‹ La France colonialeChapitre 90 sur 180 · I. 2 kilomèlres 278 mètres · texte numérisé non relu

I. 2 kilomèlres 278 mètres

L’INDE FRANÇAISE

par l’un des bras du Godavéry, appelé rivière de Coringiiy ou Coringah. C’est exactement sur ce cours d’eau qu’est sise la ville de Yanaon. A trois lieues environ du territoire, le Godavéry et la rivière de Coringah se jettent dans la mer; mais les chenaux souvent obstrués du lleuve ont fait renoncer à son usage, et c’est par Coringah que les navires remontent jusqu’à notre établissement. Un canal mené entre ces deux cours d’eau borne au nord-est le territoire de Yanaon, dont le sol est presque exclusivement alluvionnaire.

Entre Yanaon et Pondichéry, aux bouches du fleuve Kiuciina, dans la province des Circars du nord, est située la ville anglaise de Mazulipatam, qui nous a appartenu pendant près de cinquante ans. Elle esta 110 lieues de Pondichéry, a 30 de Yanaon. Nous y possédons encore une loge et, près de la ville, une aidée, dite Francepett, ou le village français, habité par 200 Indous. Notre drapeau Hotte sur la loge et l’aidée. La côte, sablonneuse, est fort boisée.

Territoire de Malié. — Le territoire de Mahé, d’une contenance de 5 909 hectares, est situe sur la côte de Malabar, à 104 lieues à l’ouest de Pondichéry, dans la province de Calicut (présidence de Bombay). Il se' compose de deux territoires reliés entre eux par une route qui traverse l’aidée anglaise des Coloyes, longtemps disputée entre la France et l’ancienne Compagnie anglaise des Indes. Le plus petit de ces territoires est borné par la mer et la rivière de Mahé et forme une sorte de péninsule, protégée par un rang de collines calcaires. Le second est situé plus à l’est et se divise en quatre aidées {Chambara, Clialakara, Palour et Pandaquel), dont la dernière est rattachée aux trois autres par une mince bande de route et de terrain. Le sol de ces aidées est assez mouvementé; des collines d’une moyenne hauteur, premiers contreforts du puissant massif des Gâths de Mysore, y présentent une série de mamelons boisés; les fonds sont en général sablonneux.

La loge de Calicut, située dans la ville du même nom, et peu importante, se trouve à 13 lieues au sud-sud-est de Mahé, en suivant la ligne de la mer.

La loge de Surate, berceau de notre colonisation dans l’Inde, appartient au contraire aux régions septentrionales de la péninsule indoue, puisqu’elle se trouve dans la ville de ce nom, aujourd’hui fort déchue, sur le golfe de Cambaye et dans la province de Goudjerate ou Guzerate, a 35 lieues au nord de Bombay. L’une et l’autre occupent un étroit emplacement, sur-

veillé par un gardien. De tous les établissements de l’Inde citérieure, Mahé a donc seul conservé quelque valeur; sa rivière offre encore un sûr mouillage et peut être remontée durant deux ou trois lieues par des bateaux de 60 à 70 tonneaux ; la barre, malgré de hauts bancs de roche, peut être aisément franchie à marée haute, et protège suffisamment les quais de la ville.

Territoire de Chandernagor. — Le territoire de Chandernagor occupe, au milieu des terres, la rive droite de YHougly ou bras occidental du Gange, à 7 lieues au nord de Calcutta, capitale des Indes anglaises, dans la province de Bengale. La superficie est de 940 hectares, et ses dimensions les plus grandes sont de 5 kilomètres 187 mètres de long sur 1 kilomètre 877 mètres de large. Chandernagor n’est qu’à 35 lieues des bouches du Gange, mais la navigation directe lui est interdite jusqu’à la mer. Entourée de nombreux jardins, la ville est surtout un séjour de plaisance, et les aidées qui en dépendent n’ont pas d’importance commerciale.

Les cinq loges du Bengale sont réparties en trois régions : Balassore, sur la mer, au sud des bouches du Gange ; Cassimbazar et Patna, sur le Gange, au nord de Chandernagor; Dacca etJougdia, aux bouches du Brahmapoutre, c’est-à-dire en dehors de l’Inde antique, sur les confins de l’Indo-Chine. — Aucun de ces établissements n’a à l’heure actuelle de valeur commerciale, mais on ne saurait se dissimuler qu’ils ne manquent pas d’une certaine importance politique.

Climat. — L’année est divisée en deux saisons, dont l’une ëst dite saison sèche et l’autre hivernage.

La première va du le*" janvier au 15 octobre pour Pondichéry, et la température moyenne est de 31° à 42° le jour, 27° à 29° la nuit. Durant l’hivernage, les moyennes de jour sont de 25° à 32°, et celles de nuit de 13° à 20°.

A Mahé, au contraire, l’hivernage commence vers le 15 septembre pour finir le 15 mai, et la température y suit un cours plus régulier (22° à 26° en janvier-mars, 25° à 30° en avril-septembre, 23° à 27° en octobre-décembre).

La température de Karikal ne diffère pas sensiblement de celle de Pondichéry. Celle de Chandernagor est particulièrement fraîche et saine, mais variable, allant de 8° et 7° en janvier à 43“ en mai, se maintenant à 22° environ d’octobre en mars. Yanaon (20° à 26° en novembre-janvier, 27° à 36° en février-

L’INDE FRANÇA.1SE

avril, 36» à 52° en mai-juin, 28“ à 34° en juillet-octobre) présente une sorte de moyen terme entre le climat de Pondichéry et celui de Chandernagor.

Des pluies non périodiques, torrentielles et accompagnées d’éclats de foudre, tombent à Pondichéry en juillet-août et octobre-décembre; la moyenne annuelle des quantités tombées est de 675 millimètres. Des sécheresses prolongées ont été parfois signalées; l’une des plus graves, celle de 1877, précéda la famine si tristement célèbre qui dévasta l’Inde pendant plusieurs mois.

Le régime des pluies est le même pour Karikal, dont le territoire, régulièrement submergé par les eaux de l’Arselar, est moins soumis aux périls de la sécheresse. A Chandernagor, et par suite du voisinage relatif des hautes chaînes de l’Himalaya, les pluies sont fréquentes en mars-avril, et presque continues en juin-octobre; leur violence est grande au mois d’août. A Yanaon, il pleut en juin-novembre, d’une manière constante. A Mahé enfin, comme à Chandernagor et par suite du voisinage des Gâths, il y a des pluies périodiques en mars-octobre, avec une intensité remarquable durant les mois de juillet et d’août.

L’Inde est, dans son ensemble, soumise à deux puissants courants aériens, dits moussons du sud-ouest et du nord-est. On sait que leur centre de collision doit être cherché dans les régions occidentales du golfe d’Oman, aux abords du cap Guardafui. Ces courants régnent alternativement sur l’Inde : la mousson du nord-est domine du 15 octobre au 15 avril, après une période de transition (septembre), dite saison des calmes, durant laquelle les chaleurs deviennent intolérables.

A Pondichéry, la mousson du nord-est souffle en fortes brises de l’est, du nord-est, du nord-ouest, avec quelques directions accidentelles d’ouest en est, et pendant qu’elle sévit, les courants marins font 1 à 3 milles du nord au sud. La marche de la mousson du sud-ouest est totalement inverse ; la brise chaude ou vent de terre de la côte de Coromandel est aussi réglée d’ouest en est, et se fait sentir en mai-août. A Yanaon, la mousson du nord-est ne règne que d’octobre à février. A Chandernagor, que protège l’influence des montagnes enserrant le Bengale, sa durée est limitée aux mois d’hiver, avec quelques brises du nord-ouest vers le début du printemps. A Mahé enfin, la mousson du nord-est est presque inconnue, ou plutôt elle semble affecter une direction du nord-ouest, sans qu’on puisse exactement la distinguer de la mousson d’ouest et sud-ouest.

US

Des ouragans ont lieu aux renversements de moussons. Ils n’atteignent guère nos établissements de Pondichéry et de Karikal, leur tendance obliquant d’ordinaire vers le nordouest, et ne s’y indiquent que par le passage d’une assez forte brise; mais en mars-avril ils éclatent, accompagnés de grêle, sur Chandernagor, et les bourrasques qui s’abattent sur Mabé au mois de mai, en mer calme, ont la même origine. Des cyclones se forment parfois au large, à proximité de Pondichéry, et jettent sur la côte des paquets de lames hadtes de près de quatre mètres, dont l’effort imprime au rivage de profondes dénivellations bientôt réparées.

Les marées sont dans l’Inde moins hautes et plus désordonnées qu’en Europe. La moyenne à Pondichéry est d’un mètre, à Karikal de 1“,624, avec une amplitude maxima de S'”, 50 à 2™,60 en temps anormal. L’heure de la pleine mer, aux nouvelles et pleines lunes, est à Pondichéry et

9 heures du matin à Karikal. Dans la rivière de 31ahé, en mer morne, le flux atteint environ six pieds.

Enfin la durée du jour est peu variable; elle oscille entre 1211.42™ (juin-juillet) et llhlfim (décembre-janvier).

Faune. — La faune de nos établissements n’offre pas un grand intérêt, en dehors de quelques espèces fauves, dont les représentants sont en nombre très restreint. La famille des serpents est représentée par de nombreux types, et les mesures de préservation contre les morsures souvent fort dangereuses de ces animaux ne sont malheureusement pas exécutées par la plupart des Indous, adonnés au culte des reptiles. Les espèces sociables n’offrent aucun caractère assez déterminé pour mériter un examen ou une nomenclature spéciale.

Flore. — La flore, au contraire, est d’une richesse et d’une variété infinies. Citons, parmi les bois d’ébénisterie, l’aloès, dit encore agalloche ou bois d’aigle, et le callambac, que la parfumerie utilise aussi ; la corne fétide, l’ébène noir, le bois de fer ou de naghao, le gayac, jadis employé en pharmacopée, le marronnier d’Inde, le santal cilrin, le teck, le sal, le loon, le satin, etc. Parmi les bois de teinture, le caliatour, le bois jaune et le santal rouge. Parmi les arbres fruitiers, le bananier, le grenadier, le manguier, le papayer, le goyavier, le tamarinier, le jacquier, le pamplemoussler, l’ananas, l’alier, le dattier, le dattier bâtard, le mûrier cambouliparon, le palmyra, le palmier, le cocotier, le jambosier, l’oranger, le citronnier, la vigne, etc. Parmi les essences gommées , ou analogues aux

L’INDE FRANÇAISE

gommes, l’éléphantine, l’acacia arabique, dont trois sortes sont connues, l’acajou, l’azédarac, la laque, le bombax, le moringa. Parmi les sucs eljagres, ou sucs fermentés d’essences spéciales, le tabaxir (suc des nœuds du bambou), le sagou (suc des moelles du bambou), le callou (suc des spathes du cocotier), le jagre du palmier qui, mêlé à l’écorce de Vacacia leucocephalia, produit l’arrack-patté, l’avoira (suc des fibres du palmier), le toddi (vin du palmier), le coir (suc des libres du cocotier), le cachou et le coury (résidus de la noix d’arec), le bétel (résidu du périsperme de la noix d’arec mêlé avec de la chaux), ^le hangui (mélange de jagre de palmier, de feuilles de ganjah ou cannabis indica, et de cardamome), l’arrow-root (résidu du maranta indica et du jatropha manihot). Parmi les essences huileuses, le coton (cotonnier herbacé), le sésame, le myrohalan, le helleric, le nelly ou huile d’emblic, l’huile d’azédarac ou margousier, l’huile et la noix de touloucouna, le ricin, le gingelly (variété du sésame), les arachides, l’illipé, la noix de coco, l’huile d’anacardion, de palme, de pavot, de jatropha. Parmi les essences tinctoriales et tanniques, l’indigo (10 variétés), le curcuma, le sayaver, la noix d’arec, la casse, la laque (tasar-lac ou lac-dye des Anglais). Parmi les matières diversement propres à l’industrie, le rotin, le bambou, le schœnanthe ou jonc aromatique. Parmi les céréales, le froment, le cholom {liolcus sorglium), le cambou (liolcus spicatus, penicellaria spicata), le natchani (eleusme coracana), le varagou (paspalum frumentaceum), le riz (benafouli ou gondoli; 30 variétés réparties en deux espèces, samba et kâr), le collou, le nelly, les pois verts dits gram, la guinea-grass, le horse-gram. Parmi les épices, le poivre blanc dit de Tellichéry, la cannelle, le gingembre, les clous de girofle, etc. Parmi les produits médicinaux, la casse ou caneficier, la rhubarbe plate ou persique, l’huile de cajepout ou bois blanc, etc. Parmi les textiles, le gaujah, le jute, le sunn, l’ouatier, le lin, le coton. Parmi les arbres propices à l’élève des vers à soie, le sdl, le baer, l’âsan, l’eria et le ricin, où vivent six espèces principales de vers. Parmi les légumes, l’aubergine; un grand nombre de cucurbitacées, le lablad, et la plupart de nos produits d’Europe, pommes de terre, choux et choux-fleurs, radis, oignons, aulx, navets, etc., joints à ceux des tropiques, tels que les ignames, etc. Enfin, parmi les grandes cultures industrielles, la canne à sucre, le caféier, le tabac, la vanille, le cacao, etc.

Mines Ue lig;uite de Balioui*. — Nous avons sommai-

Fbance coloniale.

iSO

rement indiqué la composition des terrains autour de Pondichéry. Mais il est nécessaire d’insister sur la présence d’un vaste dépôt de lignite, dans le circuit de la commune de Bahour.

Le lignite peut donner lieu à de grands travaux d’extraction. Le 28 mars 1882, un puits artésien se forait à Bahour, lorsque l’on rencontra à 73'", 38 une couche de lignite que l’on traversa sur une épaisseur de 10™, 65. Ce lignite renferme en moyenne 53,97 de matières volatiles et 46,03 de matières fixes. Des recherches furent poussées activement. Le 17 mai 1883, on retrouvait la couche de lignite à Arranganour, à 3 kilomètres à l’est de Bahour, à 53'",60. A Javalacoupom, elle se révélait à une profondeur de 73'",50 (à 8 kilomètres au nord-est de Bahour), et les échantillons étaient supérieurs à ceux du premier gisement. Le dépôt tout entier présente, d’après ces reconnaissances, une masse à peu près compacte, occupant 4 000 hectares environ, pouvant donner lieu à une exploitation de 250 millions de tonnes. Le lignite a un pouvoir calorifique, équivalent à 0,66 de la houille de Cardiff, et à 1 ,52 du bois de filao, considéré comme le meilleur combustible local. La valeur commerciale du produit ressort de trois chiffres; la houille vaut 45 francs la tonne, à Pondichéry, et le bois de filao 12 francs le stère; le lignite reviendra sur le carreau de la mine à 9 fr. 72. La transformation en briquettes pourra s’effectuer, en éliminant les poussières de quartz (dont la proportion est évaluée à 10 0/0), grâce à la colle de farine de fèves de tamarin ou de farine de quêvre, deux produits très abondants et peu coûteux. Une compagnie s’est formée pour exploiter les gisements de Bahour.

Page 1