Louis Vignon, L* Expansion de la France
points, nous pouvons encore accepter la comparaison avec Tempire britannique. On peut comparer, par exemple, l'Algérie et la colonie du Cap : toutes deux se prêtent à la colonisation agricole; dans toutes deux, l'élément européen est en minorité au miliea de Télément indigène; dans toutes deux il importe de distinguer un élément anglais au Cap, français en Algérie, qui se trouve en présence d'autres éléments européens ; là, les Hollandais, ici, les Espagnols, Italiens, Maltais, etc. Nous avons commencé la conquête de rAlférie seulement en 1830, et la colonisation seulement vers 1840; et auparavant, il n'y avait là aucune population européenne. Les Anglais ont conquis le Cap en 1806, et ils j ont trouvé la colonisation commencée par les UoUandais. On ne peut assimiler les indigènes du Cap à ceux de TAlgérie, ni pour la densité de la population, ni pour la valeur guerrière, ni pour la perfection de l'armement, ni pour le fanatisme religieux, ni pour la ténacité de leur résistance. Aujourd'hui, cependant, il y a en Algérie 483 465 Européens : il n'y en a que 280 000 au Cap. En Algérie, les Français ont la supériorité numérique sur les autres Européens : 267 672 contre 215 7^; au Gap, les Anglais sont en minorité au milieu des anciens colons hollandais. En Algérie, nous nous assimilons les étrangers européens et nous pouvons, si nous le voulons bien, nous assimiler les indigènes, au moins ceux qui ont une vie sédentaire : les Anglais sont encore loin de cette perspective.
Le Cap est une colonie hollandaise bien plusqu*anglaise; l'Algérie est une colonie française. Bien plus, grâce à sa situation exceptionnelle à vingt-cinq heures de Marseille, elle n'est que la France prolongée au delà de la Méditerranée.
Veut-on comparer, au point de vue de l'habileté militaire et de la rapidité des opérations, au point de vue du peu de destructions opérées par la guerre, la façon dont la France a conduit Texpédition de Tunisie et la façon dont les Anglais ont mené celle d'Egypte, la situation morale que nous ont acquis les bienfaits de notre administration parmi les populations tunisiennes, avec la situation morale faite aux Anglais dans l'Egypte appauvrie et démembrée?
La comparaison du Sénégal français avec la Gambie anglaise ; de la Réunion, dont l'importance s'accroît de nos droits sur Madagascar, avec l'île Maurice; de la Guinée française avec la Guinée anglaise; depuis notre prise de possession du Congo, nos traités conclus avec les populations du littoral, nos hardies explorations dans l'intérieur, achèveraient de montrer la supériorité delà France en Afrique.
On pourrait faire la même comparaison, dans cette partie du monde, entre la France et l'Allemagne, ou le Portugal, ou l'État belge. Nous avons pu fermer Yhinterland du Cameroun avant qu'aucune expédition partie du littoral allemand ait pu atteindre la limite conventionnelle. Avant nos concurrents, nous avons paru dans les régions de la Sangha et du Chari. Que l'on compare notre activité au Congo avec celle de l'Etat belge qui prétend entrer en
compétition avec nous sur la rive droite de l'Oubanghi. De notre côté, quelle audace dans les explorations, quelle habileté à s'ayancer partout sans avoir besoin de recourir aux armes, quelle probité dans toutes les transactions I Dans le Congo belge, au contraire, anarchie des pouvoirs, oppression des indigènes, révoltes armées de ceux-ci, désastre des explorateurs, et, brochant sur le tout, cet État fondé en vue du libre commerce et de la suppression de la traite des noirs, finissant par revendiquer d*odieux privilèges et se laissant aller à encourager les guerres d'esclavage et la traite. Les Anglais de la côte d'Or et de Sierra- Leone, les Allemands du Cameroun et du Togo se déshonorent par leurs louches transactions avec le roi négrier du Dahomey. Le Portugal africain fait moins parler de lui, mais il n'agit guère. Nul doute que, moralement autant que militairement et économiquement, la France ne soit la première puissance européenne de TAfrique. M. Jules Ferry avait donc bien raison de saluer, en la personne du lieutenant de vaisseau Mizon, ces hardis explorateurs français de l'Afrique « qui nous font songer, en cette fin de siècle où tout semble s'abaisser, à ces héros des grandes légendes de l'antiquité, à ces grands fondateurs de civilisations, dont les noms nous sont arrivés sur les ailes de la poésie grecque et qui allaient tout seuls, sans armes, au milieu des sauvages et, par le seul ascendant du génie, fondaient, civilisaient, assouplissaient la primitive humanité, héros pacifiques qui s'en vont seuls dans l'inconnu > *.
Ulllilé de ses colonies poar la France. — Si Ton ne compte comme colonies utiles que celles où la race française peut se livrer au commerce agricole, notre empire actuel est vraiment pauvre. Nous avons perdu au xvm' siècle l'Amérique du Nord; puis nous avons négligé d'occuper la Nouvelle-Zélande ou l'Australie : il ne restait plus à coloniser que l'Afrique du Nord et la Nouvelle- Calédonie : c'est ce que nous avons fait. Madagascar aussi peut être une colonie agricole, non pour nous, Français de France, mais pour les Français de la Réunion et de Maurice, déjà acclimatés dans ces parages. Toutes nos autres colonies nouvelles ne peuvent être que des colonies de plantation ou des colonies de commerce.
Réduites à cet usage, sont-elles sans valeur? D'abord, si nous ne pouvons y cultiver la terre, nous pouvons y faire cultiver, nous pouvons y commercer. On a fait grand bruit d'une certaine zone torride dans laquelle toutes nos colonies, surtout les plus récemment acquises, sont placées. Dans les notices ci-dessus, on a vu ce que pensent de la possibilité de vivre en ces régions, des hommes qui les ont explorées, qui y ont trafiqué, qui y ont fait la guerre. Le Congo, dont surtout on nous faisait un épouvantail, Stanley, le rival de Savorgnan de Brazza, avait déjà constaté qu'on peut y vivre en s'interdisant des excès, des imprudences, dangereux même en nos climats.
Colonies agricoles, comme l'Algérie, colonies de plantation,
i. Discours au banquet Mizon, 5 juillet 1893.
comme les Antilles, la Réunion et l'Inde française, colonies de commerce, comme la Guinée, le Sénégal, le Soudan ou Tlndo-Chine, toutes sont utiles.
Au point de vue économique, elles accroissent le chiffre de nos importations et de nos exportations ; elles constituent un de ces débouchés que nous cherchons partout pour les produits de notre industrie ; elles contribuent & l'entretien de notre marine marchande. C'est la conquête de l'Algérie qui a contribué à faire de Marseille et de Lyon deux grandes métropoles. C'est notre déyeloppemeot colonial qui répand la vie dans nos grands ports de Bordeaux, de Nantes, du Havre et dans toutes les branches de l'activité nationale.
Les colonies où notre race, à un titre quelconque, est établie, sont des marchés assurés pour nous. M. Leroy- Beaulieu en a indiqué la cause dans le passage suivant :
c II n'est pas besoin de pacte colonial pour assurer les relations régulières de la métropole et des colonies. On n*a que faire, dans ce cm, de mesures artificielles. Les liens naturels du langage, de la race, de la capitalisation, la communauté d'éducation, d'idées, de mœurs, l'analogie des besoins et des goûts, ce sont là les meilleures garanties... Séparée de TAngleterre, TAmérique ne lui reste pas moins unie par l'échange continuel des produits
<t On sait les périls nombreux d'un commerce à l'exportation, surtout avec des pays lointains. Ces périls sont beaucoup moindres avec les colonies. La métropole n'a pas à redouter de se trouver en guerre arec elles; elle peut attendre de leurs magistrats, de leurs administrateurs, une justice équitable et un traitement impartial. Les goûts également sont plus stables et moins changeants dans ces sociétés jeunes et analogues à la mère-patrie par leurs éléments constitutifs. Les colons ont, sauf les différences de climat, des mœurs semblables à celles des habitants du vieux pays. Tous les produits de ce dernier ont plus de chance de plaire que les produits étrangers. Le commerce entre la métropole et les colonies a donc quelque chose de cette régularité et de cette permanence dont jouit le commerce intérieur, et cependant il offre cet avantage spécial de porter sur des articles très différents, produits sous des climats très divers, et en môme temps d'être rapidement progressif par le développement prompt et ininterrompu des colonies, grâce aux privilèges naturels qui leur sont propres i. >
L'acquisition ou la création de colonies s'impose aujourd'hui à tous les grands peuples industrieux et commerçants. Autrefois, ils pouvaient placer leurs produits chez d'autres peuples civilisés, mais neufs, et n'ayant pas encore de grandes manufactures, comme étaient encore au début de ce siècle les colons européens des deux Amériques et, un peu plus tard, ceux de l'Australie. Aujourd'hui, tous ces peuples fabriquent eux-mêmes et protègent leurs industries par des tarifs exorbitants. Voilà, dans les nouveaux mondes comme dans l'ancien, des débouchés qui se ferment : il faut en ouvrir d'autres. C'est ce qui explique l'activité que déploient l'Angleterre,
i. De la colonisation chez les peuples modernes, p. 563.
rAllemagne, Tltalie, même la Belgique, pour s'assurer les marchés de r Afrique.
On a raison d'attacher un haut prix aux anciennes colonies^ comme le Canada, la Louisiane, la Dominique, Saint-Domingue, Tlle Maurice, ou aux colonies spontanées, comme les groupes français de la République Argentine, des États-Unis, etc. Cependant elles ne remplacent pas complètement les colonies placées sous les lois de la mère patrie. Les anciennes colonies peuvent être régies par des gouvernements qui ont intérêt à éloigner notre commerce par des droits excessifs; tel est le cas du Canada et des États-Unis. Les colonies spontanées, ne formant pas corps, sont destinées à se fondre et à s'absorber dans la masse environnante; au bout d'une généralion, les Français de la République Argentine deviennent des Argentins et les Français des États-Unis des Américains; ils oublient la langue maternelle, ceux-là pour l'espagnol, ceux-ci pour l'anglais.
Notre commerce ne peut donc espérer une situation vraiment privilégiée, nos colons ou nos industriels ne peuvent espérer d'avantageuses concessions de terres, de mines, d'exploitations de tout ordre, que là où les protègent les lois françaises S où les lois de douanes, les lois sur les mines et sur l'industrie, les lois sur le régime des terres sont tout en leur faveur, là où ils sont vraiment
1. The ehamber of commerce JounuUt du 3 avril 1885, n» 38, p. 84, donne des chiffres qui montrent que les colonies de la Grande-Bretagne, étant donné leur population relativement faible, sont cependant pour elle de meilleurs débouchés que les pays indépendants les plus riches et les plus liés avec elle :
c Dans rAniérique anglaise du Nord, les chiffres de la consommation de produits anglais s'élèvent, en dépit des tarifs, à 2 livres sterling par tôte et par an, ou quatre fois autant que les États-Unis. Aux Indes occidentales elle est comme au Canada de 2 livres sterling par tôte. Dans les établissements des Détroits et à Hong-Kong, cette consommation airrive à iO et même jusqu'à ii livres sterling et par tête. £n Australie de 8 à iO livres sterling. En Afrique (Cap et Natal) 3 à 6 livres sterling par tête.
c La valeur relative de ces marchés est indiquée par ce fait que les États-Unis, avec 50 millions d'àmes, reçoivent à peine plus de nos exportations que le Canada et l'Australie qui n'ont que 7 1/2 millions d'habitants. — Voilà, igoute ce journal, une preuve palpable que le commerce tuit le drapeau (trade folio w the flag).
«( Pendant les trente dernières années nous avons perdu i millions d'émigrants qui, aux États-Unu, n'ont consommé que pour 3 millions de livres sterling d'articles manufacturés anglais par an, tandis que, si nous les avions attirés sous le drapeau anglais, non seulement ils seraient restés nos concitoyens, mais ils auraient acheté chaque année pour 18 à SO millions sterling de nos marchandises. Ainsi le manque d'initiative du bureau d'émigration nous a fait perdre 15 à 17 millions de vente par année. » Or, si cette loi est constante dans les rapports de la Grande- Bretagne avec ses colonies, elle doit produire également ses effets dans les rapports de la France avec ses colonies.
chez eux, où leur sécurité, leurs intérêts, même leur amour-propre Dational trouvent pleine satisfaction.
Les colonies vraiment françaises, fussent-elles des colonies non agricoles, nous rendent des services qui ne peuvent pas s'évaluer par les chiffres des importations ou des exportations. Croit-on que le commerce français serait aussi florissant qu'il Test relativement, au Mexique, dans les Antilles, dans TAmériquc du Sud, si, en iSiÂ, nous avions perdu la Guadeloupe et la Martinique ; aux bouches da Saint-Laurent, si nous n'avions pas conservé deux petits îlots sur lesquels flotte le drapeau tricolore ; dans la Méditerranée, si nous n'avions pas occupé le littoral algérien ; dans TAfrique de TOuest, si, après le naufrage de la Méduse, nous avions renoncé k reprendre pied sur les rives du Sénégal ; dans ,rocéan Indien, si la Réunion avait suivi les destinées de Maurice ; dans Tlndoustan, si nous n'avions pas gardé les cinq villes et de nombreuses loges; dans les mers de Chine, si, depuis 1860, nous ne dominions pas à Tembouchure du Mékong; dans le Pacifique, si nous avions montré la même négligence pour Tahiti ou la Nouvelle-Calédonie que pour la Nouvelle-Zélande ?
Il n'y a pas de commerce sans une marine marchande; pas de marine marchande, si celle-ci n*est pas protégée par une marine de guerre, et on l'avait bien vu, au temps de Henri IV, sur les côtes de rindoustan; pas de marine de guerre, si celle ci n'a point des points de rel&che, de refuge, de ravitaillement. Ce qui nous a obligés à occuper Obock, c'est que, dans la guerre de 1870-71, l'Angleterre, pour faire acte de neutralité entre la France et l'Allemagne, nous avait fait fermer son port d'Aden; de même que, récemment, pendant la guerre de Chine, à la suite d'un nouvel acte de neutralité, elle nous a fermé ses ports de Singapour et de Hong- Kong.
L'Amérique, dit-on, n'a pas de colonies, et elle fait un grand commerce. Mais d'abord elle s'est assuré des établissements sur la côte ouest d'Afrique et dans les archipels océaniens ; ensuite est-ce que nous présentons comme elle, sur les deux océans Atlantique et Pacifique, cet immense développement de littoral, avec ces ports de guerre et ces arsenaux qui menacent, d'une part la Chine et toat rExtrême-Orient, d'autre part les Antilles et toute l'Amérique do Sud.
L'Allemagne n'a pas de colonies (ou plutôt n'en avait pas, car elle s'est montrée assez ardente récemment à la curée coloniale), et elle fait cependant un grand trafic avec l'Amérique du Nord; mais avons-nous comme elle, dans cette dernière région, deux millions d'Allemands nés en Allemagne, sans compter plusieurs millions de fils d'Allemands, tous électeurs, imprimant à la politique américaine une direction favorable aux intérêts de la mère patrie, développant dans la patrie adoptive le goût des produits de l'industrie allemande et assurant à celle-ci, par eux seuls, un marché considérable? Nous émigrons moins que les Allemands; est-ce une raison
pour renoncer à nous assurer par d'autres moyens les avantages que leur procure le flot croissant de leur émiçralion?
C'est grâce aux colonies fondées par TEtat français que nous faisons encore figure dans le monde. On prétend qu'en dispersant nos établissements nous dispersons nos forces : en réalité, nous ne faisons qu'étendre le théâtre de la guerre. Au xvni* siècle, puis pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, est-ce que l'Inde française, le Canada, les Antilles, les lies Maurice et de la Réunion n'ont pas contribué de loin à la défense de la métropole? Les vingt mille hommes que l'Angleterre a dû pousser contre Québec, ceux que Lally-Tollendai et Bussy retenaient entre Madras et Pondichéry n'ont-ils pas manqué aux champs de bataille de la guerre de Sept Ans? Les forces que Victor Hugues, le commissaire de la Convention, tenait en échec dans les Antilles, celles que les milices et les corsaires des deux iles-sœurs tenaient en échec dans l'océan Indien, ces régiments anglais que commandèrent Wellesley et Wellington et qui, dans leurs batailles contre Tippo-Saïb et les Mahrattes, croyaient encore combattre les Français, ne seraient-ils pas venus ajouter leur effort à cette poussée des grandes coalitions sous laquelle fléchissaient les frontières de France I
GrÀce à nos colonies dans toutes les parties du monde, à nos escadres des mers de Chine, du Pacifique, des Antilles, les flottes v ennemies, dans une nouvelle guerre, seront obligées, elles aussi, de s'éparpiller, d'emmener des troupes de débarquement aux quatre points du monde ; car, avant de rien tenter contre nos côtes, il leur faudra pourvoir à la sûreté non seulement des nouvelles acquisitions, mais de ces centaines de navires marchands que le droit de la guerre mettrait, sur toutes les mers, à la discrétion de nos cuirassés. Voilà pourquoi on a pu dire que ce n'est peut-être ni dans la Manche, ni dans la Méditerranée, mais dans l'océan Indien ou dans les mers de Chine que se livreront les grandes batailles navales.
Nos colonies n'ajoutent pas seulement, loin d'y rien ôter, à notre .
force défensive : elles ajoutent aussi à notre force offensive. Le ^ souvenir de la guerre du Mexique est encore, avec raison, impopulaire chez nous; mais ne le considérons qu'au point de vue purement militaire : M. de Mahy rappelait récemment au Parlement que la possession de la Guadeloupe et de la Martinique a seule permis de concentrer nos forces et de préparer la campagne. Dans une guerre plus juste, aurions-nous pu faire aussi facilement reconnaître nos droits sur Madagascar si notre flotte n'avait eu un point d'appui à la Réunion et notre armée le concours des volontaires de l'Ile? Sans l'arsenal, le port, les milices de Saigon, l'expédition du Tonkin n'aurait-elle pas coûté plus d'efforts et de sacrifices? Que de fois, dans la guerre du Mexique, la guerre de France, celle du Tonkin, les volontaires de nos colonies sont venus combattre à nos côtés ^ !
i. L'Angleterre est très fière du concours que, dans des circonstances analogues, par exemple dans la guerre du Soudan, lui prêtent les volon- Francs coloxialk. 49
Si le Parlement français vole cette loi sar le service militaire qui est réclamée avec instance par les populations de nos Iles, quels admirables éléments de recrutement trouvera dans les citoyens de couleur, surtout pour les guerres intertropicales, notre future armée coloniale. Et c*est pour d'autres champs de bataille aussi qu'on peut compter sur eux. Et quand cette grande Afrique fraovaise, qui s'étend maintenant de l'Algérie aux rives du Congo et des bouches du Sénégal au lac Tchad, sera enûn organisée, pourvue d'un système de communications rapides, quand, avec ses immenses réserves d'hommes de guerre, elle sera devenue vraiment une France du pays du soleil, qui sait de quel poids la mère patrie pourra peser môme dans la vieille Europe?
La France ne doit donc pas désespérer de l'utilité et de l'avenir de son œuvre coloniale. Elle est presque la seule nation qui se soit approchée de la solution pour le problème de l'administration des races étrangères; elle ne les détruit pas, comme ont fait trop souvent les autres peuples; elle sait mieux que personne se les assimiler. Depuis qu'elle a des troupes algériennes, sénégalaises, soudanaises, gabonaises, malgaches, tonkinoises, annamites, leurs fastes, militaires ont déjà de glorieux souvenirs, sans qu'une seule révolte les ait ternis. Du jour où elle a proclamé la liberté politique pour elle-même, elle l'a donnée aussi à ses colonies. Elle seule, jusqu'à présent, a osé concevoir la métropole et les colonies comme for^ mant une seule patrie, un seul État ; non seulement elle a doté la
taires de ses colonies. Voici ce qu'on lit dans le Graphie du 7 mars 18S5, page 338 :
€ Le contingent australien de l'expédition envoyée par la Nouvelle- Galles du Sud a quitté Sydney mardi. — Samedi les troupes ont été passées en revue par le gouverneur, lord Augustus Loftus, et dimanche des services spéciaux ont été célébrés dans la cathédrale anglicane et dans la cathédrale catholique romaine. — Mardi a ét« observé comme un jour de fête général. Les rues par lesquelles devaient passer les troupes étaient encombrées de monde. — Les troupes ont été escortées par un corps de 600 marins et hommes de troupe de la marine appartenant aux navires de la station. Sur le quai, le gouverneur a fait aux troupes un discours entraînant, faisant allusion à ce que, pour la première fois dans la grande histoire de l'empire britannique, une colonie éloignée envoyait avec enthousiasme, à ses propres frais, un contingent de troupes entièrement équipées pour aider les forces impénales dans la rude guerre qu'elles font pour supprimer des cruautés inénarrables et pour l'établissement de Tordre et de la justice dans un ptys injustement gouverné. — « Ce que vous faites, continua-t-il, c'est pour « prouver au monde l'unité de ce puissant et invincible empire dont « vous êtes membres... Notre sérieux espoir^ c'est que vous aurez leglo- « rieux privilège de partager le triomphe^ comme les travaux, et que « vous reviendrez vers nous couronnés de la reconnaissance de l'Angle- « terre, comme vous êtes maintenant entourés de ses sympathies. » L'enthousiasme public de la colonie se maintient à Tétat de fièvre; le nombre des volontaires a atteint six fois la force demandée, et il y a eu un flot continu de contributions en argent et en nature. »
CONCLUSION n\
plupart de ses dépendances de représentations locales, mais, par une politique qui remonte au décret du 22 août i792, elle leur a assuré une représentation dans son Parlement. Français de France ou Français d'Afrique, des Antilles, de Tocéan Indien, de l'Indo- Chine, et, aussi bien, ceux des Indous, Sénégalais, Océaniens, qui ont été élevés à la cité française, tous, sous les lois délibérées en commun, ont les mêmes devoirs et, tous, les mêmes droits. Suivant un mol de M. le sénateur Lenoél, « la France considère ses colonies comme partie intégrante de son territoire, tandis que TAngleterre les considère presque comme des pays étrangers; Thomme d'État anglais s'attend à ce que la séparation ait lieu quelque jour; Thomme d'État français s'efforce d'arriver à l'assimilation * >.
i. Discours au Sénats 23 mai 4892.