CHAPITRE PREMIER
Division de l'armée. Infanterie. — L'armée française, en temps de paix, se compose de 144 régiments de ligne, 18 régiments de forteresse nouvellement créés, 30 bataillons de chasseurs à pied, A régiments de zouaves, A régiments de tirailleurs algériens, 2 régiments étrangers, 3 bataillons d'infanterie légère et *5 compagnies de disciplinaires, soit pour l'infanterie un total de 307.000 hommes dont 12.100 officiers.
Les effectifs de ces troupes se subdivisent ainsi :
Kffectif»
Désignation (Ij8 unités. on tc7tnps ik> paix.
144 régiments de ligne et 18 régiments de
forteresse 250.600 hommes
30 bataillons de chasseurs 17.700 —
4 régiments de zouaves 10.500 —
4 régiments de tirailleurs algériens 11.400 —
2 régiments de la légion étrangère 5.300 —
3 bataillons d'infanterie légère 4.100 —
5 compagnies de disciplinaires 1 .300 —
Total* 310.900 hommes
Les 144 régiments d'infanterie de ligne forment 72 brigades qui, à leur tour composent 36 divisions; ces divisions constituent 18 corps d'armée.
Les autres troupes d'infanterie sont ainsi distribuées :
Un bataillon de chasseurs est attaché à chaque corps d'armée soit 18 bataillons; les 12 autres sont ordinairement destinés au service des places fortes dans les Vosges et les Alpes.
Les régiments de zouaves (4 régiments), tirailleurs algériens (4 régiments), légion étrangère (2 régiments), infanterie légère (3 bataillons) et les compagnies de disciplinaires, sont spécialement destinés au service de l'Algérie et de la Tunisie.
Cavalerie. — La cavalerie, en temps de paix, se compose aujourd'hui de 78 régiments, dont 26 de dragons, 20 de chasseurs, 12 de hussards, 12 de cuirassiers, 4 de chasseurs d'Afrique et 4 de spahis. Ces huit derniers régiments sont destinés au service de TAlgérie. 36 régiments de dragons et de cavalerie légère forment 18 brigades attachées aux 18 corps d'armée. Les 34 autres régiments forment 17 brigades, lesquelles se groupenten 5 divisions de cavalerie. L'effectif de ces corps s'élève, en temps de paix, à 69.300 hommes dont 3.600 chefs et officiers et 65.700 hommes de troupe. Le nombre des chevaux est de 63.200. Les officiers supérieurs possèdent en propre leurs chevaux et, par conséquent, ceux-ci ne sont pas compris dans le chiffre cité plus haut.
D'ailleurs, sur les 69.300 h(»mmes il y a toujours des absents pour cause de maladie ou d'autres motifs et le nombre de 63.200 chevaux suffit amplemei|t au service de la cavalerie.
Artillerie. — L'artillerie française comprend, en temps de paix, 38 régiments, 16 bataillons de forteresse, 2 régiments de pontonniers, 10 compagnies d'ouvriers et 3 compagnies d'artificiers, soit un total de 71.600 hommes, dont 3.369 officiers et 68.231 hommes de troupe avec 2.()9i pièces de campagne ; les chevaux sont au nombre do 31.818. Ces 38 régiments d'artillerie forment 18 brigades et chacune d'elles fait partie d'un corps d'armée. La 19* brigade est destinée spécialement à l'Algérie.
Sur les deux régiments qui forment chaque brigade, l'un est formé de 12 batteries montées et l'autre de 11 batteries dont 8 montées et 3 volantes.
L'artillerie de forteresse se trouve répartie, comme les places fortes, sur toute l'étendue du territoire français.
f . " - '.i ''•5:i5e. — Lo s^rviro flu génie se compose de
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compagnie de conducteurs, une compagnie de dépôt et une compagnie d'ouvriers de chemins de fer. L'effectif total dé ce corps est de 10.502 hommes de troupe et 914 officiers.
Les régiments du génie sont inégalement répartis ; leur lieu de résidence varie suivant les zones militaires.
Gendarmepie. — La gendarmerie comprend 20 légions départementales, 1 légion d'Afrique, 5 compagnies maritimes et 4 compagnies coloniales. i8 légions sont attachées à 18 corps d'armée, une légion est destinée à la Corse, une aulre aii service de la ville de Paris. L'effectif de la gendarmerie est de 25.048 hommes de troupe et 787 chefs et officiers avec 13.152 chevaux.
Intendance militaire. — Le service de l'intendance militaire comprend 25 sections d'employés et ouvriers. Les 18 premières sections sont attachées aux 18 corps d'armée; 3 sections sont destinées à l'Algérie, 3 au gouvernement militaire de Paris et 1 au gouvernement militaire de Lyon. L'effectif de l'intendance militaire est de 9.534 hommes de troupe et 1.400 chefs et officiers.
Service sanitaire. — Le service sanitaire comprend 25 sections distribuées comme celle de l'intendance militaire.
L'effectif du corps médical militaire comprend 5.485 hommes de troupe, 1.185 médecins, 141 pharmaciens et 336 officiers d'ambulance et d'administration.
Train d'éqaipa§pes. — Le train des équipages comprend 20 escadrons dont l'effectif est de 11.436 hommes de troupes, 412 officiers, avec 9.950 chevaux et mules. Sur ces 20 escadrons, 18 font partie du corps d'armée.
Service télésprapliiqne. — Le service télégraphique comprend 4.000 agents qui seraient mobilisés dès la première heure, en cas de guerre.
Total. — Le total de ces troupes et corps spéciaux s'élève à 521.000 hommes dont 26.974 chefs et officiers et 496.800 hommes de troupes. Les absences se chiffrent par une proportionne 7 0/0. L'effectif des chevaux et mulets est de 131.385.
Les dépenses que cette armée exige chaque année s'élèvent, en moyenne, à plus de 1.000 francs par homme, suit un total de 530.000.000 de francs.
Dépenses. — Ce chiffre serait encore plus élevé si les sommes foumies par les élèves des corps militaires, comme prix
de pension, n*cn étaient déduites ainsi que le 5 0/0 d'escompte sur les soldes des chefs et officiers pour pension de retraite. De plus, la ville de Paris contribue pour une somme importante aux frais de la garde républicaine. Enfin, la fabrication des poudres dans les ateliers militaires produit un excédent de receltes dont bénéficie le ministère des finances.
En tenant compte de ces différences, nous arrivons au chiffre de 575.000.000 de francs, somme (jui constituait le budget de la guerre pour l'année 4886.
Voici d'ailleurs quelques chiffres intéressants que nous puisons dans le rapport présenté par la commission de la Chambre pour le budget de 1888 :
1® Le chiffre totid des dépenses de l'administration de la guerre qui, jusqu'en 1884, avait suivi une progression ascendante, a été depuis cette époque constamment en décroissant. Alors
qu'il s'élevait en 1884 à la somme de 596.318.580 fr.
11 est descendu en 1885 à 582.636.984
— en 1886 à 574.758.438
en 1887 à 555.934.529
Enfin, pour 1888, le chiffre proposé ne monte
qu'à la somme de 536.899.730
Ce qui accuse, de 1887 à 1888. une diminution
de dépenses de 19.034.799
Et dans l'espace de quatre ans une réduction
totale de 59.418.850
Soit en nombre rond soixante millions.
2° Le chiffre des dépenses faites, qui antérieurement à 1884 était chaque année supérieur au chiffre des dépenses prévues, lui est devenu tout au contraire sensiblement inférieur. Il résulte, en effet, du compte définitif de 1884 un chiffre de dépenses de 591.731.960 fr. 47 c, inférieur dc4.o86.649fr.53c.au chiffre budi^élaire donné ci-dessus; il résulte également d'une situation provisoire établie pour l'exercice 1886, d'après la demande de la commission, un chiffre de dépenses faites inférieur de 11.715.340 francs 77 c. au chiftVe budgétaire. De sorte qu'en admettant comme vrais les chiffres de 1886, qui ne peuvent différer que très peu de ceux qui seront accusés par le compte définitif, les dépenses, (jui en 1884 se sont élevées à 591.731.960 francs 47 c, seraient descendues en 1886 à 563.044.097 fr. 23 c. Une économie de plus de 28 millions aurait donc été réalisée de 1884 à 1886.
Si le budget de la guerre a pris, de 1870 à 1884, un développement aussi considérable, c'est que l'administration et le Parlement, obéissant à une préoccupation commune ont songé, avant lout, à organiser l'armée sur les bases les plus larges; on ne peut
s'étonner de celle tendance, mais la conséquence fut de réléguer les idées d'économie et de contrôle au second plan. Il n'en est plus de même aujourd'hui et les diverses branches de Tadministration ont tenu à ménager, autant que faire se pouvait, les deniers de TËtat.
Le budget de la guerre absorbe la sixième partie du budget de la nation.
Cette proportion est la même pour toute les grandes puissances militaires de l'Europe: elle est encore plus forte pour quelques puissances militaires de deuxième ordre.
ESflTectif de l'armée. — L'effectif réel de Tarmée française on temps de paix étant de 523.000 hommes, il en résulte la proportion de 10 soldats sous les armes par 745 habitants. Or, on calcule que les hommes adultes en pleine possession de leurs forces physiques, ne forment que le cinquième de la population. Il en résulte donc que le service militaire enlève un de ces hommes sur quinze aux travaux de ragriculture, de l'industrie, etc. Nous devons trouver là une des causes de l'immigration, dans ce pays, d'ouvriers étrangers; ils viennent combler, en partie, les vides que produit la conscription. Cette absortion par l'armée d'une grande partie des forces vitales du pays se retrouve également en toutes les nations armées qui constituent les grandes puissances de l'Europe.
Situation des plus graves, créée par le système du service militaire obligatoire.
312.000 jeunes gens ùgés de vingt ans, sont appelés, chaque année, dans les rangs de l'armée d'après les prescriptions de la loi de 1872 qui règle le service militaire dans ce pays.
Ces conscrits doivent faire un service actif de ciiuj ans, passer quatre ans dans la réserve, cinq ans dans l'armée territoriale et six ans dans la réserve de l'armée territoriale.
Le service militaire a donc une durée de vingt ans.
Sur les 312.000 jeunes gens, 47.000 sont réformés pour cause de maladie, on défauts physiciues; 4 ou 5.000 autres qui se préparent à entrer dans les ordres ciu se consacrent à l'enseignement, sont également dispensés du service militaire. Le nombre des conscrits se trouve ainsi réduit à 200.000 sur lesquels ^0.000 sont (ils aines de veuve ou soutiens de famille et, comme tels, dispensés du service actif.
Sur les 200,000 restant, 20.000 n'ont pas la taille réglementaire et sont versés dans la réserve, 4.000 sont inscrits sur les registres maritimes et comme tels, réclamés par la marine ; enfin 7.000 conscrits viennent combler les vides qui, chaque année se produisent dans l'infanterie de marine. Il reste donc sur le contin-
454 sixième: partie.
gent annuel, 156.000 conscrits enrôlés dans le service actif de rinfanlerie, artillerie et cavalerie de Tarmée, ainsi que dans les services accessoires et 7.000 conscrits qui entrent en qualité d'engagés volontaires, dans la marine de guerre.
Les 150.000 conscrits dont nous venons de parler se distribuent ainsi :
Engagements volontaires anticipés, sans
compter ceux de la marine 13.000 hommes.
Conscrits admis à faire le volontariat d*un
an, après examen exigé à cet effet. . . . 5.000 —
Conscrits destinés à faire cinq ans de service 96.000 --
Conscrits destinés à faire un an de service. 42.000 —
Total des hommes enrôlés chaque année
dans le service actif. 156.000 hommes.
Le chiffre de l'effectif qui sert de base aux évaluations budgétaires c'est ce qu'on appelle l'effectif net, c'est-à-dire l'effectif brut des hommes inscrits sur les contrôles des états-majors, des corps de troupe et des divers services, diminué du chiffre des absents (hommes aux hôpitaux, en congé, en jugement, en désertion). La différence entre l'effectif brut et l'effectif net varie suivant 'es éléments de l'armée; elle est estimée pour les corps de troupe à 8,5 0/0. C'est sur l'effectif net que sont fondés les calculs budgétaires.
Cet eflectif avait peu varié depuis 1875 jusqu'en 1886.
Nous le trouvons, en effet :
Pour l'année 1883 de 471.910 hommes.
D'ailleurs, ces chiffres représentent l'effectif moyen, cest-à-dire que, lorsque le budget porte l'effectif à 482.684, le ministre dispose d'un nombre de journées de présence égal à 365 fois ce chiffre et qu'il peut les répartir suivant les exigences du service entre les 3()5 jours de l'année. Les chiffres de l'effectif moyennement entretenu diffèren" en général trt^s peu du chiffre porté au budget. Nous trouvons, par exemple, pour les quatre années mentionnées ci-dessus : 471.303, 479.944, 487.548 et 481.323.
La loi militaire à l'étude tend à réduire de 5 à 3 ans le service actif dans l'armée de terre et l'infanterie de marine, sauf pour les
engagements volontaires dont la durée serait plus longue pour ce dernier corps.
En cas de guerre, la nation peut faire appel à toutes les réserves y compris les fils aines de veuve, soutiens de famille, etc., dispensés en temps ordinaire du service actif. L'appel des hommes de ^0 à 40ans, donnerait, défalcation faite des malades et invalidesi 4.109.000 hommes formant les cadres de Tarmée active, des réserves et de la territoriale. Au moment de la mobilisation, en tenant compte des vides qui se produiraient, l'armée compterait encore un effectif de 3.000.000 d'hommes. Mais les vides et les absences n'atteindraient pas un si haut chiffre si nous nous en rapportons aux résultats donnés par Tessai de mobilisation du 17'' corps d'armée.
EfTectifs des pénpimento, etc. — L'effectif d'un régiment d'infanterie en temps de paix, varie de 900 à 1.800 hommes selon les exigences du service. En temps de guerre, cet effectif est porté à 3.200 hommes par l'incorporation de la réserve de l'armée active.
Le régiment de cavalerie, non compris l'escadron de dépôt, compte un effectif de 700 chevaux.
La batterie d'artillerie de campagne comprend 160 hommes avec 6 pièces.
Le régiment d'artillerie comprend 9 batteries, soit 2.200 hommes et 5i pièces.
Une compagnie de génie, comprend en temps de guerre 220 hommes.
Un corps d'armée en temps de guerre comprend un effectif de 37.000 hommes de troupe et 1.000 chefs et officiers. En temps de paix cet effectif varie entre 13.000 et 22.000 hommes selon les exigences du service laissées à l'appréciation du ministre de la guerre.
La réserve de l'armée active n'est que le complément de l'armée active ; elle n'a donc point d'organisation particulière.
Armée teppitoriale. — L'armée territoriale comprend 14i régiments d'infanterie plus celui d'Aix, soit lio régiments auxquels il faut ajouter 9 bataillons de zouaves.
La cavalerie de l'armée territoriale comprend 148 escadrons dont 72 de dragons et 72 de cavalerie légère. Les chevaux, en cas de mobilisation, seraient obtenus par voie de réquisition.
L'artillerie de l'armée territoriale comprend 18 régiments, soit 288 batteries. De plus, cette armée compte 18 bataillons du génie : 18 escadrons du train, 9 sections techniques d'ouvriers.
ces sections comprenant 10.000 hommes sans faire entrer en ligne les services auxiliaires d^administralions et ambulances.
fortes. — Les places fortes comprennent les quatre camps retranchés de Belfort, Epinal, Toul et Verdun, qui forment la première ligne de défense de la frontière de PEst. La deuxième ligne comprend les camps retranchés de Besançon» Dijon, Reims et Laon.
La troisième et dernière ligne de défense comprend les places fortes du Nord avec le double svstème des forts de Lille. Plus au sud se trouvent les places fortes de Paris et Lyon.
Du côté de la frontière italienne les forts isolés Je Montbc— liard et Embrun complètent les défenses naturelles que présentent les Alpes.
Dépenses de fortifications. — Le gouvernement de la troisième République a dépensé 2.200.000.000 de francs pour reconstituer le matériel de guerre de l'armée. Les camps retranchés et autres travaux de forteresse se sont élevés à la somme de 500.000.000 de francs. Les forts de Paris, seuls, ont coûté 60.000.000 de francs. Les dépenses du ministère de la guerre se sont élevées en 1870 et 1871 à la somme de 2.000.000.000 de francs ; il est vrai que des indemnités et autres frais couverts directement par d'autres ministères, sont compris dans ce chiffre. Les dépenses provenant de la guerre de 1870-1871 y compris la contribution de guerre, frais de campagne, indemnités, reconstitution du matériel, modificaticjn du svstème de défense, etc., peuvent rire évaluées à 10.000.000.000 de francs.
EflTeetif de l'armée permanente. — En 1801) l'elfeclif nominal de l'armée permanente en temps de paixétait de 140.000 hommes; en réalité il se réduisait à325.CK)0 hommes pendant les trois mois d'hiver, époque où de nombreux congés étaient accordés aux soldats. En juillet 1870, l'armée française se composait réellement de 380.000 hommes, soit une différence de tiO.OOO hommes en moins.
Bndf^ets comparés de la i^nerre. — Le budget de la guerre du deuxième Empire était de 409.000.000 de francs si Ton considère que l'effectif réel de l'armée était, en moyenne, de 350.000 hommes, c'était une dépense pour l'État de plus de 1.000 francs par homme.
La troisième République dépense 509.000.000 de francs pour une armée dont l'effectif réel, en temps de paix, est de 483.000
hommes et il faut tenir compte de l'appel des réserves pendant quelques jours chaque année, de telle sorte qu'aux manœuvres d'automne, par exemple, le nombre des hommes sous les drapeaux s'élève à plus de 1 million.
Le budget dé la guerre de la troisième République présente donc, relativement, un chiffre réduit et le coût de Tarmée est, proportionnellement, plus économique que sous le deuxième Kmpire, bien que les progrès de la science imposent aux nations la nécessité d'une organisation militaire très coûteuse et d'approvisionnements forts dispendieux.
Apineiiieiit de l'armée. — L'armement en usage dans l'armée française se compose ainsi :
1° Le fusil Gras, modèle 1874, qui sera prochainement remplacé par le fusil Lebel.
Cette substitution de l'arme de l'infanterie sera fort coûteuse car le prix de revient d'un fusil Lebel est d'environ 100 francs et le minimum de fusils à fabriquer est de un million.
Le lusil Lebel est à petit calibre, 8 millimètres ; il possède un magasin de cartouches qui permet de s'en servir comme fusil à répétition ; sa trajectoire est très tendue et il présente de sérieux avantages sur les systèmes précédemment adoptés.
2<* La cavalerie est armée d'un mousquet qui n'est que le fusil <iras raccourci ;
3" Le pistolet-revolver est donné aux officiers et sous-officiers de première classe de l'infanterie, aux tambours, aux cuirassiers, sous-officiers de cavalerie, artilleurs-conducteurs, conducteurs de l'escadron du train, les pontonniers et télégraphistes et en général aux hommes des services auxiliaires de l'armée ;
4" Le sabre-baïonnette de l'infanterie a été modifié récemment; la poignée autrefois en métal est aujourd'hui en bois, et l'arme y a gagné en légèreté ;
.V L'artillerie de campagne possède une arme unique, c'est le canon de 90 millimètres système de Bange, à 28 stries. Il pèse 538 kilogrammes et lance un projectile du poids de 8 kilogrammes avec 1 kil. 900 de poudre ; la vitesse initiale est de 455 mètres par seconde et la portée de 6.900 mètres. Chaque pièce est pourvue de 145 à 150 grenades et possède un approvisionnement égal dans les parcs de campagne.
Les batteries ordinaires de campagne, à pied, se composent toutes du canon de Bange 90 millimètres.
Les batteries montées possèdent le canon de Bange 80 millimètres à 24 stries ; il pèse 425 kilogrammes et lance un projectile du poids de 5 kil. 600 avec une charge de poudre de 1 kil. 600;
la vitesse initiale est de 400 mètres par seconde et la portée de 7.000 mètres.
Le canon de 80 millimètres dit « de montagne » est rayé* par 28 stries. Il pèse 105 kilogrammes ; le poids du projectile est de 5 kil. 060 et la charge de poudre de 400 grammes. La vitesse initiale est de 257 mètres par seconde et la portée de 4.000 mètres.
L'artillerie de forteresse comprend des pièces variant de 95 à 270 millimètres; les portées de 5.000 à 12.000 mètres ; le poids des projectiles de 10 kil. 900 à 180 kilogrammes et les charges de poudre de 2 kil. 100 à 40 kilogrammes.
L'emploi de la mélinite et du fer chromé constituei^t les derniers progrès réalisés dans la fabrication des gros projectiles. Les produits des usines françaises, en ce genre, n'ont pas été dépassés par les produits similaires des autres pays.
L'artillerie de Bange, par la précision de son tir, sa portée et son maniement facile, supporte avantageusement la comparaison avec les systèmes Armstrong et Krupp. Certains pays, comme le Mexique et la Serbie, ont adopté le canon de Bange, de préférence à tout autre.
Écoles militaires. — Les écoles destinées à l'instruction militaire peuvent se subdiviser ainsi :
l*' École d'enfants de troupe (Rambouillet).
2** Ecoles de régiment.
3° Prytanée militaire de la Flèche.
4*» Ecole d'infanterie (Saint-Maixent).
5® École de Cavalerie (Saumur).
6» École des sous-officiers d'artillerie, du génie et du train des équipages (Versailles).
7° Ecole d'administration militaire (Vincennes).
8° Ecole militaire d'infanterie et de cavalerie (Saint-Cyr).
9» École Polytechnique (Paris).
10® École médico-militaire (Paris).
11® Ecole d'application d'artillerie et du génie (Fontainebleau). 12° Ecoles supérieures de guerre.
Écoles d'enfants de troupe. — 11 en existe une à Rambouillet ; une autre a été récemment créée et l'on songe à en instituer de nouvelles.
Elles sont destinées aux fils des soldats qui veulent suivre la carrière des armes. Admis à 13 ans ils y restent jusqu'à l'âge do 18 ans pour entrer dans l'armée en qualité de soldats: l'instruction théorique et surtout pratique qu'ils ont acquis à l'école leur
permet de monter rapidement en grade et généralement on les retrouve sous-officiers au bout d'un an. Le nombre d'élèves est de 450 à Rambouillet et l'école de nouvelle création compte un chiffre égal d'élèves.
Écoles de pég^iment. — Il existe dans chaque corps d'infanterie, de cavalerie ou d'artillerie une école élémentaire dont le service est confié aux sous-officiers ou soldats qui possèdent une instruction suffisante. Les colonels de ces régiments, ainsi que les chefs et officiers s'appliquent par tous les moyens dont ils peuvent disposer, à développer l'instruction dans ces écoles. Grâce à cette institution tout soldat qui a passé le temps du ■service obligatoire possède quelque instruction si élémentaire soit-elle; elle lui permet parfois d'atteindre le grade de sousofficier.
'Prytanée de la Flèche. — Le but de cette institution est de récompenser les services rendus à l'Etat par les officiers de terre et de mer, en donnant à leur fils, indépendamment de l'éducation militaire, une instruction littéraire et scientifique assez <îtendue pour leur permettre d'obtenir le diplôme de bachelier ès-sciences et plus spécialement de se présenter avec succès au concours d'admission à l'École Polytechnique et à l'École Saint- Cyr. On admet 300 boursiers et 100 demi-boursiers. Les premiers sont choisis de préférance parmi les orphelins ou fils d'un père amputé.
École d'Infanterie de Saint-Maixent. — En temps de paix, aucun homme ne peut atteindre le rang d'officier sans avoir passé par l'école: telle est l'idée qui a donné lieu a la création de l'école dé Saint-Maixent, ainsi qu'à celle des écoles de Saumur et de Versailles.
Saint-Maixent est destinée à former des officiers d'infanterie ; l'école n'admet, après concours, que des sous-officiers comptant au moins un an de grade. L'enseignement comprend toutes les matières nécessaires pour l'instruction d'un officier subalterne de rinfanterie et sa durée est d'un an. Si au bout de ce temps, l'élève a montré des aptitudes suffisantes il rentre dans l'armée avec le titre de sous-lieutenant; dans le cas contraire il reste ■sous-officier. Le nombre d'élèves qui passe chaque année par l'école de Saint-Maixent est, en moyenne, de 400. La fondation de cette école date de 1881 ; c'est l'œuvre de laS^ république et il en est de même des écoles de Saumur et de Versailles. Ces établissements ouvrent un vaste champ aux aspirations de ceux qui, peu
460 SLXIÈME PARTIE.
favorisés de la fortune, n'ont pu faire les éludes nécessaires pour être admis à Técole Polytechnique ou à Técole Saint-Cyr.
École de cavalerie de Sanmiip. — Cette école a pour but:
1® De perfectionner l'instruction d'un certain nombre de souslieutenants et de lieutenants ;
2® De compléter l'instruction spéciale dans l'arme de la cavalerie des élèves (|ui sortent de l'École de Saint-Cyr avec le rang de sous-lieutenant ;
3° De perfectionner l'instruction des sous-officiers de cavalerie qui ont été jugés dignes d'être élevés au grade d'officier;
i** De compléter l'instruction technique des vétérinaires qui sortent des écoles spéciales. Les cours suivis par ces quatre divisions durent quatre mois.
L'admission des candidats se fait au concours excepté pour les deux premières catégories d'élèves.
École de sous-officleps de Versailles. — Fondée en I88i, cette école est destinée à former des sous-lieutenants d'artillerie, du génie et du train des équipages.
Les candidats sont recrutés parmi les sous-officiers, dont quelques-uns viennent de la marine. Les cours durent un an et les élèves qui ont montré des aptitudes suffisantes sortent de Técole avec rang de sous-lieutenant; les autres rentrent dans Tarmée avec le même grade qu'ils avaient auparavant.
Le nombre d'admissions est, chaque année, comme suit :
Sous- officiers d'artillerie 05
— des bataillons du génie i^
de l'artillerie de marine 20
— du train des équipages 20
Total des élèves admis. . . 117
École d'administration militaire. — Cette école a été fondée en 1873 et quel(|ues réformes y ont été apportées en 1878. Elle reçoit cha(jue année, après concours, un chiffre moyen de 75 élèves, pris parmi les sous-officiers de toutes armes. Après un an, les candidats bien notés ouïrent dans l'admistration avec le grade d'adjudant.
École de Saint-Cyr. — En 1808 l'ancienne école militaire fut installée à Sainl-Cyr ; depuis celte époque l'école a fourni de nombreux et brillants officiers qui se sont distingués
dans toutes les guerres auxquelles la France a pris part dans ce siècle. Cette école a pour but de former des officiers ayant une instruction complète pour servir dans Tinfanterie, la cavalerie et l'infanterie de marine. L'admission a lieu après concours ; mais le candidat doit être déjà bachelier ès-lettres ou ès-sciences et avoir suivi, pendant un an, un cours spécial complémentaire. A Técole, les études durent deux ans. Le prix de pension est de 1.500 francs par an, auxquels il faut ajouter 700 francs, prix de Téquipement de chaque élève, il y a quelques bourses et demibourses.
Parmi les candidats, ceux qui ont déjà servi dans Tarmée active peuvent entrer à Fécole, après concours, jusqu'à Tàge de ^5 ans ; la limite d'âge est de 21 ans pour les autres.
Le nombre des admissions est, chaque année, de 400 en moyenne. Les élèves étrangers recommandés par les chefs de mission militaire de leur pays peuvent y cHre reçus après concours. La proportion des candidats qui se jprésentent et des admissions après concours est comme 15 à 4 ; le quart environ des candidats est donc reçu ; il y a des années où la proportion des candidats admis est moindre et ne représente que le cinquième de ceux (|ui subissent les épreuves de l'examen. Les cours de Técole Saint-Cyr comprennent la stratégie, l'histoire militaire. Fart des fortifications, Tantillerie élémentaire, Téquitation, la topographie, la physique, la chimie, la langue allemande, etc. Le bataillon des élèves de l'école de Saint-Caint-Cyr porte le nom de premier bataillon de France et il a rang à droite de l'armée.
École Polytechnique. — Celte école constitue, pour la France, un véritable titre de gloire. Créée en 1793 elle compta parmi ses premiers professeurs: Mon^e, Berthollet, Carnot, Laplace, Biot et quelques autres hommes de science qui ont illustré les commencements de ce siècle. Les résultats donnés par cette institution, unique au monde, ont été très heureux dès sa création. Au début, les études de lEcole polytechnique comprenaient l'application de toutes les sciences à Fart de la guerre et au génie civil et militaire.
Aujourd'hui les études de cette école comprennent spécialement les mathématiques élevées et les sciences exactes dans leur plus grand développement, ainsi que quelques applications de ces sciences, bien qu'à la sortie de l'école Polytechnique les élèves entrent dans des écoles spéciales réservées à ces applications dans des branches diverses; nous citerons, dans l'ordre civil, les écoles des mines, des ponts-et-chaussées, des manufactures de l'Etat (tabacs et poudres), Je télégraphie, d'hydrographie ; les
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écoles militaires comprennent celles d'application du génie militaire, des constructions navales, du génie militaire, d'artillerie de terre et du service de mer.
Les élèves entrent dans ces différentes écoles selon leur rang de sortie de l'École polytechnique.
Les candidats à l'Ecole polytechnique doivent avoir le baccalauréat ès-sciences ou ès-lettres, de préférence tous les deux, et de plus, ils doivent se préparer au concours d'admission par des études complémentaires comprenant surtout Talgèbre, la géométrie analytique et la géométrie descriptive.
Le concours est double ; l'un désigne le candidat pour Tadmissibilité, l'autre pour l'admission. Le nombre de candidats (jui se présente chaque année est environ de 2.000 sur lesquels 210 ou 220 sont admis, soit une proportion d'environ 10 p. 100.
Les élèves qui, à leur sortie de TÉcole polytechnique, entrent dans la vie civile ont le grade de sous-lieutenant dans l'armée de réserve, soit dans l'artillerie, le génie ou la télégraphie militaire.
L'école, militairement, comprend un bataillon d'élèves qui se compose de deux divisions et chaque division de deux compagnies.
Ces différentes sections s'accordent avec les cours annuels de l'École.
Les quarante élèves qui sortent de l'École dans les premiers rangs peuvent, à leur choix, adopter une carrière civile. Les autres entrent au service de l'armée.
École d'application de Fontainebleau. — Cette Ecole d'application se trouvait à Metz avant la guerre de 1870-71 ; depuis elle a été transportée à Fontainebleau. Les élèves, tous polytechniciens, s'y trouvent divisés en deux sections de 140 élèves chacune et comprenant l'une le génie, l'autre l'artillerie»
Les cours comprennent l'étude des règlements militaires, de l'administration et de la législation militaires, les inan<euvres de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie ; les fortifications, l'attaque et la défense des places, la topographie, la mécanique appliquée, les applications de la physique et de la chimie à l'art (le la guerre, l'architecture, la langue allemande et léquiiation. Les élèves de la section d'artillerie étudient spécialement les manœuvres et le service des pièces. Ceux de la section du génie se consacrent surtout à l'étude des fortifications et de la transformation actuelle des places de guerre, aux opérations trigonométriques sur le terrain et aux manœuvres de l'infanterie. Les^ élèves entrent à l'École d'application de Fontainebleau avec le grade de sous-lieutenant, ils en sortent lieutenants.
Coups médico-mili taire. — Les aspirants peuvent commencer leur instruction médico-militaire partout où il y a^ en France, un hôpital militaire ou une Ecole de médecine préparatoire ou ayant rang de faculté. L'admission à suivre ces cours exige, au préalable, un concours ; et les élèves doivent faire le service dans un hôpital militaire, compter quatre inscriptions, au moins, et terminer leurs études par un premier examen de doctorat.
Le plan des études médico-militaires est le même que celui suivi dans toutes les facultés de médecine. L'État fait les frais des inscriptions et des examens. Après avoir passé Texamen au doctorat les élèves entrent à TÉcole d'application du Val-de- Ciràce où ils continuent Tétude pratique de la médecine et de la chirurgie ahisi que les lois et règlements relatifs au service médico-militaire. Les cours du Val-de-Grâce durent une année pendant laquelle ils jouissent d'une solde de 2.690 francs pour Tannée à titre d adjudants-majors de seconde classe, puis ils entrent au service actif dans Tarmée.
Les pharmaciens militaires suivent des cours analogues. On compte, en France, 1.485 médecins militaires et adjudantsmajors. Le nombre de pharmaciens militaires n'est que de 185. Le service de santé, ambulances, etc., est confié aux soins du corps médical militaire.
École supérieupe de g^neppe. — (Ëcole militaire du Champ-de-M.ars). — Dans cette École, l'enseignement militaire atteint son point culminant ; elle a remplacé l'ancienne école d'application de l'État-major.
Les sous-lieutenants, lieutenants et capitaines de toute arme, <jui comptent cinq ans de grade d'officier et trois ans de service effectif, peuvent être admis à l'école. L'examen d'admission comprend (|uatre épreuves écrites traitant des questions relatives aux manœuvres, à l'organisation ou à l'histoire militaire, puis une traduction du français à l'allemand et enfin la reproduction d'une carte topographique avec variation d'échelle. L'examen oral porte sur toutes les parties de l'art militaire.
72 candidats, en moyenne, sont admis chaque année et ils se recruleut ainsi (|u'il suit :
Infanterie 43
Cavalerie 9
Artillerie 14
Génie 5
Artillerie de marine 1
Total 72
Les cours de Técole supérieure de guerre durent deux ans; ils comprennent la tactique et la stratégie appliquée à la guerre ; le fonctionnement des chemins, de fer et des télégraphes militaires, la mohilisation et Tétude de Tallemand et du russe.
Les élèves de Técole supérieure de guerre sortent avec le grade immédiatement supérieur à celui qu'ils avaient à leur entrée. Ils ont le droit de servir dans TÉtat-Major, mais après avoir fait un service do quatre ans dans Tarmée, soit deux ans dans rinfanterie et deux ans dans la cavalerie, auxquels il a été ajouté récemment un an dans Tartillerie ou le génie.
Comparaison entre l'organisation militaire de la France et celle des autres pays. Armées actives et réserves. — Le tableau ci-contre donne une idée exacte des forces comparées de divers pays. On y voit que la France possède, en temps de paix, Tarmée la plus nombreuse après celle de la Russie. L'armée allemande est, à ce point de vue, presque au même niveau que celle de la France.
L'empire allemand possède un nombre de pièces de campagne, en temps de guerre, sans compter la réserve territoriale, qui s'élève à 2.808; et ce chiffre se réduit à 2.040 en temps de paix.
La France compte sur 2.600 canons de campagne en temps de paix et sur 4.300 en temps de guerre.
En Russie, l'artillerie est divisée en batterie de 8 pièces et ce pays possède en temps de paix 1.240 pièces et 2.424 en temps de guerre.
En Autriche-Hongrie l'artillerie de campagne compte i.20O pièces en temps de paix et i.679 en temps de guerre.
Kn Angleterre, l'artillerie de campagne comprend 2.800 pièces pour la métropole seulement; l'armée de l'Inde possède une artillerie de 300 pièces; Malte et l'Australie 100.
En Italie, l'artillerie comprend 800 pièces en temps de paix et 950 en temps de guerre. L'artillerie de l'Empire ottoman se compose l.oOO pièces.
Voici quel est le budget de la guerre des nations européennes et de quelques pays d'Amérique :
Empire Allemand 500.000.000 francs.
France 600.000.000 —
Russie* 800.000.000 —
Italie 250.000.000
Angleterre 450.000.000 —
Autriche-Hongrie 270.000.000 —
Espagne 152.000.000 ~-
Belgique 46.000.000 —
Roumanie 28.000.000 —
Grèce 18.000.000 —
Servie 18.000.000 —
Suède et Norwège 35.000.000 -
Danemarck 12.000.000 --
Pays-Bas 50.000.000 —
Portugal 25.000.000 —
ÉLats-L'nis 200.000.000 —
Mexique 80.000.000 —
République Argentine. 37.000.000 —
Chili 30.000.000 —
Uruguay 10.000.000 —