‹ La Forme Grave Du Pied Des TranchéesChapitre 5 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il pourra paraître prétentieux de vouloir ajouter encore quelque chose à l’histoire du pied des tranchées. Il semble que l'intérêt de ces lésions se soit éteint avec la guerre, et d’ailleurs léur tableau clinique a été fixé par des observations et des publications nombreuses, leur étiologie et leur pathogénie ont été établies par des discussions prolongées au sein des diverses sociétés savantes. Leur traitement, pathogénique, a été tracé avec une netteté impérieuse par Raymond et Parisot. Tout est dit, semble-t-il, et nous venons trop tard.

Et cependant, nous pensons qu'il vaut mieux ne pas laisser clore cette période de chirurgie d'armée sans revenir une dernière fois sur la question. Les conclusions de la Conférence chirurgicale interalliée semblent avoir jugé sans appel une question, plus complexe qu’on n’a pu le croire. Et ce jugement ne nous paraît pas sans critique, lorsqu'il donne une consécration officielle à la

LS RP GS théorie mycosique de ces froidures ; lorsqu'il affirme la valeur thérapeutique du traitement borato-camphré ; iorsqu'il pose l’expectative et l’abstention opératoire comme une règle thérapeutique absolue.

Il était classique, depuis le premier hiver de la guerre, de décrire aux pieds des tranchées trois degrés de gravité croissante : un premier degré caractérisé par l'œdème et la rubéfaction ; un deuxième degré caractérisé par les phlyctènes ; un troisième degré où se forment des escarres.

Or sur cette troisième forme peu de choses ont été dites. Elle rappelait au point de vue symptomatologique, et suivant son stade évolutif, les diverses formes connues de gangrène sèche et humide, ce qui dispensait de longues descriptions. Au point de vue thérapeutique, on se laissa guider par les notions que nous avaient acquises ces gangrènes de la pratique civile, et on conclut à l’expectative.

L'immense majorité des formes légères fit oublier un peu les formes graves, dont ont cependant parlé Kirmisson, Tanton, Raymond et Parisot, Mauclaire, Souligoux, Walther, Bertrand, et cette considération explique : peut-être la confiance absolue que l’on a pu accorder à certaines thérapeutiques.

Or nous avons eu l’occasion d'observer une forme de froidures particulièrement graves et qui nous a paru mériter une description à part, commeelle est justiciable d’une thérapeutique spéciale. C'est celle que Chauvin décrivit en 1917 sous le nom de « forme septicémique des gelures ». Elle se caractérise :

1° Par l’allure massive de la gangrène emportant fréquemment la totalité du pied ;

2° Au-dessus de l’escarre, par des phénomènes locaux

AN NON A ERN ÿ

Page 1