‹ La Franc-maçonnerie et les moyens pour arreter ses ravagesChapitre 78 sur 78 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Encore un chapitre des « Paroles d'un croyant, »

« Et à travers un brouillard gris et lourd, je vis, comme on voit sur la terre, à l'heure du crépuscule, une plaine nue, déserte et froide.

M Au milieu s'élevait un rocher d'où tombait goutte à goutte une eau noirâtre, et le bruit faible et sourd des gouttes qui tombaient était le seul bruit qu'on entendit.

(( Et sept sentiers, après avoir serpenté dans la plaine, venaient aboutir au rocher, et près du rocher, à l'entrée de chacun, était une pierre recouverte de je ne sais quoi d'humide et de vert, semblable à la bave d'un reptile.

« Et voilà, sur Tun des sentiers, j'aperçus comme une ombre qui lentement se mouvait ; et peu à peu, l'ombre s'approchant, je distinguai, non pas un homme, mais la ressemblance d'un homme.

« Et à l'endroit du cœur cette forme humaine avait une tache de sang.

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«c Et elle s'assit sur la pierre humide et verte, et ses membres grelottaient, et la tète penchée, elle se serrait entre ses bras, comme pour retenir un reste de chaleur.

« Et par les six autres sentiers, six autres ombres successivement arrivèrent «au pied du rocher.

« Et ducune d'elles, grelottant et se serrant avec ses bras, s'assit sur la pierre humide et verte.

« Et elles étaient là silencieuses et courbées sous le poids d'une incompréhensible angoisse.

a Et leur silence dura longtemps, je ne sais combien de temps ; car jamais le soleil ne se lève sur cette plaine; on n'y connaît ni soir, ni matin. Les gouttes d'eau noirâtre y mesurent seules, en tombant, une durée monotone, obscure, pesante, éternelle.

« Et cela était si horrible à voir que, si Dieu ne m*avait fortifié, je n'aurais pu en soutenir la vue.

a Et après une sorte de frissonnement convulsif, une des ombres, soulevant sa tète, fit entendre un son comme le son rauquQ et sec du vent qui bruit dans un squelette.

« Et le rocher renvoya cette parole à mon oreille :

« Le Christ a vaincu ; maudit soit-il I

« Et les six autres ombres tressaillirent, et toutes ensemble soulevant la tète, le même blasphème sortit de leur sein :

« Le Christ a vaincu ; maudit soit- il !

« Et aussitôt elles furent saisies d'un tremblement plus fort, le brouillard s'épaissit, et, pendant un moment, Feau noirâtre cessa de couler.

« Et les sept ombres avaient plié de nouveau sous le poids de leur angoiisse secrète, et il y eut un second silence plus long que le premier.

« Ensuite une d'elles, sans se lever de sapierre, immobile et penchée, dit aux autres :

« Que nous ont servi nos trames et nos conseils? Nous voulions enchaîner les hommes au nom de la liberté ; mais les hommes s'en sont aperçus, et ils ont repoussé la liberté.

« El une autre reprit : Nous voulions tromper le monde, sous prétexte de Tenrichir de la science, et nous avons été trahis par la vraie science.

« Et une autre dit : Nous voulions ôter le tranchant à Tépée de la justice, et la justice nous fait monter sur Téchafaud.

« Et une autre : Nous voulions détruire le pouvoir des princes, et les princes demeurent sur leurs trônes; et les peuples, qui avaient détrôné et chassé le roi, cherchent un appui sous la puissance royale.

« Et une autre : Nous voulions renverser les temples, et persécuter les prêtres; et la croix se relève, et la persécution rend les prêtres plus vénérables.

« Et une autre : Nous voulions abolir la religion ; et le monde repousse Timpiété, et redemande de toutes parts la religion.

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« Alors la septième ombre :

c< Le Christ a vaincu; maudit soit-il!

« Et toutes d'une seule voix répondirent :

c< Le Christ a vaincu; maudit soit-ill « Et je vis une main qui s*avancait ; elle trempa le doigt dans Teau noirâtre dont les gouttes mesurent, en tombant, la durée éternelle, en marqua au front les sept ombres, et on entendit comme un tonnerre qui disait ces mots : Trompés j maudits ^ condamnés pow toujours! »

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