AUTRES ARCHIPELS OCÉANIENS
nous négligeons les pays français et nous dérobons à notre patrie son patrimoine naturel.
Cependant les Marquises offrent aux colons sobres et industrieux une vie facile. Des concessions de terrains magnifiques leur sont accordées à un prix minime. Les bois de construction y sont abondants pour y élever les premiers abris d'immigrants sous un ciel toujours chaud.
Il y a plus de 2 000 bœufs dans le pays. Un taureau ou une vache coûtent 400 francs, un mouton 20 francs, un bélier 45 francs, une brebis 25 francs, une chèvre 2 fr. 50, une poule de 4 fr. 25 à 2 fr. 50 et un porc 30 centimes la livre. Les Canaques se nourrissent principalement des fruits de Tarbre à pin {artocarpm) comme les Tahitiens, mais les Européens doivent manger de la viande. Le poisson d'ailleurs ne leur manque jamais. La culture est des plus faciles.
On estime que ces îles font annuellement pour deux millions et demi d'affaires, mais surtout avec San-Franciseo.
Outre les produits de consommation, le pays peut fournir à l'exportation des ressources variées : la nacre des huîtres perlières, le poisson salé, le tabac, la laine, la canne à sucre, le mûrier à papier, le coprah, les cocos, les bananes, les oranges, les patates, Thuile de bancoul, le crin végétal, l'huile de coco, le coton, le fer, les nattes, fdets, cordages, toiles de fabrication indigène, les plantes tinctoriales. Quand les navires passeront aux Marquises, toutes ces denrées seront demandées. Il leur faudra des animaux, des fruits, des vivres frais. II serait donc temps que des colons allassent profiter de ces débouchés, mais il est nécessaire qu'ils soient en famille afin d'éviter de tomber au niveau des Canaques. A l'égard de ceuxci on doit se montrer ferme et juste. Il ne faut tourner en dérision ni leurs coutumes bizarres, ni leurs superstitions puériles. Il faut les respecter et s'en faire respecter. Au lieu de leur inculquer nos vices, il faut les amener peu à peu à aimer et à adopter la civilisation française. Si les peuplades océaniennes commencent à entrer en relations les unes avec les autres et avec les Européens, ceux-ci commencent aussi à se grouper en Océanie par nationalités. Nous sommes venus des premiers : ne laissons pas prendre la place par nos rivaux.
On a vu avec quelle facilité on se rend de Marseille, de Brest, de Rochefortet de Bordeaux à Nouméa et de là à Tahiti, aux Marquises et aux Tuamotou. Des départs réguliers ont lieu toutes les six semaines ou tous les mois. Les passagers pour les Marquises passent donc par Papeete, à moins d'une occa-
sion par la voie rapide de Saa-Francisco à New- York et de là au Havre.
JLeti Tuamolfia. — Les Tmmotou ou îles Basse$ , ou archipel Dangereux, entre les îles de la Société et les Marquises, conprennent 80 lies en deux groupes : celui de la mer Mauvaise au nord et celui de Varchipel Dangereux au sud. Ce sont des atolls ou (les basses entourées de récifs de corail. Leur superficie est de 8600 kilomètres carrés. Elles n'ont que 5 500 habitants, la plupart vivant de la pèche. Ils sont chrétiens.
Ces îles ont été, en même temps que Tahiti, annexées à la France.
lies HTalltti. — Enfin, auprès des îles Samoa (archipel des Navigateurs), se trouvent les Ues Wallis, où il y aurait lieu de développer Tinfluence française. Elles comptent environ 2000 habitants. L'île principale est Outéa ou Namo et il paraît que ce sont ses insulaires qui sont venus peupler les Loyalty. L'une des trois îles Loyalty a pris le nom d'Ottr^et sa population présente les mêmes caractères que celle des Wallis, dont les types sont supérieurs à ceux de la Calédonie.
L'archipel a été découvert en 1767 par le navigateur anglais Wallis. De 1837 à 1877, 11 fut évangélisé par le P. Bataillon. Le 4 novembre 1842 le capitaine de corvette Mallet signa le traité de protectorat avec le roi Lavélua. Ce traité fut renouvelé le 19 novembre 1886 avec la reine Amélia. Un décret du 27 novembre 1887 a rattaché ces îles à la Nouvelle-Calédonie.
lies Fatmia. — Le groupe des îles Futuna et Alofi a été découvert en 1616 par Lemaire et Schouten. D a été évangélisé par le P. Chanel, martyrisé en 1841. La corvette V Allier, chargée de venger ce meurtre, fit accepter, en 1842, le protectorat par les deux rois et les autres chefs. Le traité a été renouvelé le 22 septembre 1887 et sanctionné par décret présidentiel du 16 février 1888. Les deux îles ont environ 1 500 habitants (il n'y en avait que 1 000 au temps du P. Chanel).
Béamiié tilaUslt«iiie. — La population totale de nos établissements océaniens s'élevait, au 30 juin 1887, à 24418 âmes. Pour avoir le nombre des indigènes, il suffit de déduire 1 909 personnes (dont 1 700 à Tahiti), fonctionnaires métropolitains, troupes, équipage de la flotte, gendarmerie, population flottante. Pour les indigènes, le chiffre des femmes est d'environ 2000 inférieur à celui des hommes, 500; groupe des Futuna, 1 500.
AUTRES AKCHIPELS OCÉANIENS 661
Avenir de nos poimefiMons océaniennes. — En
résumé, Tensemble des établissements français en Océanie, abstraction faite de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances, comprend 104 îles d'une superficie de 3 660 kilomètres carrés, peuplées d'environ 25 000 âmes. L'importance de ces possessions est moins dans leur étendue et le chiffre de leur population que dans leur situation maritime et leurs facilités décolonisation. C'est aux familles françaises à en tirer parti et à y créer une seconde patrie pour notre race, au moment où le canal de Panama finira par rapprocher de nous ces pays si beaux et si fertiles, que des câbles électriques relieront en même temps à l'Europe.
On voit que la France a conquis une large place dans cette région qui finira par devenir une Méditerranée océanienne.
Ainsi, la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, les îles Sous-le-Vent, les Gambier, les Tubuaï, les Marquises, les Tuamotou, etc., forment des colonies françaises. Les Nouvelles-Hébrides, qui doivent être considérées comme une dépendance de la Nouvelle- Calédonie, deviendront quelque jour une de nos possessions. On peut dire qu'il existe une France océanienne. Saurons-nous développer et exploiter ce vaste domaine, au climat salubre, aux terres fertiles, aux habitants paisibles?
Ch. Lbmire.