‹ La France colonialeChapitre 155 sur 180 · IMPORTANCE ET UTILITÉ DE NOS COLONIES · texte numérisé non relu

IMPORTANCE ET UTILITÉ DE NOS COLONIES

Coinparaisoa de notre histoire coloniale avec îelle de rAngleterre. — Nous ne pouvons songer à comparer l’empire colonial de la France avec celui de l’Angleterre. Celle-ci recueille les avantages tandis que nous supportons les désavantages d une géographie et d’une histoire toutes différentes. Ce qui a tait la supériorité de l’Angleterre sur tous ses concurrents coloniaux, c’est, avant tout, sa situation insulaire, qui la rend presque invulnérable. Depuis Guillaume le Conquérant, elle n’a jamais subi d invasion ; jamais une armée ennemie, aux portes de sa capitale, ne 1 a obligée à se racheter au prix d’une partie de scs possessions d’outre-mer; jamais une complication dans 1a politique européenne n est venue partager son attention et l’empecher de consacrer tous ses efforts au développement de sa marine, de ses établissements et de son commerce. Elle a toujours acquis, et, à part la sécession des colonies américaines, jamais perdu. Au contraire, la France, la Hollande, l’Espagne, le Portugal, les quatre autres puissances coloniales des derniers siècles, ont eu des destinées analogues : c est en Europe surtout que ces quatre nations ont perdu leurs colonies. Leurs découvertes ont commencé plus tôt que celles de 1 Angleterre et leur empire a été d’abord plus vaste que le sien : mais elles en ont été en partie dépouillées, pour les causes les plus diverses en apparence, mais se ramenant toutes à une cause unique : les complications de leur situation européenne. C’est toujours la même puissance, l’Angleterre, qui s’est trouvée au moment voulu poui recueillir leurs dépouilles ; en sorte que l’empire britannique est surtout composé des débris des autres empires. A la France elle a enlevé l’Amérique du Nord, une partie des Antilles, 1 île de France, l’empire des Indes; à la Hollande, une partie de la Guyane, le Cap, Ceylan; à l’Espagne, la Jamaïque, la Trinité, etc.; aux Portugais, plusieurs points sur la côte d’Afrique ou de l’Indoustan.

C’est cette situation de l’Angleterre, unique au point de vue historique et géographique, qui a fait d’elle la première puissance coloniale du globe. Cependant, comme nous avons lutte avec une ténacité égale à la sienne, nous avons fini par redevenir la seconde

CONCLUSION

Sécurité relative des possessions d’outre-mer à l’époque présente. — La rivalité entre les puissances maritimes ou celles qui tendent à le devenir n’a point cessé avec le progrès de la civilisation. Elle a pris une autre forme. Autrefois chacun des concurrents cherchait surtout à ravir les colonies des autres : aujourd’hui on cherche surtout à en créer de nouvelles, soit sur les rivages déserts, soit chez les nations barbares. Depuis les guerres de la Révolution et de l’Empire, pendant lesquelles l’Angleterre s’est fait largement la main, on ne peut citer un seul exemple d’une colonie enlevée à une puissance européenne par une autre puissance. L’Angleterre s'est démesurément accrue dans l’indoustan et dans l’Indo-Chine ; elle a créé ses florissants établissements de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ; elle a pris pied sur de nombreux points des rivages africains, dans les îles et archipels de toutes les mers, et renforcé, par l’acquisition de Chypre et l’occupation de l’Égypte, sa situation dans la Méditerranée. La France a lutté dans l’Afrique du Nord, au Sénégal, à Madagascar, dans l’Indo-Chine ; elle a acquis d’importantes possessions au Soudan, à la Guinée, au Congo, dans la région du lac Tchad, dans l’océan Indien, dans le Pacifique.

En outre, jusqu’à nos jours, cinq puissances seulement avaient vraiment une politique coloniale; mais de nouvelles nations se sont jetées dans la lutte. L’Allemagne, à peine en possession de son unité, a marqué sa part au Cameroun et au Togo, sur le golfe de Guinée, a créé ses deux territoires ^'Afrique Sud occidentale et d! Afrique orientale, occupé, en Océanie, la Terre de l’Empereur- Guillaume, l’archipel Bismarck, les îles Salomon du Nord, les îles Marshall et Navodo. L’Italie, dont l’avènement date d’une époque tout aussi récente, a convoité la Tripolitaine et tenté la création d’une colonie Erythrée sur la mer Rouge et sur les frontières de l’Abyssinie. La Belgique elle-même, pays neutre en Europe, devient en Afrique puissance coloniale, ou du moins son roi, par une sorte d’union personnelle, joint à la couronne constitutionnelle de Belgique la domination de Congo : il devient l’arbitre d’une région trente ou quarante fois grande comme la métropole.

Or, les nouvelles acquisitions de l’Angleterre, de la France et de leurs nouvelles rivales n’ont point entraîné, comme elles l’auraient fait autrefois, de guerres à la fois européennes et coloniales. En cette matière, une sorte de droit des gens a tendu à prévaloir: la Conférence internationale de Berlin, 1884 et 1885, en a posé les principes essentiels; elle a déterminé à quelles conditions un peuple européen pourrait être considéré comme maîire d’une terre revendiquée par lui; pour prévenir les guerres de l’avenir, elle a posé en règle que certains grands fleuves, certaines grandes artères du commerce universel, le Niger et le Congo en Afrique, aussi bien que le Danube en Europe, ne pourraient devenir a propriété exclusive d’une seule puissance. C’est par une décision européenne, par une sorte de transaction que la plus vaste des contrées encore inoccupées de l’ancien monde, le bassin du Congo,

CONCLUSION 757

a pu être pacifiquement partagé entre la France, le Portugal et l’Association internationale. Un conflit, qui a mis toutes les chancelleries en émoi, s’est terminé par l’arbitrage du pape Léon XIII ; l’affaire des Carolines n’a pas servi de pendant aux affaires des Malouïnesou de la baie de Noolka qui, au xviii® siècle,pour des intérêts à peine plus considérables, ont rompu ou mis en péril la paix de l’Europe. Parmi les traités qui ont établi en Afrique les limites des dominations européennes, et qu’on a trouvés ci-dessus indiqués en leur lieu, les plus importants sont la convention anglo-allemande du 1®’’ juillet et la convention anglo-française du 5 août 1890.

Plusieurs causes ont contribué à dépouiller la rivalité coloniale de son ancienne âpreté. D’abord les mêmes circonstances, qui rendraient si redoutable à tous la rupture de la paix européenne et qui contiennent les ambitions continentales par la perspective de l’effroyable mêlée de nations qui suivrait la première démarche imprudente, ont fait comprendre la nécessite de ne créer nulle part, ni en Europe, ni hors d’Europe, des cas de conflit. En second lieu, de la guerre coloniale n aurait plus la môme valeur qu autrefois : on n’aurait plus à lutter pour des empires, comme celui de l’Indoustan, de l’Amérique du Nord ou de l’Amérique du Sud; les combattants ne verraient plus miroiter devant leurs yeux les richesses fabuleuses du Grand-Mogol, les terres fertiles et sans limites de la Nouvelle-France ou de la Nouvelle-Angleterre, les mines du Pérou ou du Mexique. Les territoires qu’on peut encore se disputer, plages jusqu’à présent stériles, îlots de richesse médiocre, régions inconnues de 1 Afrique intérieure, ne seraient plus un prix suffisant pour de tels combats. En troisième lieu, l’abolition de l’ancien système commercial et de l’ancien système colonial a diminué aussi la vivacité des ambitions. G est précisément la puissance autrefois la plus exclusive, la plus jalouse et la plus violente, qui, par conviction et par intérêt, s est faite le champion des doctrines du libre-échange, et 1 on conviendra que, si elle n’a rien perdu de son esprit d’entreprise et de son ardeur au gain, il y a un abîme entre l’Angleterre de Cromwell, de Guillaume III, des deux Pitt, qui en 160 ans a fait dix-sept guerres européennes^, et l’Angleterre de Cobden, de Gladstone et même de Salisbury. Or,

t. Guerre de Cromwell contre la Hollande (1652-54) ; contre 1 Espagne (1655-62); guerre de Charles II contre la Hollande (1665); guerres^ de Guillaume HI contre la France (ligue d’Augsbourg et succession d Espagne : 1688 et 1700-1713); guerres contre l’Espagne (1718-1720 et 1739- 1748) et contre la France (1743-48) ; guerre do Sept Ans (1756-63) guerre de rindépendaace américaine (1776-83) ; intervention en Hollande (1787) ; guerre contre la Révolution française (1793-1802) première guerre contre Napoléon (1803-1814) ; deuxième guerre contre Napoléon (1815); deux guerres contre le Danemark (1801 et 1807) ; attaque contre Gonslanlmople (1807) ; guerre contre la Russie (1809) ; sans parler des expéditions au Cap, à Ceylan, en Égypte, à Buenos-Ayres, sans parler de la guerre contre les Etats-Unis (1812-1815). 'i

CONCLUSION

grâce aux doctrines du libre-échange, une nation n’est plus nécessairement exclue du trafic des régions qu’elle ne possède pas.

Sans doute, les colonies assurent encore à leurs possesseurs de sérieux avantages ; mais ces avantages ont pour corollaires des charges ; la balance des droits et devoirs de la mère-patrie ne lui laisse plus qu’un bénéfice facile à évaluer et qui ne prêle plus aux vastes illusions. Chaque nation fait le bilan de ce que lui rapportent et de ce que lui coûtent les colonies, et se préoccupe des responsabilités qu’elles font peser sur elle. L’Angleterre, qui autrefois ne songeait qu’à s’enrichir aux dépens de l’Indoustan, reconnaît aujourd’hui qu’elle a des devoirs envers lui. La Grande-Bretagne dans les Indes, au Canada et en Australie, la France en Afrique et dans rindo-Chine, la Hollande, l’Espagne et le Portugal eux-mêmes dans leurs établissements des Antilles, d’Asie et d’Afrique, admettent que le gouvernement des colonies doit avoir pour objet principal l’intérêt des colonies. La première de ces nations semble avoir pour politique, si nous en croyons les publicistes du parti libéral, de préparer l’émancipation future de ses dépendances de race anglaise et d’agir comme tutrice plutôt que comme maîtresse de l’indoustan. Dans les rapports de la métropole et de ses établissements se sont introduites, en même temps que des principes nouveaux d’économie politique, des doctrines nouvelles de morale politique j elles condamnent les anciennes pratiques d’exclusion rigoureuse à l’égard du commerce étranger, d’exploitation sans contrôle à l’égard des colons, de convoitise sans frein à l’égard des puissances rivales.

Dans ces conditions, l’acquisition d’une colonie vaut encore les risques d’une guerre peu dangereuse contre des sauvages et des barbares : elle ne vaut plus les risques d’une guerre européenne. Il est donc probable que, si nous sommes encore appelés à voir des luttes ardentes entre Européens et indigènes aux colonies, nous en verrons beaucoup moins entre Européens à l’occasion des colonies. Les établissements des diverses nations civilisées ont donc acquis un degré de stabilité qu’ils n’ont point eu jusqu’à la fin des guerres du premier Empire. Les traités de 1813, qui n’ont pas réussi à fixer la géographie définitive de l’Europe, ont cependant inauguré, pour les possessions hors d’Europe, une ère d’apaisement relatif. En particulier, nous pouvons espérer que l’empire colonial que nous avons élevé dans le courant de ce siècle est moins exposé aux cataclysmes qui, en 1713, en 17G3, en 1814, c’est-à-dire jusqu’à trois fois et à des intervalles à peu près réguliers d’un demi-siècle, ont démembré nos premiers empires coloniaux. Celui que nous possédons aujourd’hui, nous le possédons avec une sécurité relative.

Importance réelle de notre empire colonial : superficie et population. — En rassemblant les données statistiques relatives aux diverses colonies et protectorats de la France, nous pouvons essayer de nous faire une idée de l’empire qu’elle possède aujourd’hui au delà des mers. Deux éléments devraient d’abord être déterminés :

CONCLUSION

la superficie et la population. Le premier de ces éléments est le moins important, car, dans le total, figureraient des régions presque désertes à côté de pays très peuplés et très riches. Le chiffre de la population est, au contraire, en général, le signe le moins trompeur de la valeur réelle d’un pays.

Pour la superficie, en joignant à l’Algérie, au Sénégal, au Soudan français, à l’Ouest africain et aux colonies proprement dites, nos protectorats sur la Tunisie, le Cambodge, l’Annam et le Tonkin, en négligeant les 4 millions de kilomètres carrés du Sahara, ainsi que de vastes régions dans la boucle du Niger et au sud du lac Tchad, nous arriverions à un total d’environ 1 800 000 kilomètres carrés, et, en y ajoutan-t le Congo et le protectorat sur xMadagascar, à un total d’environ 3 800 000 kilomètres carrés. C’est près de sept fois la superficie de la France, qui en compte 522,572. Pour la population, en prenant les mêmes territoires, nous arriverions à un total d’environ 35 millions d’habitants; ce qui égale presque la population de la France. On peut donc, à la rigueur, dresser le tableau suivant, qui offre de si nombreuses lacunes, surtout au point de vue de la population, que nous nous dispenserons d’établir les totaux.

Kil. carrés.

Habitants

Afrique du Nord ;

Algérie .

Tunisie .

Afrique de l’Ouest :

Sénégal. ... . -

Rivières du Sud. . . .

Fouta-Djallon ....

Soudan français avec

Dinguiray et Kaarta.

États de Madetnba et

1 000 OOO

Bodian .

États de Samory. . .

États de Tiéba. . . .

Etats de Kong. . . •

Bondoukou, Djimini,

oO 000

Anno, etc .

Côtes de la Guinée. .

Gabon, Congo, etc. .

Afrique de l’Est :

Réunion .

Mayotte . . . . •

Nosy-Bé .

Sainte-Marie .

Comores .

Madagascar .

Obock et Cheïkh-Sa'id.

CONCLUSION

Asie :

Inde française. . .

Cochinchine .

Cambodge .

Tonkini .

* Annam .

Océanie :

] Nouvelle-Calédonie et

/ dépendances (sans

‘■'i compter les Nouvelles-

Hébrides) .

Tahiti et dépendances.

Amérique :

Saint-Pierre et Miquelon .

Martinique .

Guadeloupe et dépendances .

Guyane (sans les territoires contestés).

Kil. carrés.

Habitants

Nos colonies (non comprises l’Algérie et la Tunisie) ont un chiffre d’affaires qui dépasse 400 millions. Elles reçoivent de la métropole une subvention annuelle d’environ 72 millions ; et, en outre, l’ensemble des budgets locaux s’élève à 83 millions. La métropole entretient pour leur défense 36 662 hommes de troupes coloniales, dont 13 300 des troupes métropolitaines et 19 876 de contingents indigènes. Les troupes blanches dépendent toutes de la Marine, sauf 3 450 hommes de la légion étrangère, fournis par le ministère de la Guerre.

L’empire britannique s’étend sur près de 25 millions de kilomètres carrés et il compte une population de plus de 312 millions d’àmes, entre le quart et le cinquième du genre humain tout entier. Par une autre considération, il peut exciter notre envie; cette population comprend plus de dix millions d’habitants de sang européen et principalement anglais, tandis que nous n’arrivons pas à un million d’hommes qu’on puisse regarder comme colons français; et il faut y comprendre les étrangers domiciliés dans nos possessions de l’Afrique du nord et les descendants des travailleurs africains de nos îles.

Sous le double rapport de la superficie et de la population, c’est avec les autres puissances colonisatrices que nous devons chercher des comparaisons. Parmi celles-ci, une seule pourrait aujourd’hui nous disputer le second rang, et elle le possédait sans conteste avant nos dernières acquisitions. C’est la Hollande : elle possède,

1. Aucun recensement n’ayant été fait ni au Tonkin, ni dans l’Annam ces chiffres ne sont qu’approximatifs.

CONCLUSION

outre-mer près de 31 millions de citoyens ou sujets, sur une superficie de plus de deux millions de kilomètres carrés. Viennent ensuite l’Espagne avecS millions de colons de toute race, sur une superficie de 427 073 kilomètres, et le Portugal, avec 2 329 200 habitants sur 1 825 000 kilomètres.

Commerce de la France avec ses colonies. On estime que le commerce de toutes nos colonies, moins l’Algérie et la Tunisie tant importation qu’exportation, s’est élevé, pour l’année 1889, à 401 millions de francs, dont 196 à 197 millions rien qu’avec la métropole'; en y ajoutant pour l’Algérie 546 millions (année 1890), pour la Tunisie 60 millions, chiffre destiné à s’accroître beaucoup, on arrive à un total de près d’un milliard. La totalité du commerce de la France, tant à l’importation qu’à l’exportation, étant d’environ 8 milliards (chiffre du commerce spécial), on voit que le commerce des colonies fait presque la huitième partie de celui de la métropole. Pour environ 550 millions, il se fait uniquement avec la métropole. Assurément ce chiffre de 550 (437 suivant d’autres données) est inférieur à celui que nous avons avec l’Angleterre (i 538 millions), avec la! Belgique (1 040 600 000 fr., en 1889), avec l’Allemagne (680 millions), avec les États-Unis (580 millions), peut-être l’Espagne (549 millions) ; mais nos colonies réunies consiluent pour nous un meilleur client que n’importe laquelle des autres nations des deux mondes, môme l’Italie, la Suisse, l’Argentine, la Russie, l’Autriche, la Hongrie.

Les colonies anglaises ont un commerce d'environ 12 milliards; sur ce chiffre, leur commerce avec la métropole compte pour 5 milliards, et l'importation anglaise dans ces colonies y entre pour plus

de 2 milliards. .

La comparaison des chiffres français et anglais, pour le commerce, donne donc la même impression que l’étude comparée de la superficie et delà population; il est certain que les colonies anglaises plus vastes, plus denses de population que les nôtres, doivent être à la métropole d’une utilité commerciale incomparablement plus grande que les nôtres.

Cependant il est bon de noter que la plupart de nos colonies, surtout celles qui ont été acquises en ce siècle, sont en progrès. L’Algérie, en 1840, ne faisait qu’un commerce de 23 millions ; il s’est°élevé en 1890 à 546 millions. Le Sénégal, de 1818 à 1823, ne donnait qu’un chiffre de 2 300 000 francs; de 1834 à 1835, il s élève à 17 millions; en 1879, il dépasse 33 millions; d’après la dernière statistique (1887), il atteint 40 millions. La Réunion donnait, en 1822, 16 800 000 francs; en 1889,35 millions de francs. La Martinique, en 1822 30 millions; en 1890,53600 000 francs. La Guadeloupe, en 1822, 30 millions ; en 1890, 44 600 000 francs 2. A part la Guyane, on peut

1. Chiffres donnés par M. Jamais, sous-secrétaire d’État aux Colonies

dans son discours au Sénat, du 23 mai 1892. ,

2. Cependant, il faut noter que des chiffres plus elevés ont été

atteints dans l’intervalle : par exemple en 1883.

CONCLUSION

signaler le même progrès pour toutes les autres colonies. Les îles Saint-Pierre et Miqselon ont progressé, de 8 millions en 1854, à 31 500 000 francs en 1890.

A la vérité, cette progression, dans l’ensemble de nos colonies, est bien lente. Dans un récent discours au Sénat, M. Jamais faisait remarquer que tandis que la population de nos colonies (Algérie et Tunisie non comprises) s’est élevée depuis 1881 de 2,700,000 habitants à près de 31 millions, leur commerce, dans la même période, n’a progressé que de 263 à 401 millions ; cela tient à ce que beaucoup des colonies nouvelles sont encore à l’état fruste et qu’on n’a pu en commencer l’exploitation.

Un lieu commun qu’affectionnent les adversaires de l’expansion au dehors, c’est que nous créons des colonies qui profiteront, non à notre commerce, mais à celui des étrangers. Anglais, Allemands, Américains, Chinois. On ne peut rien affirmer pour les établissements nouvellement formés en Indo-Ghine, tant qu’ils ne seront pas sortis de la période de guerre ou d’organisation pour entrer dans une période normale. Pourtant on pourrait se rassurer sur leur avenir, en constatant ce qui se passe dans toutes nos anciennes colonies, dans toutes à l’exception delà Guyane. L’exemple de l’Algérie, entre autres, est assez probant. Bien que les doctrines du libreéchange soient largement appliquées à ces pays, bien que la loi de 1861 ait mis fin à l’ancien Pacte colonial qui nous assurait le marché à peu près exclusif de nos établissements, bien que la loi de 1866 ait ouvert l’Algérie aux navires de toutes nations, bien que la loi de 1867 ait autorisé l’entrée en franchise des importations étrangères en Algérie, nos colonies n’ont pas cessé défaire avec la France la plus grande partie de leur commerce. Sur un chiffre de 546 millions, l’Algérie fait 400 millions de trafic avec la France ; la Guadeloupe, sur 44 millions 600 000 francs, fait des affaires avec la métropole pour 33; la Martinique, sur 44 millions, pour 34; la Réunion, sur 53 millions, pour 22. Nous avons plus des deux tiers du commerce de la Guyane, les deux tiers de celui de nos établissements de Guinée, les quatre cinquièmes de celui des îles voisines de Madagascar, les quatre septièmes de celui de la Nouvelle-Calédonie et de celui du Sénégal, la presque totalité de celui de Saint-Pierre et Miquelon. Quant à nos établissements de l’Inde, perdus dans l’immensité des possessions anglaises, il ne serait pas étonnantque tout leur commerce se fît avec l’Indoustan britannique, l’Australie oula Grande-Bretagne. Cependant, sur un chiffre de 29 600 000 francs, ils font 10 millions et demi d’affaires avec nous, notre importation dans les cinq villes indoues étant, il faut le reconnaître, très faible. M. Jamais a pu regretter à la tribune du Sénat que, pour l’année 1890, sur une importation de 211 millions, nos colonies aient acheté pour 130 millions (plus de moitié) à l’étranger, et que sur une exportation de 190 millions, elles aient vendu à f étranger pour 87 millions (près de la moitié). Cela tient surtout à ce que, pour certaines de nos colonies, on n’a pu encore établir des communications faciles et rapides.

CONCLUSION 160

Les chiffres indiqués ci-dessus, pour les Antilles îrançaises et la Réunion, gagneraient à être mis en regard des chilTres anglais pour des objets susceptibles de comparaison. Les Antilles françaises (Guyane, Martinique, Guadeloupe et dépendances), avec une population de 391 000 habitants, ont reçu, en 1888, pour 20 864 000 francs de produits français : ce qui fait presque 69 francs par tète d’habitant. — Les Antilles anglaises (Honduras, Jamaïque, Barbades, Trinité, etc.), dans la même période, ont importé pour 89 7n0 000 francs de marchandises anglaises : cela ne fait que 56 francs 16 par tête d’habitant G

Autre comparaison non moins probante : 1 île Maurice, avec 836 000 habitants, a importé pour 6 900 000 francs de marchandises anglaises : soit 17 francs 87 par tête. L’île de la Réunion, avec 166 000 habitants, a importé pour plus de 9 millions de marchandises françaises : soit 54 francs 87 par tête. A conditions égales, l’Angleterre n’a pas le tiers des importations de sa dépendance; la France en a la moitié.

Sans doute, le Pacte colonial d’autrefois n’existe plus avec nos colonies. Cependant, même pour celles qui s’administrent à peu près elles-mêmes, nous avons les moyens d’obtenir des faveurs pour notre commerce, à l’exclusion de l’étranger. Ainsi, les vieilles colonies, à côté de leur octroi de mer, ont été amenées à établir de véritables tarifs douaniers frappant les marchandises étrangères ; sur ce point, les décisions du conseil général de la Martinique ont été sanctionnées parles décrets de 1883 et 1890; celles de la Guadeloupe, par les décrets de 1884 et 1889; celles de la Réunion, par le décret de 1885.

Avantages recueillis par notre marine marchande. —

Dans la question du commerce d’une métropole avec des colonies le rôle de la marine marchande a une certaine importance. Si le pavillon français couvrait la plupart des marchandises, françaises ou étrangères, qu’importent ou qu’exportent nos colonies, on pourrait affirmer que les colonies contribuent à la prospérité de l’une de nos plus grandes industries nationales : les transports. Or, à ce point de vue, notre supériorité relative sur l’Angleterre est incontestable. En 1882, le total des entrées et sorties de navires dans tous les ports des colonies anglaises se chiffre par 9 '

neaux : la marine anglaise compte dans ce total pour 8 482 818 . soit 87 0/0, ce qui est une belle proportion. Le total des entrées et sorties pour nos colonies se chiffre par 1

marine française compte dans ce total pour 1 255 332 : soit 93.40 0/0 : proportion encore plus belle. La subsistance de cent mille marins, l’industrie de nos constructeurs sont donc liées en grande partie à notre trafic avec nos colonies.

Comparaison entre certaines colonies françaises et anglaises; prépondérance de la France en Afrique. — Sur d autres

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