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zélés : le père Cotton, l'un des leurs, confesseur du roi, la pieuse marquise de Guercheville qui, vingt années auparavant, s'était retirée pendant quelque temps dans ses terres pour échapper aux poursuites trop ardentes d'Henri IV, la reine Marie de Médicis, et, plus sans doute par politique que par sentiment religieux, Henriette d'Entraigues, maîtresse du roi. Une souscription fut organisée, et, le jour de la Pentecôte 1611, le vaisseau qui portait à la fois les Jésuites et leur adversaire abordait à Port-Royal. Dès 1618, l’un des Jésuites, le frère Gilbert du Thet, meurt glorieusement, en pointant un canon contre les Anglais, qui attaquent Port- Royal sous les ordres d’Argall ; les autres sont capturès et dirigés sur la Virginie. Cette obscure échauffourée était la première lutte entre Français et Anglais dans le Nouveau-Monde : la dernière devait. avoir lieu entre Wolfe et Montcalm dans les plaines d’Abrahan.
En 1615, Champlain s'adresse aux Récollets, dont une maison venait dese fonder près de sa ville natale de Brouage. Ce rameau de l’ordre de saint François envoie quatre pères. Ils bâtissent un couvent à Québec, et l'un d'eux, le P. Le Caron, évangélise les Hurons à travers mille dangers. Mw de Champlain, que son mari avait épousée alors qu’elle avait douze ans, et qui devait mourir en odeur de sainteté, sous l’habit des religieuses ursulines, dans un couvent de cet ordre qu'elle avait fondé à Meaux, catéchise les femmes et les enfants, et a beaucoup de peine à empêcher les Jndiens de l’adorer elle-même, à cause de sa beauté. — Bientôt cinq missions de Recollets s'organisent ; l’un de ces religieux ne
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tarde pas à périr, noyé par les sauvages dans le rapide de Montréal encore connu jusqu’à ce jour sous le nom de « sault au Recollet ; » les Franciscains réclament eux-mêmes la collaboration des Jésuites, parmi lesquels . un normand, l’intrépide P. de Brébeuf (1), va bientôt voir payer aussi son dévouement du martyre. Partout éclatent l'héroïsme et le sacrifice : la fondation de Montréal et la colonisation de son île est commencée en 1640, par l'abbé Olier(?2), etcontinuée par la compagnie du séminaire de Saint-Sulpice, qui y possède encore des propriétés attribuées en 1763 par le gouvernement anglais en compensation des droits seigneuriaux abolis lors de la conquête. « On ne saurait trop constater, remarque à ce propos M. Le Play (3), qu'une corporation de Paris a conservé, sous la domination anglaise, des propriétés qui auraient été confisquées par la révolution si le Canada avait conservé sa nationalité (4). »
(1) Né à Condé-sur-Vire, en 1593, d'une famille noble, la même dit-on, d'où sont issus les comtes d'Arundel, en Angleterre. Il était l'oncle de l'écrivain Guillaume de Brébeuf. — Avant d'entrer dans la compagnie de Jésus, le père de Brébeuf avait successivement appartenu aux diocèses de Bayeux et de Coutances.
(2) Les missionnaires envoyés par M. Olier avaient eu pour premier sanctuaire une petite chapelle construite en écorce. Faute de lampe et faute de cierges, — l'huile et la cire étant encore inconnues dans ce pays, — on y voyait briller une fiole de verre éclairée par un de ces lumineux insectes qu'on appelle des mouches à feu. — Élisabeth Seton, par Mme de Barberey, t. I, p. 373. — Miscellanea on historical, critical and miscellaneous subjects, by J. M. Spalding, D. D., bishop of Louisville, archbishcp of Baltimore.
(3) L'Organisation du Travail, p. 491, note.
(4) « Si l’œuvre de Montréal a si bien réussi, si elle a eu de telles
Cependant la guerre entre les sauvages va être pour beaucoup de missionnaires le signal du martyre. Dans la bourgade huronne de Saint-Joseph, le P. Daniel est
:massacré à la tête de 700 de ses ouailles. À Saint-Louis, où la population entièreest passée par les armes, les Pères de Brébeuf et Lallemant expirent au milieu des tourments les plus affreux (1). À Saint-Jean, un nouveau
conséquences pour l'établissement de la race française en Amérique, si elle est peut-être l'exemple le plus remarquable du succès d’une fondation religieuse, il faut reconnaître aussi par quels efforts elle fut établie, soutenue et continuée au milieu des plus grandes difficultés. Vingt années après les commencements, c'est-à-dire en 1663, M. Dollier dit, dans son Histoire de Montréal, que lacompagnie de Montréal avait déjà dépensé près de 700,000 livres, sur lesquelles, observe le P. Leclercq, les ecclésiastiques du séminaire avaient contribué pour la plus grande partie; or, à partir de ce moment, dans les cinquante années suivantes, le séminaire envoya plus de 900,000 livres qui, réunies aux dépenses précédentes, donnent la somme de 1,600,000 livres. » — M. Faillon, sa vie et ses œuvres, Montréal, 1882, p. 226. — L'auteur anonyme de cet intéressant ouvrage est M. l'abbé Desmazures, du clergé de Montréal. — Remarquons que 700,000 livres équivalent à environ 8 millions de notre monnaie actuelle. Parmi les membres de la communauté qui contribuèrent le plus à cette œuvre, tant par leurs travaux que par leur fortune, il faut citer notamment M. de Fénelon, frère aîné ‘ (consanguin) de l'archevêque de Cambray.
(1j Une naïve gravure du temps retrace les péripéties du martyre du P, de Brébeuf, On suspend à son couun collier de haches rougies, on l'enveloppe d'une ceinture d’écorces enduites de gomme et de résine enflammées, en dérision du baptême on lui verse de l'eau bouillante sur la tête, on lui taille des lambeaux de chair qui sont grillés et mangés devant lui, on lui perce les mains avec des fers rougis, on lui arrache la peau de la tête, on la couvre de cendres brûlantes et de charbons embrasés. Exaspérés de ne pouvoir lui arracher le moindre signe de faiblesse, les Iroquois lui fendent
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missionnaire de l’évangile, le P. Garnier, est tuë au milieu de ses néophytes. Heureusement le P. Lemoine, en 1653, parvient à conclure au nom de la France, avec les cinq nations iroquoises, une trève que suit bientôt la paix définitive de 1670 dont j'ai parlé.
Mais fonder des villages, donner aux colons l'exemple du martyre, ce n’est là qu’une partie du rôle des missionpaires : ils sont aussi des grands découvreurs. À la suite de Champlain, ils reculent les bornes de la géographie de l’ouest. En treize ans, de 1634 à 1647, dix-huit Jésuites se signalent par leurs découvertes, explorent la vallée du Saguenay, arrivent jusqu’à mi-chemin de la baie d'Hudson, jusqu’au lac Huron, jusqu’au lac Supérieur : le P. Marquette commence le premier établissement européen dans l’état du Michigan ; le P. Ménard explore et évangélise les bords du lac Supérieur, il y meurt. Le P. d’Allouez, dans un voyage de plus de 2,000 lieues qui le conduit jusque chez les Sioux, apprend l’existence d’un grand fleuve, le Mississipi (1) ; le P. d’Ablon tente en 1669 la découverte du « Père des
ensuite la mâchoire d'un coup de hache, lui coupent les lèvres, le nez, une partie de la langue, et lui enfoncent un fer rouge dans le gosier, Ils dévorent son corps ensuite. — La tête du P. de Brébeuf, renfermée dans un buste en argent envoyé de Normandie par sa famille, est conservée comme une relique précieuse par les dames Augustines hospitalières de Québec.
(1) Au siècle précédent, en 1540, l'espagnol Hernando de Soto avait exploré le bas Mississipi, mais sans chercher à y fonder aucun établissement. Il n'avait laissé d'autre trace de son voyage que le souvenir de ses cruautés : « il avait passé comme un fléau et s'était évanoui » (M. Gravier).
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eaux, » mais ses travaux évangéliques le retiennent, il s'approche assez près du fleuve sans pouvoir l’atteindre: le premier, il pénètre ensuite dans les futurs états du Wisconsin et de l'Illinois.
Le temps était arrivé ou le problème de l'existence du Mississipi allait se trouver complètement résolu (1). C'est en 1673 : le comte de Frontenac est vice-roi de la colonie ; Talon continue, pour le plus grand bien de tous, à en être l’intendant. C’est ce dernier qui fait conférer à un négociant en fourrures, Joliet, la mission de découvrir le fleuve : Joliet s’adjoint le P. Marquette, « qui était un brave homme et un homme brave (2).» Ils partent, ils traversent une foule de peuplades inconnues ; ils descendent des rivières, puis chargent sur leurs épaules leurs légers canots. Leurs guides effrayés les abandonnent; ils continuent leur route. De magnifiques forêts sont devant eux, et-ils se croyaient encore loin du but de leur voyage quand le grand fleuve se présenta tout-à-coup à leur admiration.
() Trente-huit ans auparavant, en 1635, le haut Mississipi avait été découvert par un normand, Jean Nicolet, originaire de Cherbourg, et qui avait été quelque temps le compagnon de son compa-
.triote le P. de Brébeuf au pays des Hurons. Homme de courage et de foi comme ce dernier, Nicolet devait mourir cinq ans plus tard sur le Saint-Laurent en essayant de délivrer un Abenakis fait prisonnier par des Algonkins. — Mais la découverte du grand fleuve par Nicolet tomba vite dans l'oubli ou fut peu connue ; son nom ne se trouve dans aucune biographie; l'existence même du Mississipi paraît avoir été ignorée après sa découverte (Voir M. Gravier, Découvertes et Établissements de Cavelier de La Salle, pp. 44-48).
(2) M. Gravier, Étude sur une carte inconnue de Louis Joliet, p. 25, |
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Salut au fleuve immense, le plus grand après celui des Amazones, qui joint le pays des grands lacs au golfe du Mexique, en traversant la contrée la plus riche de l'Amérique ! Salut à ces forêts majestueuses dont, il y a quelques années, j'ai interrogé, presque avec vénération, les profondeurs : onnues! Salut surtout aux hommes intrépides qui prenaient, pour ainsi dire, officiellement possession du fleuve au nom &e la France ! L'un d'eux ne devait jamais revoir le Canada : en route, Marquette tombe d’épuisement ; il languit chez les sauvages et expire à l'embouchure d’une rivière. Il était connu etaimé de tous les Canadiens : on l’inhuma à l'endroit même où il avait rendu le dernier soupir, et pour eux le petit fleuve ne fut plus que la riviére de la robe noire. Une ville prospère a conservé aussi Le nom de Marquette.
Mais la découverte-de Joliet et de Marquette avait besoin d’être complétée : ils n’avaient, en effet, descendu le Mississipi que jusqu’à la rivière des Arkansas ; il restait à suivre et à déterminer le cours du fleuve jusqu’à son embouchure (1). C’est dans l’accomplissement de cette mission que nous rencontrons la grande et sympathique figure d’un jeune gentilhomme rouennais, venu au Canada avec le projet de chercher un passage vers la Chine et le Japon. Soutenu dans ses hardies entreprises par le fils et successeur de Colbert,
(1) En 1671-1672, le P. d’Ablon croyait encore que le Mississipi se jetait dans la mer du Sud (l'Océan pacifique). Ce fut, jusqu'à la découverte de la Louisiane, l'opinion commune, et Cavelier de la Salle lui-même la partagea jusqu'à cette époque.
Seignelay, il obtint le fort Frontenac, fonda Niagara, bâtit des forts dans l’ouest, organisa la navigation sur les lacs Ontario, Erié et Huron; il descendit enfin le Mississipi jusqu’au golfe du Mexique, donnant à ces contrées inconnues le nom de Louisiane. C’est de Cavelier de la Salle que je parle, Messieurs : comment vous exposerais-je plus longuement ses projets grandioses, les difficultés inouïes qu'il rencontra dans la colonisation de la Louisiane, la fin tragique de celui qu’on peut appeler le premier fondateur du Texas, alors que l’un de vous à si complètement apprécié, avec une rmpétence magistrale, l'œuvre de notre illustre compatriote (1)?
(1) A qui appartient la priorité dans la découverte du Mississipi ? Est-ce à Joliet et à Marquette, comme le pensent Parkmann (The Jesuits in North America in the seventeenth century), Gelmary Shea (Notice on the sieur Jolliet, cité par M. Gravier), Garneau (Histoire du Canada, t. Il), etc.? Est-ce au contraire, conformément à l'opinion de MM. Gravier (Découvertes et Établissements de Cavelier de la Salle, pp. 60-66, et Cavelier de la Salle, pp. 20-24), Margry (Les Normands dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi, dans le Journal général de l'instruction publique, no du 20 août 1882), Rameau (Une colonie féodale en Amérique), etc., à Cavelier de la Salle ? J’ai suivi la première opinion, qui paraît généralement adoptée en Amérique, mais sans méconnaître que la question peut être discutée, Joliet et Marquette ont reconnu l'existence et la direction du Mississipi en 1673: ce point est constant, et quelques descriptions dans lesquelles Marquette a évidemment cédé à son imagination ou à son goût pour le merveilleux ne doivent pas plus faire douter de l’authenticité du récit de Marquette que des peintures aussi naïves n’ont fait écarter les récits de Colomb, de Cortez, de Cartier ou de Roberval. Mais Cavelier de la Salle n'avait-il pas atteint le Mississipi dans son second voyage, en 1672, soit un an avant Joliet et Marquette? On l'assure, sur la foi de prétendus documents, cités dans une lettre de Madeleine Cavelier,
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Avouons-le, nous ne sommes pas assez reconnaissants pour les patients érudits qui ont fait sortir d’un injuste oubli tous ces noms qu'y laissait insensiblement tomber la France indifférente, Quand M. Margry retrouvait, en 1847, l'acte de baptême de Cavelier de la Salle, le lieu même de la naissance de notre illustre compatriote était inconnu. Quand M. Gravier publiait, dans deux savantes études, le résultat de ses recherches sur Cavelier de la Salle, ces livres ne constituaient-ils pas pour beaucoup de rouennais une révélation ? Ce que Michel Chevalier écrivait en 1837 (1) est toujours tristement
nièce de la Salle, de l'affirmation d'un auteur anonyme, reproduit par M. Parkmann. et enfin d'une lettre non datée, de M. de Frontenac, gouverneur du Canada, dans laquelle ce dernier attribue à la Salle la priorité de la découverte. Mais de puissants motifs me paraissent militer contre cette opinion : lo les documents cités par Madeleine Cavelier n'ont pu être retrouvés ni vérifiés ; 20 la Salle serait demeuré pendant sept ans sans faire connaître sa découverte, pendant que Joliet proclamait la sienne, ce qui semble inadmissible ; 30 une lettre de M. de Frontenac, datée du 14 movembre 1674, attribue expressément à Joliet la découverte du fleuve: 40 l’auteur anonyme et inconnu qui aurait recueilli de la bouche même de la Salle le récit de sa découverte de 1672 paraît très prévenu contre les Jésuites et peu impartial ; 50 le frère, le neveu et la nièce de Cavelier de la Salle, qui adressèrent au roi une pétition à l'effet d'obtenir une indemnité pour les énormes dépenses faites par l'explorateur dans ses diverses expéditions, n'ont jamais prétendu qu'il fût parvenu au Mississipi avant 1679, c'est-à-dire lors de son troisième voyage. Ces diverses considérations, que j'emprunte à M. Gravier, ne l'ont pas convaincu: je regrette de ne pouvoir adopter l'opinion de mon savant confrère. La gloire de Cavelier de la Salle est d’ailleurs assez grande pour demeurer entière, quelle que soit la solution donnée à ce problème historique.
(1) Cité par M. Margry. Mémoires et Documents, etc., p. v.
vrai : « Nous avons oublië nous mêmes qu’il fut un temps où nous pouvions prétendre à devénir les rois du Nouveau-Monde. Nous n'avons plus souvenance des hommes généreux qui se dévouèrent pour nous en assurer la domination. Pour que le nom de l’héroïque La Salle ne périt pas, il a fallu que le congrès américain lui érigeät un petit monument dans la rotonde du Capitole, entre Penn et John Smith. Nous n'avons pas une pierre pour lui dans nos innombrables sculptures. » L’érudit M. Margry, qui a rendu un si grand service à l'histoire de la géographie par la publication de ses Mémoires el documents pour servir à l'histoire des origines françaises des pays d'outre-mer, plaide la mêmecause (1) entermesémusqu'il fautciter pour partie : « Malgré des engagements pris par le Comité des antiquités de la Seine-Inféerieure, sur la demande du baron de Lareinty, aujourd’hui sénateur, approuvés alors par le préfet, M. Ernest Le Roy, et rappelés depuis par Mgr de Bonnechose, archevèque de Rouen, cette ville, dans laquelle est né La Salle, lui doit encore dans sa cathédrale, près des tombeaux des cardinaux d’Amboise, protecteurs des Ango, une plaque commémorative. Cependant cette nouvelle décoration conviendrait bien au milieu des autres gloires de cette chapelle, où vint plus d’une fois en cérémonie, comme maître de la confrérie de Notre-Dame, Jean Cavelier, père du découvreur... Enfin quand La Salle, dans ces contrées lointaines, donnait à une rivière le nom du Robec qui fait
(1) Introduction, p. v.
aujourd'hui mouvoir les usines de sa ville natale, comment Rouen, si intelligent, si soucieux de ses gloires, ne trouverait-il pas un coin de rue un peu en évidence pour y placer, d’une manière digne de ses actes et de leurs résultats, le nom de ce grand homme qui, en compagnie de Récollets et de Sulpiciens, dont trois étaient rouennais, a planté la croix du Christ et les lys de France dans cette partie de l’ Amérique devenue avec le temps l’un des plus grands foyers de l’activité humaine ! Pourquoi du moins n'avoir pas conservé près de la Seine la rue des Iroquois, qui rappelait la confédération sauvage dont le rôle fut si important dans la vie du découvreur ? » — La ville de Rouen, Messieurs, a entendu cette juste revendication : si la rue des Iroquois a en effet perdu son vieux nom pour prendre celui d’un rouennais illustre, ce n’est pas à un « coin de rue », mais à l’un des quais de la Seine les plus fréquentés qu’on a eu l’heureuse idée de donner le nom de La Salle : c’est une tardive mais digne réparation à sa mémoire (1).
J'ai, Messieurs, résumé, aussi brièvement que me l’a permis un sujet dont chaque détail a son importance, l’histoire des débuts et des progrès de la Nouvelle-
(1) Cette réparation devait être bientôt plus complète, J'ignorais, en écrivant ce qui précède, que le deuxième centenaire de Cavelier de la Salle dût être solennellement célébré à Rouen le 26 mai suivant, La pierre commémorative que M. Margry réclamait pour la Salle existe maintenant dans la Cathédrale.
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France; j'ai voulu ensuite rendre hommage au dévouement et au courage des hommes illustres qui, tenant le drapeau français d’une main, et le plus souvent la croix de l’autre main, ont été les pionniers de l'influence française, Que n’aurais-je pas encore à dire sur ce sujet, pour terminer par la découverte des Montagnes Rocheuses en 1742 par Gauthier de Varennes, sieur de la Vérendrye, suprême étape des courses de nos compatriotes dans l'Ouest ? Je suis arrivé à la partie douloureuse de ce récit historique, le déclin progressif de notre colonisation, sa fin aux cris de.« Vive la France ! » poussés, hélas, par des mourants, mais auxquels devait répondre la voix de l'avenir.
1689, l’année funèbre, porte encore dans les fastes du Canada le nom d'année du massacre. Les Iroquois ont repris « le sentier de guerre »; un chef indien, Kôndiaronk (le rat) auquel il faut reconnaître un véritable génie, et dont la vie mériterait d’être racontée, fait revivre chez les sauvages la haine des Français. La guerre prend un caractère plus acharné encore alors que l'Angleterre, rompant avec la France, après le détrônement deJacques IT, soutient ouvertement les cinq nations Iroquoises. — La nuit du 5 août, 1,400 Iroquois débarquent à Montréal au milieu d’un orage ; ils se placent à la porte de chaque maison; un signal est donné, et tous les habitants sont massacrés ou périssent dans les flammes, à l'exception des victimes réservées pour de plus horribles supplices. Pendant deux mois, les Iroquois restent maîtres du pays, qu’ils mettent à feu et à sang. Le gouverneur, M. de Denonville, perd la tête
et ne tente même aucune résistance. Il est enfin remplacé par M. de Frontenac.
Ce dernier était un homme d'énergie et de décision, mais dans quelles effrayantes conditions de disproportion se présentait la lutte ! Les colonies anglaises avaient fait d'immenses progrès; leur population excédait 200,000 âmes et devait, soixante-dix ans plus tard, en compter 1,200,000 ; celle du Canada variait, dans le même temps, de 15,000 à 70,000. Malgré une semblable infériorité nous résistâmes, pendant soixante-dix ans, avec succès, pour ne succomber qu'épuisés par nos propres victoires ; et cette lutte étrange, héroïque, désespérée est l’une des plus merveilleuses choses de l'histoire.
Trois vaisseaux de guerre sont pris aux Anglais ; l'un d'eux est capturé, dans des circonstances qui tiennent du prodige, par deux marins français faits prisonniers. Pendant ce temps-là, Frontenac se multiplie : trois expéditions tombent sur les colonies anglaises durant l'hiver de 1689-1690 ; la victoire les accompagne partout. En vain les Anglo-Américains cherchent-ils à porter la guerre au cœur du Canada et lâchent-ils sur nous les bandes Iroquoises ; en vain Phipps, avec trente-cinq vaisseaux et 2,000 hommes de débarquement, vient-il mettre le siège devant Québec : tous les Français, tous les colons luttent; les femmes, les jeunes filles, les enfants se battent comme des hommes: deux fois, en 1690 et 1692, les Iroquois mettent sans succès le siège devant un petit fort commandé par M"° et M'° de Ver-
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chères (1); Phipps est contraint de lever le siège de Québec, qui s'était vaillamment défendu, et d'abandonner son artillerie et ses munitions, Nous n'avions pas d'artilleurs dans les batteries : tous les canons étaient pointés par un gentilhomme canadien, Lemoine de Sainte-Hélène ; tous les coups portaient, et le premier boulet ayant enlevé le pavillon de l'amiral, des Canadiens se jetèrent à la nage, recueillirent ce trophée au milieu de la mitraille, et l’apportèrent à la cathédrale. — Une tempête vint au secours des Français en dispersant la flotte anglaise. Trois ans plus tard, notre allié s'appelait la fièvre jaune. Une flotte de 2,000 matelots et de 2,500 soldats anglais se dirigeait des Antilles sur le Canada quand, dans la traversée, la terrible maladie se déclara à bord : 1,300 matelots et 1,800 soldats moururent ; nous étions encore une fois sauvés. En 1697 intervenait la paix de Ryswick, puis un traité avec les cinq nations Iroquoises.
Hélas ! la guerre de la succession d’Espagne fait reprendre, en 1701, les armes à la France et à l’Angleterre. Les Canadiens continuent à se défendre héroïquement, mais, en 1711, ils paraissent perdus : une flotte de quatre-vingt-huit vaisseaux anglais, une armée de 16,000 hommes va surprendre Québec. Tout-à-coup, une furieuse tempête se déclare : la flotte est dispersée ; huit vaisseaux s’abordent et se brisent, près d’un millier de soldats est noyé : l'amiral Walker rallie sa flotte
(1) La femme et la fille d'un ancien officier du régiment de Carignan.
désemparée et regagne la haute mer. Était-il utile que ce désastre vint encore sauver la Nouvelle-France ? Deux ans plus tard la pauvre colonie se trouve mutilée : Louis XIV vieilli cède à l'Angleterre, par le traité d'Utrecht, la baie et le détroit d'Hudson, l'erre-Neuve et l’Acadie, qui va perdre jusqu’à son nom et s’appellera la Nouvelle-Ecosse. Qu'adviendra-t-il d'elle? O triste histoire! La population franco-canadienne, tranquille et résignée, obéit docilement pendant quarante ans à l'Angleterre, mais elle a deux torts : elle aime encore la France, et elle s'accroît trop vite; elle double tous les seize ans, L'Angleterre va parer à ce danger par une terrible exécution, « Un jour de l’année 1755, on les rassemble par cantons comme de vastes troupeaux ; ce qui peut s'échapper s'enfuit dans les forêts, mais le reste, au nombre de 1,200 hommes, femmes et enfants, est embarqué sur des navires anglais, puis jeté au hasard sur les côtes des deux Amériques : la mère ici, là le père, les enfants partout (1). » Quelques-uns passèrent en France, et le canton d’Acadie, non loin de Châtellerault, est un dernier souvenir de la pauvre colonie disparue. Ceux qui se réfugièrent dans les forêts furent traqués comme des bêtes fauves. — Que ne puisje citer en entier le poëme de Longfellow !
Speaking words of endearment, where words of comfort availed not, Thus to the Gaspereau's mouth moved on that mournful procession. There disorder prevailed, and the tumult and stir of embarking, Busily plied the freighted boats ; and in the confusion
(1) De Bonnechose, Montcalm et le Canada Français, p. 13.
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Wives were torn from their husbands, and mothers too late saw their [children Left on the land, extending their arms, with wildest entreaties (1).
La guerre de la succession d'Autriche, dans laquelle l'Angleterre prend le parti de cette dernière puissance, rallume les hostilités en Amérique. Le premier ministre, le cardinal de Fleury, laisse la Nouvelle-France à ses propres forces. En 1748, le traité d'Aix-la-Chapelle remet les choses dans l’état dans lequel elles étaient précédemment, et nous rend Louisbourg, perdu trois ans auparavant. Mais les empiètements des Anglais sur notre territoire s’accusaient de tous côtés. On ne pouvait s'entendre même sur l'exécution du traité; 1755 arrive et voit éclater la désastreuse guerre de Sept Ans.
Le colonel américain Washington, dont le nom était encore presque inconnu, est battu par M. de Beaujeu, qui périt au milieu de sa victoire ; le général français de Dieskau est peu après écrasé par des forces anglaises supérieures et périt également, IL est remplacé par un des héros les plus populaires des temps modernes, Montcalm. Détail intéressant, ce dernier se trouvait par son mariage le petit-neveu de l’intendant Talon, dont
(1) Longfellow, Evangéline, lre part., chant V.
« Evangéline adressait (à son père) des paroles de tendresse, alors que les paroles de consolation ne pouvaient plus servir. Ainsi s'avançait vers l'embouchure du Gaspereau le triste cortège. Tout n'était que désordre, tumulte et trouble dans l'embarquement. On chargeait activement les bateaux, et dans cette confusion les femmes étaient arrachés à leurs maris, et, trop tard, des mères voyaient leurs
enfants abandonnés sur le rivage, leur tendant les bras avec d'’amères supplications. »
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j'ai indiqué la glorieuse part dans l’organisation du Canada. »
Montcalm débarqua à Québec le 13 mai 1756. Il avait sous ses ordres l’intrépide brigadier de Lévis, plus tard maréchal de France, et comme aide de camp un homme extraordinaire, Bougainville. Successivement avocat distingué au Parlement de Paris, auteur de remarquables travaux scientifiques et membre de l'Académie des sciences, secrétaire d’ambassade, le futur amiral, le futur navigateur était alors capitaine de dragons, et âgé de 27 ans. — 5,300 hommes formaient toute l’armée de ces héros : les forces de l’ennemi n’allaient pas, à la fin de la campagne, être moindres de 60,000.
Comment croire que, dans ces conditions, la première phase de la guerre du Canada, de 1756 à 1758, fut de notre part presque offensive? Peu après son arrivée, Montcalm s'empare habilement du fort d'Oswego, menace perpétuelle pour ie Canada, à l'entrée du Saint- Laurent. Il y trouve une immense quantité de munitions et de provisions. Les fortifications sont rasées, et une colonne est élevée sur les rivages avec l’écusson de France et cette inscription : Manibus datelilia plenis!
L'hiver de 1757 se passe ; Montcalm prépare un grand coup : le fort William-Henry est la clef de la route d'Albany et de New-York, il veut s’en emparer. 2,500 hommes, quarante canons et un camp retranché défendent le fort, commandé par Munro. En six jours, le général anglais était obligé, malgré une vigoureuse défense, de capituler. Résultat immense! le Canada était débloqué ; aucun Anglais n’avait plus le pied sur
le royaume colonial de Louis XV : les destinées du Nouveau-Monde furent peut-être alors en suspens. Mais à ce moment là l'Angleterre, vaincue aussi bien en Europe qu'en Amérique, allait voir poindre l'heure du salut : le véritable vainqueur de Montcalm allait apparaître. Infirme et presque impotent, il était grand par le génie : c'était le futur dictateur de l’Angleterre, c'était William Pitt.
Montcalm se trouvait aux prises, hélas, avec de graves difficultés intérieures. Depuis deux ans la récolte avait manqué au Canada : on en était réduit dans les villes au rationnement et aux distributions de vivres. Et dans les campagnes ! « Le peuple commence à brouter, » écrit Montcalm. Mais cela n’était rien : un procès célèbre mit trop tard en lumière, après la perte de la Nouvelle- France, les indignes concussions, les incroyables brigandages de l’intendant Bigot. Il spéculait sur tout ! Et comment nous défendre d’un serrement de cœur rétrospectif en voyant que les soldats sont armés de fusils hors de service, que les forts ne sont ni suffisants ni en état, que les magasins sont vides, que les hôpitaux et les ambulances sont dans un désordre affreux ! C’est dans ces conditions, paralysé en outre à chaque instant par l’impéritie du gouverneur, le marquis de Vaudreuil, que Montcalm lutte pendant quatre années. Pas de munitions pour les troupes, à peine de la nourriture. « De la poudre, envoyez au moins de la poudre ! » écrit Montcalm, et il continue à se battre avec celle dont il s’est emparé dans les forts ennemis.
Et pendant ce temps, une formidable invasion se
prépare. Toutes les colonies anglaises vont opérer contre nous. Trois corps d'armée s’avancent : ils dépassent 40,000 hommes ; l’un a pour objectif de reprendre Louisbourg et l’île du cap Breton, le second de se rendre maître de Carillon sur le lac Champlain et de la route de Montréal, le dernier d’assièger le fort Duquesne, sur l'Ohio. Louisbourg, réduit à un monceau de ruines, est pris, après deux mois de siège, par l’amiral Boscawen, malgré l’héroïsme du chevalier de Drucourt et de sa femme, qui encourageait les troupes, pointait elle-même les canons et y mettait le feu. Mais la brillante victoire de Carillon, remportée, le 17 juillet 1758, par Montcalm sur Abercromby, venait, en anéantissant le ‘deuxième corps d’invasion, donner encore quelque temps de répit à la pauvre colonie mourante. Une croix de bois fut dressée sur le champ de bataille, et Montcalm lui-même en composa l'inscription :
En signum, en victor, Deus hic, Deus ipse triumphat !
Hélas ! voici venir l'hiver de 1759, et avec lui la famine et la misère, l’affreuse misère ! L’horizon s’assombrit encore. Nous venons, car Montcalm et sa petite armée ne peuvent être partout, de perdre le fort Frontenac, de faire sauter le fort Duquesne. Bougainville, passé en, France pour mendier des secours, ne reçoit d'autre réponse que le mot devenu historique de l’intendant à la guerre, Berrier : « Quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries. » — « Monsieur, on ne dira pas que vous parlez en cheval, » riposte Bougainville.
« Pendant combien de temps, écrit en riant Voltaire, le pauvre genre humain va-t-il encore. s’égorger pour quelques arpents de glace au Canada? » Qu'il se rassure | Les temps sont proches. M. de Montcalm marche à la mort, il va mourir de l’abandon de la mèrepatrie. Il a tout perdu jusqu’à l'espérance, et cependant on voit les enfants de douze ans et les vieillards de quatre-vingts ans le suivre. Il faut en finir avec cette poignée de héros : vingt-deux vaisseaux de ligne, trente frégates et de nombreux transports sont équipés par l'Angleterre ; 10,000 soldats y prennent place. Cook dirige la flotte : elle prend position au pied de ce gigantesque rocher sur lequel est assis Québec. Deux mois de siège ne peuvent réduire la capitale de la Nouvelle- France. Ce n’est plus qu’un monceau de cendres, mais le drapeau français le domine encore.
M. de Montcalm marche à la mort. Pour la première fois il a rencontré un adversaire digne de lui dans James Wolfe, un général de trente-deux ans, âme de feu dans un corps frêle. Le 12 septembre (1759), Wolfe tente pendant la nuit une surprise : l'opération réussit, et les soldats anglais escaladent le sentier à pic qui monte du rivage au sommet de l’Anse du Foulon. Quand l'éveil est donné, 5,000 Anglais avaient tourné Québec, et le sort de l'Amérique allait se décider dans les plaines d'Abraham (1).
M. de Montcalm marche à la mort : il charge l’épée
(1) Ainsi nommées à cause du voisinage de la propriété d'un nomme Abraham Martin, pilote du roi sur le Saint-Laurent en 1646.
haute à la tête de ses troupes ; Wolfe est en face de lui, déjà frappé d’une balle au poignet, bientôt frappé dure seconde, d’une troisième balle. Wolfe meurt, mais Montcalm, cinq fois frappé lui aussi, va le suivre : il lui reste le temps d’implorer pour les troupes Ja clémence du vainqueur : « Je fus leur père, soyez leur protecteur, » puis d’implorer pour lui-même celle de Dieu.
M. de Montcalm était mort, et avec lui était morte la puissance française au Canada. On ensevelit le glorieux vaincu dans l’église des Ursulines, la seule encore debout à Québec, et son corps fut déposé dans l’excavation formée par une bombe anglaisé (1). Plus tard, l’Aca-' démie des Inscriptions composa en l'honneur de Montcalm une épitaphe prétentieuse et longue; n’eût-on pas mieux célébré la mémoire intacte et pure du héros, du défenseur de la France en reproduisant sur son tombeau ce qu'il faisait graver lui-même sur le champ de victoire d’'Oswego : « Manibus date lilia plenis! » L'Angleterre, mieux inspirée, n’a écrit que deux mots sur la stèle de pierre qui perpétue la mémoire des deux glorieux adversaires : « Wolfe. — Montcalm. »
A quoi bon raconter ce qui suivit? Réduits à maudire leur impuissance, Lévis, Bougainville, Bourlamaque,
(1) Ce ne fut que le 14 septembre 1859 qu'eut lieu la consécration du monument élevé à la mémoire de Montcalm dans l’église des Ursulines de Québec. Au milieu de la nef s'élevait un modeste catafalque, recouvert d'un drap mortuaire parsemé de fleurs de lis d’argent. Sur le sommet, la tête du héros, sous un globe de cristal, était
exposée à tous les regards. Une très belle oraison funèbre ut prononcée dans cette cérémonie par le P. Martin.
les anciens lieutenants de Montcalm,continuèrent encore jusqu’en septembre 1760 une résistance furieuse, désespérée ; ils remportèrent une victoire dans les plaines d'Abraham, en y laissant pour morts tous les grenadiers et 104 officiers. Ils n'avaient plus de poudre, ils gagnaient des combats à l'arme blanche. Ils étaient devenus fous. La capitulation du 8 septembre put à peine arrêter leur héroïsme.
L'’Angleterre manqua de grandeur : elle refusa les honneurs de la guerre aux rares survivants de ce qui avait été l’armée de Montcalm. On enferma ensuite les vaincus dans quelques navires trop étroits, et on les transporta en France. Le fatal traité de Paris venait de terminer la guerre de Sept Ans et de nous chasser de l'Amérique du Nord, deux cent trente-quatre ans après que Jacques Cartier y avait planté le drapeau fleurdelysé.
Mais les Français survivaient à Ja France. Ils étaient 65,000 en 1763, ils sont près de deux millions aujourd'hui; ils nous sont restés fidèles (1). Peut-être me permettrez-vous de les suivre encore dans leur histoire. Vivent les Canadiens Français ; ils ont supporté sans “faiblir des privations et des déboires inouïs ; ils ne se sont pas eflrayés de la malveillance ; ils se multiplient, ils s'étendent, ils grandissent et ils le savent. Ils nous tendent la main : le Canada est toujours pour la France, suivant la belle expression de Lescarbot, « une province digne d’être sa fille. »
(1) Voir La Société Française au Canada, par M. H. Fabre, comiuissaire général du gouvernement Canadien à VÉBFIA — Réforme
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