‹ La franc-maçonnerie en FranceChapitre 37 sur 277 · I. — Collège de Maçonnerie symbolique · texte numérisé non relu

I. — Collège de Maçonnerie symbolique

1° Apprenti ; 2° compagnon ; 3° maître ; 4° élu ; 5° écossais.

II. — Chapitre des Chevaliers des Amis réunis, formant tribunal d'honneur:

6° Chevaliers d'Orient ; 7° Roses-Croix ; 8° Chevaliers du Temple.

(1) Voir chap. vin.

III. — Conseil des T. B. des Amis réunis, formant tribunal maçonnique :

8° Philosophes inconnus ; 10° Sublimes Philosophes ; 11° Initiés; 12° Philalèthes.

Au début, l'organisation était moins complète ; les Philalèthes, ou Amis de la vérité, comme leur nom l'indique, professaient une doctrine qui avait pour but le perfectionnement de l'homme en le rapprochant de la source divine. C'étaient les théories de Swedenborg et de Pasqually. Une large part était donnée aux sciences occultes. Chacun travaillait dans la branche de l'Art qui convenait le mieux à ses aspirations. Savalète, par exemple, après avoir essayé du mesmérisme, faisait de la médecine occulte (1) et de l'initiation par communication, nous dirions aujourd'hui par contact. Il s'occupait avec ardeur de tout ce qui touchait à la maçonnerie, cherchant à s'introduire dans tous les régimes concurrents pour connaître leurs secrets et faire des adhérents (2). Il cherchait à se faire désigner ainsi que les autres Philalèthes comme représentant des loges de province, et cherchait même à

(1) En 1783, Savalète était très lié avec Onésime-Henri de Loos (1725-1785), alchimiste, disciple de Pasqually, qu'il avait assisté à Paris comme membre de son Tribunal souverain. Lorsque les Philalèthes s'étaient réunis chez du Terray pour organiser le convent de 1785, Savalète avait fait partie de cette réunion avec Loos, Salzac, Lamarque, Astier, Labady, Saulx-Tavannes, Court de Gébelin et Von Reichel. Loos était l'auteur d'un volume bizarre publié en 1781 sous le pseudonyme de Philanthropos, citoyen du monde : a Décadence des sages ou démonstration de la nature inférieure, dans laquelle on trouvera une analyse rai sonnée des Erreurs et de la Vérité (de Saint-Martin), une dissertation étendue sur la Médecine universelle. »

(2) En 1781, il était parvenu à se faire remettre les archives des Elus Coens de Pasqually.

accaparer le G.*. 0.'., dont il avait été un des membres les plus actifs.

Le 21 juin 1778, il est maître des cérémonies de la Chambre d'Administration du G.*. 0.\

Le 6 juin et le 27 décembre 1774, il est secrétaire, puis orateur de la même Chambre. Il est en même temps député de Saint-Jean 0.*. de Beauvais ; de Saint- Jean 0.'. de Guise ; de l'Union indissoluble du corps du génie à l'O.'. du régiment (Mézières) ; de l'Humanité 0.'. Saint-Quentin et de la Parfaite Union 0.\ de Rennes.

Le 28 février 1776, il est 2e surveillant de la Chambre des Provinces du G.*. 0.'. ; il est député des Amis réunis, Saint-Hilaire et Notre-Dame 0.*. de Givet : de l'Intimité 0.*. de Niort; delà Parfaite Union 0.'. de Saint-Pierre de la Martinique.

En 1777, il est grand secrétaire du G.\ 0.*., en 1778, président de la Ve classe des Amis réunis, et en 1779 il préside la XIIe.

En 1785, il fonde la Société Olympique 0.*. de Paris; en 1787, officier d'honneur du G.*. 0.*., il est député de l'Union Parfaite 0.*. de Salins; des Frères choisis 0.*. de Saint-Pierre de la Martinique ; de l'Olympique de la Parfaite Estime 0.*. Paris, et de la Parfaite Amitié 0.'. de Port-Royal de la Martinique. En 1788 et 1789 il sera membre du Lycée, filiale de la maçonnerie. Pendant la Révolution, il fera partie de la Société de 1789, et des clubs Monarchique et de Valois.

Nous ne raconterons pas ici le rôle des convents de Paris de 1785 et 1787 qu'il organisa et présida, réservant cette étude longue et importante pour le 2e volume de ce travail.

Nous ne pouvons cependant passer sous silence l'influence qu'eurent auprès de lui les Illuminés de

Bavière. En dehors de Bode (l)(Amelius) et de Busche (Bavard) (2), qui jouèrent un rôle secondaire, deux autres illuminés jouèrent un rôle beaucoup plus considérable auprès des Amis réunis : le marquis de Chefdebien (3), avec lequel Lange finit par se brouiller par suite de compétitions personnelles et un illuminé autrichien, Kollowrath (4), qui vint à Paris dans les derniers mois de 1782 pour illuminiser Savalète et les Philalèthes. Kollowrath poursuivait en même temps un autre but : empêcher tout rapprochement entre les membres des Amis réunis et ceux de la Stricte Observance, Brunswick, Hesse et Willermoz, en particulier. Kollowrath réussit dans sa mission et, le 4 mars 1783, Savalète écrivait à Willermoz : « Nous n'avons aucun tort envers vous, nous ne craignons pas vos menaces. Nous n'avons rien voulu de vous que ce que nous avons obtenu : votre démission. Lef.*. de Lange et tous ses amis vous permettent de dire et de penser ce qu'il vous plaira sur leur régime dont vous ne connaîtrez rien, absolument rien, pas même son plan et son objet. Je n'aurai pas de

(1) Bode (Jean-Joachim-Christophe), instrumentiste et compositeur allemand (1730-1793), connu sous le nom d'Amelius dans la secte des Illuminés de Bavière et d'Eques a lilio convallium dans la Stricte Observance.

(2) Busche (baron Guillaume de), officier hanovrien au service de Hollande. Une faut pas le confondre avec Durand Joseph Busche, Procureur au Parlement, officier du G.\ 0.*., suppléant du Tiers aux Etats généraux pour Paris hors les murs.

(3) Marquis de Chefdebien, François, — ancien chevalier de Malte, membre de la Stricte Observance sous le nom d'Eques a capite galeato- Fondateur du rite primitif des Philadelphes de Narbonne.

(4) Kollowrath-Krakowski (le comte Léopold de), président d'une loge d adoption à Vienne, était en relations intimes avec Bacon delà Chevalerie; illuminé de Bavière sous le nom de Numénius, il était membre de la Stricte Observance sous le nom d'Eques ab aqnila fulgente. Ministre d'Etat autrichien (1726-1809).

peine à prouver votre ignorance à cet égard en publiant votre correspondance, et je le ferai pour me justifier aux yeux de mes amis, vis-à-vis desquels vous cherchez à m'inculper. Je la remets à sept membres de la XIIe classe des Amis réunis dont voici les noms : d'Héricourt, de Cony, de Méry, Gébelin, Taillepied de Bondy, qui, réunis au marquis de Ghefde bien età moi, composent cette réunion de six ou sept frères que vous citez avec une ironie peu fraternelle et une insinuation encore moins charitable dans votre lettre au f.\ de l'Etang. Mais ils ne gouvernent point, ils travaillent entre eux de bon accord, non pas à dominer les autres dans l'Europe, mais à s'instruire eux et les autres Amis réunis de leur classe dans le petit cercle où la Providence divine les a placés. »

On peut voir par cette lettre que la correspondance entre membres de régimes concurrents n'était pas précisément tendre. Les relations fraternelles cessaient dès que les membres d'un groupe craignaient l'envahissement des membres d'un autre groupe.

Kollowrath parti, Savalète essaya de se rapprocher de Willermoz par l'intermédiaire du ducd'Havré-Croy (1) > mais ce dernier perça bien vite la tactique du chef des Philalèthes et, le 10 juin 1783, il écrit à Willermoz que toute réunion des deux régimes à Paris serait la suppression de la Stricte Observance en raison de l'énorme supériorité du nombre des Philalèthes.

Ayant échoué auprès du duc d'Havre, Savalète fait de nouvelles tentatives auprès d'un autre ami de Willermoz, Millanois (2). Celui-ci écrit, le 6 juillet 1783, que

(1) Duc d'Havré-Croy, colonel commandant du régiment de Flandre-infanterie, vénérable de la Bienfaisance à l'O. de Pans, membre delà Stricte Observance sous le nom d'Eques a porta optato.

(2) Millanois (Jean-Jacques-François), avocat du roi en la séné-

Savalète a essayé de le circonvenir, en diminuant l'importance du convent de Willemsbad et en lui déclarant d'un ton prophétique que l'enthousiasme des Princes allemands ne durerait pas. Puis brusquement il lui a parlé « de son attachement avec une femme à laquelle il tient fortement, attachement qu'il considère comme licite ». Est-ce encore MUe Gran ville? Est-ce déjà Geneviève Hatry ? Est-ce une troisième ? Le 13 juillet suivant, Savalète insiste sur l'alliance des deux régimes auprès de Millanois. Il est prêt, dit-il, à seconder l'installation de la loge de la Stricte Observance à Paris (la L.\ la Bienfaisance), si on le laisse l'installer. En ce moment un autre illuminé, le baron de Hillmer (1), influence fortement Savalète et fait de nombreuses tentatives auprès de Saint-Martin.

Le 27 juillet, Millanois raconte à Willermoz la visite qu'il a faite à Auteuil à l'amie de Savalète : « J'y ai bien souffert, écrit-il, et je vous avoue que je ne puis être de l'avis du f.\ de Lange sur cette liaison. Il a eu beau me dire que je devais la regarder comme sa femme et cependant ne pas en faire semblant, je me suis cru chez une fille, qui a l'entretien honnête, j'en conviens, l'esprit cultivé, peut-être des qualités, mais elle laisse entrevoir sous cette écorce ce qu'elle fut autrefois (2). » En 1785, ce sont des histoires plus étranges que l'on

chaussée de Lyon, député du tiers de cette ville aux Etats généraux, membre de la Stricte Observance sous le nom d'Eques a quatuor pallis.

(1) Baron d'Hillmer, baron du Saint-Empire, se disait prince palatin, chef d'un établissement (?) à Varsovie.

(2) D'après le ton de cette lettre, on doit croire qu'il s'agit plutôt deMll8Grandville que de Geneviève Hatry. Signalons, pour ne rien omettre, que cette dernière avait une sœur, qui s'appelait précisément Henriette-Louise, née le 15 juillet 1780, institutrice, morte à Paris le 6 août 1832.

raconte, et le latin seul devrait, dans plusieurs circonstances, braver les termes des anecdotes racontées par le correspondant de Willermoz qui est le f.\ Tieman (1).

Nous avons dit que Savalète s'occupait de médecine maçonnique, nous allons voir comment il la pratiquait : « Lange se perd tête baissée, écrit Tieman le 21 mars 1785 ; il a établi deux ou trois boutiques qu'il dirige. Dans sa Société Olympique il fait des maçons par communication ; il y reçoit des femmes, car tout doit être maçon. De là, ne croyant guère au magnétisme, il travaille une jeune comédienne de quatorze ans pour lui donner ses règles et finit par coucher avec elle. Tout cela fait des disparates épouvantables. Le baron de Gleichen (2) me dit l'autre jour que la vérité est comme un pucelage que tout le monde cherche, qu'on juge cher, et dont on dit en rougissant après l'avoir attrapé que c'est bien peu de chose. Jugez-moi un peu, je vous prie, ces chercheurs (3). »

La maçonnerie, on le voit, pouvait conduire à de singuliers résultats.

Si Tieman s'étonne de ka thérapeutique de Savalète, il reçoit quelques jours plus tard des confidences d'un tout autre genre qui le surprennent encore plus. Le 2 mai de la même année, il écrit : « Lange a la fièvre, il croit en Dieu ! »

Avec Savalète de Lange, nous avons vu un genre de maçon spécial qui ne fut pas une exception. Avec lui

(1) Tieman de Berend (Frédéric), Saxon au service de Catherine II. Il voyageait beaucoup pour la Stricte Observance, où il portait le nom de Eques a corde.

(2) Baron de Gleichen (Charles-Henri), diplomate danois (1733- 1807), secrétaire des Amis réunis.

(3) La lettre est de 1785 ; Henriette Jenny serait né en 1786. Ne serait-il pas le fils de la jeune comédienne en traitement?

nous assistons à une dépression cérébrale d'un genre 1res particulier provoquée par des éludes hors de la portée de L'intelligence et de l'instruction de celui qui s'y adonne imprudemment. Nous reviendrons longuement sur le personnage dans le récit que nous ferons, dans le second volume, de l'organisation maçonnique qui précéda la Révolution et dans l'étude des événements qui l'accompagnèrent.

Après la mort de Savalète de Lange, on vendit aux enchères puhliques les papiers des Philalèthes dont il était demeuré détenteur, et les instruments du laboratoire de chimie installé dans les annexes de la loge des Amis réunis et qui avaient été la cause de la mort de l'infortuné f.\ Duchanteau (1), victime d'une explosion.

(1) Duchanteau (Touzay), peintre. Professeur de Théosophie, hébraïsant et kabbaliste, auteur d'un calendrier magique, disciple de Pasqually, c'est lui qui avait initié le baron de Staël et le duc a Havre- Croy.

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