N° 2. — LISTE GÉNÉRALE DES RECENSEMENTS DU CANADA
Tous ceux que nous avons trouvés aux archives sont marqués (Ar.), ceux qui ont été reproduits pour la bibliothèque du Parlement canadien, sont marqués (P. c). Dans ceux où le chillVe total se trouve détaillé, h, veut dire hommes, f. femmes, g. garçons, fi. filles.
lOGU, recensement nominal déposé aux archives et reproduit textuellometit pour la bibliothi''(|ue du parlement canadien, 3, US habitants. — IGtST, nominal, l,;31-2 hab. (Ar. ) (P. c). — 1G6S, o,S70 hab., en 1,139 familles (Ar.) (P. c). — 1G73, 6,703 hab., (lettre de Golbert, 17 mai 167i Ar.) (P. c).
— l«7o, 7,83-2 hab., (lettre de Louis XIV, du 15 avril 167() Ar ) (P. c). 1676, 8,415 habitanis, ce recensement est cité par M. Langevin, nous
n'avons pu le retrouver nulle part ailleurs. — l(i79, 9,400 hab. (Ar., lettre Duchesneau, 10 nov. 1673) — 1681, nominal, 9,710 hab. (Ar.) (P. c). — 4683, 10,iol hab. (Ar.) (P. c-). — 1683, 10,723 hab., dont 1,791 h., 1,63'2 f., 4,106 g., 3,1.36 ti. (Ar.) (P. c). — 1688, 9.818 hab., dont l,74i h., 1,741 f., 3,091 g., 3,008 H. (.Ar.) (P. c). — 1692, 11,063 hab., dont 2,023 h., 1,936 f., 3,942 g., 3,189 fi. (Ar.) (P. c). — 1693, 12,493 hab., dont 2.179 h., 2,168 f., 4,626 g., 3,328 fi. (Ar.) (P. c). — 1698, 13,537 hab., dont 2,370 h., 2,277 f., 4,839 g., 4,031 fi. (Ar.) (P. c).
1706, 16,417 hab., dont 2,896 h.. 2,663 f., 5,636 g., 5,200 fi. (Ar.). — 1707, 17,204 hab., dont 2,938 h., 2,710 f., 5,981 g., 3,375 li. (Ar.). — 1712, 18,440 hab., dont 2.786 h. ,2,.38Sf., 6,716 g., 6,.3.30fi.{Ar.).— 1713, 18, 169 hab., dont 2,868 h., 2,930 f., 6,189 g., 6,132 fi. (Ar.). — 1714, 18,964 hab., dont 3,042 h., 2,931 f., 6,680 g., 6,311 fi. (Ar.). — 1716, 20,531 hab., dont 3.318 h., 3,3-W f., 7,039 g., 6,814 fi. (Ar.). — 1718, 22,983 hab., dont 3,662 h., 3,926 f., 7,911 g., 7,48ifi. (Ar.). — 1719,22,530 hab., dont 3,816 h., 3,557 f., 7,366 g., 7, i58 fi. (Ar.) (P. c).
1720, 24,434 hab., dont 4,609 h., 3,782 f., 7,729 g., 7,983 fi. (Ar.) (P. c.1.
— 1721, 25,411 hab., dont 4,4:>3 h., 4,107 f., 8,231 g., 8,620 fi. (Ar.) (P. c).
— 172->, 23,053 hab., dont 4,529 h., 4,126 f., 7,973 g,, 8,425 fi. (Ar.). — 1723, 26,379 hab., dont 4,778 h., 4,323 f., 8,793 g., 8,585 fi. (Ar.j. — 172 i, 26,710 hab.,dont 4,787 h. ,4,352 f., 8,912 g., 8,659 fi. (Ar.). — 1726,29,396 hab. dont 4,906 h., 4,691 f., 10,123 g., 9,676 fi. (Ar.). — 1727, 30,613 hab., dont 4,853 h., 1,832 f., 10,603 g., 10,301 fi. (Ar.).
1730, 3.3,682 hab., dont 6,030 h., 5,728 f., 11,314 g., 10,390 fi. (Ar.). — 1732, 35,104 hab., dont 6,174 h., 5,926 f., 11,902 g., 11,162 fi. (Ar.). — 1734, 35,256 hab., dont 6,736 h., 6,-393 f., 12,117 g., Il,7h0 fi. (Ar.) (P. c). — 17.36, 39,063 hab., dont 7,062 h.. 6,631 f., 12,908 g., 12,462 fi. (Ar.). — 1737, 39,970 hab., dont 7,-378 h., 6,804 f., 13,330 g., 12,438 fi. (Ar.). — 1739, 42,924 hab., dont 7,985 h., 7,288 f., 14,033 g., 13,618 fi. (Ar.).
Pour 1731 nous trouvons mentionne dans la table de la bibliothèque du parlement canadien un recensement qui s'élève à 53,000 âmes, ce recensement, qui parait avoir été extrait d'un projet de capitation dressé à cette époque pour le Canada, ne nous semble pas pouvoir être considéré comme exact; en etTet il en résulterait que de 1739 i\ 1731, en 15 ans, la populatidu n'aurait augmenté que de 12.000 âmes, c'est-à-dire 30 p. 100 ou 1,75 p. 100 par an, tandis que dans les 13 années précédentes elle avait passé de 26,7 tOa 42,924, croissant à raison de 3,00 p. 100 par an ; d'autre part on doit considérer que cette période de 1739 à 1751, est la période la plus prospère de la colonie et celle où il est venu le plus d'immigrants, il est donc bien difiicile de croire qu'il n'y ait eu alors que 55,000 habitants au Canada. Mais en outre le document ofliciel du recensement de la milice que nous avons produit (note 9, cliap. 5) contredit évidemment ce recensement, car 55,000 habitants en 1754 en supposent à peine 50,000 en 1750, et on ne peut guère imaginer que l'on puisse trouver 12,900 miliciens valides sur une population de 50,000 âmes. Nous
pensons que ce recensement ne peut Ctre considéré que comme une évaluation approximative faite lé^èrenicnt et jilacée comme anncM^, sans plus de conséquence, au projet susdit de capitation. M. de Vandreuil, comme nous l'avons dit, estimait lui-même la population on 1760, à 70,000 âmes.
Nous devons ajouter du reste, que beaucoup de ces recensements ont été exécutés avec négligence et mCme inexactitude ; plusieurs fois les erreurs se sont présentés à nous tellement grossières, que nous avons dû en rechercher la source, et en refaisant ainsi les calculs, nous avons vérifié et corrigé plusieurs fautes d'addition; ainsi au recensement de 169H, il y avait une erreur de 2,000 dans l'addition des filles, en 1713 une erreur de 1,000 en moins dans l'addition des garçons, en 171i, en 1721, en 1722, en 1723, il a fallu corriger des erreurs considérables; en 1737 il y a deux recensements et ils ne sont point semblables, et enfin il est facile de s'apercevoir, en comparant l'ensemble de ces recensements, à certaines anomalies singulières de croissance ou de décroissance subite, dont on s'explique mal la cause, qu'il a dû s'y glisser un grand nombre d'erreurs, sans doute dans l'opération même de la confection des rôles. Quoi qu'il en soit, cet ensemble forme un document d'une grande autorité, parce que dans cette masse, les erreurs se compensent se ramènent et nous permettent par l'étude comparée de tous ces recensements et des faits eux-mêmes, d'arriver à des résultats très-voisins certainement de la réalité.
Depuis la domination anglaise, nous avons trouvé dans Montgonimery-Marlin et dans Bouchette plusieurs recensements, et enfin nous avons travaillé sur le texte môme du recensement de 1831.
N° 3. — DES COLONIES CANADIENNES DE l'oUEST.
Notre premier dessein était de comprendre dans ce volume les colonies que les Canadiens ont établies dans l'ouest de l'Amérique, dont l'étude forme le complément naturel de ce travail. L'abondance des documents que nous avons dû reproduire, en donnant à ce volume beaucoup plus d'extension que nous n'avions pensé d'abord, nous empêche de réaliser ce plan et nous force à joindre l'examen de ces établissements de l'ouest à notre travail sur la Louisiane, pays auquel ils ne sont point du reste étrangers. Cependant, il nous a semblé nécessaire, pour donner une idée complète du mouvement de la race canadienne, de présenter au moins un exposé sommaire de leurs colonies et de leur situation présente ; tel est l'objet des quelques pages que nous ajoutons ici.
Deux causes principales entraînèrent peu à peu les Français à étendre dans l'ouest un réseau extrêmement vaste de postes militaires, qui presque tous devinrent de petites colonies. La première cause fut la traite des fourrures, dont la protection et la régularisation amenèrent dès les premiers temps la nécessité de préposer des officiers à la surveillance des régions où s'opérait ce commerce. La seconde dériva de considérations toutes politiques; le gouvernement français voulant, d'une part, assurer par une influence énergique et armée ses alliances avec les nations sauvages, et d'autre part établir, par les lacs et le bassin du Mississipi , entre la Louisiane et le Canada, une forte ligne de communication qui fut indépendante de la liberté de la mer.
La raison commerciale eut quelque influence sur la création de tous ces postes, mais elle fut la cause dominante et exclusive pour tous les postes du nord-ouest. Le premier de tous, Michillimakinac^ était en quelque façon une situation commandée par la nature; cette île, située dans cette sorte de carrefour où les lacs Supérieur et Michigan viennent se réunir au lac Huron pour communiquer de là, par les autres lacs, avec le Saint-Laurent et la mer, cette île dominait toutes les communications et tout le commerce du nord-oaest ;
aussi la voyons-nous occupi^e dès les premiers temps de la colonie, — Le posto de la Bnie des Puanls ou baie Verte, h. l'ouest du lac Michigan, était aussi fort antérieur à 1700; puis ou établit successivement celui du Saut Sainte-Marie, un peu au-dessus de Michillimakinac, et qui tient l'entrée du lac Supérieur, celui de MicJiipicoton au nord du lac Supérieur, celui de Camanestigouya, le poste de la mer d'Ovust pour les contrées à l'ouest du lac Supérieur, etc., etc.
Après la conquête du Canada par les Anglais et avant que les compagnies de fourrures eussent établi dans ces contrées la vaste organisation qui y existe encore aujourd'hui, les traitants, toujours poussés en avant par les nécessités du commerce, établirent spontanément divers postes dont plusieurs, devenus le rendez-vous des coureurs de bois, trappeurs, voyageurs et familles de métis, ont été l'origine de quelques villes, comme à la Prairie du Chien (\\'isconsin), iiDubuque (lowa) et à Saint-l'aul (Minnesotta).Plus tard, quand les compagnies eurent installé de nouveaux centres d'aflfaires, il s'y créa encore d'autres points de ralliement où se concentrait la population européenne ou métisse employée au commerce des fourrures ; telle a été l'origine du groupe considérable de la rivière Rouge et de quelques autres moins importants; sorte de colonisation aventureuse, commerçante, mais toujours un peu agricole, qui marchait ainsi à grands pas dans les déserts de l'ouest, laissant, autant que le permettait le petit nombre de ses pionniers, des jalons largement espacés dans les vastes étendues que devait remplir après eux la population des Etats-Unis.
C'était dans ces régions que se répandaient ces émigrations nombreuses, où plusieurs fois nous avons signalé que venait s'absorber chaque année une partie de l'accroissement des Canadiens. Ces aventuriers infatigables, partis des rives du Saint-Laurent sur l'océan Atlantique, poussèrent ainsi toujours eu avant, jusqu'à ce qu'ils eussent rencontré l'autre océan ; et sur les rivages de l'Orégon, ce furent encore les Canadiens qui fondèrent les premiers établissements européens à la Colombia et dans l'île de Vancouver. Voilà quelle a été la tâche accomplie par nos compatriotes de l'Amérique, œuvre pleine de hardiesse et de grandeur, où ils ont tracé en larges traits l'esquisse du parcours que devait suivre derrière eux le développement américain , dont ils ont été partout les précurseurs et les véritables pionniers explorateurs. Le nombre seul a manqué aux Canadiens pour accomplir bien avant les Américains le peuplement et la civilisation de ces contrées, dont ils avaient préparé et tracé la colonisation un siècle avant que ceux-ci n'y eussent hasardé même un essai d'établissement ; s'ils eussent été soutenus par une immigration suffisante et par un gouvernement plus intelligent et plus actif, on peut tenir pour certain, qu'après en avoir pris possession avec tant d'audace et d'énergie, ils se fussent répandus en grand nombre dans les riches contrées de l'ouest, dès le milieu du siècle dernier; leurs colonies de Détroit et de l'Illinois ne peuvent laisser aucun doute à cet égard.
Nous nous réservons, ainsi que nous l'avons dit plus haut, d'exposer plus tard l'histoire des différents postes que nous venons d'énumérer, seulement, nous allons exposer rapidement ici ce qu'ils sont devenus de nos jours et quelle est leur situation actuelle. Sur un grand nombre de ces différents points, en effet, l'établissement de quelques traitants, de quelques voyageurs, et même souvent de quelques-uns des soldats qu'on y plaçait en garnison, détermina la naissance d'un noyau i)lus ou moins fort de population française, qui parfois s'est assez fortement développé pour survivre au malheur des événements et à l'envahissement du flot américain. (Voir lesnotes 19 du chap. m, 6 du chap. iv, 8 du chap. v, et les chap. iv et v.)
Michillimakinac, situé dans une lie petite et sablonneuse, entouré de rivages rocheux et peu fertiles, n'a jamais pu prétendre au développement que la culture seule peut assurer à un pays. Simple poste de commerce, il ne s'y trouvait que quelques maisons et magasins autour du fort, et en 17(30 il pouvait s'y trouver 30 à 40 maisons avec environ 200 habitants sédentaires. Au-
jourd'hui encore, c'est une petite ville peu considérable ; en 1835 on n'y comptait que 664 habitants, et 923 en 1840; les descendants des anciens colons français forment toujours une portion de cette population, mais une grande partie d'entre eux ont constamment émigré vers les autres postes de l'ouest, où se retrouvent fréquemment des hommes et même des familles venus de Michillimakioac.
La baie des Puants ou baie Verte, que les Américains appellent Green Bay, avait déjà des habitants cultivant le sol en 1766, au dire de Carver; les premiers Américains qui vinrent y faire reconnaître l'autorité des Etats-Unis y pénétrèrent en 1816 et furent obligés de se faire piloter par deux des Canadiens établis dans cet endroit, Grignon et Cliappin. En I82i, ces derniers y formaient une population de 600 âmes, dont une partie était de sang mûlé. Depuis lors, de nombreux colons américains sont venus s'y établir, mais la population d'origine française y forme toujours un groupe assez notable. Les premiers bestiaux amenés au Saut Sainte-Marie le furent par M. de Repentigny en 1751 ; ce fut aussi cette année qu'on y fit les premières cultures; plus tard, le commerce des fourrures y laissa quelques émigrants, et en 1838 on comptait, sur la rive nord du Saut Sainte-Marie, 57 familles de Canadiens et de métis.
On estime que la Prairie du Chien commença à être peuplée par les traitants vers 1770 ou 1780; les premiers Américains qui vinrent s'y fixer furent M. Shaw en 1815, et M. Lockwood, qui y fut envoyé juge en 1816, et de qui nous avons une relation fort curieuse sur la Prairie du Chien et la baie Verte à cette époque; il y avait alors à la Prairie 256 à 300 habitants établis dans le village ou sur leurs fermes aux environs; en 1840, la Prairie du Chien était divisée en deux petites villes; l'une qui s'appelait Saint-Ferréol et où étaient les Américains, l'autre qui conservait plus particulièrement l'ancien nom et où étaient les Canadiens; le tout couiportait 1,500 âmes en 1840, et 2,498 en en 1850. — Milvvaukie, capitale du Wisconsin, a été aussi fondée par quelques Canadiens, dont l'un, M. Salomon Juneau, se trouva le propriétaire d'une grande partie de la ville. — Dans l'Iovva, Dubuque a été fondé de mCme par un Canadien nommé Dubuque, et il s'y trouve encore ainsi qu'aux environs, à Tèie de Mortel sur la rivière des Moines^ un bon nombre de familles canadiennes.
Dans le Minnesotta, les voyageurs canadiens s'étaient agglomérés à Saint- Paul, aux Chutei Saint-Antoine, qu'ils avaient appelées le petit Canada, sur le Lac qui parle, sur le Missouri, à VAile du Corbeau et dans le nord vers Pembina; quand les Américains commencèrent à les atteindre, ils formaient un millier d'âmes environ dans tout le territoire, et en 1849 nous apprenons par le recensement nominal du Minnesotta, comparé avec plusieurs autres documents, que sur 4,680 habitants, la moitié au moins étaient Canadiens. — Quant à la colonie de la rivière Houge, au nord-ouest du Minnesotta, on peut voir la note 2 du chap. xiii. — Ce furent des voyageurs canadiens partis de ce dernier établissement qui, après avoir remonté la Saskatchouiane et passé les montagnes Rocheuses, pénétrèrent les premiers dans l'Orégon ; plusieurs d'entre eux s'y fixèrent, et en 1838, lors du voyage de Wilkes, ils y formaient déjà 6 à 700 âmes. Canadiens et métis, au m.oment où les Américains commencèrent à venir par mer former des établissements commerciaux sur cette côte. On peut lire d'intéressants détails, sur celte petite colonie, dans V Exploration de l'Orégon, par M. Duflot de Mofras, en 1841. Depuis lors, la découverte de la Californie a jeté sur ces côtes très-voisines une fort grande quantité d'émigrants; néanmoins on assure que la petite colonie primitive du pays s'est assez bien conservée sous la direction de sou évoque canadien, Mgr Rlanchet.
Dans les Etats du Minnesotta et du Wisconsin, la grande émigration canadienne que nous avons signalée de 1840 à 1853 a ajouté un contingent canadien assez considérable à la descendance des anciens coureurs de bois, dont nous venons d'exposer la situation. On n'estime pas ces émigrants à moins de
15,000 dans le Minnesotta et de 18 à 20,000 dans le Wisconsin, malheureusement une partie d'entre eux y est tellement disséminée, que beaucoup paraissent devoir être absorbés tôt ou tard dans la masse étrangère.
Nous allons revenir maintenant aux colonies formées par les C4anadiens dans le sud-ouest et au sud des grands lacs, jusque vers la vallée du Mississipi, colonies importantes sans doute pour le commerce dos fourrures, mais plus importantes encore comme position politique, maîtrisant en arrière toutes les tribus guerrières qui avoisinaient le Canada et les colonies anglaises, et formant par la vallée du Mississipi une chaîne continue de postes fortifiés, qui allait communiquer avec le fort des Natchez, le premier établissement de la basse Louisiane.
Nous ne parlerons pas des forts de Frontenac et de Niagara, où il n'y eut jamais qu'un très-petit nombre de colons fixés à demeure, dont on ne trouve du reste aucune trace aujourd'hui. — Quant à l'établissement de Détroit, on peut voir chap. iv et v et aux notes 6 du chap. iv, et 8 du chap. v, l'histoire sommaire de sa fondation et de son développement jusqu'en 1760. Cette population renforcée de quelques émigrants canadiens s'est fort développée ; elle n'a guère vu les Américains venir s'établir autour d'elle en nombre notable avant 1813, et elle présentait alors sur les deux rives du Détroit une masse de plus de 6.000 âmes assez considérable pour pouvoir résister à l'envahissement et se maintenir. Ces Canadiens se sont étendus dès l'origine sur les deux rives du Détroit, les uns ont donc formé la population franco-canadienne que nous avons signalée dans le Haut-Canada, comtés d'Esscx et de Kent, s'élevant en 1831 à 6,692 âmes. Mais la plus forte partie s'est toujours trouvée sur la rive américaine; ils ne sont aujourd'hui qu'en petit nombre dans la ville même de Détroit, où cependant il y a encore une paroisse catholique française, celle de Sainte-Anne. Les cantons où se trouvent groupés les Franco-Canadiens du Michigan sont principalement sur les rivières Raisin, la Loutre, au Sable, aux Ecorces, etc, dans le comté de Monroë, où nous estimons qu'ils doivent être au nombre de 7 à 8,000; plus sur la rivière Huron du lac Sainte- Claire, et sur la rivière Sainte-Claire, dans les comtés Saint-Clairet Macomb, où l'on peut compter 4 à 3,000 âmes, le tout joint à ceux qui sont établis dans le comté de Wayne, où se trouve Détroit, peut s'élever de 13 à 18,000 individus. Nous savons d'une manière certaine que ceux de la rive anglaise se sont parfaitement maintenus, et que leurs paroisses sont en tout semblables à celles du Bas-Canada lui-même, et nous croyons pouvoir affirmer qu'il en est à peu près de même dans le Michigan. 11 y a peu d'années qu'une députation de Canadiens est allée leur faire visite et qu'elle en a reçu le plus chaleureux et le plus fraternel accueil.
En outre de ces colons primitifs du pays on compte dans le Michigan de nombreux émigrants canadiens ; quelques-uns se sont joints aux établissements de leurs compatriotes, d'autres sont établis dans Détroit et dans plusieurs autres villes; nous n'avons pas connaissance qu'ils aient par eux-mêmes formé aucun établissement particulier.
De Détroit la communication du Canada à la Louisiane s'opérait par deux routes principales : l'une passant par le fort des Mianiis, qui se trouve compris ainsi que Sanduski dans le groupe des établissements canadiens du comté de Monroë ci-dessus cité, gagnait la rivière Wasbash, passait au fort des Ouias, à Terre-Haute, à Vincennes, et débouchait dans l'Ohio, d'où on descendait en Louisiane par le Mississipi; l'autre route se rendait au foit Saint-Joseph, au sud du lac Michigan, d'où on gagnait la rivière des Illinois, que l'on suivait jus(|u'au Mississipi, où l'on entrait un peu au-dessus du fort de Chartres; là se trouvaient groupés les établissements dits de l'Illinois, qui constituaient au milieu même des solitudes de l'ouest un piùnt d'appui extrêmement fort pour la puissance française et pour la ligne de communication du Canada à la Louisiane.
Vincennes vit dès 1730 se former un noyau de population qui devint assez considérable; en 1790 il y avait environ 800 habitants, tous français. Il y avait
à la même époque 7S à 80 habitan.ts aux Ouias et environ autant h. Terre-Haute ;
mallieureusement le grand éloignement de ces localités de tout autre centre canadien, joint à leur faiblesse, ne leur a pas permis de se soutenir aussi bien que les établissements des Iliinois.
Ceux-ci, dont nous avons vu l'origine chap. iv et note 7 du chap. iv, se composèrent jusqu'en 1763 de quatre villages : Cahokia, Saint-Philippe près du fort de Chartres, la prairie du Rocher et Kaskaskias, au sud de l'Etat actuel de l'illinois. En 1764 une partie des habitants, pour ne pas rester sous la domination anglaise, passèrent le Mississipi et fondèrent presque vis-à-vis Cahokia la ville de Saint-Louis, puis s'établirent successivement à Siiint-Ferdinand , Carondelet , Saint-Charle>! , Sainte-Geneviève , Nouveau-Madrid, Gasconriade, Glc, etc. Ce groupe, soutenu par son propre développement et par des immigrations assez constantes venant du Canada et de la Nouvelle-Orléans, prit une certaine importance, et en 1800 on y comptait 6 à 7,000 Canadiens, c'est à peine si à cette époque il s'y trouvait quelques centaines d'Anglo- Saxons. Depuis lors il s'est établi au nord de l'Etai des Illinois une assez forte colonie canadienne, à Bourbonnais et à Sainte-Anne. (Voir chap. 10, note '2 bis.)
Quant aux anciens établissements des Illinois que nous venons d'examiner, l'envahissement des Américains et des Allemands et le développement énorme de la ville de Saint-Louis ont considérablement troublé cette petite colonie qui est devenue bien peu de chose au milieu des flots de la population nouvelle. Cependant dans les cantons ruraux, tels que Cahokia, Kaskaskias et ■ dépendances, Saint-Charles, Gasconnade, Sainte-Geneviève, etc., etc., elle s'est assez bien conservée. (Voir Parkman, Bradford, etc.) Un voyageur français, M. Reclus, dans une remarquable étude sur le Mississipi publiée cette année même dans la Revue des Deux-Mondes., nous apprend qu'ils s'adonnent à la culture, particulièrement à celle de la vigne et des vergers, qui est leur spécialité, vivant entre eux, ayant conservé leur langue et leurs mœurs, mais ayant vu peu à peu se substituer à leur ancienne et proverbiale gaieté, héritage des Canadiens, une physionomie un peu mélancolique; semblables dans ce pays, dont ils sont pourtant les habitants originaires, à une population exilée qui regrette sa patrie-, tant il est vrai de dite que la patrie n'est pas seulement l'ensemble matériel de certains lieux, mais surtout cet ensemble moral du langage, des sentiments et des mœurs, influence qui, bien supérieure à une vaine habitude de pays ou de gouvernement, place la nationalité et la patrie, au-dessus de toute atteinte, dans la pensée et dans le cœur des hommes courageux qui veulent la conserver.
■ndc\ dO!4 principaux ouY'rngoit que l'on peut consulter sni* l'Acudie, le l'uuada et ic»4 pay» voisina.