‹ La Forme Grave Du Pied Des TranchéesChapitre 21 sur 24 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Th... 26 ans, 255° d'Infanterie.

Se plaint, depuis le 13 décembre, d'œdème et de douleurs au niveau des deux pieds, à évolution progressive. Est évacué le 21 avec un pansement sec.

Etait depuis six jours dans les tranchées sans eau, à pied sec. Ses chaussettes, sauf le dernier jour, n'ont jamais été mouillées. Mais il a gelé fortement pendant trois jours. Le malade portait deux paires de chaussettes dans des chaussures larges, et des molletières peu serrées. Il avait fait de grosses marches avant de prendre les tranchées. &

Le 24 décembre, à l’arrivée, les deux pieds présentent des lésions sensiblement symétriques de sphacèle : teinte bleu ardoisé jusqu’à la pointe des malléoles, épiderme soulevé par d'énormes phlyctènes, anesthésie absolue de tout le segment refroidi. |

Par contre, les deux mollets sont douloureux au moindre contact, énormes, tuméfiés, tendus, d’un rouge vernissé. Douleurs intolérables spontanées et provoquées par le simple contact des couvertures.

Seuls des bains au sérum hypertonique amènent une’ sédation rapide de ces phénomènes douloureux.

La température reste élevée, 39°6-40°3. Le pouls, peu

LAS accéléré, est mauvais, mou, dépressible. L'état général est fortement atteint. | ;

L'état local et l’état général s’amendent progressivement sous l'influence des bains et des pansements humides.

27 décembre. — Assez brusquement apparait une infiltration gazeuse des membres inférieurs, surtout marquée à gauche où tout le mollet est tendu, sonore, crépitant. Le doigt écrase des bulles jusqu’au pli de l’aine. À droite, l'infiltration gazeuse ne dépasse pas le mollet. La température est à 38°5-39%5. Le pouls à 100.

La bilatéralité des lésions rend impossible une intervention chirurgicale radicale comme dans l’observation VI. On se contente d’une médication antiseptique locale et générale. Collargol et huile camphrée. Pansements à la pommade de Reclus après nettoyage soigneux à l'eau oxygénée.

28. — L'infiltration gazeuse s’accentue. Les deux cuisses sont sonores et crépitantes jusqu’au pli de l’aine. Par contre, le sphacèle n’a aucune tendance à l'envahissement et reste limité au pied. T. 38°5-38°5. Pouls à 90. Collargol, huile camphrée, air chaud.

29. — Mollet plus souple. Les gaz moins abondants à la cuisse se localisent sur le trajet des vaisseaux. Collargol, huile camphrée, air chaud.

30. — Presque plus de gaz à la cuisse gauche. Le mollet lui-même, quoique encore crépitant, s’est assoupli dans sa moitié supérieure. A droite, par contre, au nivèau de la cuisse, il existe encore des gaz tout le long des vaisseaux et dans tout l’espace celluleux où chemine le sciatique. T. 38°3-38°5. Pouls à 80.

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