COLONISATION ET GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
^concessions de terres. — A Nouméa, les terrains urbains, mis à prix à 100 francs Vare, ont atteint en ville 2 000 francs et dans les faubourgs 200 francs. Dans l'intérieur, les terrains sont aliénés par voie de concession au prix de 24 francs par hectare, payables en 12 ans, soit 50 centimes par hectare et par an pendant trois ans ; puis 1 franc ; puis 2 fr. 50; puis 4 francs. On voit que les colons sont encouragés à leur début, et que Ton peut devenir à bon compte propriétaire foncier en Calédonie, dans un pays sain, splendide et soumis à la législation française. On se demande donc comment on a pu se laisser attirer par des réclames comme celles qui ont été effrontément renouvelées pour envoyer des émigrants dans la Nouvelle-Irlande, où ils sont morts de misère, de faim, de maladies et d'ulcères.
Ces avantages faits aux colons qui désirent acquérir pour 40 écus 10 journaux de terre au beau soleil sont plus grands encore pour l'immigrant dénué de ressources. L'arrêté du 27 mai 1884 porte :
Tout immigrant cultivateur a droit à une concession gratuite de 4 hectares de terres à cultures, de 20 hectares de pâturages et à un lot de 10 ares dans le village voisin. La colonie accorde le passage gratuit de Nouméa au lieu de la concession; la ration de vivres pour chaque membre de la famille pendant six mois ; des outils, semences, animaux de basse-cour. Les concessionnaires sont tenus de résider quatre ou six ans consécutifs sur leur concession et de la mettre en valeur. Le concession ne leur appartient définitivement qu'au bout de ces quatre ou six années.
Les militaires, marins et agents retraités ont droit à la même concession.
2 hectares de terres à cultures sont donnés à tout enfant né dans l'intérieur de la colonie, ailleurs qu'à Nouméa. Le père jouit du terrain jusqu'à la majorité ou le mariage de l'enfant, époque où celui-ci doit habiter et exploiter pendant cinq ans sa concession.
Enfin tout artisan non cultivateur reçoit un lot de village de 20 ares.
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Élevaire. — En Calédonie, la location des terres à élevage est de 1 fr. 50 par an et par hectare. Il faut 3 hectares par tête de bétail. Or, ici comme en Australie, Télevage du bétail a précédé l'agriculture. C'est la conséquence du manque de bras, de la présence des sauterelles et du fléau des inondations ou des ouragans. Il n'y a pas, dans ce pays, à préparer d'approvisionnements pour les troupeaux pendant l'hiver. Ils paissent toute l'année en liberté et passent la nuit en plein air. On en fait seulement le rassemblement et le recensement une fois par an. Les frais de garde sont presque nuls. Un bœuf coûte donc 4 fr. 50 par an de nourriture ; au bout de quatre ans, après une dépense de 18 francs pour le terrain, il est bon pour la boucherie et rapporte 3^ francs. Un troupeau décuple en huit ans. On ^ importé d'Australie, en 1859, 10 000 têtes de bétail : aujourd'hui on compte en Calédonie environ 124 000 bêtes à cornes. On achète le bétail à raison de 90 francs la tête pour rélevage.
Les moutons ne sont pas plus de 8000. Une herbe mauvaise qui s'introduit dans leur laine et les fait dépérir en a jusqu'ici empêché l'élevage ; mais on a préparé des pâtures débarrassées de cette mauvaise herbe, et l'introduclion de béliers et de brebis de la bergerie de Rambouillety sous la conduite d'un berger, va développer cette industrie ainsi que la production de la laine, qui est d'excellente qualité.
Les chevaux, au nombre de 2 200, viennent d'Australie. Il en existe aussi une petite race venant de l'île Norfolk; ces derniers, comme les ânes et les mulets dont la propagation facile est à développer à cause de la nature montagneuse du pays, rendent des services aux petits colons, comme bêtes de transport. Mais le cheval d'Australie fournira au pays une bonne race. Aussi l'amiral Courbet, pendant son gouvernement, a-t-il rendu un grand service à la colonie et aux éleveurs en décidant que la remonte de la gendarmerie et de l'artillerie serait faite avec les produits de la colonie.
Les chèvres (4 800), les porcs (5000) et les volailles (18 000) sont en grand nombre et prospèrent admirablement.
Fa«Be tiidi|(èBe. — La faune indigène est pauvre. Autant la végétation est belle, autant cette nature est monotone par l'absence de la vie animale. Évidemment, il est heureux qu'il n'y ait ni reptile, ni fauve, ni animal malfaisant. Les oiseaux, bien qu'au nombre de 107 espèces, sont rares et chantent peu. Il y en a un spécial à la Calédonie, comme Vapterix
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OU kiwi est spécial à la Nouvelle-Zélande. Cet oiseau particulier, c*est le kagou ^ Il a des ailes, mais ne vole pas. Quand il est poursuivi, il cache sa léte sous son aile et se croit invisible. Il se nourrit de vers : c'est le jardinier du pays.
Un mammifère, la roussette, ou renard-volant ou vampire, est une grande chauve-souris frugivore, inolTensive et bonne à manger.
Comme gibier, le notou et le d/igo, sortes de gros pigeons, la tourterelle verte, la caille des colons, et les canards sauvages sont assez abondants. Les cerfs ont été importés d'Europe dans les environs de Nouméa et se développent rapidement. On a aussi introduit des lièvres à Canala.
Parmi les insectes, il n'y a qu'un petit scorpion gris, le cenlpieds et une araignée qui soient nuisibles. Les moustiques sont plus gênants que dangereux, ainsi que les cancrelats. Les serpents du bord de la mer sont inoffensifs. On trouve aux Loyalty un crabe dont les pinces sont assez fortes pour ouvrir une noix de coco. J'en avais enfermé dans ma malle ; pendant la nuit, ils ont rongé les planches et se sont échappés.
Enfin, dans la mer, on a à redouter plusieurs espèces de poissons nuisibles ou voraces, surtout le requin, qui se montre dans le port même de Nouméa.
Le lamantin est un animal inoffensif comme le phoque et dont la chair est bonne à manger. Il se nourrit d'herbes marines et n'a ni dents ni défenses.
Le dtigong porte au contraire deux- défenses à sa mâchoire supérieure.
Cultures européennes. — Les terres cultivées se vendent 500 francs l'hectare. Quant aux cultures vivrières, les haricots donnent deux récoltes par an ainsi que la patate et la pomme de terre. Les choux, les tomates, la salade, les pastèques, les pois, les fraises, viennent parfaitement. Avec le potager, le poulailler et la porcherie, les vivres du colon sont assurés. Le maïs est la principale culture. Il remplace le blé. Il donne, deux fois par an, 4 tonnes à l'hectare (2500 tonnes en 1886).
Le café est de première qualité. Il se vend à Nouméa 2 francs le kilogramme. Un hectare peut recevoir 2500 caféiers, qui produisent au bout de trois ans de 500 à 1000 kilogrammes. C'est Tune des principales productions du pays : la plante n est
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attaquée ni par les sauterelles, ni par aucune maladie. Production en 1886 : 460000 kilogrammes.
La canne à sucre produit à l'hectare 2 000 francs et le riz 600 francs (580000 kilogrammes 1886).
Le tabac est très cultivé. Le gouvernement encourage cette culture. Les colons ont, à améliorer la production par des engrais potassiques.
La luzerne et les plantes fourragères donnent jusqu'à 8 coupes par an.
Enfin Tananas produit 1 500 fruits par hectare et donne 750 litres d*eau-de-vie, à 62 degrés, au prix d'au moins 1 franc le litre. Une grande plantation avec distillerie s'est introduite il y a quelques années, afin de remplacer par Teau-de-vie d*ananas les pertes que cause dans nos vignobles le phylloxéra.
Le bananier, le cocotier, le manioc font partie des cultures les plus essentielles de la colonie, et poussent sans aucun soin, ainsi que les fruits tropicaux : oranges, citrons, pèches, mangues, etc. La vanille vaut environ 80 francs le kilogramme.
Plantes ornementales. — Les plantes exotiques à feuillage ornemental qui donnent lieu en Belgique et en Allemagne à un commerce important, sont demandées à la Nouvelle- Calédonie et à nos autres colonies pour l'exportation.
Les aralias, les cycadées, les dracœnas, les yuccas font 'ornement des forêts calédoniennes. Les grandes futaies en font l'utilité.
Essences forestières. — La Calédonie a 120000 hectares de forêts où croissent des arbres magnifiques : le kaori (un dammara) a 30 mètres sous branches, est très droit et donne une résine excellente. Le niaouli [Melaleuca viridiflora) est l'arbre calédonien par excellence. Une infusion de ses feuilles remplace le thé ou le laurier dans les sauces. 11 assure la salubrité du pays; aussi le propage-t-on en Algérie comme l'eucalyptus. Son fourreau d'écorce le préserve du feu et sert à faire des cases. Il produit l'essence de niaouli ou huile de cajeput, employée dans la parfumerie et en médecine contre les rhumatismes et les maladies de la vessie. En un mot, c'est un arbre précieux à tous les égards.
Les caoutchoutiers seraient à exploiter, car les produits de cet arbre sont devenus rares et chers en Europe.
Le bancoulier donne l'huile de camari et le cocotier l'huile de coco, de sorte qu'une savonnerie européenne, montée à ^ouméa, fournit à toute la colonie le savon ordinaire.
Les dammaras et les araucarias font des colonnes superbes.
Le houp est un bois incorruptible servant à faire des pirogues et des piliers de cases.
Varbre à pain donne annuellement des fruits savoureux et féculents.
Le suc de Varbre à goudron [Bhu^ atra) engendre des plaies douloureuses, lorsqu'on débite sans précaution le bois vert.
Les arbres d'essences propres à Tébénisterie se vendent en grume 10 francs le stère, et celles propres aux constructions 5 francs le stère.
Le tamanou, Vébène blanc, le chêne tigré, le bambou et une foule de bois propres à tous usages abondent. La colonie consomme de 3 à 4000 mètres cubes de bois et dépense par an en Australie et en Amérique, 400000 francs de bois qu'elle pourrait faire débiter dans ses propres forêts; mais elle n'a que deux exploitations et quelques petits chantiers forestiers. Les bois de la Nouvelle-Zélande et de TOrégon, qui valent, tout débités, 25 francs le mètre cube dans le pays d'origine, sont donc amenés à Nouméa au prix de 100 à 150 francs et même plus. Il est temps que la main-d'œuvre vienne permettre Texploitation, facilitée par les chutes d'eau naturelles, des forêts situées sur le bord de la mer le long de la côte nord-est.
Mines. — La Calédonie est surtout un pays minier.
Les minerais exploités sont le cuivre, le nickel, l'or, Tantimoine, le cobalt et le chrome.
La houille, le fer, les pierres lithographiques, les pierres à bâtir et les pierres à chaux doivent compléter ces exploitations.
L'exportation des minerais a dépassé 3 millions en 1884, mais a diminué depuis.
Le gisement de cuivre le plus important est celui de la Balade au Diahot. L'une des mines de cuivre donne jusqu'à 34 0/0 de minerai. On a exporté 638 tonnes de cuivre en 1886.
L'or a été exploité à Mauguine et à Galarino ; mais jusqu'ici les résultats n'ont pas été rémunérateurs.
Une industrie qui reste française et doit devenir nationale, c'est celle du nickel, qu'on devrait appeler le métal français.
Les mines de nickel d'une seule société couvrent en NouveUe- Calédonie 4000 hectares et sont réparties dans trois centres principaux : Canala, HouaTlou et Thio. Le minerai est fondu à Nouméa dans les hauts fourneaux. On y produit de la fonte de nickel sans soufre à 70 0/0, à raison de 4 à 5000 kilos par jour. Ces fontes sont affinées dans l'usine de la Compagnie, qui
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livre du nickel à 6 francs' le kilo, au lieu de 40 francs, ancien prix.
Cette industrie prendra un grand développement le jour où Ton se décidera à transformer notre monnaie de billon en monnaie de nickel.
Vantimoine est très abondant et de qualité supérieure. 11 sert pour la fonte des caractères d'imprimerie et pour la thérapeutique. Son extraction est très facile. Il se fond dans les hauts fourneaux de Nakéty.
Le chrome est exploité au pied des monts d'Or. Les frais d'extraction sont de 12 francs par tonne rendue sur le bord de la mer, 50 francs de fret ordinaire, ce qui est un maximum, et la tonne se vendra 100 francs, ce qui laisse un beau bénéfice. Aussi les Compagnies qui exploitent en Calédonie le chrome et le cobalt sont-elles australiennes. Melbourne est le centre de ce commerce. Depuis deux ans le chrome est employé, en Allemagne et en Angleterre, au tannage des peaux. Ce nouveau procédé est appelé à faire une révolution dans l'industrie du cuir, à laquelle Bordeaux est si largement intéressée.
Le cobalt est d'une facilité d'exploitation exceptionnelle. Il se récolte en abondance sur le littoral sud de la Nouvelle-Calédonie. Il sert aux teintures en bleu pour porcelaine, émail, etc. On le fond à Nouméa.
Des gisements de houille ont été découverts en 1854 et en 1872, expérimentés en 1858. Les couches étaient irrégulières ; Teau se rencontrait très vite. La consommation était minime. Le charbon d'Australie est très bon marché. Pour ces motifs, on n'a pas exploité, mais on s'occupe de commencer des travaux qui feront ressortir l'importance de ces gisements. Les hauts fourneaux qui existent à Nouméa, les grands paquebots, les usines y trouveraient les ressources en combustible qui leur sont indispensables.
Nous ne parlerons pas des marbres, des serpentines, des jades, des ardoises. Nous nous bornerons à citer les pierres lithographiqties dé la presqu'île Ducos. Elles sont exemptes de quartz, de vermicelles, et se présentent en liteaux par plaques de 1™,20 de long. Elles sont situées sur le bord de la mer.
Tel est l'ensemble des richesses minières de notre colonie. Elles sont assez importantes pour attirer l'attention des capitalistes français à une époque où l'argent est abondant et à bas prix.
Contmerce. — Une chambre de commercé fonctionné à
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Nouméa, ainsi que des comités agricoles, industriels et commerciaux.
Les importations, en 1890, ont été de il 091 500 francs, dont 4776650 de France; les exportations de 7 140550 francs, dont 1 348 900 pour la France.
Les principaux articles à l'importation ont été : vins et spiritueux, 1 879 920 francs ; flour and dried vegetabkSy 1 205 300 fr. ; objets de fer, 1067 820 francs; — à l'exportation : nickel, 3 595 100 francs ; argent lead ore, 653 625 francs.
En 1890, il est entré à Nouméa 89 navires de 70 474 tonnes, dont 63 navires anglais de 45 000 tonnes. Il est sorti 64 navires de 74 888 tonnes, dont 39 navires anglais de 31 659 tonnes.
Une ligne de navigation française directe entre Marseille et Nouméa est établie depuis novembre 1883, et depuis lors un service à vapeur dessert les ports de l'Atlantique et la colonie. On reclame pour Nouméa un bassin de carénage et des ateliers de réparations pour les navires marchands. Les navires de guerre vont chaque année se réparer à Sydney et dépensent plusieurs centaines de mille francs au profit des Australiens. Pour que Nouméa, port français, reste tète de ligne des paque- , bots français subventionnés, il faut créer sans retard ce bassin et agrandir les quais et appontements.
Une ligne directe de steamers fonctionne entre la Cochinchine et la Calédonie avec escales en Australie. Désormais, d'ailleurs, tout navire à vapeur faisant le voyage entre Nouméa, Sydney et Saïgon, sera dégrevé des droits de phare, balisage, ancrage, etc. Cette sage mesure maintient en relations la Nouvelle-Calédonie et l'Australie avec notre grande colonie indochinoise, et facilite entre ces pays l'échange de leurs produits.
Voles de commuiileations. — La Calédonie est, comme on Ta vu, habitée d'une extrémité à l'autre par des Européens établis dans le voisinage des indigènes. Il est facile de faire, sur les vapeurs bimensuels, ce qu'on appelle le « tour de côte » ; mais la voie de terre est beaucoup plus longue et plus pénible.
Au delà de 80 kilomètres, on ne rencontre plus que des tronçons de routes en construction, puis des sentiers, par monts et par vaux. Tous les tronçons de route réunis peuvent s'évaluer à 300 kilomètres, et il en faudrait 1 100. Les transactions commerciales sont facilitées par des services réguliers à vapeur et à voiles sur l'Australie, sur Bordeaux et le Havre, et par les paquebots-poste français de Marseille *.
1.. Le fret est de 100 francs la tonne entre Marseille. et Nouméa, et
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Un service de paquebots à vapeur relie entre eux tous les points de la côte au moins deux fois par mois. Les caboteurs à voiles sont nombreux. Par vapeur le fret coûte 45 francs la tonne de Nouméa au nord de Tîle, et le passage 125 francs en première classe.
Postes et téléyraplies. — Un réseau télégraphique et postal met en communication avec le chef-lieu tous les ports de la côte et toutes les localités de Tile.
Un câble sous-marin, de Brisbane à Nouméa, relie la Calédonie à TAustralie et par suite à la France.