Les rapports avec le climat et le sol
L'homme a des rapports intimes avec l'air qu'il respire, le so-i; leil qui le réchauffe,. le sol qui le nourrit. Climat rigoureux ou sol ingrat, population en général rare et chétive. Aussi, pendant; que la population totale de la France augmentait, la population de certains départements diminuait-elle, le plus souvent à cause, des obstacles que l'homme rencontrait dans le climat et dans; le sol. Tel est le cas pour le Cantal, dont la population a le plus diminué depuis trente ans, pour les Basses-Alpes, le Jura, lefe Hautes- Alpes, régions montagneuses.
Elle diminue aussi par des causes toutes différentes, telles : que la recherche d'un bien-être plus grand et l'emploi d'un , moins grand nombre de bras par suite de changements dans : le mode de culture, dans de riches départements agricoles, . comme ceux de la vallée de la Garonne, Gers, Tarn-et-Garonne, . Lot-et-Garonne, Dordogne, la vallée de la Saône, Haute-Saône et ( Saône-et-Loire, et comme les départements de la Normandie, moins la Seine-Inférieure, où l'accroissement de la population dans les fabriques fait à peu près équilibre à la diminution dans les campagnes. I
C'est surtout dans les régions de montagnes qu'on remarque l'influence que le climat exerce sur la distribution de la population. Ainsi, dans le département de l'Isère, les hautes régions au-dessus de 2,i00 mètres, où la température moyenne est inférieure à 0° et où la végétation n'est en activité que pendant trois mois, ne sont pas habitées; les régions entre 2,200 et 1,700 mètres, où l'on peut commencer à cultiver le seigle, mais qui sont presque exclusivement des régions de pâturages et de rhododendrons, n'ont d'habitants que pendant l'été dans les chalets de la montagne ; de 1,700 à 1,100 mètres, les arbres résineux, le seigle, l'avoine et l'orge, se mêlent aux pâturages, et l'on trouve une population forte d'environ 15 habitants au kilomètre carré. Plus bas, de 1,100 à oi>0 mètres, les céréales poussent et le froment même commence à apparaître avec la vigne, le pommier, le cerisier; on y compte C(> habitants au kilomètre
m LA FRANGE.
;arré. De 500 à '200 mètres, la vigne est presque partout cultivée, [linsi que le châtaignier, le noyer et le mûrier, et l'on compte f03 habitants au kilomètre carré. Enfin, dans les basses vallées pu les terres sont presque partout très-fertiles et où la température moyenne atteint 13 degrés, le nombre des habitants s'élève à 113 par kilomètre carré.
Il y a des maladies et des infirmités qui tiennent ou qui paraissent tenir au climat et au sol. Ainsi, par exemple, les maladies de poitrine et la fièvre typhoïde sont fréquentes sous le climat sec et rude des Vosges; les maladies de poitrine, sous le climat rhodanien que balayent les vents du nord et du sud ; les rhumatismes et les maladies du système lymphatique, sous les brouillards humides du climat séquanien. Le goitre et le crétinisme sont des infirmités qui affligent seulement les régions montagneuses et les pays pauvres, les deux départements de la Savoie et l'Isère dans les Alpes, l'Ariége, les 'Hautes-Pyrénées, la Haute-Garonne dans les Pyrénées, la Lozère, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme, la Loire dans le Massif Central, les Vosges. Cependant on rencontre beaucoup de goitreux dans l'Oise, beaucoup de crétins et d'idiots dans les départements du Nord, de l'Aisne de la Somme, dans la Loire-Inférieure, etc., qui appartiennent à la région des plaines. La richesse et la propreté peuvent beaucoup contre ce genre d'infirmités. A Yarangéville et à Rosières, près de Nancy, le nombre des goitreux était considérable ; depuis que l'exploitation du sel a enrichi ces villages, les goitreux deviennent une rare exception.
Les sourds-muets sont nombreux dans les mômes régions : Savoie, où l'on en compte :!00 par 100,000 habitants, Hautes- Alpes, Basses-Alpes, Hautes-Pyrénées, Corse, Haute- Savoie, Alpes-Maritimes, Meurthe-et-Moselle, Puy-de-Dôme, où l'on en compte 400 par 100,000 habitants. Quelques départements, comme la Seine, ont des établissements spéciaux pour instruire et traiter les sourds muets.
C'est dans les départements du Midi, ainsi que dans la Normandie et la Bretagne, que l'on trouve le plus d'aveugles : Corse (164 sur 100,000 habitants), ïarn-et-Garonne, Hérault, Aude, Savoie, Lot-et-Garonne, Haute-Garonne, Gard (120 sur 100,000 habitants).
LA POPULATION. S il
L'aliénation mentale, au contraire, se rencontre plutôt danë les départements riches et paraît avoir plus de rapports avec l'industrie qu'avec le sol ou le climat ; les dix départements qu sont notés comme en renfermant le plus sont : Maine-et-Loire1 (268 sur 100,000 habitants), Seine, Savoie, Seine-Inférieure, Haute-Savoie, Rhône, Nièvre, Côte-d'Or, Meurthe-et-Moselle,11 Bouches-du-Rhône. Mais ces départements possèdent chacun un hospice particulier pour recevoir les aliénés, et leur contingent1 est formé en partie par les contingents envoyés des autres départements.
368. Les rapports avec la politique et l'administration. — La politique et l'administration exercent sur la répartition des habitants dans un pays une sensible influence. ' Les chefs-lieux, et surtout la capitale, par la concentration des services administratifs, attirent un grand nombre d'individus et ' créent des intérêts permanents de diverse nature. Le service ■ militaire emploie une partie des forces de la jeunesse et la : groupe, pour la défense commune, sur certains points, dans quelques grandes villes, dans les forteresses et dans les ports.
Aussi, sur 188 villes ayant plus de 10,000 habitants, n'en compte? t-on que 47 qui ne soient pas au nombre des préfectures ou sous-préfectures, et dans ces 47 villes il n'y en a qu'une, Roubaix, qui atteigne 75,000 habitants, et 0, Tourcoing, Saint-Picrre-lès-Calais, le Creusot, Elbeuf, Saint-Germain en Laye et Cette qui dépassent 20,000 habitants.
Parmi les chefs-lieux de départements, il n'y en a que 1 3 qui aient moins de 10,000 habitants; ils sont situés la plupart dans les régions peu peuplées des Alpes, Gap, Digne, Draguignan, ou des Pyrénées, Foix et Mont-de-Marsan, ou du Massif Central, Privas, Monde, Guéret, le plus petit des chefs lieux de France (5,125 habitants). Les autres sont Mézieres, Chaumont, Vesoul, au nord-est; Saint-Lô, au nord-ouest; Laroche-sur-Yon, à l'ouest. Il n'y a que 23 départements dans lesquels le chef-lieu n'est pas la ville la plus peuplée : les 5 départements dans lesquels sont nos ports militaires, dont on n'a pas fait des chefslieux, quoiqu'ils fussent la ville la plus importante, pour ne pas mettre le préfet du département en contact immédiat avec un fonctionnaire plus important, le préfet maritime ; 12 départe-
iients dans lesquels l'industrie ou le commerce a donné à une sous-préfecture un développement plus grand qu'au chef-lieu, a savoir : Boulogne, Saint-Quentin, Sedan et Rethel, Reims, Montluçon , Chalon-sur-Saône, Millau, Castres, Aubusson , JLangres, le Creusot et même un chef-lieu de canton, Annonay ; 6 départements où la préfecture le cède de quelques centaines d'habitants seulement à une sous-préfecture, ayant ou ayant eu une importance historique ou agricole, Saint-Dié, Dole, Bastia, Meaux, Pamiers, Dax.
369. Les rapports avec l'agriculture. — Le premier j besoin de l'homme est de se nourrir : de là l'importance de d'agriculture. C'est pourquoi la majorité de la population est fixée \dans les campagnes, et s'occupe en grande partie des travaux
agricoles qui exigent toujours beaucoup de bras ; cependant, à mesure que l'industrie grandit et que l'agriculture emploie plus de procédés mécaniques, la masse de la population agricole tend à diminuer relativement. En 1846, on comptait en- , core plus de 85 0/o de population rurale, c'est-à-dire de popui, lation habitant les campagnes, autrement dit les villages et bourgs de moins de 2,0;)0 âmes. Aujourd'hui, on en compte moins de 69 o/o, c'est-à-dire près de 25 millions de population rurale. C'est naturellement dans les régions où l'industrie et le commerce sont le moins actifs que la proportion de la population rurale à la population totale est la plus forte : la Bretagne, le Poitou, le Massif Central, les Landes, les Alpes, etc. Un peu plus de la moitié de la population française (52,7 0/o), environ 18 millions 1/2 d'individus, vit par le travail agricole et compose la classe des cultivateurs avec leur famille, leurs ouvriers et leurs domestiques.
370. L<»s rapports avec l'industrie, le commerce et les colonie». — La population dite urbaine, c'est-à-dire habitant des localités de plus de 2 000 âmes, est de plus de 11 millions d'habitants. Elle comprend la majeure partie des individus vivant des professions libérales, de l'industrie et du commerce ; cependant on exerce le commerce et l'industrie, et l'on pratique des professions libérales (prêtres, instituteurs, etc.) dans les campagnes. Le nombre des individus composant les familles qui vivent de ces occupations peut être
estimé à 8 millions i /2 pour l'industrie, et à près de 3 million^ pour le commerce. (Voir Tabl. de Stat., n. 82.) ►
Les industries des tissus, du bâtiment, de l'habillement et de h toilette, employant chacune près de 1 million d'habitants, soit' en tout, près de la moitié du total, sont au premier rang : ai second, celles de Y alimentation, des transports, des mines & carrières, des objets en métal. (V. Tabl. des Stat., n. 83.)
Mais l'alimentation (1/2 million) prend le premier rang dang le commerce ; l'habillement et la toilette, le second.
L'industrie et le commerce tendent à concentrer les populationssur un certain nombre de points favorisés, soit par un débouché l'a-' cile, comme un port, un confluent, soit par une force motrice, comme un cours d'eau, soit par la présence de la matière première, comme une mine de houille. Aussi la plupart des dépar-. tements dont la population a le plus augmenté depuis trente' ans doivent-ils cette faveur à la présence d'une grande indus-' trie ou d'un grand commerce, à savoir : Seine, Bouc/ies-du-- Rhône, Rhône, Loire, No>d, Loire-Inférieure, Gironde, Var. La1 Vendée et la Corse doivent leur accroissement à d'autres causes.
C'est aussi dans ces départements que le plus souvent la population urbaine est le plus considérable. Ainsi, dans la Seine, la population urbaine représente 98 p. 100 de la population totale ; dans les Bouches- du-Rhôue, le Rhône, le Nord, le Var, Y Hérault, les Alpes-Maritimes, elle dépasse 50 p. 100; dans le Vaucluse, le Gard, la Seine-Inférieure, la Loire, la Gironde, elle dépasse 40 p. 100.
C'est encore pour les mômes raisons que l'on compte dans ces départements le plus de constructions par kilomètre carré. La Seine, le Noid, la Seine-Inférieure, le Rhône occupent les premiers rangs à cet égard; viennent ensuite des départements industriels et des départements agricoles : Manche, Somme, Pas-de-Calais, Calvados, Côtes-du-Nord, Sarthe, Aisne, etc.
Si l'on examine les villes, on en trouve 43 qui comptent plus de 30, '00 habitants; et ces 43 villes ont gagné 407,000 habitants dans l'espace seulement des trente-six dernières années. Cet excédant est dû beaucoup moins à l'augmentation réelle de la population qu'à l'émigration des campagnes et particulièrement des départements montagneux qui se dépeuplent, vers les
ailles. Parmi ces 43 villes, celles qui ont le plus profité sont : Paris, Lyon, le Havre, Lille, Marseille; puis, au-dessous des villes j&e 30, 0' 0 âmes, le Creusot, Clichy, Montluçon, Saint-Nazaire. f C'est aussi le commerce et l'industrie qui ont attiré principalement les 730,000 étrangers qui vivent sur notre territoire, ien premier lieu des Belges, au nombre de près de 350,000 dans îles départements du Nord, des Ardennes, du Pas-de-Calais, de jl'Oise, de l'Aisne, de la Seine, etc. ; en second lieu, des Italiens, Idans les Bouches-du-Rhône, le Var, la Corse, la Seine, etc., des 'Espagnols, des Suisses, des Allemands, des Anglais, etc.
C'est aussi le commerce qui, après avoir attiré des individus vers les ports, les pousse en général, à émigrer soit dans nos colonies, soit dans les pays étrangers, où l'on compte environ 320,000 Français établis : aux Etats Unis (1 10,000), sur les rives de la Plata (50,000), en Suisse, en Egypte, etc.
371. l^es rapports de la population avec la richesse.— Les produits sont créés par les hommes et pour les hommes. Il est évident que plus les hommes déploient d'activité intelligente, plus les produits sont nombreux, et que plus les produits sont nombreux, plus chacun a de chances pour en obtenir une somme plus considérable dans la répartition générale qui se fait chaque jour, sous forme de salaires, de profits, d'intérêts.
Il y a cinquante ans, l'agriculture donnait moitié moins de blé qu'aujourd'hui et ne donnait pas même moitié de viande. Elle donnait à peu près autant de seigle ; mais la récolte de la pomme de terre, celle de la betterave, etc., étaient presque nulles; la culture maraîchère était peu avancée, et la quantité de substances alimentaires, depuis le commencement du xixe siècle, comparée à ce qu'elle est aujourdhui, s'est accrue certainement dans une, proportion notablement supérieure à celle de 1 à 2.
Il y a cinquante ans, l'industrie était moins savamment armée par la chimie et par la mécanique, et pratiquée par un moins grand nombre d'individus ; elle n'avait pas la force des 14 millions de manœuvres que représentent nos machines à vapeur ; elle consommait vingt-trois fois moins de houille et 12 fois moins de fer qu'aujourd'hui ; elle fabriquait environ trois fois
LA POPULATION. 8oc
moins de tissus en tout genre et six fois moins de tissus de coton, ceux dont les classes peu aisées font une consommation beaucoup plus grande que les classes riches. En somme, la quantité des produits industriels, depuis le commencement du xixe siècle, comparée à ce qu'elle est aujourd'hui, parait s'être élevée dans lu proportion, pour le moins, de 1 à 4.
Le commerce extérieur, n'ayant pas encore la vapeur à sa disposition, parcourait moins facilement le monde, et n'ayant pas, d'une part, autant de richesses nationales à échanger, d'autre part, des pays aussi riches qu'aujourd'hui, comme l'Angleterre, les autres États de l'Europe, l'Egypte, les État-Unis,' l'Amérique du sud, l'Australie, il était bien moindre et, comparé au commerce de nos jours, il atteignait à peine la proportion de I à 6. Plusieurs des produits qu'il fournit et qui sont passés dans l'usage journalier de la vie, le coton, le sucre, le café, le' cacao, le thé, étaient en beaucoup plus petite quantité, et, il y adeux siècles, n'étaient pour ainsi dire pas. !
Or, comme depuis le commencement du siècle, la population ' de la France n'a pas augmenté tout à fait dans la proportion ■ de 1 à i 1/2, il est évident que, toute proportion gardée, la part i moyenne de chacun a plus que doublé, que les Français possèdent en plus grande quantité ce que l'homme cherche à se procurer par son travail, c'est à-dire ont plus de bien-être. De ' là, une santé meilleure, moins de morts prématurées et par- » tant un accroissement de la durée moyenne de la vie en France, ■ Inquelle était de 28 ans vers 1789, et est aujourd'hui de 37 ans.
C'est dans les départements du Nord et du Nord-Est que l'ac- tivité industrielle est la plus grande ; c'est là qu'on trouve le plus • grand nombre de forges, d'usines, de filatures, de tissages, etc.; '■ il suffit de jeter un coup d'œil sur les cartes industrielles pour s'en rendre compte. C'est aussi dans les dèpurtemnits du JSord et du Nord-Est que ion trouve les hommes les plus robustes ; contrairement à certains préjugés, les hautes tailles et les boums constitutions sont surtout le propre de ces régions. Toutefois, les hautes tailles sont principalement un effet de la race. La race celtique • ■M -rnéralement petite; aussi est-ce dans la Bretagne, dans la plaine duCentreei dans le Massif Central qu'il y aie plus de jeunes •j.'iis réformés pour défaut de taille ; il faut y ajouter les Landes
LA FRANCE. i 8
et les Alpes. C'est au contraire chez les montagnards des ■Pyrénées, chez les habitants du bas Languedoc et de la basse ''Provtnce, où se retrouve encore le sang des Ibères mélangé à ^d'autres races, c'est surtout dans le Nord de la France, depuis lla Manche jusqu'au Jura, où se sont successivement, portées les ^races germaniques, Belges, Francs, qu'il y a le moins de conscrits réformés pour défaut de taille et qu'on recrute surtout la grosse cavalerie ; toute la vallée de la Saône et une partie de la Vallée du Rhône, où se sont établis les Burgondes, ont le même caractère. Le Poitou, la Saintonge, où les invasions se sont avancées en Aquitaine, ont aussi des tailles élevées, tandis que les petites tailles dominent sur les granits de la Vendée où vil'vaient les frères des Limousins et des Bretons. Mais la richesse qui répand la santé avec le bien-être, sans modifier essentiellement les rapports, améliore l'état des populations en tendant à diminuer le nombre des êtres rachitiques. Le nombre des ré- , formés pour défaut de taille était, dans presque tous les départements, plus considérable de 1837 à 1850 que de 1850 à 1859. i Les départements dans lesquels le nombre des jeunes gens exemptés pour infirmités ou faiblesse de constitution ne dépasse pas 1 sur 25 jeunes gens examinés par le conseil de révision sont : Pas-de-Calais, Oise, Aisne, Ardennes, Meuse, Aube, Haute-Marne, Haute-Saône, Côte-d'Or, Doubs, Jura, Ain, Orne.
372. Les rapports rie la population avec la moralité. — Si les crimes que commettent les hommes avaient pour unique cause la misère, le nombre des crimes aurait dû décroître dans la môme proportion que s'accroissait la richesse; mais ils ont aussi pour cause les mauvaises passions, et quelquefois le spectacle de la richesse les excite. Cependant le nombre de certains crimes est moindre aujourd'hui qu'il n'était autrefois : loin d'augmenter avec le chiffre de la population, la criminalité, considérée dans son ensemble, paraît diminuer quelque peu.
Le nombre des accusés qui sont traduits chaque année devant les cours d'assises est de 4,500, soit I par 9,<'00 habitants environ. Les départements où l'on en compte le plus, relativement à la population, sont : Bouches-du-Rhône (1 par 3,314 hab.), Corse, Seine, Seine-Inférieure et Eure.
Les départements où, par contre, on en rencontre le moins, sont : Hante-Saône, Yonne, Savoie, Hante-Loire, Lot, Creuse. D'ailleurs les rapports varient quelque peu d'une année à l'autre parmi les départements où les crimes sont nombreux, où la population est dense, et les départements où elle est clairsemée (Corse, Basses-Alpes, etc.), les départements agricoles (Lozère, Indre-et-Loire, etc.) et les départements manufacturiers. On rencontre surtout dans la catégorie des plus infectés les départements où sont les plus grandes villes : ce qui ne veut pas dire nécessairement que la population des grandes villes soit moins morale dans son ensemble, mais ce qui montre que les grandes villes excitent davantage les passions cupides qu'elles attirent, par l'appât de la richesse à dérober, et recèlent, par leur étendue, les malfaiteurs de toutes les régions.
Le nombre des personnes accusées de délits, c'est-à-dire de fautes justiciables des tribunaux correctionnels est de 170,000. Les régions où elles sont, relativement à la population, les plus nombreuses sont surtout les arrondissements qui ont de grandes villes et les arrondissements montagneux des Pyrénées, de l'est et du nord-est, parce que, dans ces derniers, les forêts sont nombreuses, et que les délits forestiers y jouent un grand rôle.
La justice civile se prononce sur des faits d'un autre ordre et le grand nombre des affaires conduit à porter un jugement, moins sur la moralité des habitants que sur la multiplicité des transactions. Les arrondissements qui comptent le plus d'affaires de ce genre à juger sont : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Saint-Étienne, Grenoble, Rouen, Valence, Toulouse, Nantes, Chambéry, Nice, Montpellier, Sarlat, Clermont, le Havre, le Puy, Caen, Limoges, Versailles.
On en peut dire autant de la justice commerciale, dont le nombre des affaires, par tribunal, mesure non l'esprit processif, mais l'activité industrielle des habitants. Les tribunaux de commerce qui ont le plus d'affaires commerciales à juger sont: Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Rouen, Lille, Saint-Étienne, Versailles, Nice, Angoulème, Caen, Besançon, Nantes, le Havre, Rennes, Grenoble, Angers, Limoges.
lue cause plus efficace que le bien-être, mais qui n'est pas
KoG LA FRANCE.
èlle-môme toute puissante pour combattre le crime, c'est l'instruction. Mais l'instruction populaire, dont la préoccupation fcst relativement récente, est coûteuse; elle peut être en général olus facilement donnée dans les régions riches, et c'est aussi llans les régions industrielles que les hommes en sentent plus ïe besoin et le prix.
1 On peul classer, sous le rapport de l'instruction, les départements de la France en trois catégories.
1° Les 17 départements dans lesquels le nombre des adultes, de 20 à 30 ans, ne sachant ni lire ni écrire, ne dépasse pas îO pour 100 : à savoir tous les départements de la région Nord- Est, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Haute-Marne, Doubs, iHaute- Saône, Jura, Côte-d'Or, Aube, Marne, Ardennes, auxquels il faut ajouter la S» me, Seine-et-Oise, le Rhône, départements industriels, le Cahados,YOrne et les Hautes-Alpes, départements agricoles ; de ce nombre étaient les deux départements de , l'Alsace.
2° Les 49 départements dans lesquels le nombre des adultes, i de 20 à 30 ans, illettrés, varie entre 10 et 50 pour 100: à savoir, presque toute la région du Nord et du Nord-Ouest, Nord, Pas-de- Calais, Aisne, Somme, Oise, Seine-Inférieure, Seine-et-Marne, Eure, Manche, Yonne, Loiret, Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, Sarthe, Mayenne, Ille-et- Vilaine, Loire-Inférieure, Maine-et- Loire, Indre et-Loire ; une partie de la région du Sud-Ouest, Deux-Sèvres, Charente-Inférieure , Gironde, Lot-et-Garonne, Gers, Basses-Pyrénées, Hautes Pyrénées, Haute-Garonne; et presque toute la région du Sud-Est et du Centre, Aude, Hérault, Gard, Aveyron, Lozère, Cantal, Puy-de-Dôme, Creuse, Loire, Saône-et-Loire, Ain, Haute-Savoie, Savoie, Isère, Haute-Loire, Ardèche, Drôme, -Vaucluse, Bouches-du- Rhône, Var, Basses- Alpes, Alpes-Maritimes.
3° Les 20 départements dans lesquels le nombre des adultes, de 20 à 30 ans, illettrés, dépasse 50 pour 10(>, et qui sont en général des pays pauvres et montagneux : à savoir, la Basse- Bretagne, avec trois départements, Finistère> Côtes-du-Nord et Morbihan ; la Vendée, une portion du Massif Central et de la plaine du Centre, Nièvre, Allier, Cher, Indre, Vienne, Charente, Haute-Vienne, Corrèze, Dordogne, Lot, Tarn-et-Garonne, Tarn,
So-
les Landes et une portion des Pyrénées, Ariège, Pyrénées- Orientales et Corse.
Le sentiment des devoirs que l'homme doit remplir envers lui-même, en \ ers ses semblables et envers Dieu est la plus puissante cause de moralité, quand il est profondément gravé dans le cœur; la religion enseigne à aimer et à pratiquer ces devoirs.
En France, on ne compte qu'un petit nombre à'Israélites (50,000), qui habitent, surtout la Lorraine, le Duubs, Paris, Bordeaux, Marseille.
On compte 080,000 protestants dont la grande majorité appartient au calvinisme. Les parties où ils sont le plus nombreux sont la Francke-Comtê, ou domine l'Église luthérienne : le Midi, le Languedoc, le Dauphiné, la Savoie et la Guyenne (124,000 dans le département du Gard), où domine la confession calviniste ; les Deux-Sèvres, la Charente- Inférieure, la Seine, où l'on trouve les deux communions.
On compte 3o, 387, 000 catholiques, de sorte que la masse de la population est catholique, et que sur 1,000 Français, on compte en moyenne 97G catholiques, 22 protestants et 2 juifs, (voir sur la fig. 167 la proportion des différents cultes) (1).
Fig. 167. — 1. Catholiques. — -1. Calvinistes. — 3. Luthériens et autres protestants. — i. Israélites. — o. Personnes professant une religion autre que les religions sus-mentionnées ou dont la religion n'a pu être constatée.
373. la conclusion. — Sur un territoire plus grand que celui de la France actuelle, 10'/ 12 millions de Gaulois vivaient pauvrement il y a vingt siècles ; ne trouvant pas à se nourrir, il- émigraient fréquemment, de même qu'incapables de bien
(I) Il y a envirop 8,500 individus dont la religion n'a pas pu être constatée.
Sa» LA FRANCE.
'défendre leur sol, ils subissaient eux-mêmes de fréquentes
invasions ; il suffit à César de 80,000 hommes pour les conquérir malgré leur bravoure. Aujourd'hui, sur un espace de moins de o i millions d'hectares, formant une partie du même territoire et ayant par conséquent les mêmes qualités naturelles, 36 millions d'habitants vivent dans une abondance relativement grande des choses utiles ou agréables à la vie; la terre leur fournit une nourriture abondante et variée, ^approvisionne de combustible et de matières premières leurs industries; le commerce y ajoute les produits de toutes les parties du monde. Sous le rapport naturel et intellectuel, ils [sont dans une condition supérieure à celle des anciens Gaulois. Ils doivent ces avantages non pas à la nature qui est 'demeurée à peu près la même, mais à la civilisation, c'estlà-dire aux progrès que l'homme a accomplis lui-même et à ■ceux qu'il a faits dans l'art de connaître et de tourner à son profit les forces de la nature.
[I 11 reste cependant encore beaucoup à faire, non-seulement parce qu'il restera toujours beaucoup aux générations successives pour soutenir et pour améliorer l'état présent, mais parce Ique la France a aujourd'hui particulièrement besoin de se régénérer par le sentiment du devoir, par la pratique de la liberté individuelle, parle respect de l'autorité légitimement constituée, 'par l'amour de la patrie et de la famille, et par l'application au [travail.
• Dans un climat et sur lin sol donné, un pays vaut donc surtout * Ipar sa population, et la population elle-même ne vaut que par sa {force productive, c'est-à-dire par son travail, par ses capitaux *qui sont le fruit épargné du travail et qui modifient les qualités naturelles du sol en les développant, par son intelligence et ;par sa moralité. Pour que la condition économique de la France -s'améliore, il faut surtout que s'accroissent Y activité laborieuse qui produit, la moralité qui pousse à l'épargne, source des capitaux, qui détourne de la poursuite des gains déshonnêtes et qui inspire l'amour du bien et amour du pays, Y instruction qui, sous toutes les formes et à .ous les degrés, apprend à tirer un parti plus avantageux de le. nature, du travail et du capital. Pour qu'une bonne situation /conomique, une fois acquise, se
LÀ population.
maintienne, il faut que la condition politique soit bonne, c'està-dire qu'à l'intérieur l'harmonie règne, au moins à un degré suffisant, entre les forces individuelles ou collectives qui composent la société, et qu'à l'extérieur l'ensemble de ces forces nationales, dirigé avec sagesse, inspire l'estime et le respect aux étrangers.