‹ La franc-maçonnerie dans la province de Québec en 1883 [microforme]Chapitre 60 sur 85 · CHAPITRE XIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIT

LA MAÇONNERIE TEMPLIÈRE NIE LA DIVINITÉ DU CHRIST—RÉCEPTION DU ROSE-CROIX.

La Maçonnerie est hostile à Jésus-Christ et à son Eglise. L'examen des rituels et les témoignages que nous venons d’entendre le prouvent assez. Mais dans ces premiers grades, l’on a bien soin d’envelopper cette hostilité dans des symboles et des allégories obscures, afin de ne pas effaroucher le vulgaire.

Si nous voulons voir à découvert la haine que la Maçonnerie porte à Jésus-Christ et à son Eglise, il faut lire le Rituel des hauts grades du rite Ecossais. Là plus de voiles, plus d’allégories, plus de demijour. La négation directe et positive de la Divinité du Christ y est enseignée ouvertement.

‘ Notre adversaire, disait le fr. Conrad en 1872, est l'Eglise Romano-catholique, papale, infaillible avec son organisation compacte et universelle.”

# C’est l’ennemie héréditaire et implacable.”

Cette haine remonte jusqu’au fondateur de cette Eglise, et c’est Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même que l’on bafoue, que l’on méprise et qu’on renie dans le grade de la maçonnerie templière, nommé le Grade du chevalier de l’Aigle blanc (18ème du rite Ecossais) ou chevalier Rose-Croix de St André (7ème et dernier du rite Français).

Description du degré de Rose- Croix ou le “ nec plus ultra ” de la maçonnerie.

“ Cette dignité, dit Carlile, est regardée comme le nec plus ultra de la Maçonnerie.”

“ Sa possession est d’une telle importance que ses membres ont le droit d’être admis dans toutes les loges inférieures, sans examen.”

“ Personne n’est admis à ce degré de Rose-Croix sans avoir reçu tous les degrés précédents.” (Carlile, Manual of Freemasonry, p. 306.)

Ces deux remarques prouvent bien, je crois, la connexion intime du grade de Rose-Croix avec la maçonnerie symbolique des trois premiers degrés.

La loge doit être tendue de rouge, et, à l’Orient, au lieu d’un trône, c’est un autel triangulaire, dont une face est tournée vers l'Occident.

Sur cet autel, il faut un grand tableau en transparent représentant une croix avec une rose au milieu. Au-dessus est l'inscription : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.

Des colonnes brisées sont placées de chaque côté du transparent ; une tombe est à l’est et trois lumières à l’ouest.

A l’ouverture de la loge, le très sage est assis sur la troisième marche de l’autel, qui en compte sept, la tête appuyée sur une de ces mains,

Après les premiers ordres, il dit: “ Il est temps de commencer nos travaux. Invitez les respectables chevaliers à m'aider à ouvrir le chapitre souverain des rose-croix.

“ Nous sommes accablés de tristesse, le voile du temple est déchiré, les colonnes de la 1aaçonnerie sont brisées, la pierre cubique a sué sang et eau, la parole est un danger d’être perdue : et c'est presque fini...”

Respectables chevaliers, aidez-moi à retracer la parole avant qu’il ne soit trop tard.

Ils prononcent le mot J. N. R. J.

La parole est retrouvée, je vous en félicite.

Le chapitre est ouvert.

Le candidat écrit son nom, son adresse, les degrés de maçonnerie qu’il a reçus, et se donne l’âge de

33 ans.

Le maître des cérémonies le conduit à la porte et demande son admission.

On prend le vote, et s’il lui est favorable, les frères applaudissent sept fois et prononcent trois fois le mot “ oyez.” Le candidat est introduit :

“ Son habillement est faite en forme de chasuble très courte au milieu il doit y. avoir une croix de ruban rouge; sur le tablier il y aura un grand J. et un peu plus loin Jéhovah qui veut dire la parole expirante. Au milieu du tablier sera un globe repré:

sentant le monde, le globe est entouré d’un serpent.” (Teissier, manuel de mag, p. 162.)

Les officiers de la loge portent le même costume. Une espèce de longue robe blanche, et une chasuble, quelque chose comme les ornements du prêtre qui va dire la messe.

Quand le candidat est introduit dans la loge, le très sage lui demande qui il est? Et le récipiendaire répond :

‘ Je suis né de parents nobles de la tribu de Juda.”

Le très sage : “ digne chevalier, vous m’inspirez la plus profonde estime ; mais vous nous voyez accablés de tristesse : tout est changé, le premier soutien de la Maçonnerie n’est plus, le voile du temple est déchiré, les colonnes sont brisées, les ornements les plus précieux sont enlevés, et la parole est perdue,

‘On peut la recouvrer par votre courage. Nous promettez-vous de l’employer pour nous ?

Récipiendaire.—Oui, très sage.

Très sage.—Approchez vous de l’autel en prétant serment que, si vous venez à connaître nos mystères,

. vous en garderez le plus profond silence.”

* Serment du Rose- Croix.

Le récipiendaire s’approche de l’autel: à met le ge-

nou droit sur l’évangile et dans cette position répète V’obligation suivante :

“ Je promets de ne jamais révéler les secrets du Chevalier de l’Aigle, ou du Rose-Croix de St André, à aucun chevalier maçon, grand architecte, maître maçon, compagnon ou apprenti, ni à aucuu profane, sous peine d’être à jamais privée de la vraie parole et de rester dans l’obscurité perpétuelle.”

“ Qu'un ruisseau de sang et d’eau sorte sans cesse de mon corps, que mon âme soit plongée dans l’angoisse, qu'on m’abreuve de fiel et de vinaigre, que ma tête soit couronnée d’épines et que je meure sur une croix, si je trahis mon serment.”

‘“ Que le Grand Architecte de l'Univers me soit en aide |” (Carlile, Manuel, Rose-Croix de St André, p. 8300.)

Après ce serment, on conduit le candidat à la chambre obscure. On cherche’à l’effrayer par des bruits de chaînes et des apparitions de fantômes. Puis on le ramène au chapitre.

Le très sage lui fait alors les questions suivantes, auxquelles le frère qui le conduit, dicte les réponses

. “ Digne chevalier, d’où venez-vous ? ” . “ De Judée.”

‘ Par où avez-vous passé ? ”

. “Par Nazareth.”

. “Qui vous a conduit ? ”

“ Raphaël.”

. “ De quelle tribu êtes-vous ? ”

D rx EX

R. “ De la tribu de Juda.” D. “ Rassemblez les lettres initiales de ces quatre mots, que font-elles ? ”

Le très sage.—“ C’est l'inscription qui est sur la croix. C’est la parole que votre zèle rendra invinci- L. . . . , ble et qui sera transmise juc,u’à la fin des siècles.’

LR F4 ) # Venez recevoir l’honneur dû à votre mérite.”

Le récipiendaire obéit et lorsqu'il est à genou au pied de l’autel, le très sage lui met son épée nue sur la tête et dit à haute voix : En vertu du pouvoir que j'ai reçu de la métropole loge d'Hérédon, et devant cette auguste assemblée de chevaliers, mes frères et mes égaux, je vous admets, reçois et constitue à présent et pour toujours chevalier prince de l’Aïgle et du Pélican, parfait maçon libre d’'Hérédon, sous le titre souverain de Rose-Croix.

Le très sage le relève et lui donne le cordon, la . parole, le signe et l’attouchement ; la parole est Jnri. (Carlile, Manuel, p. 309. CI. Janet, t. I, p. 55 et suiv.)

Le signe.

Le signe se fait en levant les yeux au ciel, et en joignant les mains avec l’index pointé en haut, puis en les laissant retomber ensemble sur le ventre. C’est le signe d’admiration.

Le second signe est la réponse.

Il se fait en levant la main droite et en pointant

l'index vers le ciel, les autres doigts restant fermés, pour montrer qu’il n’y a “qu’un seul Etre qui est le Souverain et la Vérité pure.” (Carlile, Manue!, p. 303.)

La Maçonnerie, nous l’avons vu, n’enseigne dans ses trois premiers grades qu'une religion purement humaine.

Elle ignore complètement le surnaturel.

Elle ne dit pas un mot de Jésus-Christ et de son œuvre.

Elle reçoit dans ses loges le protestant et le déiste, le libre-penseur, le juif et le mahométan.

Quand donc au grade de Rose-Croix, en face d’un tableau représentant le crucifiement du Christ, on fuit donner le signe du Rose-Croix, c’est-à-dire élever la main droite avec l'index pointé en haut “ pour montrer qu'il n’y a qu'un Etre qui est le Souverain et la Vérité pure,’ ne nie-t-on pas ouvertement la Divinité du Christ? Quelle autre signification peuvent attribuer à ce signe, le déiste, le libre-penseur, le juif et le sectateur de Mahomet, qui tous ne voient en Jésus qu’un homme et non pas le Fils de Dieu ?

N'est-ce pas là encore ce qui ressort du rôle allégorique donné au candidat à ce degré de Rose-Croix ?

Il personnifie Jésus de Nazareth, comme au degré de maître il avait représenté le personnage du Grand Maître Hiram Abiff.

‘Il a 33 ans.”

“ Il est né de parents nobles de la tribu de Juda.”

“Il a passé par Nazareth.”

“ Conduit par Raphaël.”

“ De la tribu de Juda.”

Rassemblez ces initiales vous avez le mot de la Croix Znri: la parole est retrouvée.

# C’est-à-dire que Celui qui se nomma Jésus, n’est plus qu’un homme comme un autre, un Juif mort sur la croix infâme.”

Le reniement du Christ ; telle est dans ses hauts

grades, la science maçonnique. (Claudio Janet, t. I, page 59.

Nous allons éncore en voir une preuve plus manifeste dans le banquet qui termine la réception du Chevalier Rose-Croix.

C’est une parodie impie et sacrilège de la dernière cène du Sauveur.

Rappelons-nous que les acteurs de cette cérémonie

sont avec des catholiques, des libres-penseurs, des déistes, des juifs et des musulmans.

* Banquet des Roses- Croix.

“ Une table en forme de croix est préparée. Elle est couverte d’une nappe ; il y a douze morceaux de pain (le nombre prescrit de chevaliers en loge) et un gobelet de vin.”

RSR RE RE SAN ME RSS APS RER LR RER TS PSE VE ROUE PPT OO SERRE RUE ee

Un papier contenant les initiales du mot sacré Inri est placé sur l’autel.

Chaque chevalier tient à la main une baguette blanche. Le très sage frappe deux fois la terre de sa baguette et déclare le chapitre ouvert.

Sept fois, il fait le tour de la salle, suii des frères, et à chaque fois, il s'arrête devant le transparent qui représente la Croix et fait le signe du dégré (Lever la la main droite en portant l'index vers le ciel, pour montrer qu’il n’y a qu’un Etre Souverain et Vérité pure) Les frères font aussi le signe.

Au dernier tour, chaque chevalier prend un morceau de pain et le mange. Ensuite restant toujours en cercle autour de la table, chacun prend le calice, boit et passe à la ronde.

Quant le calice revient, le très sage le place sur l’autel et les chevaliers se donnent l’attouchement du Rose-Croix.

Alors on met dans la coupe vide, le papier sur lequel est inscrit le mot Znri et on le brûle.

Une dernière fois les chevaliers font le signe du Rose-Croix, puis le très sage finit la cérémonie en disant : ‘“ Consummatum est” Tout est consommé ! (Carlile Manual of Freemasonry, p. 311).

Il n’y a pas de doute possible sur la signification impie de ce degré.

. Ou est l’homme assez naïf pour voir dans ces cérémonies un hommage rendu à la croix et à la passion

de Jésus-Christ ? Qui verra dans cette cène maçonnique un souvenir pieux de la Cène Eucharistique, surtout quand on songe à la qualité des personnes qui reçoivent ce dégré de Rose-Croix ?

Il y a donc là une véritable négation de la divinité de Notre Seigneur, un reniement du Christ Fils de Dieu.

La doctrine maçonnique est facile à saisir. Jésus- Christ adoré comme Dieu, ruine non seulement les les fausses religions du paganisme, mais encore il supprime la religion naturelle, la religion de la Maçonnerie pour la remplacer par la Revélation. ‘ Alors le voile est déchiré les colonnes sont brisées les fondations du temple détruites, les plus précieux ornements de la Maçonnerie mis à néant et la parole en danger de périr.”

Pour sauver cette parole maçonnique, il faut enlever à la parole divine, au Verbe, son auréole de Fils de Dieu, pour n’en faire qu’un homme mis à mort à Jérusalem.

Et quand JZnri ne signifiera plus ‘“ qu’un Juif de ‘

Nazareth conduit par Raphaël à Jérusalem ” la parole sera retrouvée et la Maçonnerie reprendra joyeusement son œuvre.

Voilà ce que signifie le dégré de Rose-Croix. Et ce dégré est maçonnique, c’est le nec plus ultra de l’ordre. Carlile nous l’assure, et le Grand Maître de la loge de Quebec, nous affirme qu’il constitue avec les autres ordres de Chevalerie et les trois premiers dégrés symboliques ce que l’on nomme “ le Rite anglais de la franc-maçonnerie.”

Que les maçons catholiques reçus dans l’un des trois premiers dégrés comprennent maintenant en quelle compagnie, ils se trouvent. (a)

(a) Ce reniement de J.-C. au grade de Rose-Croix expliqué pourquoi tous les blasphémateurs de la divinité de N. S. sont particulièrement chers à la Maçonnerie. Après la publication de la Vie de Jésus par Renau, une souscription fut faite dans toutes les loges belges pour offrir une plume d’or à l’auteur. (CL Janet, t. I, p. 62.) |

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