Plus exactement, au 31 décembre
L’ALGÉRIE
extinction progressive, rêvée par certains esprits absolus, est plus qu’un espoir inhumain : c’est une utopie. A la population musulmane indigène, il faut ajouter 2 731 Tunisiens et 14G45 Marocains.
Population israclile. — La fécondité des Israélites est proverbiale. Ils étaient 33 287 en 1876. Livrés à leurs seules forces et sans le secours d’aucune immigration, ils se sont élevés au chiffre de 35 663 en 1881, à 42 744 en 1886, à 45» en 1892. Leur natalité est de 53 naissances pour 1 000 habitants, leur mortalité de 31 décès.
Population étrangère européenne. — Il faut distinguer entre les Européens. Les uns émigrent beaucoup et s’acclimatent très bien en Algérie : ce sont les Espagnols, les Italiens et les Maltais. Les Espagnols étaient 58 500 en 1886; le recensement de 1886 en accuse 120 000 Leur natalité est de 39 naissances pour 1000 habitants; ils viennent, pour la fécondité, au second rang, immédiatement après les Israélites. Leur mortalité est de 29. — Les Itàliens, de 16 600 en 1856, sont arrivés à 35 000 en 1886. Natalité : 31. Mortalité : 26 seulement. — Les Maltais ont progressé de 10 200 en 1856, à 14 700 en 1886; leur émigration 'est relativement faible; leur natalité considérable : 36; leur mortalité : 30. — Les Allemands seuls diminuent, parce que le climat ne leur convient pas. Ils étaient 5400 en 1856; ils n’étaient déjà plus que 3 900 en 1881. Leur natalité est pourtant de 31, mais leur mortalité est considérable ; 43. — Au total, en 1892, sis l»» étrangers.
Popuialion française. — On a pu craindre que la racé française émigrant peu, se reproduisant peu, rencontrât en outre, en Algérie, un obstacle invincible à son développement ; le climat. Il n’en est rien. En 1836, il n’y avait que 5485 Français. Leur nombre s’est élevé à 47 274 en 1846; à 77 558 en 1853; à 92 738 en 1856; à 112 229 en 1861. Cette augmentation constante subit alors un temps d’arrêt pendant la période néfaste du royaume arabe. En 1866, 112119 Français seule-
1. Le recensement arrêté au 31 décembre 1891 (Voyez ci-dessus page 91, note % ne donne pas les chiffres particuliers pour les nationalités espagnole, italienne, maltaise, allemande, etc. Il se borne à indiquer (à part des Français, indigènes musulmans, Israélites, Tunisiens, Martcains) les nalionalHés dicerses. Or, sous cette rubrique, nous trouvons 199 283 étrangers établis dans les communes de plein exercice, 14 648 dans les communes mixtes civiles, 1 862 dans les territoires militaires; total : 213 793.
ment. Mais bientôt le mouvement ascensionnel recommence avec la reprise de l’émigration. On compte, en 1872, 129001 Français; en 1877, 155 727; en 1880, 201 591 ; au 31 décembre 1891, SGî «ŸS, sans compter la population recensée à part, c’est-à-dire l’armée, les ho.spices, prisons, etc., qui figure au recensement pour 10 715 tètes. — D’autre part, la natalité française, très faible au début de l’occupation, est aujourd’hui de 33,3, inférieure à celle des Israélites et des Espagnols, mais supérieure à celle des Italiens et, ce qu’il y a de très remarquable, plus élevée que la natalité française (20) sur le continent. Quant à la mortalité des Français en Algérie, elle est de 29, supérieure à celle de la France (23), égale seulement à celle de l’Espagne, mais elle tend à diminuer et elle laisse subsister un gain annuel de 4 pour 1000. Il y a donc dès maintenant, en Algérie, une race acclimatée de Français africains, et cette fille de la France continentale tend à se développer plus rapidement que sa mère.
La population indigène paraît s’accroître dans la proportion del 3/4 pour cent par an; la population européenne dans la proportion de 3 1/2 pour cent. Si cette double progression se maintenait dans un quart de siècle, les Européens atteindraient en Algérie le chiffre de 1 million, les indigènes celui de 5 millions. La proportion deviendrait alors beaucoup plus favorable pour l’élément européen.
Histoire «le la colonisation : dclnits. — Les débuts de la colonisation ont été pénibles en Algérie et nous voyons clairement aujourd’hui les fautes commises par nos devanciers; mais nous sommes instruits par l’expérience et ils ne l’étaient pas. Les premiers colons étaient pour la plupart des insurgés de 1830 et 1831 que la police, sous un prétexte honorable, éloigna de Paris. Ils s’installèrent dans la Métidja, alors en friche et à demi couverte de marais pestilentiels. Ils étaient mal protégés contre un ennemi plus redoutable encore : l’insurrection. Presque tous furent massacrés et dispersés par les cavaliers d’Abd-el-Kader. Le maréchal Bugeaud, prenant exemple sur les Romains, essaya alors de la colonisation militaire et décréta même le mariage obligatoire pour les soldats qu’il improvisait laboureurs. Ces mariages militaires ne tournèrent pas tous bien et beaucoup des villages militaires ne réussirent pas. Il fallut revenir à la colonisation civile.
I.<e rég^inic «Icsconccsi^ioii*^. — Pour attirer les colons, on imagina, en 1844, de leur distribuer des terres gratuite-
I/AI.GÉUIE
ment. En même temps, on imposa aux concessionnaires des clauses résolutoires destinées à écarter les spéculateurs, mais qui étaient aussi, pour les colons sérieux, une gène et un épouvantail. Ne devenaient propriétaires, au bout de cinq ans d’occupation effective, que ceux qui avaient construit une maison de dimensions déterminées, planté un certain nombre d’arbres, défriché etmisen culture une superficie fixée d’avance, entouré leur domaine de fossés et de baies. Pendant les cinq ans, ils ne pouvaient recevoir qu’un titre de propriété provisoire. Les cinq ans expirés, des inspecteurs de colonisation visitaient la concession, et, si tes conditions réglementaires étaient remplies, le concessionnaire recevait un titre définitif; sinon il était frappé de déchéance. Malgré les vices de ce système, qui a été adouci, mais qui subsiste encore, des villages furent créées aux environs d’Alger, de Bone, de Pbilippeville. Ceux qui parcourent aujourd’hui leurs riantes campagnes ne se doutent guèbe que plusieurs générations d’intrépides travailleurs ont succombé là dans une lutte obscure contre la misère, la fatigue et la fièvre.
lies colons de 184S. — L’expérience en grand du régime des concessions, poussé jusqu’à ses dernières conséquences, a été faite en 1848. Le gouvernement de Février, mû par un sentiment très louable, mais mal éclairé, envoya en Algérie 20 000 ouvriers de Paris sans travail. Il leur distribua des lots do culture, leur bâtit des villages, en leur assurant des vivres et des secours en argent jusqu’à ce que leurs terres fussent mises en valeur. Malheureusement, ces Parisiens n’avaient jamais appris le métier de cultivateur et, lorsque les ressources officielles vinrent à manquer, presque tous se dispersèrent. Cependant les centres ainsi créés ne furent pas tout à fait abandonnés et, malgré bien des vicissitudes, plusieurs sont devenus des villes prospères.
liCs g;raiiclcs compag^nies. — Après l’échec de l’expérience tentée en 1848, l’administration n’abandonna pas le principe des concessions, mais elle renonça désormais à entretenir les concessionnaires. Elle essaya en meme temps d’un autre système. Des sociétés de capitalistes obtinrent de vastes étendues de terrain sous condition d’y créer des villages : la Compagnie genevoise, aux environs de Sétif; les Trappistes à Staouéli. Plus tard, la Société générale algérienne reçut du gouvernement impérial une concession de 100000 hectares. Sauf les Trappistes, qui se trouvent dans des conditions spé-
ciales, mais qui ne sont, pas de véritables colons, les grandes compagnies anonymes n’ont été d’aucun secours pour la colonisation. Elles se sont bornées à exploiter le sol et à en tirer bénéfice. En dernier lieu, la Société générale louait purement et simplement des terres aux indigènes. La Compagnie génevoise ne fait pas autre chose aujourd’hui. Malgré tous ces tâtonnements administratifs, la colonisation a étendu chaque jour ses progrès et conquis des champs fertiles sur les asphodèles et les palmiers nains.
liCs Alsacîeiis-Iiorraîns en Algérie. — En 1871,
l’Assemblée nationale, imitant celle de 1848, cédant comme celle-ci à un entraînement patriotique des plus excusables, attribua 100 000 hectares de terres aux malheureuses familles d’Alsace-Lorraine qui avaient opté pour la nationalité française. Ce nouvel essai de colonisation artificielle ne donna pas, à vingt ans d’intervalle, des résultats beaucoup plus brillants. Parmi les 10 000 émigrants qui furent transportés en Algérie, accueillis à bras ouverts, logés, nourris, secourus pendant plusieurs années, bien peu connaissaient la terre. La plupart étaient des ouvriers de fabrique, aussi mal préparés que possible à leur nouveau métier et au climat. Les uns quittèrent leur concession, lorsque les distributions de vivres et d’argent cessèrent; les autres, lorsque leur bail de cinq ans fut expiré. Le petit nombre qui resta savait cultiver, et leur labeur opiniâtre a été récompensé par le succès. La Société de protection des Alsaciens-Lorrains, dirigée avec le plus charitable désintéressement parle comte d’Haussonville, dont il ne faut pas confondre l’œuvre avec la tentative officielle de 1871, a donné de meilleurs résultats.
lia colonisalion penclaut ces «lcruières années.
— Pendant le gouvernement de l'amiral de Gueydon, l’ancien mode de concession fut modifié. Le titre II de la loi de 1871 remplaça le titre provisoire de propriété par un bail de neuf années, aggravant ainsi les conditions faites jadis aux concessionnaires. Aussi le titre II souleva-t-il d’unanimes protestations on Algérie, et il fallut bientôt revenir au délai de cinq ans. Sous le général Chanzy, un grand nombre de concessions furent accordées, et ce système produisit son efiVt ordinaire : des succès partiels parmi beaucoup de revers, âl. Albert Grévj', combinant l’ancienne méthode avec une innovation déjà projetée par le comte Gbasseloup-Laubat, lors de son court ministère, proposa « l’application sagement combinée de la vente et
L’ALGIÏlUlî
de la concession » et, comme les terres venaient à manquer, demanda cinquante millions pour l’exécution d’un vaste programme de colonisation. Son successeur M. Tirman a vainement défendu ce projet devant les Chambres. S’inspirant alors des idées de M. d’Haussonville, il étudia un plan nouveau, d’après lequel une partie des terres domaniales seraient affectées à la colonisation et mises en vente ; une caisse dite de colonisation serait instituée; le système des concessions ne serait plus conservé que pour récompenser des services exceptionnels. C’est à peu près le système qui est aujourd’hui en pratique.
nirficultcs cIc la colonisation eu Algérie. — Si la
routine administrative, qui est une des plaies de notre pays, si l’utopie césarienne du royaume arabe ont entravé le libre développement de la colonisation, il serait injuste de ne pas reconnaître que nulle part plus qu’en Algérie le problème toujours délicat de la fondation d’établissements européens en pays neuf n’a présenté plus d’obscurité et de complexité, n’a rencontré plus d’obstacles. Dans aucune de leurs colonies les Anglais, par exemple, n’ont eu à se mesurer avec des difficultés pareilles. Dans l’Amérique du Nord comme en Australie ou en Nouvelle- Zélande, le climat s’est trouvé d’une salubrité absolue. Les indigènes, de race très inférieure, n’ont opposé qu’une résistance facile à vaincre et ils ont été bientôt exterminés ou refoulés. Quant aux terres, elles se sont offertes d’elles-mômes en quelque sorte aux colons, et en quantité presque illimitée. En Algérie, au contraire, il a fallu triompher du climat par l’assainissement des plaines et des vallées, lutter contre des indigènes braves, fanatiques, nombreux, et non seulement les dompter, mais les gouverner, enfin s’établir au milieu d’eux. Pour avoir des terres, on a dû obliger les anciens possesseurs du sol à se serrer et à nous faire place, et, comme les procédés de colonisation mis en pratique ailleurs n’étaient pas exactement applicables à l’Algérie, on s’est trouvé réduit à les essayer tous, progressant péniblement d’essai en essai à la recherche d’une méthode définitive. Colonies militaires, concessions, grandes compagnies, tous les anciens procédés ont été pris et repris, et chacun d’eux, avec bien des déboires, a donné quelques résultats. Assurément on s’est attardé en ces expériences. Cependant, au bout d’environ trente-cinq aimées(car la conquête n’a guère été achevée que vers 1857), près de 500 000 Européens sont établis en Algérie, et sur ce nombre 200000 sont exclusive-
LA FUANClî COLONIALE
ment des agriculteurs. Pour un pays qui a subi tant de vicissitudes, voilà encore un assez beau résultat.
liCs terres et la propriété. — Diverses méthodes ont été proposées ou suivies pour procurer des terres aux colons. Armé de la loi de 1851 sur l’expropriation, on entreprit do cantonner les tribus, c’est-à-dire de limiter leur territoire en le restreignant et de garder le surplus pour la colonisation. Le sénatus-consulte de 1863, s’inspirant des principes qui régissent la propriété en France, et ayant déclaré les tribus propriétaires de toutes les terres dentelles avaient la jouissance traditionnelle, le cantonnement fut arrêté. La loi de 1873 a ordonné la constitution de la propriété individuelle. Malheureusement cette opération, conduite avec une lenteur désespérante, a coûté des sommes énormes. De 1874 à 1882 la dépense a été de 8 millions, couverte à l’aide de centimes additionnels payés par les Arabes, et la propriété ainsi constituée ne comprenait pas 400 000 hectares en 1882. Elle n’atteignait que 712 000 hectares en 1884; 2 200 000 à la fin de 1890, mais alors la dépense s’élevait à 14 millions. A ce compte il serait plus économique d’acheter les terres que de les délimiter'. La loi de 1887 a cependant amendé sur plusieurs points celle de 1873.
Le séquestre infligé aux tribus insurgées, comme en 1871, est un moyen excessif, d’ordre purement militaire, et sur lequel il est interdit de fonder ses espérances. L’expropriation est tout aussi odieuse et n’a pas l’excuse des nécessités de la guerre. Le domaine, après avoir vendu aux enchères ou degré à gré plus de 260 000 hectares, est encore riche de 800 000 hectares; il pourrait en fournir tout de suite 270 000 ; ce n’est là qu’une ressource provisoire. Lestent le régime de droit commun et la vente : après de longues hésitations, et par la force des choses, on y arrive.
li’act TTorreiis. — Il n’y a en Algérie que 10 habitants par kilomètre carré (71 en France). Sur les 15 millions d’hectares qui constituent le Tell, 3 millions seulement sont cultivés, dont 1 environ par les Européens. Les terres ne manquent donc pas. Pour les rendre disponibles il est temps d’abandonner le système des concessions gratuites, qui n’a fourni que 450 000 hectares. Il suffira d’emprunter à notre ancienne législation une ingénieuse combinaison (pi a contribué à la fortune agricole de l’Australie et qui nous est revenue de là-bas sous le nom
1. Au 1“'’ juillet 1891, les travau-v, à divers états d’avancemeut, portent sur un peu plus do 2 900 ÜÜO hectares.
L'ALGÉRIE
ni
d’act Torrens. Déjà adoptée par le gouvernement tunisien, elle le sera prochainement par celui de l’Algérie, à la suite d’une étude approfondie faite par M, Dain, professeur à l’École de droit. D’après ce système, tout acquéreur peut imposer à son vendeur, comme condition préalable, l’inscription de sa terre sur un registre public. Chaque immeuble acheté ainsi a son sommier, sa case, son état civil et son plan; il est délimité, connu, il devient une réalité; il peut se transmettre avec une facilité exil , .ne : de sorte que peu à peu, sans dépense pour l’État, sans contrainte pour personne, le cadastre s’établit, la propriété indivise se morcelle et la colonisation s’étend à l’infini.
lies villes. — Le seul aspectdes villesalgériennes ‘ résume aux yeux du voyageur l’heureux effort de la colonisation européenne en cet admirable pays. Nemours est une sentinelle avancée vers la côte marocaine. Béni-Saf et ses minerais, Aïn- Témouchent et ses minoteries, Misserghin et ses jardins sont de petits centres déjà très vivants. Le port d’OaAN a toute l’activité d’une cité américaine, et ses 74 231 habitants, dont 54 656 sont Européens, débordent en longs faubourgs hors de sa vieille enceinte espagnole. Mostaganem est à moitié européen. Sidi-Bel-Abbès , colonie agricole improvisée en 1843, largement abreuvée par les eaux de la Mekerra, est déjà, avec ses 18 853 habitants, un grand centre commercial. Saïda est le principal rendez-vous des alfatiers. Perrégaux, Belizane, Orléansville, jalonnent la riche plaine du Chélif. Tenès et Cherchel, le littoral du Dahra. Tlemcen et ses jardins enclos de roses, Médéa et ses arbres fruitiers d’Europe, Mascara, en face de l’Ouarsenis, Miliana et ses sources bruissantes domin-ent de haut l’amphithéâtre des monts telliens. Blida, parfumée par les orangers, Boufarik, sous le dôme frais de ses platanes, Fondouk, VArba, Koléa, Marengo,Mouza:iaville, Douera, Chéraga, Maison-Carrée sont des villes toutes françaises dans la féconde Métidja. Alger, le principal foyer de la civilisation en Afrique, étage ses maisons monumentales au pied de la Kasba mauresque, en face de la mer et du soleil levant ; elle a plus de 81 757 habitants agglomérés et bien près de 100 000 si l’on y joint sa banlieue, Saint-Eugène, le. Frais- Vallon, El-Biar, Mustapha, dont les villas se cachent sous des berceaux de verdure
1. Pour les chiffres de population, consulter le Grand annuaire de l’Algérie et de la Tunisie de M. Langard et la nouvelle statistique de à’Algérie
ElU^Ct: CÜLOMALB.
lU
et de fleurs. Ménerrille, sur Tisser, Tizi-Oiizou, Dellys dans la (îrande-Kabylie, Ainnnle qui domine les Biban, Bou-Aréridj el Sétif, assises sur les hauts plateaux, la riante Bougie, adossée au mont Gourajaa, le petit port de DjidjeUi, sont de plus en plus envahis par les colons. Philippeville, port de Constantine, est avec ses 21 800 habitants, dont 17 427 Européens, une ville toute moderne. Constantine, si longtemps inaccessible sur son socle de pierre environné de précipices où planent les oiseaux de proie, a déjà 15 413 habitants européens sur 46 133 âmes ; elle est le grenier toujours grossissant des blés de TEst. Bône, par son activité, son esprit d’initiative hardie, rappelle Marseille; elle s’est hâtie près des ruines de l’ancienne Ilippone; elle est la tète de ligne du chemin de fer de pénétration de la Tunisie, et, sur 30 052 âmes, elle compte plus de 21 000 Européens. La Galle en a 3 736 sur 5 823 ; Guelma, 2 297 sur 6 603 ; A 'in-Mokra, 886 sur 2205. Enfin, dans Tune des régions les plus boisées, les mieux arrosées, les plus tempérées et les plus françaises par le climat, Souk-Ahras en a 2 893 sur 5 346, et Tebessa, cité naissante d’un grand avenir, 1 504 sur 4 340. Ainsi les centres de colonisation forment d’une frontière à l’autre une chaîne ininterrompue, bientôt aussi solide que celle des montagnes de l’Atlas.
lia vcgélatioM. — La répartition naturelle des plantes est très inégale en Algérie, et l’agriculture doit tenir compte de ces différences. L’olivier, qui atteint souvent les dimensions d’un chêne de France, est Tarbre caractéristique du Tell et se retrouve aussi sur le versant saharien de TAurès. Le châtaignier ne pousse à l’état sauvage que dans le massif de TEdough, près de Bône. Les bas-fonds du Tell, où coulent des rivières bordées de trembles, de peupliers, de frênes entrelacés de lianes, conviennent aux prairies et à la culture maraîchère. On y a introduit l’eucalyptus. L’oranger n’est acclimaté que sur la zone littorale. Le dattier ne porte de fruits que dans les oasis du sud. Les plaines telliennes et une grande partie des hauts plateaux, surtout à Test, conviennent aux légumineuses et aux céréales. Les pâturages que le soleil dessèche en été couvrent les croupes des montagnes, les hauts plateaux de l’ouest, séjour préféré de l’alfa, et les dépressions du Sahara: c’est par excellence la région du bétail. Les massifs boisés se rencontrent surtout à Test et au sud-est dans la province de Constantine. Mais beaucoup de maquis, où dominent le cactus, le palmier nain, le figuier de Barbarie, le lentisque, le myrte, le jujubier.
L’ALGÉRIE
li5
l’arbousier, les bruyères, pourraient, s’ils étaient surveillés et aménagés, retourner à l’état forestier. Après cinq mois de sécheresse, les moindres pluies font éclore des fleurs du plus vif éclat et rendent à la verdure une admirable intensité. Tout atteste la fécondité du sol.
li’agriculUire alg^cricnnc : céréales. — Sur la population totale de l’Algérie, 3 2G2 478 (en décembre 1890) vivaient de l’agriculture. La culture par excellence de l’Algérie est celle des céréales. En 1890, les indigènes, sur 2 403 022 hectares ensemencés, ont récolté 14 733 402 quintaux métriques de céréales (blés, seigle, orge, avoine). On connaît l’imperfection de leurs procédés. Les Européens, secondés par la main-d’œuvre indigène et suivant de meilleures méthodes, ont ensemencé 417 994 hectares et, sur cette surface cinq fois moindre, ils ont récolté 3 808 499 quintaux métriques. Cette comparaison indique que l’accroissement du nombre des colons est appelé à développer la puissance productrice du sol algérien. La production totale des principales céréales a été, en 1890, de 1 509 676 quintaux métriques pour le blé tendre, de 6 246 810 pour le blé dur, de 9 953 143 pour l’orge (beaucoup plus que la France entière). Les autres céréales sont le seigle, l’avoine, le maïs, les fèves, lebechna. *
Culture de la ^içne. — La culture de la vigne a pris, dans ces derniers temps, une extension rapide. En 1890, on comptait 15 627 Européens et 16 963 indigènes planteurs de vignes, possédant les premiers 98 541 et les seconds 4 202 hectares. La récolte du vin a été pour les uns de 2 922 036 hectolitres et pour les autres de 7 650 hectolitres. C’est donc plus du vingtième de la production annuelle de la France. Le phylloxéra, il est vrai, a été constaté aux environs de Tlemcen et de Sidi- Bel-Abbès, puis sur d’autres points ; mais les vignes atteintes ont été aussitôt arrachées et brûlées, et tout permet d’espérer que notre colonie sera préservée du redoutable fléau. Les vins d’Algérie sont déjà appréciés; ils sont, de jour en jour, fabriqués avec plus de soin et de méthode.
Exploitation «les forêts. — Le sol forestier de l’Algérie s’étend sur une superficie de 3 045 692 hectares (entre le tiers et la moitié de la superficie forestière de France). C’est trop peu. Encore ce qui s’appelle officiellement forêts n’est-il trop souvent qu’un terrain couvert débroussaillés. Des incendies désastreux, attribués d’ordinaire à la malveillance des bergers indigènes, viennent en outre presque chaque année diminuer cette réserve
forestière qui peut être considérée comme la vraie nourrice de l’agriculture algérienne, car seule elle attire les pluies et entretient les sources. De vastes reboisements sont indispensables. Partout où ils ont été entrepris ils ont donné des résultats immédiats. Non seulement l’eucalyptus chasse la fièvre dts plaines basses, mais à Orléansville la température estivale a diminué de plusieurs degrés depuis la plantation des environs de la ville. Les principaux arbres et arbustes des forêts algériennes sont : le chêne-liège (290 023 hectares), qui donne lieu à une lucrative exploitation, le chêne-vert (663 509 hectares), le chêne-zéen, le pin d’Alep (710 491 hectares), le pin maritime, le thuya, l’olivier sauvage, le pistachier, le caroubier, le genévrier. Dans les vallées, le laurier-rose ; sur les collines, le palmier nain et le genêt.
Cultures diverses. — La caltiire maraîchère, qui est la spécialité des Mahonnais, s’étend de proche en proche sur le littoral, et les primeurs d’Algérie figurent aujourd’hui sur tous les grands marchés de l’Europe. Il en est de même des fruits tels que figues, amandes, bananes, dattes, et surtout des oranges, dont le centre de production est Blida. Le occupe 6 333 planteurs et a fourni, en 1890, 2 618 952 kilogrammes de feuilles (total sensiblement égal à la production française, qui a été, en 1889, de 2 059 290 kilogrammes). Il est question de créer sur place une manufacture des tabacs. — Les oliviers fournissent 54 694 441 kilogrammes d’huile (plus du double de la production française). — Le coton réussirait dans les plaines chaudes et les oasis, mais il ne peut lutter avantageusement contre la concurrence américaine. — Le lin, la ramie, l’arachide, le colza, le ricin, la garance, les plantes fourragères poussent à merveille. — L’alfa des hauts plateaux est fohjet d’une immense exploitation des plus lucratives et qui occupe plus de dix mille ouvriers et fournit plus de 10 500 000 kilogrammes de cette matière. Cette graminée textile sert à fabriquer des objets de sparterie et surtout du papier; mais jusqu’ici elle est exportée à l’état brut, presque entièrement en Angleterre.
Élève des animaux. — Grâce h ses immenses pâturages, l’Algérie nourrit (1890) un grand nombre de bestiaux de toutes races : 204 951 chevaux, dont l’élevage est encouragé par dix-neuf sociétés hippiques ; 140 174 mulets; 300 000 ânes; 247 384 chameaux; 1 232 800 bœufs; près de 9 millions de moutons (plus du quart de ce qu’en possède la France) ; près de 4 millions de chèvres, beaucoup trop, malheureusement, pour
L’ALGI^RIE
la conservation des forêts; 79 000 porcs, appartenant tous aux Européens. — L’élève des abeilles est assez répandue, surtout en Kabylie. — Celle des vers à soie pourrait se développer aisément. — La domestication de l’autruche, pratiquée avec succès au Cap, a parfaitement réussi en Algérie *.
Travaux publics ag:ricolcs. — De grands travaux ont été entrepris pour seconder l’effort des colons et stimuler le zèle des indigènes, donner aux uns et aux autres l’eau qui leur manquait, pour les préserver des inondations des torrents ou des exahalaisons malsaines des marécages. Des barrages retenant les eaux des pluies d’hiver ont été construits ; des canaux d’irrigation ont été creusés. Tels sont les barrages et canaux de Voiied Hamiz (Fondouk) et de Mmt'ad (Marengo) dans la Métidja ; du Chélif et de ses affluents méridionaux : Voued Fodda, Voued Sly, Voued Riou; de Vllahra (Perrégaux), du (Saint-Denis), de Voued Magoun (Arzew), de Tlemcen, d’El-Goléa dans le Sahara ; les endiguements du Chélif et de la Mina, son affluent, de Voued-el-Kebir,qm menace Blida; l’assainissement de la Métidja, de la plaine de Bône, etc. ; le dessèchement des lacs Halloula et Fezzara, etc. ; le forage d’un grand nombre de puits artésiens, surtout dans VOued-Righ où les puits nouveaux ont donné l’essor à 170 millions de mètres cubes d’eau par an, et la vie à 300 000 palmiers de plus.
Industries minières, carrières, eaux minérales.
— L’Algérie est très riche en minerais et en roches diverses. Des 14 mines concédées et en pleine exploitation, la plus importante est laminé de fer d'Aïn-Mokra, qui emploie 9 machines à vapeur, occupe 799 ouvriers, produit 129 067 tonnes de minerai, d’une valeur de 1 127 573 francs et possède un chemin de fer particulier de 33 kilomètres qui la relie à Bône. La minière deBéni- Saf, près de Raschgoun, a aussi son chemin de fer : elle a produit, en 1890, 344335 tonnes ; elle occupe 1 050 ouvriers. Cinq autres mines de fer moins importantes produisent ensemble 40000 tonnes. Le cuivre et le plomb argentifère sont extraits à Kef-Oum-Théboul près de La Galle ; le plomb argentifère au Cap Cavallo et hCar-Rouban. Le cuivre seul, le zinc, le plomb, l’antimoine sont exploités dans cinq autres mines. On trouve du mercure à Ras-el-Ma, du salpêtre à Sétif et à Tougourt, du sel dans tous les chotts. Les eaux minérales sont très nom-
i. Les lions et les panthères ont presque complètement disparu. Les hyènes, les chacals sont encore nombreux, mais inoffensifs. Les sauterelles sont un des fléaux de l’agriculture.
breuses (144), Les plus importantes sont celles de Hammam- Meskoutme (près de Guelma), qui fournissent 100 000 litres à l’heure, ont une température de 95® et déposent les sels calcaires qu’elles contiennent en cônes d’une blancheur éblouissante. Les autres sources thermales les plus fréquentées sont celles à' Hammam- Rira (arsenicales), prèsde Miliana; AwFrais- Vallon (ferrugineuses) près d’xVlger; du Bain delà Reine, près d’Oran; cVIlammam-Melouan, près d’Alger (Salines); d’iîammam-Berroughia (sulfureuses), près de Médéa; de Takitount, aux Amoucha.
Industries diverses. — Dans les pays neufs, l’industrie ne se développe que tardivement, surtout la grande industrie. L’Algérie cependant se suffit déjà à elle-même pour tous les objets de fabrication courante. C’est ainsi qu’elle possède, sans parler des petites industries nécessaires à l’alimentation : 248 ouvriers brasseurs, 79 glaciers, 334 distillateurs, 928 employés aux moulins à huile, 818 pour les salaisons, 199 pour les pâtes alimentaires, 1 302 minotiers, dont la majeure partie dans la province de Gonstantine, 403 carrossiers, 694 tanneurs et cordonniers, 771 pour l’imprimerie et la papeterie,
2 428 ouvriers en métallurgie, ferblanterie, mécanique, serrurerie, 15 023 pour les industries textiles, 1 187 pour les industries du vêtement, sans parler de 13à 14000 ouvriers indigènes occupés à la fabrication des tapis et des tissus, principalement dans les oasis du Sud, à Ouargla, Guerrara, Gardaïa, etc.
Routes. — L’activité industrielle et commerciale a été encouragée et facilitée par la création d’un grand nombre de moyens de communication, dont aucun, on peut le dire, n’existait avant 1830. L’Algérie possédait, en 1890, 15 237 kilomètres de routes et chemins d’intérêt commun, dont environ
3 000 kilomètres de routes nationales. Plusieurs de ces routes ont été ouvertes à l’origine par l’armée et ont néce^itédes travaux d’art considérables, tels que le percement des fameux défilés du Chabet-el-Akra. L’entretien des routes laisse encore à désirer sur un grand nombre de points et certains tronçons sont simplement frayés à travers les terrains vagues, mais cette situation s’améliore chaque jour.
€:iieiuius$ <lc Ter : rc«icau rationnel <lcs voies ferrées, — Les chemins de fer, longtemps insuffisants et encore aujourd’hui incomplets, sont poussés avec une grande activité et nous olfrent, en 1890, un total de 2 795 kilomètres (c’est
L’ALGÈIUE m
déjà plus que le Portugal). Le réseau comprend notamment les lignes :
D’Alger à Oran; d’Alger à Tizi-Ouzou; de Bougie à Beni- Mansour ; deConstantineàPhilippeville (Compagnie P. -L.-M.);
— de Constantine à Sétif et Alger (464 kilomètres) ; — de Constantine (El-Guerra) à Batna et Biskra et de Constantine (Ouled-Rhamoun) à Aïn-Beïda (Est algérien); — d’Arzew à Saïda et Mozba (Compagnie franco-algérienne) avec un prolongement jusqu’à Aïn-Sefra, lequel doit être prolongé dans la direction d’El-Goléa; — d’Oran (la Tlélat) à Sidi-Bel-Abbès et Rasel-Ma ; — d’Oran (la Sénia) à Aïn-Témouchent et Tlemcen (Ouest algérien) ; — de Bône à Guelma avec prolongement, d’une part, de Guelma sur Constantine (le Kroubs) ; l’autre de Guelma (Duvivier) sur Souk-Ahras, la frontière tunisienne et Tunis; — de Souk-Ahras à Tebessa (Compagnie Bône-Guelma);
— de Bône à Aïn-Mokra (Mokta-el-IIadid); — de Kef-Oum- Theboul à la Messida et d’Arzew aux Salines, lignes industrielles; de Mostaganem à Relizane et Tiaret.
On a enfin terminé la grande ligne littorale de la frontière tunisienne à Alger, et d’Alger à Oran et Aïn-Témouchent; mais il importe que d’Aïn-Témouchent elle atteigne le plus tôt possible la frontière marocaine par Oudjda.
Parmi les voies de pénétration, les plus utiles pour l’exploitation des richesses du sol algérien, que la géographie physique réclame et qui ne sont point encore construites, les plus importantes seraient : celles de Nemours à Lalla-Marnia et G ar-Rouban ; de Raschgoun à Tlemcen et Sebdou ; d e Mostaganem à rilillil, Mascara et Tiaret (en construction); deTenès à Orléansville; de Cherchel à Miliana et Teniet-el-IIad ; de Blida à Médéa et Boghar et plus tard à Laghouat et au Mzab ; d’Alger à Aumale et Bou-Saada; de Bougie et de Djidjelli à Sétif et plus tard Batna; de Collo à la ligne de Constantine; d’Aïn-Beïda à Guelma ou à Constantine ; de La Calle au Kef en Tunisie ; de Biskra à Tougourt e't Ouargla (en projet).
De même qu’une ligne ferrée septentrionale suit la côte, une voie stratégique méridionale parallèle à celle-ci devrait unir entre elles, au pied de l’Atlas Saharien, les amorces des trois principales lignes de pénétration : Aïn-Sefra, Laghouat et Biskra, avec prolongement, en Tunisie, sur Gafsa et Gabès. Enfin, par Aïn-Sefra et Figuig d’une part, de l’autre par Biskra, Ouargla, Tougourt, on pourrait se diriger vers In-Salah et le Touat, première étape nécessaire dans le Grand Désert.
Alors le quadruple réseau des chemins de fer algériens
serait à peu près complet et, pour la défense des colons comme pour l’exploitation des produits du sol, suffisamment efficace. Déjà les revenus des voies ferrées suivent en Algérie une progression constante : ils ont atteint en 1884 la somme totale de 16 154 222 francs ; en 1890, de 24 660 765 francs, en excédent de 3 694 000 francs, sur l’exercice 1889, Les capitaux français se portent de plus en plus vers ce genre d’entreprises, dont la rémunération lucrative semble d’avance assurée.
Posf CS et télcg^rapbes. L’Algérie possède (1 890) 6 890 kilomètres de communications télégraphiques avec une longueur de fils de 15 946 kilomètres. Le total des bureaux des postes et télégraphes est de 483. Les recettes, qui ne cessent de s’accroître, ont été, en 1890, de 2 627 193 francs pour les postes et 1 267 487 francs pour les télégraphes. Les dépêches télégraphiques entre la France et l’Algérie, par câble sous-rnarin, coûtent 0 fr. 10 par mot. Il y a cinq de ces câbles, trois entre Alger et Marseille, deux entre Bône et Marseille. Le service téléphonique est installé à Alger; il va l’être à Constantine et à Oran. Le service des colis postaux et celui du recouvrement des effets de commerce ont parfaitement réussi. — L’armée a installé, dans le Sud oranais et dans la région de Biskra, en relation avec la Tunisie; divers postes de télégraphie optique.
Ports et pliares. — Avant 1830, l’Algérie n’avait pour ainsi dire pas de ports. Alger même ne pouvait recevoir que des bateaux de faible tonnage, et la plupart des mouillages étaient exposés sans défense aux terribles coups de vent du nordouest. Nous avons créé de toutes pièces les ports actuels de Beni-Saf, Alger, Oran, Bône, Philippeville. — Ceux de Nemours, Mers-el-Kebir, Arzew, Mostaganem, Tenès, Gherchel , Dellys, Bougie, Djidjelli, Gollo, La Galle, le débarcadère d’Azeffoun, l’échouage de Takouch ont été améliorés Des phares nombreux éclairent les côtes qui n’en possédaient pas un seul. Des sémaphores surveillent la navigation. — Le crédit inscrit en 1891 pour les travaux maritimes, ports, quais, phares, a été de 2 466 612 francs.
Services maritimes et navigation. — Les ports algériens sont en relations assidues soit entre eux, soit avec la France, la Tunisie, l’Espagne, l’Italie, Tanger, etc. Les principales compagnies de paquebots qui desservent l’Algérie sont : 10 la Compagnie générale transatlantique : de Marseille à Alger, direct rapide, en vingt-quatre ou trente heures, tous les jours; de Marseille, Cette et Port-Vendres à Alger; de
L’ALGÉRIE
Marseille, GetteetPort-Vendresà Oran, avec esca\e par quinzaine à Carthagène; de Marseille à Ajaccio, Bône, Philippeville, üjidjelli et Bougie; de Marseille à Oran, avec escale par quinzaine à Carthagène ; de Philippeville à Alger et à tous les ports de la côte orientale; de Philippeville à Bone; de Bône tà La Galle, Tunis, Tripoli, toutes les semaines; — 2° la Compagnie des messageries maritimes a un départ par semaine pour Alger; — 3° la Compagnie de navigation mixte (Touache) : de Marseille et de Cette à Oran, Nemours, Gibraltar et Tanger; de Marseille à Alger, Bougie, Djidjelli et Tenez; de Marseille à Philippeville et Bône ; de Marseille à Mostaganem, Arzew et Oran, toutes les semaines ; — 4“ la Société générale de transports maritimes à vapeur : de Marseille à Philippeville et Bône; de Marseille à Alger, Bougie et Philippeville; de Marseille à Philippeville, Bougie et Alger; de 3Iarseille à Bône; deux ou trois fois par semaine; — 5" la Compagnie havraise péninsulaire, du Havre à Oran, Alger, Bône, Philippeville et l’Espagne, tous les mois; — 6° la Ligne Cunard (anglaise) : de Liverpool au Havre et Gibraltar, prenant charge pour Tanger, Oran, Alger, etc., tous les mois.
En 1890, le mouvement moyen de la navigation dite de concurrence (entre l’Algérie et l’extérieur) a été de 4 211 navires avec 104250 hommes d’équipage et 2 319 962 tonnes de marchandises à l’entrée; de 4003 navires, avec 99 216 hommes et 2 270145 tonnes à la sortie. La marine de France ligure, à l’entrée, pour 2 226 navires, 74 282 hommes, 1 390068 tonnes; à la sortie, pour 2105 navires, 69 942 hommes, 1 341477 tonnes. — Ce mouvement est plus de cinq fois supérieur à celui de la navigation dans les colonies anglaises du Gap.
Le mouvement du cabotage (entre les ports algériens) a été de 5123 navires, 109368 hommes, 2043 477 tonnes, à l’entrée; 6699 navires, 139 237 hommes, 2 619 919 tonnes, à la sortie.
Régfime commercial. — Depuis 1884 les douanes algériennes sont assimilées aux douanes françaises, mais sauf de très légères exceptions (importation des denrées coloniales, alcools et bières en Algérie), les échanges sont exempts de tous droits entre les deux pays, si bien qu’ils n’en font qu’un au point de vue douanier. L’octroi de mer, en effet, n’est qu’une taxe locale, analogue à nos octrois municipaux, avec cette seule différence qu’elle est perçue une fois pour toutes à l’entrée des ports algériens, au lieu de l’être à l’entrée de chaque ville. Les.
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marchandises tunisiennes entrent de même en franchise en Algérie,
Commerce. — La valeur (commerce général) des importations en Algérie pendantrannéel890, a été de «IS fr.
dontles trois quartsprovenantdelaFrance. Lavaleurdes exportations a été de 272 020 G23 francs dont les deux tiers à destination de la France. L’Algérie importe principalement des tissus de coton, de lin ou de chanvre, de laine, de soie et des vêtements, du sucre et des denrées coloniales, des peaux préparées, du papier, des vins, boissons et liqueurs, des outils, des métaux, des matériaux de construction, du charbon, du savon, des farines, etc. Elle exporte surtout des céréales, des laines, des peaux brutes, des animaux vivants, des minerais, des primeurs et fruits, de l’alfa et autres filaments, des huiles, des légumes secs, du liège; du vin, du poisson, etc.
Le commerce extérieur de l’Algérie, d’une manière générale, n’a cessé de s’accroître, comme le prouve le tableau ci-dessous :
Année. Importations. Exportations.
Depuis que la France a: planté son drapeau à Alger, l’impor-
1. Tableau etui)runté à la Slalislique générale de l'Algérie pour 1888-1890, paye 253.
L’ALGEftIE
tation est devenue cinquante fois plus forte, l’exportation plus de cent fois.
Ce que l’Algérie coûte à la France. — Pour savoir exactement ce que l’Algérie coûte à la France, il faut non seulement mettre en ligne de compte les dépenses du gouvernement général, qui sont indiquées partout et dont le chiffre est très connu, mais encore les dépenses de chacun des ministères pour leurs services algériens et en partie celles de la guerre et de la marine. On arrive ainsi, comme nous l’avons constaté plus haut, à un total de dépenses de 127 264 614 francs pour l’année 1892. Et le déficit, imputable à l’Algérie et mis à la charge de la métropole (sans parler de ses dépenses de souveraineté pour la guerre et la marine) a été d’environ 19 millions.
i^ftuation exceptiounelle île l’Algérie. — Assurément ce déficit annuel était inadmissible, et le rapporteur du budget de 1890 à la Chambre a eu raison de demander que les Algériens contribuassent un peu plus qu’ils ne faisaient à la prospérité de leur pays.
Cette réserve faite, il serait injuste de ne pas tenir compte de la situation exceptionnelle de l’Algérie. Très riche d’avenir, ce pays est encore relativement pauvre. Or plusieurs de nos départements, les Hautes-Alpes, par exemple, sont pauvres aussi; ils seraient incapables de se suffire à eux-mèmes, et cependant ils ont part à toutes les largesses du budget national. C’est que la France entière se sent solidaire. Cette solidarité doit s’étendre à l’Algérie, qui est France aussi depuis que nos soldats l’ont conquise. Il ne faut pas perdre de vue non plus que tout était à créer en Algérie quand nous y avons débarqué. Où en serait la France, sans l’héritage des efforts accumulés pour sa civilisation et sa grandeur par les générations de dix-huit siècles? Que de sommes énormes n’ont pas dépensées nos ancêtres en défrichements, cultures, chemins, ports, constructions et établissements de toute sorte! A moins de faire un crime à l’Algérie de sa jeunesse, on ne saurait donc lui reprocher de ne pouvoir encore se suffire entièrement à elle-même.
Ce que l’Algérie raiiporte à la France. — Le déficit algérien n’est d’ailleurs qu’apparent. Ce n’est un déficit que pour le budget de l’État; mais, si l’on considère l’intérêt de la nation prise dans son ensemble, non seulement l’acquisition de l’Algérie n’a pas été onéreuse pour la France, mais
elle a été une affaire excellente qui déjà se solde en bénéfices et finira par rembourser largement les capitaux dépensés depuis 1830. Sans parler des avantages politiques et militaires que l’occupation de l’Algérie procure à la France sur cette rive de la Méditerranée qui fait face à Port-Vendres et à Toulon, cy* Français vivent aujourd’hui sur le sol de l’Afrique, y trouvent leur subsistance et s’y développent. Leur existence seule est un accroissement de force numérique pour la nation, un moyen nouveau d’expansion pour elle. Qu’un second Lille ou un second Bordeaux surgisse quelque part sur le territoire français, chacun s’en réjouirait : la population française de l’Algérie vaut déjà un Lille ou un Bordeaux.
Ajoutez que cette population, dont l’activité est grande, emprunte la majeure partie de ses capitaux à la mère patrie. Les seules recettes des chemins de fer algériens atteignent déjà près de 25 millions. De là pour les actionnaires français de fructueux dividendes.
La Banque d’Algérie, le Crédit foncier et agricole, étahlissements de crédits spéciaux à l’Algérie, le Crédit lyonnais et d’autres maisons de banque ayant des succursales en Algérie, sont alimentés par des capitaux français, et il ne paraît pas qu’ils fassent de mauvaises affaires.
Les sociétés ou les capitalistes français qui ont dans la colonie des placements en maisons, terrains et cultures, doivent entrer aussi en ligne de compte.
■ Presque toute la flotte de paquebots qui dessert l’Algérie appartient à des compagnies françaises dont le siège est à Marseille et dont les associés sont Français ; c’est l’Algérie qui est la principale source de leurs profits.
N’est-ce rien aussi que d’avoir purgé la mer de pirates, en occupant la côte africaine; que d’avoir rendu la navigation sûre, en y élevant des phares et en y creusant des ports ? Toute sécurité se paie, et celle-là a diminué les frais d’assurance de tous nos navires.
Il est difficile d’évaluer en millions les divers bénéfices matériels que la France retire ainsi de sa colonie. Il en est du moins qui figurent dans toutes les statistiques. Les deux pays font ensemble un commerce annuel de près de 390 millions. Si l’on veut bien réfléchir que tous les échanges sont lucratifs, sans quoi ils n’auraient pas lieu, est-ce trop d’évaluer à 30 ou 40 millions les bénéfices que nos industriels et nos négociants retirent de leur commerce avec l’Algérie?
Or, en additionnant les divers chapitres de l’actif français
L’ALGÉRIE
créé par la possession de V Algérie, on obtient le tableau approximatif ci-dessous :
267 672 Français' de plus, représentant en moyenne un revenu annuel de 1 000 francs par tète (c’est le prix d’entretien de nos soldats) . 267 672 000 fr.
Recettes des chemins de fer algériens . . .
Etablissements de crédit.
Profits . ?
Placements en maisons, terres, cultures. Bénéfices. . î
Compagnies de paquebots. Profits . ?
Diminution de frais d’assurances pour nos navires.
Bénéfice . ?
Mouvements d’échanges de 390 millions.
Profits .
Total. ... 346 000 000 fr.
En réalité, l’Algérie ajoute donc approximativement un revenu annuel de 345 millions au revenu national.
Le déficit du budget de l’État, imputable aux dépenses algériennes, étant de 19 à 20 millions, la France gagne encore annuellement près de 330 millions en Algérie et grâce à l’Algérie. Supprimez l’Algérie, vous supprimez d’un seul trait de plume 330 millions de revenus français. Voilà ce qu’il faut répondre aux détracteurs de l’Algérie.
Quant à la gloire d’avoir dompté la barbarie, quanta l’honneur qui s’attache à notre œuvre en Afrique, quant à l’espoir qui s’ouvre à nous de fonder à nos portes une seconde France, vraiment fille de sa mère et capable un jour de contribuer à sa sécurité, à sa force et à sa grandeur, tout cela ne s’évalue point en numéraire, et ceux qui ne voient dans la- politique qu’une balance de profits et pertes n’entendront point ce langage. Mais il y a encore des Français dont il fera battre le cœur et qui le comprendront. Nous nous contenterons de répéter aux premiers ; la conquête de l’Algérie a été une bouuc alTaire. Pour les autres, pour tous ceux qui, dans leurs affections, comptent pour quelque chose l’humanité, la justice et la patrie, nous ajouterons ; la civilisation de l’Algérie par la France est une des plus grandes choses de ce siècle ; c’est l’accomplissement d’un devoir national, et peut-être sera-ce par
surcroît, comme l’avait rêvé Prévost-Paradol l’instrument de notre salut.
A. venir «fe rAlgérie. — En résumé, l’Algérie, qui égale et dépasse même la France en superficie, possède 15 millions d’hectares de terres cultivables (Tell), qui certainement nourriront un jour, non pas trois millions, mais dix millions d’habitants. Les grands travaux que nous avons entrepris, dessèchements, reboisements, irrigations, sondages artésiens, la création de grandes industries, le développement de la marine et du commerce, pourront même, plus tard, doubler ou tripler ce chiffre. Le plus difficile ne serait pas de vaincre et de féconder la nature en Algérie, ni même d’y acclimater et d’y répandre notre race. Les Romains l’ont fait avant nous et, sauf les ruines, ils n’ont pas laissé de traces de leur domination. Nous avons entrepris une œuvre autrement délicate et bien digne, par sa difficulté même, de tenter le génie d’un grand peuple. Il ne s’agit pas seulement de refaire tranquille et sûr un pays bouleversé par quatorze siècles de guerres et d’anarchie, mais d’y apaiser le fanatisme, d’y calmer les haines, d’y réconcilier l’Orient avec la civilisation occidentale, de former, avec des indigènes de toute race et des colons français ou étrangers, une société compacte et organisée, de créer en quelque sorte d’éléments contradictoires un être nouveau à l’image de la France. Tel est le problème qui s’impose à nous. Ou nous le résoudrons, ou, comme le sphinx de la légende antique, il nous dévorera. Mais déjà n’entrevoit-on pas les solutions? On pourrait les résumer en un programme de quelques articles.
Assimilei’ prog:ressivemeiit l’Alg;érie à la France.
— Réserver au gouverneur général, sorte de préfet de police algérien, le maintien de la sécurité qui est le premier et le plus nécessaire de tous les biens ; créer plusieurs nouveaux départements suivant les régions naturelles indiquées par les chemins de fer de pénétration ; admettre dans les conseils généraux des représentants des indigènes élus par eux; créer aux limites méridionales du Tell des confins militaires et en confier le gouvernement à l’armée; laisser aux chefs de service en Algérie une large initiative; maintenir le conseil de gouvervement présidé par le gouverneur, afin que les diverses administrations, d’ailleurs rattachées aux ministères, puissent concerter leurs efforts; rendre la justice de plus en plus française; charger des