QUELQUES PRÉFACES
D'un Limi politicien :
« Un acte en vers?.. En prose tourmentée et déformée, alors?.. Est-ce qu'on parle en vers?.. S'il pleut, c'est « il pleut » qu'il faut dire!.. Et puis, les vers, il faut que ça mousse. Et quand ils sont mousseux, ce n'est que de la mousse tout de même. Croyez-moi, mon bon : cachez cela et n'en parlons plus »
D'un de nos Maîtres du vers :
« Poignée de main, mon cher docteur! C'est que c'est très ça, le vers de votre Formule!.. C'est bien le vers du dialogue, facile, naturel, désossé ;
aUELQUES PRÉFACES
tantôt pipette et coin de feu, toujours très chic d'ailleurs ; tantôt chevau-léger en bottes vernies, des rubans au pourpoint et de la dentelle aux manches, éperonné de soleil, casqué de rayons, aigrette de rimes impeccables, et presque ailé — parole d'honneur! — comme pour un envol avec la fée Urgèlc, lorsqu'il se mêle de roucouler. Sincèrement, il ne manque à La . foninik que Georges Berr et Darcey, Jane Henriot et une signature parisienne : presque rien, comme vous voyez. Si — ce que vous méritez — vous alliez être applaudi, c'est ça qui nous changerait ! »
D'un autre poète :
« Je ne vous apprendrai rien en vous disant que votre Formule n'est pas dans le goût du jour. C'est voulu, n'est-ce pas? et vous n'avez pas l'intention de rivaliser de « modernisme » avec l'auteur du 'Nouveau Jeu?.. Mais votre pièce est très gaie et son afïiibulation ne manque pas d'originalité : pourquoi ne l'exposeriez-vous pas aux feux de la rampe ? — Vos domestiques, il est vrai, sont du W'IIIe siècle : les maîtres, d'aujourd'hui ne parlent pas aussi bien. »
aUELaUES PRÉFAdES
D'un de nos plus puissants prosateurs : « Un cordial merci : La Formule est un aimable badinage qui m'a beaucoup intéressé, mais les vers ne m'en plaisent pas. Il est vrai que je n'aime pas mieux ceux de Molière. »
D'un classique intransigeant :
« Quand on sait, comme vous, écrire d'admirables vers, pourquoi en admettre sans hémistiche et avec enjambement comme ceux-ci :
N'avoir que des demi-souffrances, mais par contre Posséder toute joie en double, tellement Qu'aux jours ensoleillés c'est un enchantemoit...
etc ?.. Ce n'est vraiment pas permis !.. »
D'un enthousiaste :
« Hourra, cher ami! Oh! cette Lu]ie de miel! C'est du Rostand... et du meilleur! »
dUELCIUES PREFACES
De l'auteur modeste, très modeste : « Mais non, mais non!.. A peine la caresse rafraîchissante d'un éventail sous la chaleur des lustres; une brise discrète en une serre d'orchidées ; un peu de vraie rosée en vaporisateur après une débauche de parfums; une fugitive bouffée d'air de la montagne au-dessus d'un marécage; et puis la chaste petite fleur bleue, du myosotis, quelques brindilles d'honnête « vcrgissmcinnicht » dans un verre d'eau : du Bénédix, tout simplement.
Pour copie conforme :
Dr E. V.
Ixelles, le i^'' décembre 1899.