B. LES DILATATIONS BRONCHIQUES DE LA SYPHILIS ACQUISE
Les observations de bronchectasies liées à la syphilis acquise sont très nombreuses et elles constituent ‘actuellement des faits fort bien connus.
Leur présence n'étonne pas ; on sait l'aflinité de la syphilis secondaire et tertiaire sur le système - laryngotrachéo-bronchique.
SCHNITZLER décrit le premier, en 1880, la dyspnée secondaire et bien que FourMER la déclare hypothétique ou nerveuse sine materia, LANGEREAUX la rapporte aux accidents muqueux, car il avait pu observer l'exanthème trachéo-bronchique secondaire. TABERLET l'affirme, LÉPixE ne la croit pas spécifique, SERGENT la décrit, Bar- THÉLEMY (20) individualise une bronchile hémopioique de la fin du secondarisme, s'accompagnant de fièvre, d'oppression, point de ‘côté, crachats hémoptoïques, amaigrissement, asthénie, râles intenses dans le tiers ‘supérieur des deux poumons.
Gasrou (ro) et son élève Tissor (306) reprennent celt-
te question à l’occasion du cas suivant observé par eux.
Il s'agissait d’un homme venant de consulter à l'hôpital Saint-Louis où on avait diagnostiqué une roséole et des plaques muqueuses. En sortant de l'hôpital, le malheureux fut écrasé par un camion et mourut quelques minutes plus tard.
A l’autopsie, on trouva « des lésions de Iymphangite et d'engorgement de toutes les chaînes ganglionnaires ».
Lésions de périphlébite inflammatoire et d’ectasie veineuse de tous les organes. On note de l’hyperémie bronchique donnant à la muqueuse un aspect ronge congestif recouvert d’un
exsudat léger.
Ces auteurs concluent à la réalité de la bronchite hémoploique secondaire. Celle-ci est intéressante pour nous à deux points de vue. D'abord l'atteinte rapide de la bronche au cours de la syphilis secondaire ; ensuite la précocité des phénomènes congestifs dont l'aboutis-
sant peut être l’'hémoptysie.
La bronchectasie peut ‘apparaître plus ou moins tôt après l'accident syphilitique initial. Mais en général c'est une quinzaine d’années plus tard qu’elle se montre. Elle est remarquablement tolérée et latente comme presque toutes les manifestations viscérales de la syphilis tertiaire. On ne peut pas mieux la comparer qu'à l'anévrysme de l'aorte dont le processus envahissant arrive à faire saillie sous la peau à travers le sternum corrodé, sans que, bien souvent, son porteur ne s'inquiète.
Les caractères mêmes de latence, la parfaite tolérance du malade vis-à-vis de la lésion constituent des signes excellents en faveur de l’étiologie syphilitique d’une affection.
Bien qu'en général la bronchectasie se développe longtemps après le chancre, on à cité des observations remarquables par la précocié d'apparition de la bronchectasie. Celle de Rampror (66) est à ce point de vue très curieuse ; il s'agissait d'une syphilis maligne ayant produit des dilatations bronchiques quatre ans après le chancre.
Un homme de 28 ans, ayant présenté un chancre quatre ans auparavant, rentre à l'hôpital pour rupia, ostéite crânienne, accidents pulmonaires aboutissant rapidement à la mort.
À l'autopsie, on découvrit des lésions syphilitiques du voile du palais, des amygdales, du larynx, de la trachée et des bronches.
Les poumons présentent des nodules gommeux en plusieurs endroits, en d'autre se trouvent des nodules gommeux miliaires.
Les bronches dilatées par place, sont rétrécies en d’autres dans le lobe inférieur gauche.
Dans l’intérieur de leur paroi on remarque des petits nodules miliaires avec des cellules géantes formant une infiltration diffuse rétrécissant la bronche par place.
Il y a une prolifération abondante de l’épithélium bronchique d'où résultent des amas de cellules épilhéliales.
Ou des cavités complètement entourées de ces cellules.
Au voisinage des amas cellulaires épithéliaux des agglomérations considérables et nettement circonscrites de cellules arrondies formant cavité à leur centre.
Parmi les vaiscaux pulmonaires, seules les artères sont altérées, leur lumière plus ou moins rétrécie par un processus d'endartérite.
Boucaur et Duzor (57), rapportent le cas de Ant. B..., maçon, âgé de 60 ans, ayant contracté la syphilis à, 20 ans - (chancre et accidents secondaires). Huit ans plus tard, une toux rebelle et tenace, survenant hiver comme été, s’installe pour ne plus le quitter. À 35 ‘ans, le malade présenta des lésions tertiaires des jambes et des cuisses et un rupia syphilitique de l’hémithorax gauche. Entré à l’hôpital pour hémoptysie abondante, il ne tarde pas à en mourir.
A l’autopsie, on découvrit des dilatations multiples en nid d’abeilles avec deux cavités plus grandes dans un tissu de sclérose transformant le poumon en bloc compact sans aucune lé-
sion tuberculeuse.
Histologiquement, les dilatations bronchiques étaient typiques avec néoformation alvéolaire et présence de gomme dans
Ja masse scléreuse.
Muwro (236) décrit pour la syphilis pulmonaire acquise trois ordres de lésions.
La gomme,
La « fibroïd induration ».
Les « aréas of consolidation with cantarh » (dilatation bronchique).
Il prétend que la date d'apparition de celles-ci est entre 3 et 8 ans après le chancre, dans deux cas il l'aurait
observée après 20 ans .
POwWLINOFF (264) rapporte l'observation d’un homme de 32 ans, qui avait contracté la Ë à 25 ans (chancre et Y 2). Cet homme mourut au bout de 7 ans à la suite d'une période de cachexie avec toux et expectoration.
A lVauiopsie, preumopathie chronique du lobe supérieur droit avec deux grandes cavités bronchectasiques et des bandes indurées et fibreuses. Dans tout le reste du poumon des gommes » disséminées, du volume d'une épingle à celui d’un pois. Beaucoup de ces lésions siègent dans le voisinage où même dans l'épaisseur même des parois bronchiques qui, à leur
niveau sont épaissies et d’un aspect gélatineux.
Gette observation montre « en raccourci,» toutes les lésions de la È pulmonaire, gommes, les processus hyperplasiques (pneumonie chronique et dilatation bronchique, les lésions scléreuses cicatricielles).
JosseranD, in Beriel (36), page 21, rapporte une ob-
servation semblable.
Un homme de 30 ans ayant eu un chancre dix ans plus tôt était rentré à l'hôpital pour toux, amaigrissement et expectoration purulente. À l'aulopsie on trouva des dilatations des
bronches élendues aux deux poumons et une gomme du foie.
Dans tous ces cas où la syphilis était assez active, maligne même, la formation des bronchectasies a été précoce. Elles étaient d'ailleurs associées à des processus subaigus en particulier des gommes.
Il n'en est pas toujours ainsi et l’on peut dire en règle générale que la bronchectasie est en même temps qu’un stade ultime d'évolution, un accident tardif.
- ROQUES 277) rapporte une très belle observation qui confirme en tout point notre conception
Homme de 4o ans ayant présenté et présentant encore des accidents syphilitiques secondo-tertiaires. Pendant les mois précédents, il était atteint de pleuro-pneumonie de la base gauche. k
La mort était survenue par une méningite pyohémique consécutive à une dilatation bronchique gangrenée.
A l’autopsie du poumon gauche on a décelé toutes lés lésions de la syphilis pulmonaire, sauf la gommé.
Les stades successifs de l'invasion syphilitique observés étaient : l’inflammation banale sans signature spécifique.
La pneumonie interstitielle.
Les processus hyperplasiques adénomateux.
Le stade ultime de sclérose cicatricielle avec dilatation
bronchique.