CHAPITRE IV
CHARLES RADCLYFFE, COMTE DE DERWENTWATER; LE PRÉTENDANT CHARLES EDOUARD
Les ancêtres. — Les deux frères. — Les premières loges en France. — Le Grand Maître. — Charles -Edouard Stuart. — Culloden. — Le chapitre d'Arras. — Vincennes. — La fin d'une race. — Les persécuteurs et les martyrs. — L'échafaud de Tower-Hill. — Les descendants.
Tous les historiens qui ont étudié les origines de la f.'.-m.*. française, à quelque parti qu'ils appartiennent, désignent Charles Radclyffe, lord Derwentwater, comme le premier grand maître de la franc-maçonnerie française en 1725, et la plupart lord Harnouester comme ayant été son successeur de 1732 à 1738.
Charles Radclyffe fut, en effet, le premier grand maître de la f.\-m.'. jacobite en France, mais il ne le fut qu'à partir de 1732 ; quant à lord Harnouester, il n'a jamais existé (1).
Le premier grand maître de la franc- maçonnerie française ne fut pas lord Derwentwater, mais le duc d'Antin (1738-1743).
Pour étudier ce problème obscur et embrouillé de l'introduction de la f.\ m.*, en France, nous devrons
(1) M. Teder croit que lord Harnouester était le duc de Richemond, parce que ce petit-fils de la duchesse de Portsmouth aurait reçu de la G.*. L.\ de Londres une patente l'autorisant à constituer des Loges en France.
entrer dans quelques détails sur la formation des premières loges et sur le rôle considérable joué par Charles Radclyffe et surtout par le prétendant Charles- Edouard à partir de 1744.
Cette étude fera comprendre comment, dans la première moitié du xvme siècle, beaucoup de braves gens entrèrent dans la f.\-m.\ sans se douter du rôle qu'ils seraient appelés à jouer parla suite.
Il ne sera pas sans intérêt de faire voir comment Charles Radclyffe mourut en bon chrétien et en parfait royaliste ; il ne sera pas sans intérêt non plus de constater que, par un singulier concours de circonstances, celui qui introduisit en France les éléments de destruction de la religion et de la monarchie était, en même temps, un descendant des Stuarts et des Bourbons.
Les Radclyffe appartenaient à une des plus anciennes familles d'Ecosse, et jusqu'à l'extinction de leur race ils restèrent fidèles à la maison des Stuarts.
Leur fortune, considérable dès le moyen âge, s'était accrue en 1417 des terres de Derwentwater, par suite du mariage de Nicolas Radclyffe avec l'unique héritière de John de Derwentwater.
Un Francis Radclyffe ayant épousé Isabelle Grey fut créé baronnet le 31 janvier 1619 par Jacques VI d'Ecosse (Jacques 1er d'Angleterre). Il mourut en 1622, laissant 13 enfants.
Son héritier Edward (1589-1663) épousa Elisabeth, fille de Thomas Barton, de laquelle il eut huit filles et un fils, Francis (1624-1697), qui eut de Catherine, fille de William Fenwick, cinq fils et deux filles. Il avait été créé comte par Jacques II, le 7 mars 1688. L'héritier du nom, Edward (f le 29 avril 1705), avait épousé, le 18 août 1687, une fille naturelle de Charles II et de
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Mary Davies, actrice célèbre, qui fit partie de la troupe de William d'Avenant, directeur du théâtre de Lincoln's Inn Fields de Londres. Mary chantait et dansait à la perfection. La chronique théâtrale anglaise raconte que, le 7 mars 1666, elle dansa une gigue en culotte d'homme, ce qui était alors une innovation audacieuse, qu'elle renouvela le 5 août 1667 avec le plus grand succès. Par ce triomphe l'artiste, qui était aussi une jolie femme, attira l'attention de la Cour et elle figura souvent dans les représentations que le frère de Charles II, le duc d'York (Jacques II), donnait dans son palais. Dès 1670, elle était la maîtresse du roi, et elle en eut, le 16 octobre 1673, une fille, Mary Tudor. Richard Fluknœ fit sur la mère, en 1670, l'épigramme suivante :
Dear miss delight of ail the nobler sort, Pride of the stage, and Darling of the Court. Chère demoiselle, délice de toutes les plus nobles destinées, Vous êtes l'orgueil de la scène et la favorite de la Cour.
Il existe trois délicieux portraits de Mary Davies : deux de Lely et un de Kneller.
En 1706, la veuve d'Edward Radclyffe épousa, en secondes noces, Henry Graham, et en août 1707, en troisièmes noces, James Rocke. Fidèle aux Stuarts, elle avait quitté l'Angleterre et mourut à Paris le 5 novembre 1726, laissant trois enfants de son premier mariage : James, Mary et Charles.
James, né à Londres le 28 juin 1689, suivit, avec sa famille, Jacques II à Saint-Germain-en-Laye, et fut élevé à la cour que tenait cet infortuné prince, grâce à la générosité de Louis XIV. Le 10 juillet 1712, il épousa Anna Maria, née en 1693, fille de sir John Webb deCauford, baronnet, et de Barbara, fille de JohnBellasysa, baron de Worlaby. Comme nous le verrons plus
loin, James mourut exécuté en 1716 ; quant à sa veuve, elle mourut dans un couvent de Louvain le 30 août 1723, laissant une fille et un fils.
La fille, Anna Maria Barbara, née en 1715, épousa, le 2 mai 1732, Robert James, VIIIe lord Petre, né en juin 1713 et dont la descendance est représentée de nos jours par des héritiers directs.
Le fils John, né en 1714, fit ses études à l'Académie d'Angers et mourut à Londres, le 31 décembre 1731, à l'âge de 17 ans, chez JohnWebb, son grand-père maternel, Great-Marlborough street, des suites d'un accident de voiture ; comme il ne laissait pas d'héritier direct, ses titres échurent à son oncle Charles Radclyffe, qui ne porta donc le titre de 5e comte de Derwentwater qu'en 1732.
Charles, né à Little Parndon (Essex), le 3 septembre 1693, passa la plus grande partie de son enfance à la cour de Jacques II, à Saint-Germain, et à celle de Jacques III, à Rome. Il avait beaucoup de goût pour l'étude et avait la réputation justifiée d'être un homme fort instruit. Elevé dans la religion catholique, il n'aurait pas échappé, dit-on, aux influences philosophiques, et c'est seulement dans les dernières années de sa vie qu'il serait revenu aux pratiques de la religion de son enfance.
Au point de vue militaire, il avait des vertus généreuses et héroïques. Son esprit très alerte et très fin n'avait pas nui à son courage, car il était brave jusqu'à la témérité. N'ayant jamais servi, il ne connaissait rien de la discipline militaire, mais il savait utiliser ses troupes avec beaucoup d'à propos et de discernement.
Esprit curieux, dans ses voyages, il prenait toujours des notes sur les monuments, les faits et les gens remarquables.
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En 1701, le Parlement déclara que seuls étaient accessibles au trône d'Angleterre les princes protestants. C'est pour ces causes que Georges-Louis, électeur de Hanovre, succéda à la reine Anne, sous le nom de Georges Ior. Sa mère, fille du duc de Brunswick-Zell, était petite-fille de Jacques Ier.
La nation anglaise apprit son accession au trône avec indifférence, et même avec animosité. Dès les premiers mois de 1715, il y eut des soulèvements auxquels les jacobites furent en partie étrangers, Jacques III ayant décidé tardivement d'intervenir. Sa tentative de restauration a été maintes fois racontée ; son rôle actif fut du reste de courte durée. Poursuivi par le duc d'Argyle, il dut s'embarquer sur un bateau français avec le comte de Mar et débarqua à Gravelines, pendant que ses partisans continuaient une lutte qui ne devait prendre fin qu'après la bataille de Preston(l), le 15 novembre 1715. Le lendemain, Thomas Pitt écrivait à Robert Pitt : « J'ai reçu avis hier matin à 6 heures, par notre frère, de la reddition des rebelles au nombre de 4 à 5.000 à Preston ; les lords Derwentwater et Widdrington et le fils de Macintosch sont en otages. Ces nouvelles ont été confirmées à 10 heures par un express envoyé par le colonel Nassau au Roi... (2)»
Le rôle des frères Radclyffe avait été considérable. L'attitude de Charles, qui n'avait alors que 22 ans, fut héroïque pendant le combat. Il encouragea ses troupes
(1) Il y eut un soulèvement sans importance en 1718, avec le concours de l'Espagne. Les chefs du parti jacobite furent les lords Keith et Scaforth. Jean Keith, comte de Kintore, fut élu G.'. M.-, de la G.'. L.#. d'Ecosse le 30 novembre 1738 et G.*. M.*, de la G.". L.\ d'Angleterre le 24 décembre 1739.
(2) Manuscrits Fortescue, I, 55.
jusqu'à la dernière heure ; il proposa de ne pas se rendre et de faire une trouée ; mais il fut obligé de se ranger à l'avis de la majorité. L'armée jacobite, à laquelle on avait promis la vie sauve, se rendit au général Wills.
Néanmoins la répression fut sanglante et frappa les plus nobles têtes : Derwentwater, Wittresdala, Guruwarth, Winthoun, Nairn, Widdrington et Kennir.
James eut la tête tranchée le 24 janvier 1716, bien que des pétitions des deux chambres l'eussent recommandé à la clémence du roi et que la duchesse de Richmond eût fait des démarches personnelles auprès du souverain. Le roi fut inflexible; Walpole, du reste, s'opposa de tout son pouvoir à ce que la grâce fût accordée.
La veille de sa mort, James écrivit à son frère une superbe lettre d'un grand sentiment religieux, témoignant de son amour et de sa fidélité pour les Stuarts (1).
James n'avait demandé à Georges Ier qu'une grâce qui lui fut refusée : être enseveli auprès de ses ancêtres. Le roi, craignant un mouvement populaire, fit transporter ses restes dans le cimetière de Saint-Gilles (Holborn) ; mais s'il faut en croire une légende, ses amis le portèrent secrètement dans le Northumberland, dans la chapelle de Dilston, à côté de son père.
Les ballades écossaises firent souvent allusion à la mort du héros jacobite :
« Albeit that hère in London town,... Quoique ce soit mon destin de mourir ici, à Londres, Oh ! transportez-moi au Northumberland pour m'y déposer dans le tombeau de mon père ; là, chantez mon Requiem solennel sous les saintes voûtes d'Hexham, et que six
(1) Dilston Hall, p. 136.
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jeunes filles du beau vallon de Tynedale sèment des fleurs sur ma sépulture... »
Une autre ballade raconte que « le jour de l'exécution du malheureux comte, les fontaines du Northumberland répandirent une eau teinte de sang ; le blé porté aux moulins rendit une farine rougeâtre; une aurore boréale teignit le ciel de lueurs sinistres et les habitants de la province appelèrent ce météore les cierges funèbres de lord Derwentwater ».
Roger Metcalf, qui avait été employé par lady RadclyfTe pour embaumer les restes de son infortuné neveu, a rapporté que le confesseur qui avait assisté James lui avait dit que le comte et son frère Charles avaient écrit à lord Tawskind, secrétaire d'Etat, pour obtenir de le voir une dernière fois, et que cette demandea vait été impitoyablement refusée.
Le cœur de James fut envoyé à Angers, dans un couvent de jeunes Anglaises, mais, au moment de la Révolution française, il aurait été transporté dans le couvent des Augustines de Paris.
Charles ne passa en jugement que le 18 mai 1716 à Westminster. Il était accusé de haute trahison. On lui laissa fort peu de temps pour sa défense et il fut, presque sans débat, déclaré coupable. Quelques jours plus tard, avec onze autres captifs, il fut conduit à Westminster dans six carrosses pour entendre sa sentence de mort. Lorsque la voiture dans laquelle il se trouvait traversa Fleet street, elle rencontra la cavalcade qui accompagnait dans la cité le roi Georges Ier, qui allait s'embarquer pour le Hanovre. La voiture des prisonniers s'étant arrêtée devant la porte d'un distillateur, près de Temple Bar, Charles demanda de l'anisette et but avec ses compagnons et le geôlier de la prison de Newgate ; quand il arriva à la Cour de l'Echiquier, il
était trop tard pour qu'on pût prononcer le jugement.
Grâce à cet incident il obtint, ainsi que quelques-uns de ses compagnons, un sursis jusqu'au mois de juillet, sursis qui fut encore prolongé jusqu'à la fin de l'année. Mais, désespérant d'obtenir son pardon complet, il prépara un plan d'évasion. Le 11 décembre 1716, il parvint à s'échapper du château de Newgate avec 30 prisonniers. Peu après, il put gagner la France ; il habita Paris quelques années, suivant la fortune et les déplacements du prince exilé et s'occupant sans relâche de sa restauration.
Durant tout ce temps, Charles n'avait pour vivre que la mince pension qui lui était accordée par son infortuné maître et quelques secours de son jeune neveu. Il remplissait auprès de Jacques III les fonctions presque gratuites de secrétaire.
Le 24 juin 1724, il épousa à Sainte-Marie de Bruxelles Charlotte Mary (1), fille unique et héritière de Charles Levingtone, comte de Newburgh. Née en 1693, Charlotte Mary était du même âge que Radclyffe ; veuve depuis le 21 février 1719, elle avait épousé en premières noces, en décembre 1713, Thomas Clifîord, dont elle avait eu deux filles : Françoise, morte sans alliance le 7 juillet 1771 et enterrée à Chudleigh Church ; et Anne, qui épousa le comte Mahony.
Lorsque Charles Radclyffe (2) épousa Charlotte Mary, il y avait de nombreuses années qu'il était épris de la belle veuve. Il la demanda, dit-on, en mariage seize fois sans succès, et, s'il faut en croire des tradi-
(1) Elle mourut à Londres le 4 août 1755. Il existe un portrait de la comtesse de Newburgh en mezzotinte cité par Smith
(2) Charles Radclyffe signait : comte deDarwentwater; mais son fils et ses héritiers signaient Derwentwater, qui est du reste la véritable orthographe (lac de Derwent).
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tions de famille, il n'obtint son consentement que la dix-septième fois en s'introduisant dans la chambre de la comtesse de Newburgh en descendant par la cheminée. Lord Petre possède un fort curieux tableau représentant cet incident.
Pour avoir été tardif, le mariage n'en fut pas moins fécond et, à partir de 1725, les enfants se succédèrent rapidement : James Bartholemew ; James Clément ; Charles ; Charlotte ; Barbara ; Tomasina et Mary.
La f.\-m.\ corporative, après s'être transformée presque complètement en f.\-m.\ politique jacobite en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, pendant le xvne siècle et les premières années du xvme siècle, persista pour la plus grande partie jusqu'en 1717 sous cette forme, pendant qu'une faible partie en Angleterre se rangeait sous la bannière de la maison de Hanovre en devenant spéculative. Pendant tout le xvme siècle nous assistons à la lutte de ces deux courants, bien que la f.\-m.\ écossaise soit, depuis la défaite de Culloden, beaucoup moins importante que la f.\ m.*, purement spéculative.
C'est sous la forme de f. *.-m.\ jacobite que cette secte fit son apparition en France avec les régiments irlandais et écossais (1).
Comme les Stuarts s'étaient réfugiés à Saint Germain-en-Laye, il est probable que cette ville fut pendant longtemps le centre de la f.*. -m*, jacobite, et tout
(1) D'après Glavel (120 et 165), la f.'. -m., aurait été introduite en Allemagne (Hambourg 1733) parles Stuarts. Les réfugiés jacobites dénués de ressources se faisaient de la maç.*. un moyen d'existence.
porte à croire que la première loge battant maillet en France fut la Bonne Foi à l'0.\ des gardes écossaises du roi d'Angleterre (régiment de Dillon). Parmi les membres de cette loge figurent, entre 1700 et 1730, les noms de Lally, Linche, Macdonald, Bourke, Mac- Carthy OToolle, Dillon, O'Neil, Butler, Fitz-Gérald, Talbot de Tyrconnel, etc. Le régiment de Walsh avait aussi une loge dont je n'ai relevé officiellement le titre : la Parfaite Égalité, qu'à partir de 1752. On vit figurer parmi ses membres, de 1700 à 1730 : Dorrington, Lesley comte de Rooth, Nagle, Butler, O'Calaghane, Mac Carthy, Wyndham, etc.
Nous retrouverons la plupart de ces noms lors de l'installation en 1726 de la loge Saint-Thomas, ainsi dénommée en souvenir de saint Thomas de Cantorbery, le saint vénéré de l'Angleterre des Stuarts (1).
Il est plus que probable que Charles Radclyffe fut initié par Ramsay, qui était son ami et qu'il rencontrait journellement, soit à la cour de Jacques III, soit chez le duc de Bouillon. S'il faut croire la tradition maçonnique, qui me paraît exacte, Charles Radclyffe aurait été le fondateur de la loge Saint-Thomas. Parmi les membres de cette loge, je n'ai pas trouvé trace de son nom et jusqu'ici je ne suis parvenu à relever positivement que François Heguerty (2), cadet au régiment
(1) Jusqu'à nouvel ordre, je crois devoir reléguer au nombre des légendes la patente delà loge de Dunkerque, soi-disant installée le 13 octobre 1721 par le duc de Montagu. Cette loge ne fut véritablement installée que le 1er mars 1756 par la G.'. L.\ de France.
(2) F. Heguerty, cadet le l*r avril 1724, réformé le 30 mai 1730 ; lieutenant 26 juin 1732 ; lieut.-col. le 21 mars 1747 ; cap. des grenadiers le 21 mars 1751 ; retiré en 1757. C'est par erreur que l'écrivain maçonnique, généralement bien informé, le F.'. Daruty, le désigne comme étant né à l'île Bourbon. Daniel Heguerty, né en effet à l'île Bourbon en 1722, ne pouvait installer une loge en 1726.
de Dillon ; Maclean (1) Drummond, duc de Perth ; Dillon ; Middleton, comte de Mommouth ; Douglas ; Sackeville ; O'Brien ; Max Dermott ; comte de Hamilton ; Scheldon ;Talbot, duc de Tyrconnell; Fitz James; Hyde;Macdonald;Lally.... parmi les Français je trouve un Choiseul, probablement Henri-Louis de Choiseul-Meuse (1687-1754) ; un Tingry, probablement Chrétien-Louis de Montmorency-Luxembourg (1675- 1746), qui fut maréchal de France ; Monin ; Leroy ; Salbray ; Picot ou Picod ; Drouin ou Dromy. Il est tellement absurde qu'avec un pareil recrutement on puisse supposer que cette loge ait été installée par la grande loge orangiste d'Angleterre, que je ne m'arrêterai pas un instant à discuter cette supposition. Pour les mêmes raisons, je ne puis admettre que, ni en 1726, ni plus tard, Charles Radclyfîe ait été désigné par les loges orangistes pour remplir les fonctions de grand maître de la franc-maçonnerie française, et comme lord Harnouester est le même personnage que lord Derwentwater (2), on peut affirmer que le premier grand maître de la franc-maçonnerie française fut le duc d'Antin.
D'après une brochure publiée à Francfort en 1744 et citée par Gould (III, p. 139), à la fin de 1736 il n'y aurait eu que 6 loges dans toute la France et pas plus de 60 maçons. A cette époque seulement Derventwater avait été nommé G.'. M.*, comme suc-
(1) Maclean est désigné, par erreur, sous le nom de Maskelyne, qui est l'orthographe résultant du nom prononcé par un Anglais et écrit par un Français.
(2) Lord Harnouester est le nom de lord Derwenwater orthographié par un Français. Gomme nous l'avons vu, en 1726 Charles Radclyffe ne pouvait porter le titre de comte de Derwentwater, qui appartenait à son neveu John ; celui-ci étant mort en décembre 1731, Charles Radclyffe prit en 1732 le titre de son neveu.
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cesseur de James Hector Maclean, qui occupait ces fonctions depuis plusieurs années. Cette hypothèse est en partie exacte : Maclean fut simplement maître d'une loge militaire irlandaise (1). Avant Derwentwater, le besoin d'un G.*. M.', de l'ordre de France ne se faisait pas sentir. D'après le St-James Evening Post du 12 mai 1737, il n'y avait en effet que cinq loges à Paris.
Du reste, on trouve fort peu de traces du rôle maçonnique de Radclyffe avant 1730 (2) et, à partir du 3 avril 1732, la loge de Saint-Thomas, par suite de l'influence du duc de Montaigu, se détacha des loges jacobites. Cette loge avait eu d'abord son local chez un traiteur anglais du nom de Hure, au « Louis d'argent ». En 1729, elle dut céder la place à la loge orangiste, qui prit le nom de cette auberge, et dont nous parlerons plus loin. Elle tint des séances, jusqu'en 1735 au moins, soit chez Landelle, rue de Buci, soit à l'Hôtel de Soissons, soit quai de la Râpée. Il dut donc y avoir, pendant un certain temps, deux loges sous le titre de Saint-Thomas : l'une jacobite, l'autre orangiste.
La première loge orangiste qui fut installée en France fut la loge du « Louis d'argent », qui figure sous le numéro 90 dans la liste de Richard Steele (1732) ; l'installation eut lieu le 12 juin 1729, rue de la Boucherie, à « la Ville de Tonnerre », chez Debure, cousin germain
(1) Je n'ai pas trouvé la trace de James Hector Maclean ; par contre, j'ai rencontré les noms de deux membres de cette famille : John Maclean, qui avait épousé Marie Macpherson, et le chevalier Alexandre Maclean, capitaine dans le régiment de Dorrington, qui avait épousé Marie Chilton.
(2) En 1743, au moment du décès de son fils Charles, il est encore à Saint-Germain, avec Alexandre de Montgomery, comte d'Eglentoun, le comte de Middleton, Georges Lesley et Alexandre Home.
du premier vénérable ou mieux maître de cette loge : André-François Lebreton, alors âgé de 21 ans, étant né le 21 août 1708, et qui fut le premier maître de loge anglais de France, ce qui établit que sa loge n'avait aucun rapport avec la loge jacobite de Saint-Thomas. En 1740, la loge du « Louis d'argent » porte le n° 78 (Pike) et elle est désignée sous le nom suggestif de « King's Head », Tête de Roi ; en 1763, elle porte le n° 49 (Cole) ; elle avait encore remplacé Saint-Thomas à la taverne de « la Ville de Tonnerre ». En 1735, elle était présidée par Désaguliers et le duc de Richmond ; en présence du comte de Waldegrave (1), ambassadeur d'Angleterre, du président de Montesquieu, du marquis de Lomuren, de lord Dursley, de Fitz-James, de Knight père et fils, de Hickam, etc., elle initia le duc de Kingston, le comte de Saint-Florentin et lord Chewton, fils du comte de Waldegrave. C'est de cette loge que se détacha une loge, une fille comme on disait alors, qui prit le nom « d'Aumont » lorsque le duc de ce nom en fut nommé vénérable (2). Alors que le « Louis d'argent » avait été rayé par la Grande Loge d'Angleterre, le 27 janvier 1768, pour avoir négligé de se conformer aux règlements, la loge d'Aumont existait encore en 1773 et avait pour vénérable Le Lorrain (3).
Une autre loge s'était détachée, dès le 1er décembre
(1) Le comte de Waldegrave, fils de lord Henri Waldegrave, qui avait épousé Henriette Fitz-James, fille de Jacques II et d'Arabella Churchill, sœur du fameux Marlborough. Malgré ses attaches jacobites, pour édifier sa fortune, le comte de Waldegrave s'était rallié à Georges II.
(2) Lors de l'installation de la Constante Amitié à l'0.\ de Caen, le 13 septembre 1765, Le Lorrain figure comme maître de cette loge et Moët, un des fondateurs de l'ordre de la Félicité, comme vénérable secret. En réalité il était vénérable de la loge « Le Secret».
(3) Jean-Pierre Le Lorrain, graveur du roi pour l'artillerie, neveu de Robert Le Lorrain, officier honoraire du G.". 0.\, le
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1729, de la loge du « Louis d'argent » :1 a loge des Arts Sainte-Marguerite, dont le premier vénérable fut un lapidaire anglais du nom de Coastown (1). Cette loge fut reconstituée, le 29 octobre 1773, par le G.*. 0.'., avec Puisieux (2), architecte du roi, comme vénérable; cette loge existait encore en 1776 et n'était plus en vigueur en 1785.
Enfin une cinquième loge aurait été créée en 1729 sous le titre de St-Pierre et St-Paul en faveur du Vén.\ M.*. Puisieux; comme elle ne figure sur aucune liste de la G.\ L.*. d'Angleterre, on a tout lieu de la supposer de formation jacobite.
Ces cinq loges n'étaient pas régulièrement constituées par la f.\ m.*, de Londres qui, avant 1766, ne donna des patentes officielles qu'au Louis d'argent à rO.\ de Paris ; à la Parfaite Union à l'0.\ de Valenciennes sous le n° 127 ; à la loge d'Aubigny le 22 août 1735 et à la loge anglaise de Bordeaux dite n° 204, et encore pour cette dernière faut-il faire des réserves, car si la G.a. L.*. de Londres reconnut ses travaux à partir du 27 avril 1732, elle ne délivra les patentes qu'en 1767. Toutes les autres loges étaient d'origine jacobite.
L'historique des cinq loges régulières ou irrégulières de Paris qui passent, avec raison, pour les cinq premières de France, m'a paru un exemple saisissant de l'incertitude et des difficultés qu'éprouva la f.\-m.\
5 juillet 1773, mourut en 1778 (son testament déposé chez Boursier, le 2 avril 1768, fut insinué le 7 août 1778).
(1) Appelé Goustaud en France et Gustos en Portugal. Ce Coastown a joué un grand rôle dans la propagation de la f.\-ni.'. sur le continent.
(2) Jean-Baptiste de Puisieux, né à Alland'huy (Ardennes) le 19 janvier 1679, mort à Paris, le 6 février 1776. Lors de la constitution du G.". 0.'. Puisieux était le doyen des maîtres de loge de Paris. Nous lui consacrons une notice, chapitre ix.
pour s'installer en France. Par la suite, pour des raisons d'intérêt ou d'orgueil, les f.'.-m. '. inventèrent des brevets anciens, comme celui de Gerbier, signé en 1721 par le duc d'Antin, qui n'avait alors que 14 ans ; malgré l'évidence de la fausseté du document, le G.'. 0.*. n'hésita pas à le considérer comme authentique. Aujourd'hui les historiens de toutes nuances sont à peu près d'accord pour suspecter un grand nombre de pièces analogues.
En présence des progrès de la f.'.-m.*. jacobite en France, la f.'.-m.*. anglaise s'inquiéta. De même qu'elle tendait à la suppression de la secte concurrente dans la Grande-Bretagne, la Grande Loge de Londres envoya en France un émissaire, pour réagir contre la tendance antianglaise de la f.'.-m.*. française. Son émissaire fut un de ses anciens grands maîtres, transfuge du parti des Stuarts et rallié à Georges II, Jacques Morton, comte de Douglas, qui eut à Paris des aventures qui firent beaucoup de bruit.
Les comtes de Morton étaient très avancés dans la f.'.-m.*. anglaise, et parmi les membres de cette famille on relève :
Jean Charles Douglas, comte de Morton, G.*. M.*, des loges écossaises, élu le 30 novembre 1739 ;
Jacques Douglas, comte de Morton, G.*. M.*, de la f.'.-m.*. anglaise, élu le 24 décembre 1740, installé le 19 mars suivant ;
Et Georges Douglas, comte de Morton, élu G.*. M.*de la G.'. L. . d'Ecosse en 1790 et 1791.
Celui qui nous intéresse est Jacques (James), 14e comte Morton, le G.'. M.', de la f.'.-m.'. anglaise, né
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à Edimbourg en 1702, mort en 1768. Il fut un des premiers transfuges qui abandonnèrent le parti des Stuarts pour se rallier à Georges IL
Homme de sciences, mathématicien, il fut élu membre de la Royal Society, le 19 avril 1733. Il s'occupait spécialement d'astronomie ; c'est lui qui fut chargé en 1769, parla commission des longitudes, d'observer le passage de Vénus.
Son rôle à Paris, où il séjourna pendant une partie de la durée de la guerre de succession d'Autriche, est au moins singulier.
Il était en France depuis 1743, sous prétexte de santé, et avait voyagé sur les rives de la Loire si chères aux Anglais. Il se trouvait à Lorient lorsque l'escadre britannique y fit une descente et fut sur le point de s'emparer de sa personne. Les jacobites le haïssaient et assuraient que si l'on faisait des perquisitions à son domicile, on trouverait des preuves d'espionnage et de trahison. Comme son passeport allait être périmé, il vint trouver d'Argenson à Fontainebleau. Le ministre lui déclara ne pouvoir le renouveler et lui conseilla de faire faire la demande par le prince Charles-Edouard, qui se trouvait précisément à la cour. Il n'osa le faire et se retira deux jours chez M. Vanhoey, à qui d'Argenson en fît amèrement le reproche. Dès qu'il sortit de son asile, sur ordre du 25 octobre 1746, contresigné Maurepas, on l'arrêta et on le conduisit à la Bastille. Pendant ce temps on arrêtait, à Paris, sa femme, la comtesse Agathe Morton, avec sa fille Mary, son fils, son domestique et sa femme de chambre. La comtesse Morton et ses enfants furent relâchés le 31 octobre suivant ; Morton ne sortit que le 6 décembre 1746, sur ordre contresigné d'Argenson. Tous ses papiers furent examinés et il subit de longs interrogatoires. On ne trouva
rien. Cette arrestation, qui avait fait beaucoup de bruit, fut d'une grande utilité pour le roi. Grâce à cet otage, le ministère britannique consentit à un règlement assez équitable pour les prisonniers français faits à Culloden, et permit de faire un échange avantageux.
De 1744 à 1746, Douglas avait essayé, sans succès du reste, de s'introduire dans plusieurs loges en Bretagne et sur les rives de la Loire (1) ; il est permis de croire que le but du voyage du G.'. M.*, de la f.\-m.\ anglaise fut provoqué par cette œuvre de propagande. C'est à cette époque du reste que la lutte fut la plus ardente entre les loges anglaises et les loges jacobites.
Charles-Edouard - Louis - Philippe - Casimir Stuart , dont Radclyffe soutenait la politique avec le concours des loges maçonniques, était né au palais Pamphili, à Rome, le 30 décembre 1720. Plus de deux cents témoins assistèrent à sa naissance. Dans la nuit, un astre nouveau apparut dans le ciel et les jacobites superstitieux virent dans ce phénomène un présage heureux pour la destinée du jeune prince.
Son père était Jacques VIII d'Ecosse, Jacques III d'Angleterre ; sa mère, Clémentine Sobieska, était la descendante de celui qui avait si vaillamment défendu la chrétienté sous les murs de Vienne en 1683.
Rarement naissance fut plus fêtée que celle de Charles-Edouard. Ses langes, valant 6.000 scudi, furent bénis parle pape Clément XI. Gitta, la sage-femme qui
(1) L'Union O.*. Lorient 1744; Saint-Louis de la Gloire O.". Saumur (12 avril 1745) ; la Concorde écossaise O.*. Tours (27 septembre 1745); l'Heureuse Rencontre O.*. Brest (6 novembre 1745); la Noble Amitié O.'. Morlaix (1746).
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le présenta aux partisans assemblés, reçut cent doublons de Jacques III et des dons particuliers des membres du Sacré Collège; le Saint-Père la créa comtesse romaine. Jacques III annonça en grande pompe la naissance de son héritier à tous les souverains d'Europe.
Jusqu'à la naissance de son frère, le duc d'York, Charles-Edouard eut pour gouvernante une Anglaise catholique, qui portait un nom qui devait devenir l'effroi des jacobites: Miss Walpole.
Son frère, Henry-Benoît-Edward-Alfred-Louis-Thomas, naquit le 20 mars 1725. Miss Walpole fut alors remplacée par la maîtresse de Jacques III, la comtesse d'Inverness, qui était protestante.
Les deux frères eurent successivement pour gouverneurs : Ramsay, Murray, le comte de Dumbar et Thomas Sheridan.
Ramsay, comme nous l'avons vu, était très avancé dans la f.\-m.\ ; il fréquentait assidûment les loges de Paris et se rendait souvent à Aubigny pour assister aux tenues maçonniques chez Louise de Keroual, duchesse de Portsmouth. C'est Ramsay qui initia le jeune Charles-Edouard aux secrets de la maçonnerie jacobite et qui, en dehors des satisfactions philosophiques qu'il devait y trouver, fit entrevoir à son royal élève l'intérêt politique qui pouvait en résulter pour ses partisans.
L'éducation des jeunes princes fut particulièrement soignée. Charles-Edouard parlait couramment l'anglais, l'italien et le français, dont il ne put cependant adopter l'orthographe. v Profondément artiste, le jeune Charles- Edouard était musicien de talent.
Il débuta brillamment dans la carrière militaire, à quatorze ans, au siège de Gaëte, en 1734, avec le maréchal de Berwick. L'année suivante, après un court
128 LA FRANOxMAÇONNERIE EN FRANCE
séjour à Naples et à Rome, il fit la campagne de Lombardie. La guerre terminée en 1737, sous le nom de comte d'Albany, il visita Parme, Gênes, Milan, Venise, et, passant par Padoue, Bologne et Florence, il revint se fixer à Rome et à Albano, où il demeura jusqu'à son départ pour la France. C'est dans la première de ces villes qu'en 1740 Horace Walpole fut à même de le voir et de l'étudier. La même année, le président Des Brosses était reçu dans leur palais, place des Saints- Apôtres, parles fils de Jacques III ; il a laissé dans son journal le récit de sa visite. Des Brosses trouva le prétendant dévot à l'excès, mais aimable, poli et gracieux, dénotant une grande bonté de cœur et un grand courage. Pour faire accueil au président, les deux frères firent de la musique ; l'aîné jouait du violoncelle pendant que le cadet chantait. Ils exécutèrent la Notte di Natale, concerto de Corelli.
Le sang du jeune Charles-Edouard bouillait dans ses veines et il avait hâte de rejoindre les armées de Louis XV, lorsqu'il apprit que, le 26 juin 1743, le comte de Clermont venait de se faire battre à Dettingen par Georges II en personne.
Les Stuarts habitaient Rome lorsque, dans les derniers jours de décembre 1743 lord Sempill, agent confidentiel de Jacques III à Paris, se rendit mystérieusement chez le chevalier de Saint-Georges. Il arrivait de Versailles, et, grâce à la duchesse de Châteauroux, qui s'intéressait à la cause jacobite, Louis XV l'autorisait à venir à Paris s'entendre avec ses partisans, et lui promettait son concours pour une expédition en Angleterre.
Charles-Edouard s'échappe de Rome le 9 janvier 1744, sous prétexte d'une partie de chasse. Grâce à la connivence du bailli de Tencin et du cardinal Aquaviva,
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il court la poste à franc étrier, jusqu'à Gênes, où il s'embarque sur une felouque espagnole. Il traverse sans encombre une escadre anglaise, débarque le 13 à Antibes et couche à Paris le 20. A peine arrivé, il se rend à Dunkerque, où la flotte française appareillait. Après avoir croisé quelques jours dans le Pas de Calais, l'escadre fut rejointe par la flotte anglaise commandée par l'amiral John Norris, devant Dunqueness, lorsqu'une tempête dispersa les combattants (1). Le
15 mars, Charles-Edouard était de retour à Gravelines sous le nom de chevalier de Douglas, veillant avec le maréchal de Saxe aux préparatifs d'une nouvelle expédition, qui fut contremandée peu après.
En juin, il était rentré à Paris et vivait comme un ermite à une lieue de la capitale. Louis XV ayant refusé de le recevoir, le prétendant s'en plaignit à son père, le
16 janvier 1745, et se rendit en Picardie chez le duc de Fitz-James, puis chez le duc de Bouillon (2) à Navarre. Pendant ce temps, le 11 mai 1745, avait lieu la bataille de Fontenoy dans laquelle les régiments écossais et irlandais rivalisaient de courage avec la Maison du roi.
Charles-Edouard préparait son expédition d'Ecosse, demandant à ses partisans les fonds nécessaires. Le 12 juin il écrit de Navarre à son père qu'il doit 60.000 francs au vieux Waters, banquier à Paris, franc-maçon militant, et le double à son fils.
Avec le concours d'Antoine Walsh, il frète à Nantes
(1) « Si la mer n'avait pas été alors de notre côté, dit lord Mahon, les Stuarts ne pouvaient pas ne pas réussir. »
(2) Le duc de Bouillon ex-prince de Turenne (1686-1743), qui fut son premier élevé avant d'être nommé précepteur des fils de Jacques III. Après 1730, à la suite d'intrigues de cour, Ramsay quitta ces fonctions et devint l'intendant du prince de Bouillon. En 1774, le G.'. O.'. de Bouillon, qui avait son siège à Bouillon, fonda plusieurs loges en France. Voir chapitre vi.
l'Elisabeth, vieux navire de 67 canons, commandé par le marquis d'O, et la Doutelle, petite frégate de 20 canons, commandée parWalsh. A la fin de juin 1745 il quitte Navarre et le 2 juillet il s'embarque à Saint- Nazaire sur un bateau pêcheur pour rejoindre la Doutelle, qui était mouillée sous Belle-Isle. Là, il attend YElisabeth et les deux navires appareillent de conserve le 12. Le 16 ils rencontrent un navire anglais de 58 canons, le Lyon, avec lequel ils se canonnent pendant cinq heures ; le combat fut acharné : YElisabeth dut rentrer à Brest et le Lyon dans un port anglais.
Malgré ce contretemps, Charles Edouard continue sa route avec la Doutelle et parvient à jeter l'ancre entre South-Uist et Eriska. Le 2 août il débarque dans cette dernière île et, d'après la légende, un aigle plana sur sa tête pendant qu'il atterrissait. Il prend enfin terre en Ecosse à Borodale.
Nous ne referons pas le récit bien connu de son expédition, qui le conduisit sans obstacles jusqu'à Derby, à 35 lieues de Londres. S'il avait marché de suite sur cette ville au lieu de passer des revues et de donner des bals à Edimbourg, il eût certainement triomphé, car il n'aurait pas laissé aux troupes auxiliaires, envoyées de Hollande, le temps d'arriver au secours du duc de Gumberland.
C'est pendant cette expédition que, le 24 septembre 1745, Charles-Edouard fut solennellement installé G.*. M.\ de la f. \-m.\ écossaise, dans un chapitre général de Tordre, tenu dans le palais d'Holyrood (1).
Le 19 septembre 1746, après avoir erré dans les petites îles qui entourent l'Ecosse, Charles-Edouard
(1) A winiher with Robert Burns, Edimbourg, 1846, pp. 53 et 54, et Amédée Pichot : Charles-Edouard.
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parvint à s'embarquer sur l'Heureuse, frégate de 30 canons, commandée par Warren, colonel du régiment de Dillon. L'Heureuse était convoyée par le Prince de Conti, de 22 canons.
Le prétendant débarqua à Roscoff le 10 octobre ; le 14 il avait rejoint son frère le duc d'York à Clichy. Par égard pour son infortune, Louis XV mit à sa disposition le château Saint-Antoine, et par traité signé d'Argenson et O'Bryan, la France le reconnaissait comme prince régent d'Angleterre.
Ayant obtenu d'être reçu par le roi à Fontainebleau, il se rendit près de Louis XV dans l'appareil royal le plus luxueux et le plus solennel, ce qui indisposa la cour contre lui, et, après un bref séjour, il retourna chez son frère à Clichy, sans avoir rien obtenu pour la nouvelle expédition qu'il projetait (1). S'il faut en croire les bruits de cour, la seconde fille de Louis XV aurait manifesté à son égard les sentiments les plus tendres ; on aurait même parlé de leur mariage .
Après avoir touché barre à Paris, Charles-Edouard se rendit à Avignon, puis se dirigea vers l'Espagne, espérant trouver à Madrid les secours qui lui avaient été refusés à Fontainebleau. Il traverse donc la Catalogne, est reçu à Guadalaxara, le 12 mars 1747, par Ferdinand VI, qui, tout en montrant une grande sympathie pour ses infortunes, ne voulut prendre avec lui aucun engagement politique. Il revint aussitôt en France et arriva à Paris vers le 15 avril.
(1) Les 22 et 26 octobre 1746, il remit à Louis XV deux mémoires qui n'eurent aucun effet.
C'est peu après son retour qu'il aurait constitué à Arras la loge la Constance, dont le père de Robespierre faisait partie. Voici le texte de ce document d'après la version la plus authentique, que nous empruntons à Daruty :
« Nous Charles-Edouard Stuwart, prétendant roi d'Angleterre, de France, d'Ecosse et d'Irlande, et, en cette qualité G.\ M.', du chap.*. de Hérédon, connu sous le titre de chevalier de l'Aigle, du Pélican, et, depuis nos malheurs et nos infortunes, sous celui de R.-.-C-. +:(1)
« Voulant témoigner aux maçons artésiens combien nous sommes reconnaissant envers eux des preuves de bienfaisance qu'ils nous ont prodiguées avec les officiers de la garnison de la ville d'Arras, et de leur attachement à notre personne pendant le séjour de six mois que nous avons fait en cette ville (2), nous avons, en leur faveur, créé et érigé, créons et érigeons, par la présente bulle, en ladite ville d'Arras, un souverain chapitre prématial et métropolitain de R.\ C.\ +, sous le titre distinctif d'EcossE jacobite, qui sera régi et gouverné par les chevaliers Lagneau, de Robespierre, tous deux avocats, Hazard et ses deux fils, tous trois médecins, J.-B. Lucet, notre tapissier, et Jérôme Tellier, notre horloger, auquel nous permettons et donnons pouvoir de faire, tant par eux que par leurs successeurs, non seulement des chevaliers R.\-C \, mais même de créer un chapitre dans toutes les villes où ils croiront pouvoir le faire, lorsqu'ils en seront requis, sans cepen-
(1) Il serait intéressant de savoir si les .'. abréviatifs figurent dans l'original de la bulle, ce qui, étant donnée l'époque, pourrait rendre douteuse son authenticité.
(2) Peut-être les six premiers mois de 1745, ou mieux, six mois en plusieurs fois en 1744 et 1745.
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dant. par eux ni par leurs successeurs, pouvoir créer deux chapitres dans une même ville, quelque peuplée qu'elle puisse être ; et pour que foi soit ajoutée à notre présente bulle, nous l'avons signée de notre main, et à icelle fait apposer le nom secret de nos commandements, et fait contresigner par le secrétaire de notre cabinet, le jeudi 15e jour du 2e mois l'an de l'Incarnation 1747.
« Charles-Edouard Stuwart,
« De par le Roi : (1)
« Lord Deberkley, secrétaire. »
L'authenticité de ce document a été mise en doute parce que, sur la pièce originale, Charles-Edouard se serait qualifié roi ; après vérification, le mot employé étant prétendant roi, l'objection tombe.
Daruty croit qu'il faut dater la patente de 1745, parce qu'elle est datée du jeudi 15e jour du 2° mois 5747, soit du 15 avril 1747, et il fait remarquer, avec raison, qu'en 1747 le 15 avril était un samedi et non un jeudi. Il conclut de là que le 15 avril étant un jeudi en 1745, c'est à cette dernière année qu'il faut faire remonter le document, et il le date dans sa transcription de 1745.
Or, Daruty se trompe, car il est vraisemblable que Charles-Edouard suivait, comme ses compatriotes, le vieux style, alors en retard de 12 jours sur le nouveau style adopté en France, et dans ce cas, le 15 avril V. S. correspondait au 27 avril N. S. qui était bien un jeudi.
(1) Une expédition de ce bref destinée au Chap.Metrop.de Paris, fut vendue en vente publique le 27 mars 1863, par le libraire Tross (n° 9 du catal.). Les parties reproduites dans le catalogue sont conformes au texte de Daruty.
C'était une pièce in-f° sur velin revêtue du grand sceau et sept timbres et d'un grand nombre de signatures.
Dans ces conditions on peut admettre, mais sous réserves, l'authenticité du document que les faits matériels ne peuvent contredire, puisque Charles- Edouard était bien f. '.-m.'., ainsi que nous l'avons dit plus haut (1).
En juillet 1747, le duc d'York se sépare de son frère et se rend à Rouen auprès de son père, ce qui provoqua un certain froid avec Charles-Edouard qui était resté à Saint-Ouen (2). Il n'avait pas renoncé à ses projets de restauration, lorsque par les préliminaires du traité d'Aix-la-Chapelle (21 avril 1748) Louis XV reconnut officiellement la maison de Hanovre et s'engagea à obliger les Stuarts à quitter la France. Les 10 et 18 juillet, Charles-Edouard écrivit à Louis XV pour protester, et à partir de cette époque il semble avoir eu une grande animosité contre la maison de Bourbon.
Au lieu de s'apprêter à quitter la France, il fait imprimer un mémoire qu'il fait distribuer dans les rues. Il proteste encore contre les fêtes données à l'occasion de la conclusion de la paix et se moque de Louis le Pacificateur. Bien plus, il fait graver par le F.*. Nicolas Rœttiers une médaille sur la face de laquelle figuraient des vaisseaux de la marine anglaise forçant la France à la paix, et sur l'avers cette mention :
(1) Voir aux appendices, les règlements, protocoles, etc., de la f. -m.', jacobite.
(2) Le duc d'York fut nommé cardinal le 3 juillet 1747. Après Culloden, en reconnaissance du bon accueil fait par les maçons de Toulouse à sir Samuel Lockhart, un partisan des Stuarts constitua dans cette ville, en 1747, un chapitre sous le titre les Ecossais fidèles, qui devint la vieille Bru et adopta plus tard un rite à 9 degrés.
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CarolusWalliœ prînceps, Amor et Spes Brilanniœ.
— Si jamais je remonte sur le trône, disait-il à qui voulait l'entendre, j e forcerai la France à donner des otages.
Il affecte de se montrer en public, loue un riche hôtel quai des Théatins et y mène un grand train, tenant les propos les plus injurieux pour Louis XV, qu'il avait complètement cessé de voir.
L'ambassadeur d'Angleterre, de son côté, réclamait l'exécution de la clause du traité d'Aix-la-Chapelle qui avait été signé définitivement le 18 octobre.
Le mardi 10 décembre 1748, à 7 heures du soir, Charles-Edouard fut arrêté au Palais Royal, au moment où il s'apprêtait à entrer à l'Opéra. Pour cette arrestation on avait mobilisé 1.200 hommes commandés par le duc de Biron.
On s'empare de lui au moment où il descend de voiture, on lui lie les bras et les jambes avec des rubans de soie, et, pour éviter un attroupement, on le transporte dans une maison voisine. Le chevalier de Vaudreuil, major des gardes françaises, lui conseille de ne pas résister. Comme Charles-Edouard, furieux, continuait à se défendre et à protester, on lui enleva son épée, son couteau et ses pistolets ; on le conduisit en voiture à Vincennes, où le gouverneur du château vint l'attendre à la porte du donjon et lui fit retirer ses liens enrubannés, quand il eut promis de ne pas attenter à ses jours. Pendant ce temps, on enfermait à la Bastille onze gentilshommes de sa suite et trente-neuf domestiques de sa maison (1). Six gentilshommes avaient été emprisonnés avec lui à Vincennes.
(1) Ils furent libérés quelques jours après (entre le 11 et le 19 décembre) .
Le roi avait décidé de le faire conduire à la frontière de Savoie ; Charles-Edouard partit le dimanche 15 décembre à 5 heures du matin ; il voyagea royalement, à petites étapes. Le 18 il passait à Tonnerre, le 21 à la Maison Blanche, et le 23 au pont de Beauvoisin, à la frontière.
Mais Charles-Edouard ne se tient pas pour battu : à peine expulsé, il va à Chambéry, traverse le Dauphiné et se rend à Avignon. Invité à quitter le territoire pontifical, il traverse à nouveau la France pour se rendre à Venise, d'où on l'expulse. A partir de ce moment, on perd sa trace. Toutes ses lettres passaient par l'intermédiaire de Waters, banquier à Paris. On croit qu'il se tint caché chez le duc de Bouillon, dans les Ardennes.
En septembre 1750 il avait l'audace d'assister avec le colonel Brett à une réunion jacobite qui se tenait à Londres (1). Puis il séjourne à Gand. C'est là qu'il apprit que son ancienne amie d'Ecosse, Clémentine Walkenshaw, était parvenue à s'échapper et qu'elle était réfugiée à Paris. Il va la chercher, revient avec elle à Gand et, après plusieurs voyages en Allemagne, ils se fixent dans le pays de Liège, où il se fait appeler le comte de Johnson. C'est dans cette ville que naquit une fille, baptisée le 29 octobre 1753, sous le nom de Clémentine (2).
Ayant appris que la France allait déclarer la guerre à l'Angleterre, il se rend aussitôt à Navarre, puis à
(1) D'après une autre version, il n'aurait fait ce voyage qu'en 1753, au moment de l'exécution du D1' Cameron.
(2) Il signa Johnson sur le registre de Notre-Dame de Fonts. C'est cette fille qui devint la duchesse d'Albany.
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Nancy, où il voit le comte de Lally. Pendant son séjour à Bouillon, il se brouille avec Clémentine et vient à Paris avec sa fille (1760). En 1761 il aurait assisté à Westminster au couronnement de Georges III.
Pendant un séjour qu'il faisait chez le duc de Bouillon, il apprit que son père Jacques III était mort à Rome, le 1er janvier 1766. Il se rend aussitôt dans la capitale de la chrétienté, sous le nom de comte d'Albany, puis se retire avec son frère à Albano.
En 1772, il épouse la princesse Louise-Maximilienne- Caroline de Stolberg-Gredern (1), avec laquelle il fit un triste ménage qui est resté légendaire. Au moment de son mariage il avait 52 ans et sa femme 19. Ils habitèrent Florence ; s'il faut en croire la tradition, pendant que sa femme montrait un attachement exagéré à Alfieri (2), le prétendant se livrait à des accès de fureur provoqués par l'ivresse.
A partir de 1760, Charles-Edouard fut un maçon très actif, et de nombreuses loges écossaises, françaises et allemandes le reconnaissaient comme suprême Grand Maître de la franc-maçonnerie. Il fit partie de la Stricte Observance sous le nom d'Eques a sole aurea. Au convent deWillemsbad, plusieurs maçons déclarèrent qu'il était leur chef secret (3).
Charles-Edouard mourut à Rome le 31 janvier 1788 sans laisser de postérité légitime.
Son frère, devenu le cardinal d'York, mourut dans la même ville en 1807.
Avec ces deux princes s'éteignirent les descendants directs des Stuarts, et tout porte à croire que le car-
(1) Née à Mons en 1753.
(2) Plus tard elle aurait témoigné les mêmes sentiments au peintre Fabre.
(3) Voir aux appendices le brevet de la loge d'Orléans.
dinal d'York ne succéda pas à son frère comme grand maître secret de la f.\-m.\ écossaise.
Pendant plusieurs mois la maison de Hanovre avait tremblé ; aussi après Culloden la répression fut-elle encore plus effroyable qu'en 1716.
Le soir de la bataille de Culloden, non contents d'achever les blessés et de mutiler les morts, les soldats anglais trempaient leurs mains dans le sang des victimes et s'en jetaient gaîment les éclaboussures à la face.
Ils laissèrent à dessein quelques blessés exposés aux intempéries et le lendemain ils vinrent les égorger. Comme ils avaient fait le dénombrement de leurs victimes réservées et que plusieurs manquaient à l'appel, ils revinrent le surlendemain, fouillèrent les chaumières voisines, massacrèrent ou brûlèrent ceux qu'ils rencontrèrent, en riant des contorsions de leurs victimes. Le troisième jour on fusillait encore.
Les survivants furent traqués comme des bêtes fauves pendant de longs mois. Si Ion en jugeait quelques-uns, on égorgeait le plus grand nombre sur place, on enlevait les vivres et l'on incendiait fermes et châteaux. Les malheureux Ecossais qui étaient venus demander grâce étaient parqués avec leurs femmes et leurs enfants, et les régiments anglais les regardaient joyeusement mourir de faim et de misère.
Les bourreaux, sous les ordres de Cumberland (1),
(1) Guillaume -Auguste, duc de Cumberland. troisième fils de Georges II, oncle de Georges III, né le 26 avril 1721, mort le 31 octobre 1765.
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s'appelaient le général Hawley, le colonel Howard (1), le capitaine Scott, le major Lockhart.
Tontes les infamies lurent commises : ceux auxquels on avait extorqué quelque argent, en leur vendant des cartes de protection, étaient brûlés avec leurs sauf-conduits, pendant qu'au camp de Cumberlandonse livrait à des orgies macabres. Des soldats, sous les yeux de filles de joie dévêtues, pendaient, par les pieds, des prisonniers nus à deux hallebardes dressées en gibet et les passaient aux baguettes. Lorsqu'on parlait de lois au duc Sanglant, il répondait :
— Les lois ! Quelles lois ? J'enverrai une brigade pour vous donner des lois.
« La loi vint cependant glaner après la moisson du glaive. » Mais comment !
Malgré la parole du duc, les officiers de la garnison de Carlisle furent exécutés. Les officiers papistes, traînés en charrette, sans secours religieux, se rendirent résignés au supplice. L'un d'eux, Morgan, lisait des prières auxquelles ses compagnons répondaient. Pendus comme de vulgaires criminels, on leur tranchait la tête, on les mutilait, et on les brûlait. Le colonel Townley respirant encore, fut saigné au cou comme un porc ; on lui arracha les entrailles et le cœur qu'on jeta au bûcher.
Ainsi qu'aux portes d'un village de roi nègre, les portes de Temple Bar, de Carlisle et de Westminster reçurent leurs trophées de têtes coupées.
Loin du combat, abrités par la Constitution, siégeaient avec calme les 135 pairs présidés par le chancelier Hardnick. C'est devant eux que comparurent les plus nobles victimes : Cromarty, Kilmarnock, Balmerino, Radclyfîe, Lovât.
(1) MSï Howard était la maîtresse de Georges II.
A l'unanimité, la main sur le cœur, les juges vinrent successivement déclarer à la barre du roi Georges :
— Coupable, sur mon honneur, Mylord !
Si le roi Georges gracie Cromarty, il est impitoyable pour Kilmarnock et Balmerino, et voici ce que porte la sentence habituelle :
« Vous serez pendus par le col, mais non pas jusqu'à ce que mort s'ensuive, car vous devrez être ouverts vivants. Vos entrailles seront arrachées et brûlées sous vos yeux ; vos têtes seront ensuite séparées du corps, et vos corps coupés en quatre parties et mis à la disposition du roi. »
Le roi cependant n'osa pas faire exécuter la sentence à la lettre ; eut-il peur ? eut-il honte ? les têtes furent seulement tranchées.
Le shériff eut même la prévenance abominable d'assurer à Kilmarnock que le bourreau était habile et, de plus, a very good sort of man.
La f.\-m.\ orangiste avait vaincu la f.\-m.\ jacobite. Le G. \ M.\ lord Cranstoun pouvait dormir en paix. Pendant que les pairs faisaient exécuter à Londres, la justice du roi ne chômait pas en Ecosse, et des clans entiers disparaissaient.
Le pasteur anglican, chapelain de la prison, prêchait devant les juges et prenait pour texte :
« Moïse dit au juge d'Israël : Tuez tout homme qui s'est joint à Baal Phégore (1). »
Et les cloches sonnaient dans les presbytères d'Ecosse
(1) Nous vivons sur cette légende maçonnique que l'Angleterre était le pays le plus civilisé, le plus tolérant, le plus libéral du monde civilisé, alors qu'eu France, au contraire, les malheureux sujets des rois étaient martjTÎscs, méprisés, traités en esclaves. Quant à la tolérance protestante à l'égard des catholiques, c'est une pure légende. Voici ce qui se passait à Londres en 1780,
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pour magnifier le duc Sanglant, les poètes chantaient le héros vainqueur, le parlement lui votait un supplément de pension de 650.000 livres et le peuple anglais élevait à Guillaume-Auguste, au général toujours vaincu sur le continent, une statue triomphale sur une place de Londres.
A cette époque, la France pouvait écrire sur le socle les noms de ses victoires sur le duc de Culloden :
Fontenoy, Lawfeld, Hastembek, Closterseven.
Après l'avènement de Georges II, Charles Radclyffe put résider quelque temps à Londres avec le consentement tacite de la police ; il habitait une modeste maison, à Pall Mail, sous le nom de Mrs Johns. Après un séjour de quelques années en France (1730-1735), il revint en Angleterre et résida dans le comté d'Essex, d'où il se rendait fréquemment dans ses terres d'Ecosse. S'il ne fut pas molesté, il n'obtint pas un pardon, que du reste il ne sollicitait pas. En 1737, il rentra de nouveau en France et prit du service dans les armées de Louis XV. En 1745, il reçut une commission pour un régiment de Charles-Edouard et résolut de partir pour l'Ecosse avec son second fils James-Clément ; sa femme l'y attendait depuis plusieurs mois.
Il s'embarqua à Dunkerque, le 22 novembre 1745,
alors que le bill de 1778 avait rendu aux catholiques certains droits civils.
Georges Gordon, le méchant fou, comme l'appelle Gibbon, mit la ville à feu et à sang, pillant les églises, poursuivant les catholiques. Ce ne fut qu'au bout de quelques jours que le roi Georges III consentit à autoriser les troupes à marcher. Gordon était l'auteur d'ignobles pamphlets contre Marie-Antoinette. Arrêté, il fut défendu parErskine. A la fin de sa vie, Gordon se fit juif.
sur un navire nommé le Soleil, emmenant avec lui des volontaires pour l'armée du prétendant. Il avait résolu d'atterrir à Montrose, lorsqu'il fut capturé sur le Dogger Bank par la frégate la Sheerness, ainsi que 20 officiers écossais, irlandais et français, 60 soldats et de nombreuses munitions de guerre. On conduisit les prisonniers à Londres. — Charles Radclyfîe ressemblait tellement à Jacques III qu'on le prit pour le chevalier de Saint-Georges et son fils pour le Prétendant.
Ils furent enfermés dans la Tour de Londres ; mais le 27 mars 1746, le jeune Radclyffe et 4 officiers français furent libérés sur parole.
La vendredi 21 novembre 1746, Charles Radclyffe fut conduit au banc du roi, à Westminster, dans une voiture fortement escortée ; il était accusé de haute trahison ; mais comme sa tentative de 1745 n'avait eu aucun commencement d'exécution sur le territoire anglais, on fit remonter le crime dont on l'accusait à 1716, c'est-àdire à 30 années pendant lesquelles il avait eu sa grâce tacite, puisqu'on avait à plusieurs reprises toléré son séjour sur le sol anglais.
C'était un magnifique cavalier qui n'avait pas moins de 5 pieds 10 pouces ; il se présenta la tête haute, fier du superbe uniforme qu'il avait revêtu pour la circonstance (1) : habit écarlate, avec revers de velours noir, rehaussé de boutons et de lacets dorés ; il portait une perruque à sac et était coiffé d'un chapeau à la mode espagnole avec une grande plume blanche.
Quand, dans l'acte d'accusation, on le dénomma Charles Radclyffe, il en interrompit la lecture pour déclarer que tel n'était pas son nom et il attaqua la régularité de la procédure.
(1) Ce costume semble être celui du régiment de Dillon.
CHARLES RADCLYFFE 1 1!>
— Je m'appelle le comte de Derwentwater, dit-il, je suis sujet du roi de France, commissionné officier de S. M. Très Chrétienne et je réside effectivement en France depuis près de trente ans.
On dut interrompre l'audience pour contrôler son identité, et le procès ne fut repris que le 24 novembre suivant. A cette seconde audience, lorsqu'on l'accusa de contumace, au lieu d'invoquer la prescription, il produisit simplement sa commission du roi de France et pria l'ambassadeur de S. M. sicilienne, qui était présent, d'en examiner l'authenticité.
Puis, déclarant à nouveau qu'il s'appelait le comte de Derwentwater, il refusa de plaider dans la forme accoutumée, en observant qu'on ne pouvait faire la preuve qu'il avait participé à la tentative de 1715.
Deux individus de Hexham, près de Dilston, Abraham Bunting et Thomas Mosley, attestèrent qu'ils le reconnaissaient à une cicatrice qu'il avait sur le front et qu'ils affirmaient que le comte de Derwentwater était bien la même personne que Charles Radclyffe, qui s'était échappé de Newgate en octobre 1715 et qu'ils avaient revu à Dilston en 1735.
A la suite de ces seuls témoignages, le jury délibéra aussitôt et, après une discussion qui dura à peine dix minutes, déclara qu'il était bien Charles Radclyffe, convaincu de haute trahison en 1716, et, en conséquence, le condamna à avoir la tête tranchée.
Le lundi 8 décembre 1746, à 8 heures du matin, deux détachements de life-guards , un de horsegrenadier-guards et de foot-guards s'acheminèrent vers Little Tower Hill.
Les horse-guards firent la haie pendant que les autres troupes entouraient l'échafaud. Il n'y avait pas
quatre mois qu'un public nombreux avait assisté à la mort des lords Kilmarnock et Balmerino.
L'échafaud sur lequel devait périr Charles Radclyffe était drapé de serge noire ; près de l'escalier, on avait placé la bière destinée à recevoir ses restes ; recouverte de velours noir, elle était ornée de poignées et de clous dorés, sans inscription (1).
Les shériffs Winterbottom et Alsop arrivèrent dans leurs voitures et demandèrent au général Williamson, député gouverneur, de leur remettre le condamné.
Pour son dernier supplice, Radclyffe était vêtu de son uniforme écarlate ; son habit avait des manches courtes serrées avec de longues et larges poignées. Ses boutons et ses lacets étaient dorés ; son gilet à longues basques était broché ; son habit de velours était brodé d'or ; il portait des bas de soie blanche avec des boucles en diamants à ses jarretières et à ses souliers. Son chapeau, orné d'une plume blanche, recouvrait une longue chevelure de cheveux bouclés tombant sur ses épaules. Son col et sa chemise étaient festonnés avec du ruban noir. Il portait un crucifix d'argent et un chapelet de perles.
Radclyffe s'avança avec fermeté, mais sans forfanterie, regardant droit devant lui. Arrivé sur l'échafaud, il s'adressa aux shériffs :
— Je meurs, dit-il, en vrai, obéissant et humble fils de l'Eglise catholique et apostolique, avec de sincères sentiments d'amour pour mon prochain, et le véritable bon souhait que je fais pour mon cher pays est qu'il ne soit jamais heureux tant qu'il ne rendra pas justice à son roi, le meilleur et le plus calomnié des souverains.
(1) D'après A. Pichot, Charles-Edouard, le cercueil aurait porté l'inscription suivante: « Garolus Radcliff, cornes deDerwentwater, decollatus die 8 dccembris 1746, a?tate 58. — Rcquiescat in pace. »
CHARLES RADCLYFFE 1 1.")
Je meurs avec des sentiments de gratitude, de respect et d'amour pour le roi de France, Louis le Bien-Aimé, un nom glorieux. Je recommande à S. M. Très Chrétienne ma chère famille. Je me repens du fond de mon cœur de tous mes péchés et j'ai le ferme espoir d'obtenir le pardon du Dieu tout-puissant, par les grâces de son bienheureux fils Jésus-Christ, Notre-Seigneur, auquel je recommande mon âme (1).
Après avoir achevé ces paroles, il se tourna vers le bourreau, auquel il pardonna, puis il lui remit quelques pièces d'or en disant :
— Je suis pauvre ; voilà dix guinées pour vous : si j'en avais davantage, je vous les donnerais. Je désire que, pour votre action, il ne vous soit pas fait la moindre peine.
Alors Charles Radclyffe s'agenouilla près du billot et pria pendant quelques minutes. Tout le monde s'agenouilla ainsi que lui sur l'échafaud. Les prières terminées, il retira lui-même sa perruque, son habit et son gilet, puis il se tourna vers les shériffs pour prendre congé d'eux, récita une courte prière, fit plusieurs fois le signe de la croix, plaça sa tête sur le billot et pria le bourreau de faire son office quand il le verrait tendre ses mains en avant. Moins d'une demi-minute après, il donna le signal et sa tête roula sur l'échafaud.
Ainsi mourut dans l'amour de Dieu, à l'âge de 53 ans, Charles Radclyffe, comte de Derwentwater, le premier grand maître de la f.\-m.\ jacobite en France, en invoquant le nom du Souverain d'en haut et celui de Louis XV, roi de France et de Navarre.
(1) D'après Voltaire, Précis du règne de Louis XV, in-12, 1785, p. 273, Radclyffe aurait voulu que son fils montât sur l'échafaud et lui aurait dit: « Mon fils, soyez couvert de mon sang et apprenez à mourir pour vos rois. »
Son cœur fut embaumé et, selon son désir, porté près des restes de son père à Dilston, alors que le public le croyait enseveli à Saint-Gilles, dans le Fields ; si l'on en croit la tradition, son corps aurait été enlevé deux mois plus tard par M. Walmsley et transporté à Abbot-Stanstead, dans le Hertfordshire.
De nos jours, on n'a pu retrouver aucune trace de ses restes, malgré de minutieuses recherches qui furent faites à plusieurs reprises.
De son mariage avec la comtesse de Newburg, Charles Radclyffe avait eu sept enfants. Au moment de sa mort, il y en avait encore six de vivants, son troisième fils, Charles, né en 1733, étant mort le 15 septembre 1742 à Saint-Germain-en-Laye (1). Il laissait deux fils et quatre filles ; les trois aînées, Charlotte, Barbara et -Tomasina ne se marièrent pas. Charlotte, qui habita Lille presque toute sa vie, touchait de Louis XVI en 1790 une modeste pension de 1770 livres, en considération des services de sa famille. La plus jeune de ses filles, Mary, épousa M. Eyre de Hassop, le 11 juin 1755. Elle mourut le 27 août 1798 à
(l)Etat civil de Saint-Germain. « Le mercredy douzième septembre 1742 le corps de Messire Charles Rallif, fils de Messire Charles Rallif {sic), comte de Derwentwater, et de dame Charlotte Lewinston, mort le jour précédent, âgé de 9 ans, a été inhumé au cimetière, vêpres chantées en présence du Clergé dont les sieurs Maurice Morphy et Louis Guillon prêtres ont signé les parents et amis du défunt Morphy et Guillon.
« La Boissièré de Chambors,
« de Par paille ;
« P. S. Grâce,
« D. Flyn,
« Morphy et Guillon. »
CHARLES RADCLYFFE 147
Warkworth-Overtharpe, près Bandbury, où elle fut enterrée.
James Bartholomew était né à Vincennes le 23 août 1725 (1) et Jacques-Clément en 1727, à Rome. Ce dernier fut tenu sur les fonts baptismaux par Jacques III et la reine Marie-Clémentine Sobieska.
Après la mort de Charles Radclyffe, ses biens furent spoliés par la couronne, au profit de l'Hôpital Royal des Marins Invalides de Greenwich. La valeur de ces propriétés en 1816 ne représentait pas un revenu de moins de 43.487 £ (1.100.000 fr.), sans compter la valeur des mines.
L'héritier de Charles, James Bartholomew, 3e comte de Newburg, du chef de sa mère, épousa Barbara Kemp (1720-12 septembre 1797), de laquelle il eut un fils, Antony James, 4e comte de Newburgh, né en Angleterre, le 20 juin 1757, et qui mourut en 1814, sans postérité. Il avait épousé le 30 juin 1789 Anne Webb, née en 1761, et qui mourut centenaire en 1861. James Bartholomew était mort le 2 janvier 1786.
La vie de James Bartholomew se passa paisiblement, et il ne semble s'être mêlé en aucune façon à la politique. Il n'avait comme fortune personnelle que 24.000 £ (625.000 fr.) qui lui furent restitués en 1749 par Georges II, pour ses terres de Derwentwater.
(1) Mairie de Vincennes. Etat civil, paroisse Notre-Dame de la Pissotte : « Le samedy vingt cinq d'aoust 1725 fut baptisé un fils né le vint trois dud mois et nommé Jacques fils de haut et puissant seigneur Messire Charles Radclyffe et de Dame Charlotte Levinston née comtesse de Newbrugh son épouse, le parein Jacques trois Roy d'Angleterre, représenté par Jean comte de Middleton, la maraine Catherine Brudchel, comtesse douairière de Middleton, représentée par mademoiselle françoise Clifford, fille de feu Monsieur Thomas Clifford.
« Le comte de Middleton, « Françoise Clifford. »
Jacques-Clément eut une vie plus aventureuse. S'il faut en croire une note sans date (1) entièrement de sa main, qui figure aux archives du ministère de la guerre, c'est lui et non son frère aîné qui aurait été pris avec son père en 1745 par la Sheerness.
Nous donnons in extenso cette note particulièrement intéressante :
Le comte de RadclyfTe Derwentwater est arrière-petit-fils de Charles, second roi d'Angleterre, ainsi que les ducs de Richmond, de Grafton, de Claveland et de St-Albans, ses cousins. Le duc de Montagu, les comtes de Newburg, de Cardigan, de Berkley(2), d'Albermale, de Waldegrave, le lord baron de Belless, le prince de Guistiniani, sont ses frères, oncles ou cousins ou neveux.
Les deux comtes de Derwentwater, son père et son oncle ajrant armé en 1715 pour la maison de Stuart, eurent le malheur d'être pris à Preston, ville du duché de Lancastre. Son oncle périt sur un échafaud en février 1716 et son frère, qui échappa alors par la fuite à la mort à laquelle il avait été condamné, la retrouva sur le même échafaud dans l'entreprise d'Ecosse, sous le prince Edouard que la France favorisait.
Voici ses dernières paroles, le 8 décembre 1746 : Je meurs avec les sentiments d'amour et de respect pour le Roy de France Louis le bien-aimé, titre glorieux, je recommande à Sa Majesté ma chère famille.
Le baron eut alors la bonté d'accorder le brevet du colonel au comte de Radclyffe et une pension de 1500 fr. à chacune de ses trois sœurs. Il sert au régiment de Dillon depuis le 21 septembre 1741 et s'est trouvé dans toutes les batailles, affaires et sièges avec ses drapeaux. Il fut pris en 1745 avec son père, en mer, et après avoir essuyé les traitements les plus durs, enfermé dans la tour de Londres où il éprouva une longue captivité. Après le supplice de son
(1) Cette note doit remonter à 1786, car elle mentionne comme vieux de 3 ans le bill de restitution de 1783 (proposition Dundas).
(2) Berkley figure comme signataire de la Patente du Chapitre d'Arras .
CHARLES RADCLYFFE 119
père, le Parlement de la Grande-Bretagne confisqua au profit de l'Hôtel des Invalides Matelots, les terres de sa maison, estimées alors à 300 et quelques mille livres de rente et a la jouissance desquelles son père aurait pu parvenir s'il eut voulu renoncer à sa fidélité pour son légitime souverain. De cette confiscation, le Parlement retira 24.000 C qu'il rendit au comte de Newburg, frère aîné du comte de Radelyffe, et faute d'héritiers du comte de Newburgh, le comte de Radelyffe était appelé à cette succession. Il n'y a pas 3 ans que le parlement de la Grande-Bretagne a fait une loi pour rappeler ses sujets de la Grande-Bretagne qui sont au service de la France, et qui rend ceux qui n'obéissent point, déchus de leurs droits d'héritage et proscrits comme criminels de lèse Majesté. Il a fait avec joie ce nouveau sacrifice et s'est exposé à tout événement. Cependant, dans la dernière promotion il a été oublié dans le nombre des Brigadiers et quoique plusieurs de ses cadets y aient été compris, il espère de la bonté du Roi, son bienfaiteur personnel, et celui de sa famille, que tant de sang répandu, tant de biens abandonnés, et tant d'attachement et de fidélité, pour son service, lui feront obtenir le grade qu'il croit être dû à ses services. Le comte de Radelyffe n'a d'autres biens sur la terre que son épée. Il a même sacrifié jusqu'à ses espérances, à celles dont il se flattait au service du Roi. S'il les perd, il se trouve sans biens, sans patrie, sans état.
La reine d'Espagne, par bonté pour la comtesse de Mahoni, sœur du comte de Radelyffe et veuve du comte de Mahoni, lieutenant général au service de Naples, a bien voulu le recommander à Madame la Dauphine en mai 1752.
Il espère que M. le maréchal (de Belle-Isle ?) voudra bien enfin le servir auprès de Sa Majesté pour lui faire obtenir sa demande.
Voici quels furent ses états de service :
21 septembre 1741, enseigne au régiment de Dillon.
25 mai 1744, capitaine réformé.
3 janvier 1747, rang de colonel.
20 février 1761, brigadier.
3 janvier 1770, maréchal de camp.
Il fut réformé en 1784 (Roussel, p. 84).
Le 22 décembre 1747 il avait été particulièrement
recommandé à d'Argenson par le comte de Clermont,
G.*. M.*, de la f.'.-m.*. Nous reproduisons la lettre de
ce prince qui se trouve aux archives du ministère de
la guerre.
Après la mort de milord Derwe ntwater, Monsieur, le roy jugea à propos de donner à M. Radclyffe son second fils, la commission de colonel et les appointements. Il avait alors la commission de capitaine et les appointements à la suite du régiment de Dillon, ce qui luy faisait en tout mille écus de revenu, qui est toute sa fortune. Aujourd'hui il se trouve diminué tout d'un coup de près de la moitié par la résolution que le Roy a prise de ne point donner de doubles appointements. Mais comme l'intention de S. M. n'est pas de lui retrancher cette petite augmentation de fortune qu'elle avait bien voulu luy faire, en considération de la perte de son père, il demande que ses appointements de colonel lui soient conservés en pension. Il ne nuira pas à l'arrangement général que le Roy a pris et il jouira toujours des mêmes bontés dont S. M. l'avait jugé digne par sa situation. J'ajouterai que par rapporta luy-même il mérite beaucoup. Il a été mon aide de camp la campagne dernière et j'ay eu lieu d'être extrêmement content de son aplication à son devoir et de l'envie qu'il a de bien faire. Je vous prie d'avoir égard à ses raisons, qui me paraissent très raisonnables, et à la recommendation très pressante que j'y ajoute. Vous connaissez, Monsieur, l'amitié sincère que je vous ai vouée.
Louis de Bourbon.
En 1789 il touchait de Louis XVI une pension de 3.456 fr. (2.456 fr. (1748 et 1760), y compris 456 fr. d'intérêts d'arrérages en considération de ses services et 1.000 fr. en 1770 pour les mêmes causes).
Il était chevalier de Saint-Louis du 30 janvier 1757 (1).
(1) Brevet expédié par le comte de la Serre, maréchal de camp, le 19 janvier 1757.
CHARLES RADCLYFFE 151
Jacques-Clément ne s'étant pas marié, il n'y avait plus de représentants mâles de cette famille (1). La pairie passa dans la famille ClifTort.
(1) Le 27 septembre 1856, on communiqua le dossier Radclyffe au marquis Bauduini Giustiniani. La descendance de Charles Radclyffe est aujourd'hui représentée en Angleterre par Charles StephenM. Leslie, descendant par les Eyre de Mary Radclyffe, fille de Charles. M. Leslie possède à Slindon et à Hassop l'épée maçonnique de Charles et le linge sanglant qui reçut sa tête. Les James Radclyffe sont représentés par lord Petre, ainsi que nous lavons indiqué plus haut.
Les maîtres de loges. — Le recrutement. — Les loges de Paris de 1726 à 1771. — Statuts particuliers. — Les grands maîtres français : le duc d'Antin, le comte de Clermont. — La G.'. L.\ anglaise de France. — La G.*. L.'. de France. — Les substituts : Baur, Lacorne et Chaillon de Jorville. — Beauchaine. — La patente d'Etienne Morin. — Les frères ennemis. — La papauté et la f.'.-m.'.
Les deux sources maçonniques qui avaient submergé l'Angleterre devaient également inonder la France, où le courant jacobite avait été accueilli sans méfiance, voire même avec sympathie, alors qu'il n'en était pas de même de la f.\ m.*, anglaise (1).
Le développement fut pénible ; l'esprit français n'admettait pas volontiers les règles précises de discipline qui avaient assuré le triomphe de l'ordre en Angleterre, et jusqu'à l'installation du G.*. 0.*. en 1773, l'organisation maçonnique française fut une véritable foire, où chacun dans sa loge faisait ce qui lui plaisait, ne retenant de la réglementation anglaise que les cérémonies initiatiques, dont il ne comprenait pas le symbolisme, et les réunions gaies, suivies de banquets souvent tumultueux. Chaque maître de loge avait sa tradition, sa légende adamique, hiramique ou templière, sans compter les variantes. Trois maîtres de loge,
(1) Nous désignerons à l'avenir ces deux espèce de sociétés sous les noms de maçonnerie jacobite et de maçonnerie anglaise.
moyennant finance, en initiaient un quatrième et l'autorisaient à ouvrir un atelier (1).
La plupart étaient des tenanciers de cabarets ; s'ils ne versaient pas à boire, ils avançaient les fonds et recueillaient les profits.
Dans ces réunions, on s'affublait de multiples rubans, plus ou moins brodés, agrémentés de bijoux variés ; on s'appelait frère et l'on portait des santés. Il ne semble pas qu'on y ait beaucoup causé philosophie, politique ou religion, et c'est assurément ce qu'on avait de mieux à faire. A peine quelques zélés, par-ci par-là, initiés en Angleterre ou possesseurs de documents anglais, parlaient-ils dans quelques coins du Grand Œuvre, mais la plupart n'avaient nul souci de ces graves questions.
On inventait de nouveaux grades, de nouvelles origines, de plus en plus anciennes et de plus en plus extraordinaires. Tout cela faisait joyeusement passer le temps. Aux loges proprement dites étaient accouplées souvent des loges de Fendeurs ou de Félicitaires, dans lesquelles la police des mœurs aurait pu intervenir ; car à côté des joyeux compagnons se glissaient les vicieux de toutes catégories, et à côté de l'innocent maçon, le diable faisait bien de temps en temps quelque bonne recrue. Si l'on rencontre parfois les grands seigneurs
(1) « Another charge is, that the Lodges were proprietary, presided over by irremovable masters who had bought their patents, and in orderto make a profit out of them, initiated every applicant however unworthy that this may hâve happened in some few cases, especially where the Master was innkceper, I am not prepared to deny ; the taunts of some of the contemporary so called exposures would almost imply as much ; but considering how many high names were enrolled in the Craft at this période, I cannot imagine that the evil was of intolérable extent. » Gonld III, 143.
parmi ceux qui fréquentaient les loges et trouvaient élégant de « s'encanailler », le plus grand nombre des maçons était recruté dans la petite bourgeoisie et le petit commerce. A part quelques loges élégantes que nous signalerons en leur temps, à part surtout les loges de régiments, qui ne prirent un certain essor qu'à partir de 1760, les loges réunissaient des gens de peu, comme on disait alors ; les loges écossaises étaient en général mieux fréquentées.
A part les ducs de Richemond, de Luxembourg et d'Aumont, les comtes de Noailles, de Choiseul et de Tessé, et l'architecte de Puiseux, parmi les maîtres de loges on ne trouve que de tout petits commerçants. La G.*. L.\ qui était censée gouverner tout ce monde turbulent, était à vrai dire plus aristocratiquement composée, et la plupart de ses membres tenaient loge chez l'un d'eux. On jouait à la maçonnerie comme on allait chez Ramponneau ou au Soleil d'Or. Pendant que la duchesse de Portsmouth battait maillet en bonne compagnie, dans son hôtel, à Paris, ou dans son château d'Aubigny ; pendant que le duc d'Aumont pontifiait dans la loge qui porta son nom, avec les Luxembourg et les Noailles, le plus grand nombre allait se divertir chez Chapelot à la Râpée, chez Leroy rue Saint-Germain-1'Auxerrois, ou chez Landelle rue de Buci. Que n'en fut-il pas toujours de même !
Aussi les historiens f.\-m.\ font-ils le silence sur toute cette période du développement de leur ordre. A force de se taire, ils ont fini par oublier les faits et gestes de leurs ancêtres, dont ils savent si vaguement les noms des plus importants d'entre eux, que nous avons vu que, dès 1770, ils donnaient à lord Derwentwaterle nom de lord Harnouester dont les f.'.-m. . font, aujourd'hui encore, le second Grand Maitre
de l'ordre en France. Ils ignorent, en effet, à ce point leur histoire que le plus savant d'entre eux, Daruty, parvient à grand'peine à signaler l'existence de 24 loges parisiennes et 199 loges provinciales avant la mort du comte de Clermont (16 juin 1771).
Or, des recherches heureuses m'ont permis de dresser une liste de 154 loges parisiennes, de donner le titre de 146 d'entre elles, et d'en désigner huit autres par le nom de leurs vénérables ; j'ai déterminé d'autre part 322 loges provinciales et 21 loges de régiment. Mes listes cependant sont certainement incomplètes, car en 1744, par exemple, il y avait, d'après divers auteurs, 22 loges à Paris, et je n'ai pu en dénommer que dix. Beaucoup de loges, il est vrai, ont dû avoir des existences éphémères, irrégulières. Tel groupement était orthodoxe pour tel maçon et ne Tétait pas pour tel autre.
On pourra juger de la composition des loges parisiennes par la liste que nous donnons ci-dessous, dans laquelle nous avons pris soin de marquer d'une * les loges signalées par Daruty.
1* Saint-Thomas, n° 1, renouvelé le 3
avril 1732 12 juin 1726.
2* Loge de Coastown, (Goustaudj (1). . — 1726.
3 Saint-Louis d'argent, dite Saint-Tho-
mas, II, Lebreton 7 mai 1729.
4 Saint-Martin, Peny père 7 mai 1729.
5* Les Arts Sainte-Marguerite 15 décembre 1729.
6 Saint-Pierre-Saint-Paul, Puisieux. — 1729.
7* Loge de Bussy (Aumont) — 1735.
8* Concorde, renouvelée le 21 mars 1764 27 décembre 1743.
(1) Le nom qui suit le titre distinctif de la loge est celui de son vénérable maître qui servait souvent à désigner la loge. On disait également : L'Union ou la loge de Duret ; Saint-Martin ou la loge de Peny, etc.
9 Union, Duret 16 mai 1744.
10 Saint-Thomas, III, Decourt. ... 29 septembre 1744.
11* La chambre du Roi 20 octobre 1745.
12 Saint-Jean-Baptiste, Coûteux ... 17 mai 1746.
13 Saint-André, I, Gautelme 1er février 1747.
14 Saint-Simon-Saint-Marcel, Liégeois . 8 février 1748.
15 La Magdelaine, Léveillé 10 mars 1749.
16 Cœurs réunis, Antin 10 avril 1749.
17 Saint-Fidèle, Buquet 25 octobre 1749.
18 Paix Immortelle, Paris 25 octobre 1750.
19 Saint-Jean des amis de la vérité, Jour-
nalles 24 novembre 1750.
20 Vérité, Leru. — 1750.
21 Bon Zèle, Borel 17 janvier 1751.
22 Saint-Philippe, comte de Noailles. . 24 février 1751. 23* Saint-Julien de la Tranquillité. ... 25 avril 1751.
24 Saint- Jean de Luxembourg, Potel. . . — 1751.
25 Constante vérité 27 décembre 1751.
26 Saint- Jean de la discrétion avant 1751.
27 Saint- Jean de la Triple Unité. . . . avant 1751.
28 Trinité, I, Pirlet 25 mars 1752.
29 Secret, Moët 27 septembre 1753.
30 Vrais amis, I, Clément 27 décembre 1753.
31 Saint-Louis des cœurs unis par excel-
lence, Boitel 4 juillet 1754.
32 Saint-François, Guillot 15 décembre 1754.
33 Discrétion, Doyère 15 décembre 1754.
34 Charité, Maguet 15 décembre 1754.
35 Saint-Prudent, Robineau 27 avril 1755.
36 Egalité, Dessenis 29 novembre 1755.
37 Sincérité de Saint-Jean, La Valnierre. 17 janvier 1756.
38 Saint-André, II, Thibault 25 janvier 1756.
39* Le Bon Zèle, II 7 janvier 1757.
40 Saint-Frédéric, Martin 11 mai 1757.
41 Union des parfaits élus, Hardy. . . 24 juillet 1757.
42 Bons citoj'ens, Soisson 21 décembre 1757.
43 Persévérance, Servant 21 décembre 1757.
44 Vrais amis, II, Molet 27 décembre 1757.
45 Saint-Remi, Herbin 27 décembre 1757.
46 Fête de la G. L. et Trinité, Perault. . 16 avril 1758.
47 Saint-Louis des Croisades, Danthiaux. 27 juillet 17158.
48 Parfaite Tempérance, Lexcombart. . 17 décembre 1758.
49 Saint-Etienne des frères unis, Guillet . 24 décembre 175H. 50* Sainte-Geneviève, Ledin 24 décembre 1758.
51 Sagesse des parfaits maçons, Du Houssoy. 17 janvier 1759.
52 Satisfaits * 18 février 1759
53 Saint-Nicolas des deux amis, Poulet. . 19 février 1759.
54 Bonnes Mœurs, Gilet 19 février 1759.
55* Saint-Alphonse des amis parfaits de la
vertu 23 mars 1760.
56 Frères choisis, Guainaud 23 mars 1760.
57 Saint-Pierre de la Bonne Foi, Brunet . 20 avril 1760.
58 Bonne Intelligence, Pettre 10 novembre 1760.
59* Saint- Louis de la Martinique des frères réunis 11 janvier 1761.
60* La noble et parfaite Union 15 juin 1761.
61 Trinité dite Egalité, Tardieu. ... 25 octobre 1761.
62 Sainte-Claude fille de Saint-Martin,
Magnien 10 janvier 1762.
63 Bonne foi primitive, Lemonnier. . . 25 janvier 1762. 64* Saint- Joseph de la Franchise. ... 10 mars 1762. 65* Cœurs simples de l'Etoile Polaire. . 3 avril 1762.
66 Saint-Charles, Bigarré 31 mai 1762.
67 Enfants de la Gloire, comte de Choiseul. 28 octobre 1762.
68 Saint-Clément Saint-Charles, Maurui. 12 décembre 1762.
69 Saint-Louis les inséparables, Xerckove. 24 septembre 1763. 70* Saint-Charles des amis réunis ... 24 décembre 1763. 71 Saint-Antoine de la Franche Liberté,
Borel 9 février 1764.
72* Saint-Pierre du parfait accord ... 4 novembre 1764.
73* Les Amis de la vertu 21 mars 1765.
74* Les Cœurs unis 7 mai 1765.
75* David 12 décembre 1765.
76 Humilité des bons citoyens, Lauguet. 27 décembre 1765.
77* Saint-Lazare 30 mars 1766.
78* Etoile Polaire 17 mai 1766.
79 Gerbe dite la Providence, Dujy. . . 3 juin 1766.
80 Union sincère, Saulnier 3 juin 1766.
81 Socratede la parfaite union, Bourgeois. 17 juillet 1766.
82 Saint-Antoine de la discrétion, Poussart. 25 novembre 1766.
83 Sagesse, Saint-Edme, Saint-Louis des
amis réunis, Vallée 4 février 1767.
84 Saint-Jean de la Fidélité, Tricot . . 10 mai 1767.
85 Saint- Prudent dite Egalité, Regnard. 21 juin 1767.
86 La Vertu et l'Union parfaite de Saint-
Simon 4 juillet 1767.
87* Union parfaite delà Persévérance. . . 15 janvier 1768.
88 Bonne Foi, Blain 1er avril 1768.
89 Bons Frères réunis, Sellier 1er mai 1768.
90* Saint-Pierre des vrais frères. ... 24 juillet 1768.
91 Saint-Henri, Saint-Martin, Pény fils. 11 juin 1769.
92 Saint-Joseph , fille de Saint-Etienne
Cornut 11 juin 1769.
93 Saint-Spire, Saint-Martin des Frères
de l'aimable Union, Leroy. ... 11 juin 1769.
94 Saint-Simon, patriarche de Jérusalem,
Hamet 11 février 1771.
95 Saint-Jacques des parfaits chevaliers
de l'ordre, Fouquet 7 mars 1771.
96 Saint-Charles des frères de la bonne
union, Labet 7 mars 1771.
97* Les Amis réunis 23 avril 1771.
Loges dont le titre n'a pu être retrouvé.
98 Vén. Duc d'Enghien (comte de Cler-
mont ?) 3 décembre 1750.
99 Leclerc — 1751.
100 Comte de Tessé 19 février 1759.
101 Dansse 20 novembre 1760.
102 Montroye — 1766.
103 Chaudron entre 1767 et 1771.
104 Gourlin entre 1767 et 1771.
105 Detelleur entre 1767 et 1771.
Sur divers brevets j'ai relevé les loges suivantes qui existaient entre les années 1760 et 1766.
106 La Constance, Vén. chev. de Beauchaine.
107 L'Intelligence, prince Camille de Rohan.
108 Saint-Antoine, Chaillon de Jonville.
109 La Trinité, II, La Corne.
110 La Vertu, Le Boucher de Lenoncourt.
111 L'Exactitude, Brest de la Chaussée.
112 Saint-Alphonse, Daubertin.
113 La parfaite Harmonie (?), Etienne Morin.
114 La Constance et l'Amitié, le chev. de Beauchaine.
115 Saint-André, III, Percheron.
116 La Candeur, I, Drothier.
117 La Sincérité, Dutertre.
118 Les Inébranlables Chevaliers de l'Epée et du Mérite de France, Pollett.
119 Saint -Jean de Jérusalem.
120 Sciences.
121 La Sagesse, Lucet.
122 Triangle lumineux.
Enfin j'ai constaté l'existence des loges suivantes sans pouvoir déterminer les dates de leur constitution :
123 Coeurs simples.
124 Désir.
125 Double intimité.
126 Heureuse sympathie.
127 Notre-Dame de Bon Secours.
128 Paix.
120 Philanthropie.
130 Réunion de Saint-Martin.
131 Saint- Antoine des parfaits chevaliers d'Orient réunis.
132 Saint -Antoine de la perfection.
133 Saint-Augustin dit les frères chevaliers de Minerve.
134 Saint-Charles de la parfaite espérance.
135 Saint-Claude de la famille unie.
136 Saint-Etienne de la persévérance.
137 Saint-François de la parfaite union.
138 Saint-Georges.
139 Sainte-Hélène et Saint-Louis réunis.
140 Saint-Hilaire.
141 Saint-Jacques des amis intimes.
142 Saint-Jacques de la paix immortelle.
143 Saint- Jean de la sincérité.
144 Saint- Joachim.
145 Saint-Louis de bon accord.
146 Saint-Louis de la discrétion.
147 Saint-Mathieu de la parfaite unité.
148 Saint-Nicolas de la constance éprouvée.
149 Saint-Pierre des amis indissolubles.
150 Saint-Ré my des vrais frères réunis.
151 Saint-Simon de la bienfaisance.
152 Union des bons enfants.
153 Union parfaite de Saint-Jean de la Porte latine.
154 Union des Sept Frères.
(Il est possible que quelques-unes des loges de cette dernière catégorie fassent double emploi avec les nos 98 à 105.)
Par qui était gouverné tout ce monde agité ? A la tête de la f.*.-m.\ française nous voyons succéder à lord Derwentwater, non pas comme membres actifs, mais comme insignes protecteurs, deux personnalités plutôt amusantes que dramatiques : le duc d'Antin et le comte de Clermont, bien faits l'un et l'autre pour commander aux disciples de Bacchus et pour présider à l'embarquement pour Gythère. Il ne faudrait cependant pas prendre trop au tragique leurs vices qui n'étaient pas plus accentués que ceux des gens de leur époque ou de la nôtre, et l'on ne sait vraiment si l'on doit rire ou prendre au sérieux les statuts reproduits dans l'histoire des f.vm.*. de la Tierce et que cet écrivain fervent de maçonnerie déclare être spéciaux pour la France (I, 174).
I. — Nul ne sera reçu dans Tordre, qu'il n'ait promis et juré un attachement inviolable pour la religion, le roi et les mœurs ;
II. — Tout brocanteur en incrédulité, qui aura parlé ou écrit contre les sacrés dogmes de l'ancienne foi des Croisés, sera exclu à jamais de l'ordre, à moins qu'il n'abjure ses blasphèmes en pleine assemblée et qu'il ne fasse une répudiation de ses ouvrages ;
III. — Nul homme suspect de vices infâmes et dénaturés ne sera admis, qu'après avoir donné pendant trois ans des preuves éclatantes de son innocence et de son respect pour le beau sexe ;