CHAPITRE IV
Fécondation.
La reproduction a été considérée jusqu'à notre époque comme une fonction des êtres ; et cela est bien conforme à la définition du terme qui exprime le résultat de l'activité d'un organe, de Torgane génital pour le cas en question. Cependant, on a depuis longtemps reconnu que Torgane génital produit des éléments anatomiques, tandis que les autres organes élaborent des substances non organisées, telles que diastases ou excréta divers. La fonction accomplie est donc d'une toute autre sorte^; elle n'est pas identique aux autres, groupées ensemble comme conservatrices de l'individu tandis qu'elle-même est dite conservatrice de l'espèce. Cette mise à part est on ne peut plus justifiée, et les découvertes modernes tendent même à faire croire que la reproduction n'est pas du tout une fonction de l'organisme, attendu que ses manifestations essentielles se passent en dehors de celui-ci.
Il s'agit, bien entendu, de la reproduction sexuée seulement; car, pour tous les phénomènes auxquels on donne à tort le nom de reproduction asexuée, il est bien évident qu'ils sont de simples modalités de la croissance, et ne constituent pas du tout une fonction spéciale mais la résultante définitive de toutes les fonctions.
Sans rechercher s'il n'en est pas aussi de même pour la reproduction sexuée, disons seulement que la préparation des éléments génitaux a sur l'ensemble de la vie de l'organisme un retentissement considérable, que leur évacuation détermine dans les êtres une série d'excitations qui se traduisent par des désirs, par le rapprochement des sexes, ce qui ne peut rentrer autre part que dans une catégorie spéciale des fonctions de relation. Mais, nous le répétons, l'acte fondamental de la reproduction sexuée, la fécondation, se passe en dehors de l'organisme, entre les éléments génitaux préalablement séparés de celui-ci, même si elle s'accomplit à
1. Elle De pourrait être comparée qu'à la formation des leucocytes dans certains organes spéciaux ; et rien ne prouve au reste que cette dernière production soit une fonction. Le r6le des leucocytes dans la régénération rappelle au surplus celui des éléments génitaux dans la génération.
CINEMATIQUE
rintérieur des organes génitaux ou de leurs conduits, car l'œuf y est déjà comme un étranger et parfois comme un parasite ^
Les phénomènes essentiels de la fécondation : l'entrée du spermatozoïde dans l'œuf et la fusion des noyaux furent décrits pour la première fois avec netteté par O. Hertwig et H. Fol, entre 1876 et 1878. A la suite de leurs travaux, il fut acquis que ce qui reste de la vésicule germinative, noyau de l'ovule primordial, après l'émission du deuxième globule polaire, devient le pronucleus
femelle^ que le spermatozoïde entrant alors dans l'œuf donne le pronucleus mâle (0. Hertwig), et qu'une fusion s'effectue entre les deux pronucleus pour constituer un nouveau noyau appelé noyau de segmentation. Ces faits dans leur ensemble, revus et figurés bien des fois, sont tout à fait classiques (fig. 520).
Les découvertes ultérieures relatives à la karyokinèse et au rôle des anses chromatiques dans celle-ci eurent un retentissement considérable sur l'étude des phénomènes nucléaires accompagnant la fécondation.
Après avoir découvert que les éléments génitaux mûrs ont un nombre d'anses chromatiques réduit à la moitié de celui qui est typique pour l'espèce, et que le noyau résultant de la fusion des pronucleus mâle et femelle a le nombre d'anses normal, persuadé d'ailleurs de la personnalité des anses chromatiques. Ed. van Beneoen crut découvrir dans cet ensemble de faits une incontestable harmonie. La maturation ayant pour effet de réduire dans chaque cellule génitale les anses à la moitié de leur nombre, la fécondation ne sembla autre chose que la reconstruction d'un noyau complet avec deux demUnoyaux , Elle apparut alors comme un phénomène nécessaire, bien que sa nécessité demeurât inexplicable et mystérieuse.
Van Beneden affirma de plus que les deux pronucleus ne se fondaient pas tout à fait, mais se juxtaposaient seulement, sans confondre leurs anses encore séparées, et que celles-ci, à la première division, s'écartaient pour former deux groupes, marchant isolément vers les deux pôles du premier fuseau. De là résultait que, dès la première division et pour toute la suite de la segmentation, la
Fig. 530. — Fécondation de Pyrrhocoris apte rus (Henkino).
Wl» iPt» globules polaires; (ft pronucleus mâle; Ç, pronu> cleus femelle.