‹ La France coloniale: histoire--géographie--commerce;Chapitre 10 sur 159 · A. Moireau, Histoire des Élats-Unii, t. loi · texte numérisé non relu

A. Moireau, Histoire des Élats-Unii, t. loi

Hollandais la possédaient depuis 1598 et Tavait appelée ils Maurice, en l'honneur d'un de leurs princes, Maurice de Nassau. Us Tabandonnèrent en 1712. Puis nous l'occupâmes, en 4721, et lui donnâmes le nom de Vile de France. En 1722, le roi la concéda à la Compagnie des Indes orientales. Un des gouverneurs nommés par cette compagnie, Mahé de la Bourdonnais, commença, en 1735, à la mettre en valeur. Il y créa des villes, des ports, des cultures. Il en fit la principale station militaire de l'océan Indien, le centre d'où notre influence rayonna à la fois sur Madagascar et sur Tlndoustan, l'imprenable citadelle de la puissance française, d'où nous avons pu, au milieu des guerres les plus désastreuses de la République et de l'Empire, tenir si longtemps en échec toutes les forces de l'Angleterre.

Premiers établtssenieiils clans Flnclovsian. —

Dans rinde, pendant la même période, on jeta les fondements d'un grand empire. D'abord notre Compagnie française des Indes s'y trouva sur le même pied que les compagnies rivales fondées par les Anglais, les Hollandais et les Portugais. L'Indoustan obéissait à un puissant empereur, le Grand-Mogol, qui était alors Aureng-Zeb. Il n'aurait pas permis aux Européens de jouer dans ses États un autre rôle que celui de trafiquants. Nous n'y occupions que des postes précaires, par concession du souverain, et en payant, à lui et aux souverains ses vassaux, une sorte de tribut. Quand Aureng- Zeb mourut, en 1707, ses successeurs n'eurent plus qu'une autorité nominale. Son empire se morcela en une infinité de petits États, gouvernés par des soubabs et nababs musulmans, rajahs indous, etc. Tous les aventuriers de l'Inde et des pays voisins, tous les chefs indous, mongols ou afghans qui pouvaient entretenir une bande de mercenaires, même de brigands, s'y taillèrent des principautés. Les marchands européens firent de même ; c'est alors que la Compagnie française et la Compagnie anglaise s'essayèrent à devenir des puissances territoriales, et presque aussitôt elles entrèrent en conflit. Dans le Bengale, en face de la ville anglaise de Calcutta, nous avions Chandemagor, fondé en 1673; sur la côte de Cororaandel, en face de la ville anglaise de Madras, Pondichéry, fondé en 1674. D'autres comptoirs moins importants furent constitués : Surate y en 1669; San-Thomé, MaztUipatam, vers la même époque; Mahé, en 1725; Karikal, en 1739; Yanaon, en 1750.

Dans l'Inde, nos premiers ennemis ne furent pas d'abord les .\nglais, mais les Hollandais. Ceux-cinous enlevèrent San-Thomé

en 1674 et Pondichéry en 1693. Ils restituèrent leurs conquêtes à la paix. Puis, à mesure qu'ils s'affaiblirent, les Anglais prirent leur place en face de nous.

«owernemeitt de Marlln et de Dumas i. — Pendant longtemps, notre Compagnie ne sortit pas de son rôle de société de négoce. Sans doute elle fortifiait ses comptoirs, mais c'était avec Tautorisation des souverains du pays, et uniquement pour se défendre contre les concurrents européens ou les brigands d'alentour. Martin, un de nos premiei's gouverneurs (1674-1701), qui se défendit héroïquement dans Pondichéry en 1693 et qui y rentra après la paix de Ryswick, agissait surtout auprès des indigènes par la persuasion : souvent les princes indous le prenaient pour arbitre dans leurs différends. Un de ses successeurs, Dumas (1735-1741), prit une attitude plus impérieuse : quand Ragoghi, chef des brigands mahrattes, vers 1739, envahit les royaumes du Dekkan et du Carnatic, Dumas donna asile dans Pondichéry à la famille princière du Carnatic. Ragoghi n'osa attaquer cette forteresse, défendue par une artillerie imposante. Dumas est le premier de nos gouverneurs qui soit devenu un prince indou pour le compte de la Compagnie : le Grand-Mogol lui conféra le titre de nabab et le droit de lever 4 500 soldats.

A ce moment encore, la Compagnie n'affecte pas une politique conquérante. Il ne semblait pas possible à nos marchands, pas plus qu'à ceux d'Angleterre ou de Hollande, d'affronter, avec le peu d'Européens dont ils disposaient, les grands États indous de leur voisinage.

«owernement de Dapletx.>. — L'homme qui osa rêver de donner à la France un empire dans l'Inde et qui trouva les moyens de réaliser son rêve, ce fut Dupleix, né à Landrecies en 1697. Les services qu'il avait rendus, depuis 1730, comme directeur du comptoir de Chandernagor, le firent nommer en 1741 gouverneur général, en résidence à Pondichéry.

Les Anglais eux-mêmes lui font honneur d'avoir trouvé avant eux les deux moyens qu'ils ont employés depuis sur une vaste échelle et qui leur ont valu la domination sur 250 millions d'Indous. Le premier consistait, pour suppléer au petit nombre de nos soldats européens, à dresser à la discipline européenne des cipayes ou soldats indigènes. Le second consistait à intervenir dans les guerres entre souverains indous, à aider tantôt

4. CastODoet des Fosses, L*!nde française avant Dupleix, 1887. 2. TibuUe HamonI, DiipUix, 1881.

l'un, tantôt l'autre, à profiter des dépouilles du vaincu et à se faire récompenser par le vainqueur.

Prise de Madras. — Dès le temps de la guerre de la succession d'Autriche, quand Français et Anglais se trouvèrent aux prises, aussi bien dans Tlnde qu'en Amérique et en Europe, Dupleix montra que la Compagnie française était devenue une puissance militaire. Sur ses ordres, La Bourdonnais, gouverneur de nie de France et son subordonné, lui amena des renforts, assiégea Madras, la ville anglaise, et s'en empara (1746). Après la victoire, les deux chefs ne purent s'entendre : le gouverneur de l'île de France refusa l'obéissance à son supérieur hiérarchique. Il dut être rappelé en France.

Bataille de San-Tliomë. — Les Anglais, pour rentrer en possession de Madras, excitèrent le nabab du Garnatic à reprendre cette ville. Ce prince envoya son général Maphiz- Khan assiéger Madras avec dix mille hommes et une artillerie formidable. De Pondichéry, Dupleix ne peut envoyer contre lui que 230 Européens, 700 cipayes, sans un seul canon, sous la conduite d'un officier nommé Paradis. Paradis trouva l'armée indoue dans une forte position, protégée par une rivière, puis par une ligne de batteries. Sous le feu de l'ennemi, il passa audacieusement la rivière et fit charger à la baïonnette. En quelques minutes, l'armée indoue fuyait dans toutes les directions, abandonnant toute son artillerie et de grandes richesses (4 novembre 1746).

Cette affaire, qu'on a appelée la bataille de San-Thomé, décida, pour plusieurs siècles peut-être, du sort de l'Inde. Jusqu'alors les Européens avaient redouté les princes indous et s'étaient soumis à certaines obligations parfois humiliantes. Mais quand on vit qu'une poignée d'Européens dispersait des milliers d'indigènes, le secret de la faiblesse des Indous éclata à tous les yeux. Les rôles changèrent, et bientôt les plus puissants princes de la péninsule tremblèrent devant le moindre commis d'une compagnie de marchands. Bien que la bataille ait été gagnée sur un allié des Anglais, ceux-ci rendent hommage à Dupleix pour cette révolution inattendue qui un jour devait leur valoir un empire : « Nous ne devons pas oublier, nous autres Anglais, dit l'historien Malleson, que tout le mérite en appartient uniquement et entièrement à cette grande nation française, à laquelle nous disputâmes plus tard la suprématie dans rindoustan et qui n'y remporta pas la dernière victoire. »

Pourtant ce sont les mêmes Indous qui, disciplinés à l'eu-

ropéenne, pourront, sous les drapeaux de Dupleix, résister même aux Anglais. C'est avec une garnison composée en partie de cipayes que Tannée suivante Dupleix, assiégé à son tour dans Pondichéry par une armée anglaise, la contraignit à lever le siège (1748).

Louis XV, qui faisait « la paix en roi et non en marchand » , consentit, au traité d'Aix-la-Chapelle (1748), à restituer Madras. Il se bornait à exiger la restitution du cap Breton, dont les Anglais s'étaient emparés pendant la guerre *.

Guerre pour la successtoit du Dekkaii et du Carnatte. — Dupleix en éprouva un vif chiigrin. Il trouva Toccasion de se dédommager ailleurs. Deux des plus grands Etats de Tlndoustan étaient en proie à la guerre civile : le Dekkan et le Garnatic. Dans chacun de ces États, les Anglais se déclarèrent pour Tun des prétendants; dans chacun, Dupleix se déclara pour Tautre concurrent. Tandis que la paix régnait en Europe entre la France et TAngleterre, Anglais et Français se battaient dans Tlndoustan. Sous les noms des prétendants Nazir-Sing ou Mousafer-Sing, Anaverdi ou Chanda-Saëb, ils se livraient de sanglants combats.

Dans la nuit du 15 novembre 1750, La Touche, lieutenant de Dupleix, osa, avec 800 Français, 300 cipayes et 10 canons, attaquer, auprès de Gingi, le soubab du Dekkan, Nazir- Sing, qui amenait 100000 fantassins, 40 000 cavaliers, 700 éléphants, 350 canons. Il remporta une première victoire et se disposait à poursuivre ses avantages, lorsqu'il apprit que le soubab venait d'être tué par un des siens, et qu'on promenait sa tête plantée sur une pique, au milieu des acclamations, en l'honneur du candidat français, Mousafer-Sing. La diplomatie de Dupleix était venue en aide à la bravoure téméraire de La Touche : dans le camp même de l'adversaire il avait fomenté la conspiration qui renversa celui-ci. Mousafer revint à Pondichéry faire ratifier par Dupleix son titre de soubab, et alors celui-ci se trouva, sous le nom de son protégé, maître de près d'un tiers de la péninsule.

Il fallut bientôt soutenir Mousafer contre les intrigues des Anglais qui avaient suscité contre lui un autre concurrent, avaient obtenu pour celui-ci du Grand-Mogol le titre de soubab du Dekkan et lui avaient assuré le concours des Mahrattes, puissante confédération de montagnards. Dupleix confia à Bussy la mission de défendre notre protégé : il crut

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