Apocalypse^ ix
22 LA FRÂNC-MACOMNBiaE
qu'il appelle ses pères et ses maîtres. Mesurant leur grandeur à Timmensité des ruines qu'ils ont amoncelées, il les trouve si supérieurs aux générations qui les ont suivis, « qu'en vérité, s'écriet-il, si nous ne savions à quelle hauteur, sous l'excitation du péril et de l'émulation, ou pressée par le sentiment du devoir, peut monter l'humanité, nous pourrions croire que quelque providence les avait à plaisir de ses mains façonnés pour les grands temps oh ils vivaient, pour les grandes œuvres qu'ils avaient à accomplir * ». Le fougueux démagogue ne se trompait pas : cette providence spéciale dont il a comme l'instinct, elle existe. C'est elle qui a façonné les Marat, les CoUot d'Herbois, les Fouquier-Tainville, les Danton, les Robespierre et tous les autres monstres qui se sont repus de sang humain : c'est Satan. Oui, Satan est la providence de la Franc- Maçonnerie ! Il est plus que cela : il en est l'àme. C'est lui qui inspire la haine de Jésus-Christ, haine contre nature et qui demeure inexplicable, si l'on écarte l'intervention de Satan. Celui qui croit à la divinité de Jésus-Christ, comment pourrait-il le haïr? Comment pourrait-il détester un Dieu qui s'est fait homme par amour pour nous, et nous a aimés jusqu'à endurer pour nous le plus cruel et le plus ignominieux des supplices? Et celui qui ne croit pas à sa divinité, comment
1. Madîer de Montjau, Journal officiel, 8 juillet 1879, p. 6321.
pourrait-il le haïr? Comme homme, Jésus-Christ €st encore le plus beau type et le plus grand bienfaiteur de l'humanité. Et celui qui prétend que Jésus-Christ n'a jamais existé, qu'il n'est qu'un mythe, qu'un symbole, comment pourrait-il le haïr? Ne devrait-il pas plutôt l'aimer comme l'idéal de la beauté morale? Donc la haine du Christ est humainement inexplicable : c'est un mystère, mystère de la malice de Satan, qui pousse tant d'hommes baptisés dans le Christ à l'exécrer dans sa personne, et à le persécuter dans son Église, dans son Vicaire, dans ses ministres, dans ses épouses et dans tous ses membres. Jésus- Christ est l'homme nouveau, l'homme de la sainteté, de la justice et de la vérité ; Satan travaille de toutes ses forces à réhabiliter le vieil homme avec ses trois concupiscences, la concupiscence de la chair, la concupiscence de l'avarice, et la concupiscence de l'orgueil. Aussi la Maçonnerie date l'ère du progrès du jour où Thomme, à la suggestion de Satan, se révolta contre Dieu. Voici comme elle s'en exprime : « Depuis le jour où, selon la tradition, l'homme acquit la science du bien et du mal ; jour de sa chute, comme ils disent, mais que nous, nous ne pouvons entendre que comme le jour de son premier progrès : depuis ce jour l'homme n'a pas cessé de suivre l'impulsion de sa vocation divine (c'est-à-dire satanique du eritis sicutDii). Cette terre n'est donc pas pour l'homme, comme ils disent, une vallée de larmes,
ni un exil, ni une expiation : elle n'est qu'un des pas faits dans la carrière illimitée du progrès, de la gloire et de la félicité, qui lui fut ouverte ^ » Pendant longtemps les adeptes de la Franc- Maçonnerie ont voilé son caractère éminemment satanique, mais, depuis plusieurs années, ils ne se croient plus obligés de prendre tant de précautions. A la vue des progrès de Terreur et de cette multitude énorme qui adore la Bête, ils croient à leur victoire universelle et définitive, et ils se sont mis à prêcher ouvertement, dans les livres et sur les théâtres, la réhabilitation de Satan. Schelling a fait son apologie, et il Ta déclaré Dieu^ afin, dit-il, que le Christ-Dieu ait un antagoniste. Michelet s'est fait le prophète des triomphes de Satan sur le Christ. Quinet s'est appliqué à étouffer le christianisme dans la fange, pour mettre à sa place Satan, comme le principe qui doit unir tous les cœurs. Proudhon, qui appelait Satan le bien-aimé de son âmCy a déclaré vouloir le substituer au réformateur qui se fit crucifier. Le Bulletin de la Libre-Pensée^ en rendant compte d'une conférence tenue à Bruxelles le 30 juin 1876, et d'un discours qu'Eugène Robert, l'un des chefs de la Franc- Maçonnerie, a prononcé dans cette conférence, s'exprime ainsi : «En purifiant Satan de la longue calomnie des siècles, et en le dépouillant du dégoûtant et ridicule vêtement dont
1. La doctrine saint -simanienne. Paris, Librairie nouvelle, 1845, page 415.
la superstition et la haine l'avaient affublé, l'orateur a rendu à TArchange sa beauté et sa grandeur. Derrière la caricature, il a fait apparaître l'original, Satan est redevenu le frère de Prométhée, l'héritier des Titans, le défenseur et le conseiller des hommes, leur unique appui, leur unique refuge contre l'absorbante et suffocante étreinte du principe divin et autoritaire, sous toutes ses formes, religieuse, politique et sociale. Dieu s'est toujours mis du côté des oppresseurs et des forts : Satan s'étant rapproché de l'humanité par sa disgrâce et sa chute, en est devenu l'apôtre et le soutien. Symbole et génie de la liberté, ange de l'orgueil et de l'exil, éternelle protestation contre l'antiquité et la tyrannie, il fut l'inspirateur de toutes les revendications humaines, depuis la révolte d'Adam dans le paradis terrestre jusqu'à la grande et terrible insurrection de la Commune, foudroyée elle aussi pour avoir promulgué l'entier affranchissement de l'homme et du citoyen.
Pourquoi l'humanité fut-elle à jamais maudite ? Parce qu'elle suivit l'amour de la science et de la justice, que le serpent lui avait infusé dans l'âme... D est temps que la libre-pensée, dont le principe est la rébellion contre l'autorité du dogme et de la révélation, donne à ce principe tout le développement logique dont il est capable; et que rejetant, sous ses formes multiples, le principe divin de l'autorité, en opposant le droit humain au droit diivin, il crie : Dieu est mort! Vive le Diable!»
^6 LA FRANG-MAÇONNERIE
En Italie» le poète Josué Cadarci, Tan des prin- <îipaux francs-maçons de la nouvelle école de poésie, s'est voué tout entier à réhabiliter la chair et la volupté des sens, et à faire triompher Satan, i'esprit immonde, Satan, la personnification de la révolte contre la foi et le décalogue. Dans une hymne, il s'écrie : « Salut, 6 Satan, ô rébellion, ^ force vengeresse de la raison I Que vers toi montent Tencens et les vœux sacrés? Tu as vaincu île Jéhovah des prêtres ^ » Le culte public de Satan n'est plus à créer : il y a quelques semaines, la bannière de Satan a été portée en grande pompe à travers les rues de Gènes et de la Spezia. i
L'Église dit avec saint Paul qu'il faut tout restaurer dans le Christ, par le Christ et avec le Christ; la Franc-Maçonnerie dit qu'il faut tout^ déformer dans Satan, par Satan et avec Satan. L'Église publie que Jésus-Christ seul est saint, | seul seigneur, seul très haut, digne de tous nos hommages et de toutes nos adorations ; la Franc- Maçonnerie proclame que Satan seul est la beauté morale, le maître du monde, la vraie puissance,
i. Salute, o Satana,
ribellione, forza vindice, Délia ragionel Sacri a te salgano Gli. incensi e 1 Totl !
Hai Yinto il GeoTa De sacerdoti.
Satana etpoîemiche sataniche di Giosue Cadurci.
digne du culte et de l'adoration des hommes.
Avant Jésus-Ghristy Satan se fit adorer partout SOUS la figure des idoles ; il fit descendre l'humanité à un tel point de dégradation, qu'il l'amena à lui sacrifier le sang et l'honnêteté, lai vie naturelle et la vie morale d'une multitude innombrable de créatures humaines. Après la venue de Jésus-Christ, Satan tourna toute sa rage contre l'Église : il enflamma la haine des^ persécuteurs, suscita les hérésies et les schismes, et enfanta le rationalisme, le panthéisme, le matérialisme et toutes les erreurs qui menacent la société d'une destruction universelle; car ces. doctrines qu'il répand aujourd'hui par son église,, à lui, par la Secte maçonnique, sont pires que le dégradant paganisme lui-même. Les idolâtres, retinrent un certain nombre de vérités naturelles, et jamais ils n'ont fait de la haine de Dieu un système de civilisation et de prospérité. Le paganisme fut infidèle, mais non apostat; il servit Satan,, bien plus en ignorant qu'en niant; tandis que la Franc-Maçonnerie le sert, bien plus en niant qu'en ignorant. C'est pourquoi le pcû'en ressemble à l'homme-bête, symbolisé dans Nabuchodonosor, parce qu'il aveugla l'esprit dans la corruption dela chair ; l'apostat tient du diable-pourceau, figuré dans ce troupeau immonde dont parle l'Évangile*, parce qu'il se corrompt l'esprit, pour l'a-