien des cas, d'obtenir des subventions de l'État, à titre d'utilité publique,

Il en va tout autrement de la mutualité en Amérique,

Ici, elle a pris les allures d’une institution commerciale ;

elle s'est placée sur une base d’affaires, du moins dans

ses fondations les plus récentes. Elle offre aux prolétaires

les bénéfices de l'assurance populaire à bon marché, des

secours en maladie, mais en calculant toujours ses gratifi-

| cations d’après ses ressources, en se précautionnant de

| manière à ce que la balance de ses opérations soit toujours

en sa faveur, afin d’assurer leur permanence et de se suffire à elle-même.

C’est cette forme américaine, et la plus récente, de la mutualité, que je veux surtout étudier.

L'Amérique (du Nord,) au reste, c’est l’empire par excellence Ge la mutualité. On connaît à fond cette ins- | titution, j'oserais dire, quand on a bien étudié tous les | rouages de son organisation en Amérique. C’est par mil- | liers que s’y rencontrent les associations de toutes nuances | pratiquant le mutualité ; c’est par millions que s’y comp- | tent les adhérents de cette institution. Nulle part les recommandations du Saint Père n’ont trouvé, peut-être, uu écho plus puissant, sinon plus fidèle.

| C'est done en Amérique que nous examinerons la mu- | tualité, sous ses formes anciennes et dans ses manifesta-

par urée soin vaut de

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tions nouvelles ; les avantages qu’elle procure; les périls sociaux qu’elle peut offrir, en certains cas ; les résultats heureux auxquels elle peut aussi conduire, dans le même sphère d’action, etc.

Etudions d’abord sommairement les deux formes principales de la mutualité en Amérique: la forme vraie et la forme fausse,

fi cd

La mutualité catholique en Amériqua— Mutualité absolue et mutualité à taux fixes-Caisse de dotation

De longues années déjà avant que n’eussent retenti dans le monde les appels émus du Souverain Pontife à la mutualité catholique, pour l’engager à faire échec aux intrigues sociales de la franc-maçonnerie, l Amérique comptait de nombreuses organisations de mutualité, la plupart neutres ou hostiles, quelques-unes sympathiques à l’ Église catholique,

Mais toutes ces organisations primitives, dont les premières remontent à cinquante ans et plus dans le passé, étaient basées sur le principe de la mutualité pure. ou absolue; elles constituaient ce qui est reconnu aujourd’hui assez généralement comme la forme fausse, précaire, frappée de caducité en son essence, de la mutualité.

Un très grand nombre ont failli depuis, par suite de ce défaut d’origine, laissant, malheureusement, la plus fàcheuse impression contre l'institution mutualiste en général, dans le grand public, qui n’est pas fort sur les distinc-

28 LA FORME CifRÉTIENNE

tions et ne prend guère la peine, bien souvent, de faire la part des applications défectueuses et des applications plus heureuses d’un même svstème, Un bon nombre d’autres, plus vivaces, se sont réformées d’après la conception plus récente et plus efficace de la mutualité, conception unanimement admise à-présent comme la seule forme vraie et permanente de linstitution : la mutualité à taux fixes, Les nouvelles organisations du genre, fondées depuis une quinzaine d'années, c’est-à-dire depuis que le Pape a parlé, ont presque universellement adopté le système à taux fixes ; et toutes les plus anciennes qui le peuvent encore,

Li . . , sans trop froisser les habitudes prises par leurs #dhérents

sous un autre régime, reviennent peu à peu à ce modèle,

C’est le temps d'expliquer la différence essentielle qui existe entre les deux formes de mutualité. Afin de ne point m’exposer à errer en matière si délicate, je veux en emprunter l’expression à une récente étude, fort bien faite, où ce point à été traité et élucidé par l’un de nos mutualistes canadiens-français les plus expérimentés et les plus compétents, M. L.-G. Robillard, ancien inspecteur d’écoles, dans la province de Québec, membre de nos principales associations de secours mutuel: les Forestiers Catholiques, les Artisans Canadiens-Français, l'Alliance Nationale, et Secrétaire Général de T/Union Franco-Canadienne, dont il a été l’un des fondateurs et dont il est resté jusqu'ici l'esprit dirigeant.

M. Robillard définissant, dans son étude sur Les sociétés de bienfaisance, les associations de mutualité absolue, s’exprime comme suit à leur sujet :

‘e la plus tres, plus anie et XES, une arlé, aux ore, ents Je, qui oint emiite, tuaplus éCOipathot10ane, jus-

‘Les membres appartenant à ces sociétés paient, chaque fois qu’il y a un décès, une contribution spéciale dont le montant, étant proportionné au nombre des membres en règle, couvre juste la somme qui doit être payée au décès de chaque membre.

Quel est l'inconvénient de ce système”? me dira-t-on ; ilest bien plus sûr que n'importe quel autre, puisque les membres fournissent tous leur quote-part pour payer les héritiers des membres décédés.

Attendez un peu, s’il vous plait, avant de donner votre jugenent sur une question très importante, mais qu'on n’a pas encore assez étudiée, en certains endroits.

Il est prouvé par les statistiques d’un grand nombre de sociétés de secours mutuels que, dans les dix premières années d'existence d’une société, il n’y a qu’une moyenne de quatre décès par mike.

A ce compte-là, cela prendrait deux cent cinquante ans avant

qu'une génération d'hommes âgés de trente à trente-trois ans disparaisse, tandis que réellement, cela ne prend qu'environ quarante ans.

D’après cela, il est facile, il me semble, de juger de la défectuosité d’un tel système. Dans les dix premières années, le coût de revient est comparativement très faible ; mais quand la société a vingt ou vingt-cinq ans d'existence, le nombre des cotisations pour décès augmentant très vite, les contributions mensuelles pour frais d'administration ajoutées à celles des décès forment une contribution moyenne de deux piastres et demie à trois piastres par mois, ce qui est cause qu’un certain nombre de membres abandonnent la société, que les nouvelles recrues se font de plus en plus rares, que les vieux membres restent seuls, et enfin que la société tombe ou meurt ..... dinanition.

Le tableau est sombre mais exact.” ,

Voilà, brièvement mais fidèlement exposés, les inconvénients majeurs que présente la forme ancienne de la mutualité, forme qui fut adoptée en toute bonne foi et confiance par les pionniers de cette institution. . Alors, on

ee 27 ce seen

recherchaiït tout simplement les moyens les plus aisés de se venir en aide réciproquement, contre les surprises de l’existence, et l'expérience n’avait pas encore enseigné aux rautualistes les défectuosités de ce système de la mutualité absolue.

Ces graves inconvénients sont cause que des milliers d'associations mutuelles, en Amérique même, ont fait faillite ; que des centaines d’autres, encore à l’heure présente, périclitent et menacent ruine. Et c’est le sort auquel elles sont fatalement vouées, plus tôt ou plus tard, à moins qw’ elles ne songent sérieusement à se mettre à la hauteur des progrès récemment réalisés par la mutualité américaine et ne s'organisent au plus tôt d’après le système de la mutualité à taux fixes. C’est ce qu’ont déjà fait plusieurs d’entre elles: les Travailleurs Unis (Ancient Order of United Workmen) pour ne citer que celle-là, la plus puissante parmi les associations protestantes ou neutres ; l’Union St-Joseph, d'Ottawa, l’Union St-Pierre, de Montréal, l’Union $t-Joseph, de St-Henri, parmi les associations catholiques. L'ordre important des Forestiers Catholiques, s’est aperçu lui-même qu’il avait fait fausse route, au début, en n’adoptant pas le système à taux fixes, et il y est revenu depuis deux ans, mais sans adopter encore des taux suffisamment élevés.

C’est aussi ce dont M. Robillard, que nous venons de citer, a vise les sociétés purement mutuelles, en leur conseillant de se rapprocher, autant que leur constitution particulière peut le leur permettre sans révolution, du système à taux fixes, et de s’adonner à se former un ‘‘fonds de réserve. ??

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liers fait préquel oins teur nérile la eurs niante ion réal, S Caues, au il y des

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‘Je crois, dit-il, qu’un des moyens les plus efficaces pouf assurer la solidité des ‘ sociétés purement mutuelles,” ce serait d’obliger chaque membre à payer trois piastres par année pour former un fonds de réserve spécial, qui pourrait être appelé : Fonds de réserve pour décès,” et auquel l’on ne pourrait toucher que quand les contributions pour décès atteindraient une moyenne de dix-huit piastres par an. Prenez, par exemple, l’une de nos meilleures 80ciétés ‘‘ purement mutuelles,” qui compte à peu près douze mille membres, et calculez quel serait le résultat d’un tel amendement à sa constitution.

‘Ainsi, cela donnerait un revenu de trente-six mille piastres par an pour ce fonds de réserve seul.

‘Calculez maintenant l'intérêt sur le fonds de réserve ainsi accumulé pendant vingt ou trente ans, et vous me direz après si cela ne serait pas une excellente garantie et l’un des meilleurs remèdes à apporter au mal qui ronge ces sociétés.??

Le fonds de réserve : voilà la note essentielle de différence qui existe entre les deux formes de la mutualité. Cette note, elle manque à la mutualité absolue, ainsi que nous venons de le voir. La mutualité à taux fixes s’en glorifie, au contraire, et c’est de là que vient sa supériorité.

‘On appelle ‘sociétés à taux fixes,” explique M. Robillard, un connaisseur en la matière, les associations qui exigent de leurs membres une contribution mensuelle graduée suivant l’âge à l’admission de ses membres, comme prime de l’assurance sur la vie, assurance dont le fonds de garantie, en termes du métier, est appelé ‘‘ Caisse de dotation.”

Ici, l’adhérent n’est pas exposé aux fluctuations et aux surprises du nombre plus ou moins grand de décès parmi ses confrères, exigeant de lui des contributions plus ou moins souvent renouvelées. Il connaît avec précision, au

32 LA FORME CHRÉTIENNE S jour de son enrôlement, combien il aura à payer, chaque mois, pendant tout son temps de sociétariat. La prime | annuelle d'assurance, répartie en douze versements men- | suels égaux, afin de lui en faciliter le paiement, est calculée d’après son âge à l’entrée. S’il entre plus jeune dans lassociation, il aura moins à payer, parce qu’il paiera pen- | dant plus longtemps ; s’il s’enrôle à un âge plus avancé, &: | sa contribution sera plus forte, son sociétariat devant vraisemblement avoir une plus courte durée. Pour certaines associations, l'obligation des contributions mensuelles dure | jusqu’au décès du sociétaire : c’est le système de vie entiè- | re, auquel le gouvernement de la province de Québec | paraît vouloir restreindre les opérations de la mutualité, | dans sa juridiction, si l’on en juge d’après la loi qu’il a | imposée déjà, l’an dernier, aux associations mutuelles ve- | nant du dehors faire des opérations chez nous, Pour la plupart des associations, encore jusqu’à présent, la période

| des contributions s'arrête À soixante-dix ‘ans, les adhé- | rents n’étant pas admis après cinquante-cinq ans : c’est le | système d’assurance à terme. Dans ce cas, les associations | se réservent, néanmoins, le bénéfice, vis-à-vis le sociétaire ayant atteint la limite d’âge qui lui permet de réclamer le | |

montant de son assurance de son vivant, de ne le payer |

| que par dix versements annuels, chacun d’un dixième de son certificat entier, sauf s’il mourait avant les dix ans ac-

complis, alors que la balance du certificat devient payable

sur le champ. C

| | | Le but fondamental du système à taux fixes de mutua-

que ne \enalée ’as- Jen hcé, vant ines lure ntièébec lité, il a ver la iode dhést le ions taire er le ayer de ac-

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lité est de faire accumuler peu à peu par un sociétaire, dans la ‘‘Caisse de dotation’” de l’association, un montant tel

que, proportion dûment prise pour les frais d'administration

et les risques de la mortalité courante, ce sociétaire reste, : la fin de sa vie ou de sa période de contributions, avec un fonds de réserve suffisant, grâce aux intérêts accrus, par la bonne administration des fonds, pour solder ou à peu près le montant entier de son certificat. Je dis solder ou à peu près: le léger écart qui peut exister entre le montant dû par l'association et le montant effectivement réalisé par elle, à même les économies du sociétaire, pouvant et devant être compensé par les bénéfices d'opérations heureuses assurant au fonds commun de réserve un rendement plus élevé que le taux régulier de l’intérêt sur lequel on base les opérations.

Un exemple fera mieux saisir cette théorie :

Supposons le cas d’un homme admis à quarante-cinq ans dans une association de ce modèle, pour un certificat d’assurance de $1,000, et devant payer jusqu’à soixante-dix ans, c’est-à-dire pendant vingt-cinq ans. Ce sociétaire accumulera, dans la ‘‘Caisse de dotation”? de cette société, durant ce laps de temps, un total d’épargnes au montant que l’on va voir, Il paie, chaque mois, pour ses contributions à la ‘Caisse de dotation” (je calcule d’après le tarif de l’une des plus modernes de ces associations, L'Union Franco-Canadienne: c’est, du reste, le même, ou peu s’en faut, que dans la plupart d’entre elles) il paie, chaque mois, une piastre et demie ($1.50,) soit dix-huit piastres (#18.00) par année.

La table des intérêts composés nous révèle qu’une pias-

+4 LA FORME CIHRÉTIENNE

SE

tre, payée annuellement pendant vingt-cinq ans et placée à intérêt composé à 4%, vaut quarante-trois piastres et vingtun centins ($43.21), à la fin de cette période. Si, au lieu d’une niastre on en place dix-huit, dans les mêmes conditions, après vingt-cinq ans on a réalisé une somme de sept cent soixante-dix-neuf piastres et cinquante-huit centins (8779.58). Voilà ce que possède à son acquit, dans la ‘Caisse de dotation” de l’association à taux fixes où il s’est enrôlé, le sociétaire admis à quarante-cinq ans et qui a atteint la limite d’âge de soixante-dix ans. A ce moment il peët, dans la plupart dés cas jusqu’à présent, exigèr qu’on coînmence à lui payer ses bénéfices dé dotation : en même temps qu’il est libéré dé toute obligation aux contributions mensuelles. | Que peut-il réclamer de l'association, en supposant qu’il lui demande de lui régler immédiatement tout son certifiat d'assurance, ce que, d’après les règlements généraux en pareils cas, il n’a pas droit d'exiger ? Il ne peut réclamer que la valeur présente d’une annuité de cent piastres ($100) pendant dix äns (d’après éé que j’ai exposé plus haut). Or, cette valeur, à 44, est de huit cent onze piastres et neuf centins ($811.09): ce qu’aurait à lui payer l’association, si elle consentait à racheter tout de suite son certificat. Le sociétaire a donc fourni sept cént soixante-dix-ncuf piastres et cinquante-huit centins (8779.58) à la ‘‘Caïsse de dotation’? de l'association : il en retire huit cent onze piastres ct neuf centins ($811.09 ). C’est un découvert de trente-deux piastres et cinquante-un centins ($32.51) que l'association aurait À rencontrer au’ moyen d’opéra-

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tions heureuses surélevant le taux des intérôts qu’elle obtient sur le placement de ses fonds, ainsi que je viens de le dire.

Le taux de 4% est adopté iei pour se rapprocher davantage de l’étalon choisi par quelques grandes compagnies américaines d'assurance régulière sur la vie, compagnies auxquellés la mutualité fait une concurrence désastreuse et qui, pour être plus sûres de leurs profits, calculent leurs primes de façon: à répor.dre aux exigences d’un taux de 34. Je dois faire remarquer, cependant, que la généralité de nos associations canadiennes de mutualité basent, jusqu'ici, la computation de leurs profits sur un taux d’intérêt de 5%. Ce dernier calcul modifie notablement les chiffres donnés tantôt. À ce compte, la réserve accumulée par le sociétaire admis quarante-cinq ans, pendant les vingtcinq années que durent ses contributions, s’élève à neuf cent une piastres et quatre-vingt-dix-huit centins ($901.98).

D'autre part, à cinq pour cent, la valeur présente d’une annuité de cent piastres ($100.00) n’est plus que de sept cent soixante-douze piastres et dix-sept centins ($772.17). Par conséquent, en ce cas, l’association reste avec un surplus en sa faveur de cent vingt-neuf piastres et quatrevingt-un centins ($129.81).

Ce surplus contribuera, pour une partie, à aider à à rencontrer le coût de la mortalité courante (décès des sociétaires avant que leur certificat. ne soit arrivé À maturité, comme, par exemple, si le sociétaire admis à quarante-cinq ans, mourait à soixante ans, au lieu d'atteindre soixante-dix), bien qu’il soit généralement admis qu’à couvrir ces risques

de mortalité courante suffisent à peu près les confiscations provenant des renoncements (cas des sociétaires qui abandonnent la société, après avoir payé cinq, dix, quinze ans ou plus de contributions, dont le bénéfice reste acquis à l'association sans plus de charges). Ces renoncements sont dans la proportion ordinaire de 33% ou un tiers du recrutement total de toute association de ce type. Pour une autre partie, la plus notable, le surplus dont j'ai parlé servira à grossir d'autant le fonds de réserve commun à tous les adhérents de l’association, pour les cas d’une proportion anormale survenant dans le chiffre de la mortalité courante, pendant un temps, ou bien pour les besoins de l'avenir, quand la moyenne d’âge des associés mutualistes se sera considérablement élevée, que le recrutement deviendra plus ardu, les adhérents nouveaux moins nombreux.

Je dois à la vérité de signaler que plusieurs de nos associations se retranchent une certaine proportion des bénéfices du calcul des intérêts à 5%, caléul que je faisais tout à l'heure, et cela en déduisant précisément cette somme de 5% des contributions mensuelles à leur ‘‘Caisse de dotation’”, afin de pourvoir à leurs frais d'administration. Heureusement, on a commencé à se rendre compte du péril que pouvait entraîner cette déduction dans les résultats définitifs, et l’on songe à y remédier bientôt. Déïà, pour sa part, L'Union Franco-Canadienne, toujours aux aguets des réformes à faire pour assurer le progrès de la mutualité catholique, a p'is l'initiative de renoncer à ce 5%, de façon

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à laisser à ses membres le bénéfices de leurs contributions entières à sa ‘‘ Caisse de dotation.” Elle leur impose, pour pourvoir aux frais de son administration générale, une légère cotisation supplémentaire de vingt-cinq centins par mois. Et ils sont heureux de payer cette modique somme pour conserver dans toute son intégrité leur réserve de dotation.

Voilà, en résumé, toute l’économie du système de la ‘mutualité à taux fixes”, reconnue comme la perfection du genre, d’après les progrès réalisés jusqu’aujourd’hui au sujet de cette institution si importante, vers laquelle les études sociales ne font encore, pour ainsi dire, que de se porter, depuis ce dernier quart de siècle. Mais l’on ne commence à s’en préoccuper pour tout de bon que depuis que Léon XIII, traçant le programme à suivre pour faire contrepied à la franc-maçonnerie, a attiré l’attention des penseurs sur les ressources imimenses de cette organisation de la solidarité chrétienne, organisation qui se présente comme l’héritière directe, aux temps modernes, du régime corporatif, prôné par le Saint Père, organisation qui se prête avec tant d'efficacité au soulagement des grandes misères du monde du prolétariat, sur lesquelles s’apitoie le Vicaire de Jésus-Christ.

De ce système de la mutualité à taux fixes, M. Robillard dit, dans son étude que j'aime à ci.er, parce qu’elle nous présente l’opinion de quelqu'un qui a fait des recherches approfondies et des travaux consciencieux pour l’avancement du sujet qu’il traite, M. Robillard dit :

‘ Le principe de ces sociétés, en ce qui concerne a ‘Caisse de Dotation’’, est dans mon humble opinion, rationnel, juste et équitable, Je dis que ce système est rationnel : en effet, dans les dix premières années d'existence de ces sociétés, il y a quatre décès par mille membres, et cependant, ces derniers ‘paient toujours le même montant de contribution, ce qui permet à la société de faire un joli fonds de réserve, et ce, pendant un certain nombre d'années, de sorte que, quand l’association commence * vieillir, les contributions ordinaires et une partie de l’intérêt qui s’accroit annuellement suffisent pour faire face à l’indemnité payable au décès’ des membres, et le fonds de réserve ne fait que s’accumuler! ce qui assure la permanence de ces sociétés.

‘D'ailleurs, supposons une société ayant, inscrits à sa ‘‘ Caisse de Dotation,”’ trois mille membres qui paient une moyenne d’une piastre par mois. |

‘Les revenus annuels s’élèveront à ‘‘trente-six mille piastres ?’ par an.

‘Sur ces trois mille membres, d’après les stalistiques, il: y aura une moyenne de douze décès par an. Les revenus de cette société, pendant dix ans, pour la ‘ Caisse de Dotation, ” s’élèveront donc à ‘‘trois cent soixante mille piastres,”” et les déboursés pour déces, pendant le même laps de temps, à cent vingt mille piastres,”” laissant un profit net de ‘“ deux cent quarante mille piastres,” qui aura été réalisé de ce chef, et ce, pendant une période de dix ans.

“Cela seul donne un aperçu du système des sociétés à taux fixes.

‘*Je connais une société de ce genre qui a été fondée en 1874. En 1881, elle n'avait que trois cent soixante neuf membres et accusait un déficit de quatre mille piastres.

‘“ Cependant, les directeurs de cette association ne se découragàirent pas, comptant n’arriver qu’à un bon résultat à cause de leur système qui, à leur point de vue, était excellent, Ils furent récompensés de leur persévérance, et seize ans après, en 1897, cette société atteignait le chiffre de ‘‘cent douze mille menibres,”” ct, aujourd’hui, elle possède un ‘‘ fonds de réserve ” de deux millions

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