‹ La Fortune des d'OrléansChapitre 29 sur 46 · MANIFESTE DE PUISAYE · texte numérisé non relu

MANIFESTE DE PUISAYE

a) communication adressée au directoire par son

COMMISSAIRE PRÈS l'aDMINISTRATION DE LA LOIRE-IN-

férieure'.

Nantes, le l*»" ventôse an 5 (19 février 1797) de la République française une et indivisible.

Le commissaire du Directoire exécutif près ladministration centrale du département de la Loire-Inférieure au Directoire exécutif.

Citoyen directeur.

Par les soins que j'ai pris pour faire surveiller la circulation des écrits royalistes et contre-révolutionnaires, je viens de découvrir et on m'a remis un exemplaire imprimé d'un nouveau manifeste lancé dans nos campagnes par M. de Puisaye au nom de Louis X'VIII. J'ai cru devoir vous transmettre aussitôt cette pièce, qui m'a été, ce jour même, livrée par le commandant de ^a gendarmerie. Elle a été originairement confiée à un lieutenant de gendarmerie établi à Ancenis, auquel an ancien chouan communique franchement tout ce i[iiil

(1) .\rchive3 nationales. A. F. lîl, 275.

sait ou reçoit de l'ancien parti dont il a été entièrement détaché.

Je ne fais aucune réflexion sur cette délirante production. Elle n'est pas propre à faire fortune, même parmi les plus enragés royalistes, surtout après la découverte de la conspiration et nos victoires continuelles dans l'Italie.

Néanmoins je ne cesse pas de veiller et de prémunir les esprits contre ces grossiers poisons.

Salut et respect Letourneur.

b) manifeste

Armée catholique et royale de Bretagne et pays adjacents.

Joseph, comte de Puisaye, lieutenant-général des armées du roi, commandant en chef pour Sa Majesté dans sa province de Bretagne, etc.

Aux habitants de ces pays

Braves habitants

L'ordre que j'ai reçu de Sa Majesté et de Son Altesse Royale, Monsieur, lieutenant-général du Royaume, de maintenir le Parti Royaliste dans toute sa pureté, m'impose le devoir de vous éclairer sur les nouveaux pièges par lesquels l'intrigue et la malveillance tentent en vain de surprendre votre bonne foi.

La République n'est plus, ou plutôt ce gouvernement barbare dont la monstrueuse et passagère existence a coûté tant de sang à notre triste Patrie, s'agite aujourd'hui dans les convulsions de la mort. Les armées des factieux, dispersées et anéanties par les victoires multipliées des illustres alliés de notre Roi ; les restes de la m.'irine française engloutis par les flots ou devenus la proie des vainqueurs, après une entreprise que le désespoir seul avait pu conseiller ; tous les honnêtes gens détrompés, s'interrogeant eux-mêmes et rougis-

sant de reconnaître pour qui et contre qui ils s'étaient armés ; ce retour sincère des habitants des mêmes pays qui, séduits par les conseils perfides de vils étrangers, s'entregorgèrent pendant quatre ans, sous les yeux de ces féroces excitateurs ; tout annonce aux tyrans de la France que la dernière heure de leur puissance est arrivée ; et le mot de République, s'il est en core sur les lèvres de quelques êtres fanatiques ou Umides, n'est plus, du moins, dans le cœur ou dans l'espoir de personne.

Mais ces hommes accoutumés à dominer, instruits à vos dépens, dans cet art exécrable et profond qui profitent des vertus même des hommes pour les diviser entre eux et pour les asservir, frémissent à l'approche de ce jour pour lequel vous avez si longtemps et si glorieusement combattu, de ce jour heureux et célèbre à jamais dans les annales de la Religion et de la Monarchie, où le plus désiré des Rois, le petit-flls de Henri IV, entouré des restes précieux de son auguste famille, que la Pro^■idence céleste et leur courage magnanime ont arrachés au fer des bourreaux, environné de cette foule de héros français, dont la valeur et la constance dans le malheur sont, pour la Patrie reconnaissante, autant de titres de gloire, viendra, précédé des ministres fidèles de notre sainte Religion, proclamer son triomphe éclatant et par un pardon généreux et universel donner à ses sujets le signal de la réconciliation et le bonheur à son Pays.

Ils se tourmentent dans leur rage insensée ; et ne pouvant plus reculer ce moment par des efforts qu'ils savent désormais devoir être impuissants, ils essayent aujourd'hui de tromper l'ignorance et de séduire les faibles, par la promesse illusoire d'un gouverneme it fondé sur de nouvelles bases ou plutôt sur des bases semblables à celui qui plongea la France dans un abîme de maux.

Des émissaires secrets parcourent nos campagnes et s'introduisent dans nos cités ; ils osent proposer comme remède aux désastres dont leurs commettants furent les auteurs forcenés, l'association monstrueuse

d'un fantôme de royauté avec les principes républicains d'une de leurs constitutions éphémères ; ils ne craignent pas de révolter l'imagination effrayée, par le projet dérisoire et barbare de faire asseoir Louis XVIII parmi les assassins de son auguste frère, et de faire servir de degrés au trône qu'ils veulent élever, les marches de l'échafaud de Louis XVI.

O mon maître, ô mon roi, au milieu des malheurs qui ont illustré votre exil glorieux !... qu'ils connaissent bien peu votre âme magnanime, ceux-là, ces êtres pusillanimes et faibles qui écoutent de sang froid de pareilles propositions ! Ils ne savent donc pas que, livré tout entier à l'idée qui vous est chère, de rendre votre peuple heureux, Louis XVIII, par sa constance, s'est placé au-dessus des couronnes ? Et que ce funeste projet, qui préparait à la France un siècle de convulsions, d'instabilité, d'anarchie et de malheurs, est le dernier outrage que des régicides pouvaient faire à leur maître.

Braves habitants ! reconnaissez ce piège dans toute sa grossièreté ! J'ai promis de combattre les factieux, de quelque masque qu'ils osent se couvrir ; je tiendrai ma parole et le voile va être déchiré.

Vos tyrans, car ce sont toujours les mêmes, ont surpris la confiance de quelques hommes inexpérimentés dont ils ont flatté l'ambition par de pompeuses promesses ; la faction qui bouleversa la France depuis sept ans n'a point changé d'objet ! L'infâme duc d'Orléans, trop honoré par le supplice des martyrs, revit dans son fils ! Les factieux ont éloigné celui-ci pour le faire paraître quand il en serait temps !

On veut offrir à l'héritier de Henri IV, à votre roi légitime, une couronne sanglante et enchaînée ! On connaît l'élévation de son cœur ; on est assuré qu'il la rejettera avec indignation. Cette offre sera repoussée successivement par nos princes vertueux dans l'ordre de l'hérédité ; et d'après une des prétendues lois qui prescrit cette marche pour la succession au trône constitutionnel, on pense légitimer ainsi l'usurpation du fils de Philippe Egalité.

Le souffririez-vous, Bretons fidèles et vous braves Vendéens ? Non, c'est vous faire injure ; non, vos bras généreux ne s'armeront point au signal de cîiefs parasites, que ne ^■ous ne vîtes jamais aux champs de l'honneur et qui osent calomnier ceux qui vous y ont si longtemps conduit : vous n'écouterez point leur trompeuse voix.

C'est en présence de tous les Français, c'est à la face de l'Europe que je renouvelle ici ce serment solennel qui, dans des jours de deuil, nous a tous liés à jamais et qui est devenu le premier monument de votre gloire.

Je jure de combattre pour le rétablissement en France de la religion chrétienne, apostolique et romaine ; pour celui de la monarchie française dans tout son éclat ; pour le maintien des droits et des propriétés de tous et de chacun ; pour le retour de l'ordre et de la tranquillité publique ; je jure, conformément aux principes de ma religion et aux volontés de mon Roi, de ne conserver aucune haine contre ses sujets égarés, d'accueillir tous ceux qui, revenus de leurs erreurs, se réuniront à nous pour le bonheur commun ; d'oublier le passé, de préserver tous les sujets du Roi, quelles qu'aient été leurs erreurs et leur conduite, de toutes vexations, en faisant exécuter à leur égard les lois protectrices de la Monarchie française, dont l'apanage le plus doux pour mon souverain est le droit de pardonner, qu'on cherche à lui ravir.

Royalistes, tel fut notre premier serment ! Sous la hache des bourreaux, vous lui fûtes fidèles et, au milieu des machinations perfides de ces bourreaux déguisés, dont la frayeur a changé le langage, vous l'avez déjà renouvelé avec moi dans votre cœur, et nous le remplirons.

Vive le roi Louis XVTH, roi de France et de Navarre, dans toute la plénitude de sa puissance et de sa gloire !

Donné le premier jour de janvier 1797, l'an deuxième du règne de Louis XVTIL

Le Comte Joseph de Puisaye général en chef.

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