COLONIES PÉNITENTIAIRES
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colons privilégiés, qui, sans bourse délier, ou moyennant d’infimes redevances, bénéficient du travail des transportés. Cette façon insolite de disloquer un budget, en séparant radicalement la recette de la dépense, en attribuant la recette aux colons et la dépense aux métropolitains, semble à quelques financiers et à quelques jurisconsultes de la vieille école un abus que rien ne saurait justifier et qui ne peut être toléré plus longtemps. La traite des forçats, à peine débarqués, est en effet interdite par la loi de 1854, et un simple ministre n’a point le droit de faire à une colonie, si intéressante qu’elle soit, des libéralités aux dépens de la fortune de l’Ltat. Ces libéralités constituent à mes yeux un virement, qui n’est pas même opéré dans l’intérieur d’un budget, ce qui serait déjà grave, mais un virement autrement blâmable et autrement illicite, puisqu’il est opéré du budget national au budget local d’une colonie. Les adversaires de la transportation lui reprochent souvent d’être une peine coûteuse pour les contribuables métropolitains; ils voudraient, non sans raison, que l’Etat fût plus soucieux des recettes possibles; les auteurs du nouveau système, par un véritable coup d’audace, procèdent sans ménagement à la réduction ou à la suppression de ces recettes dénoncées déjà nomme insuffisantes.
La métropole illégalement sacrifiée à la colonie, voilà dans sa simplicité la théorie de la seconde période. Que penseront les Chambres de ces subventions payées, sans qu’il soit intervenu un vote, à quelques colons d’Océanie par les contribuables de France?
Troisième périocie (1892). — Il est temps de revenir à l’exécution régulière des peines et au respect des lois de finances. La métropole qui supporte les dépenses du bagne a le droit de s’en réserver les profits ; ubi onus, ibi emolumentum. Quant aux fonctionnaires de l’Etat, le premier devoir de leur charge consiste à défendre les intérêts publics contre la sollicitation injuste des intérêts privés, contre la pression impérieuse des influences locales. L’atelier pénal fourni gratuitement à des colonies pénitentiaires, l’atelier pénal livré à bas prix à quelques spéculateurs favorisés, tout cela représente des subventions et des engagements, accordés au mépris des lois par des administrateurs qui ont excédé leurs pouvoirs. Les concessions octroyées aux colonies n’ont pas plus de valeur ^ue les contrats passés, en pareille matière, avec des particuliers. L’État peut dès lors reprendre, spécialement en Calédonie,
la disposition intégrale des forçats dont il a continué d’ailleurs à payer la nourriture, l’habillement et la garde! Nous rentrerons ainsi dans la vérité de la science pénitentiaire, qui ne veut confier qu’à l’Etat seul le soin d’appliquer la peine et qui ne fait point du condamné une marchandise dans le commerce, au même titre qu’un cheval ou qu’un bœuf.
Quant à l’emploi ultérieur des forçats désormais rétablis sous sa main, le gouvernement n’aura que l’embarras du choix entre des affectations variées. Le gouvernement n’a-t-il pas des travaux d’utilité nationale à entreprendre hors d’Europe? N’a-t-il pas notamment des chemins de pénétration à tracer et à féconder en Afrique? N’a-t-il pas conservé en Calédonie, en dépit de quelques-uns de ses agents, toujours prêts à le dépouiller, un domaine important, qui n’est pas volatilisé en entier, et sur lequel il pourra, à la condition de le vouloir, soit élever du bétail pour les rationnaires de l’armée, de la flotte et des pénitenciers, soit établir, comme une garnison solide, honnête et française, nos anciens marins, nos anciens soldats, braves gens qui ont dépensé sans compter leurs forces et leur sang pour la patrie, et auxquels la patrie oublieuse n’a point encore assuré, au moyen d’une dotation méritée, le repos et la dignité des derniers jours? Rome payait en terres la dette contractée envers les vétérans fatigués de ses légions. Notre jeune République s’honorerait en fondant une institution analogue, qui profiterait du moins à d’irréprochables et vaillants serviteurs de l’ütat. Cette institution, je puis la définir en quelques mots. Le sol disponible de nos colonies salubres serait défriché et couvert de cultures arborescentes, productives de revenus réguliers, par la main-d’œuvre pénale. Le sol aménagé, mis en rapport, serait ensuite distribué entre les familles militaires, capables de défendre en cas de guerre .ce qui serait devenu leur bien propre. L’Etat emploierait une terre qui lui appartient et des condamnés qu’il nourrit à préparer l’établissement honorable et la retraite foncière de soldats qui ont avec un admirable désintéressement combattu et souffert pour lui.
Késumc. — En résumé, il y a de grandes choses à tenter, de grandes choses à réaliser au moyen de cette force pénale dont nous disposons en vertu des lois.
Mais si le gouvernement devait continuer les errements funestes qui se sont produits au cours des cinq ou six dernières années, je n’hésiterais pas, moi qui suis un partisan réfléchi et résolu de la transportation, je n’hésiterais pas, dis-je, à deman-