‹ La France coloniale: histoire--géographie--commerce;Chapitre 14 sur 159 · JUSQU'A LA PRISE D'ALGER · texte numérisé non relu

JUSQU'A LA PRISE D'ALGER

I^a Berbérle. — Il est en Afrique une petite Afrique ou Afrique mineure^ sorte de grande île à demi continentale, baignée à l'est et au nord par la Méditerranée, à Touest par l'océan Atlantique, séparée du Soudan au sud et de la grande Afrique par le désert du Sahara. C/est la Berbérie ou pays des Berbères, que les Arabes appellent Maghreb, c'est-à-dire Couchant, et que nous pourrions nommer blm&sX Atlantide ou région de l'Atlas. Trois fois grande comme la France, elle forme un] tout compact et homogène, dont toutes les parties, presque; symétriques, conservent d'un bout à l'autre les mômes caractères et ont eu à peu près les mêmes destinées. Politiquement, elle se divise en trois États dits barbaresques : à l'extrémité orientale, la Tunisiey placée depuis 1881 sous le protectorat de la France; à l'extrémité occidentale, le Maroc dont nous sommes les alliés naturels et qu'il est de notre devoir de protégeF contre toute agression extérieure; entre les deux, V Algérie,

i. G' Boissiôre, L'Algérie romaine, 1886. — E. Ceii, Essai iur la Maure- Unie Césarienne, 1891. — Rotalier, Histoire d'Alger, 2 vol., 1841. — Eugène PUntet, Correspondance des deys d'Alger avec la cour de France (1579-1833), 9 vol.. 1889. — Camille Rousset, La Conquête d'Alger, 1879; L'Algérie de i830al840,2 vol., 1887; La Conquête de V Algérie (1841-1857), 2 vol., 1889.

terre française depuis 1830, qui occupe en Berbérie et au sud du bassin occidental de la Méditerranée une position prépondérante et centrale.

Temps iirlmitlfs : Maures et IVomidcs (Berbères).

— Il est difficile de savoir quelles races primitives ont, sous le nom général de Berbères^ peuplé le nord de TAfrique. Avant les temps historiques, elle fut visitée par des peuples constructeurs de dolmens, arrivant de la Gaule et de l'Espagne. L'historien romain Salluste mentionne les Libyens et les Gélules, ceuxlà habitant sur le rivage, ceux-ci dans Tintérieur. De leur mélange partiel avec des conquérants venus d'Asie seraient issus les Maures (dans la Mauritanie ou Maroc actuel) et les Numides (dans l'Algérie et la Tunisie).

Il paraît certain que, dès une époque lointaine, tous ne formaient en réalité qu'un même peuple, et que la véritable distinction entre eux n'était pas tant la race que le genre de vie : les uns sédentaires (Maures?) *, fixés dans les villes ou cultivant le sol; les autres nomades (Numides?), parcourant les pâturages et vivant du produit de leurs troupeaux; d'ailleurs tous agiles, intrépides, durs à la fatigue et combattant déjà comme les Kabyles et les Arabes de nos jours, excellents cavaliers, prompts à l'attaque, plus rapides encore dans la fuite, d'humeur inconstante et farouche, déchirés entre eux par de continuelles discordes. Les anciennes cités de Theveste (Tebessa), Cirta (Gonstantine) et Auza (Aumale) furent probablement fondées durant cette période anté-historique.

Domination caribavlnolsc. — De leur côté, les Phéniciens ou Puniques, de race sémitique comme les Juifs et les Arabes, mais appartenant à la branche chananéemie, avaient exploré les côtes de l'Afrique, comme toutes celles de l'ancien monde, et y avaient créé des comptoirs. Ils fondèrent Carthage suf le golfe de Tunis. La domination des Carthaginois n'a pas laissé de traces appréciables, au moins en Algérie. Il semble que l'aristocratie punique se soit contentée d'exploiter la Numidie par le commerce et les Numides en leur empruntant des cavaliers mercenaires.

Conauête romaine (202 av. J.-G. — 43 ap. J.-G.). — ^out autre fut l'ambition de Rome, dont l'œuvre civilisatrice est pour nous, maîtres et éducateurs actuels de l'Algérie,

1. c Àamaur» en kabyle, signifie massif montagneux, d*où c iaamuarcQ 9, montagnards.

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le plus précieux des enseignements. Il y a aujourd'hui soixantetrois ans que nous avons mis le pied en Afrique, et déjà TAlgérie est soumise, la Tunisie est placée sous notre protectorat. Si notre tâche ne parait point terminée, et si même, dans les deux pays conquis, nous sommes exposés à des accidents qu*il faut toujours prévoir, l'exemple de Romè^ est bien fait pour calmer nos impatiences et pour nous inspirer celte ténacité dans les desseins, cette persévérance dans Tactionf qui seules assurent le succès et marquent le caractère des peuples colonisateurs.

Sait-on combien il a fallu de temps aux Romains pour réduire tout entière à Tétat de province la Berbérie actuelle? Il leur a fallu plus de deuic eeat qtuarantc ans, et cette prudente lenteur de leur conquête en explique la solidité relative et la durée « .

lia eoiftq[aête romaine comparée à la conquête française. — Les Romains avaient sur nous plusieurs avantages. Tandis que nous avons attaqué l'Algérie de front j nous heurtant aux murailles parallèles de l'Atlas qui en défendent les terrasses et les plaines, obligés de franchir à chaque expédition de dangereux défilés, Rome, une fois maîtresse de Gar-

4. L'aa 303 avant le Christ, Scipion l'Africaîa est vainqueur d'Annibal, il est aux portes de Carthage : le Sénat se contente d'imposer à Carthago an traité humiliant et onéreux et de donner à Massinissa cette Numidio que Syphax avait entraînée dans la guerre. — En U6, Carthage est délroite par Scipion Emilion : le Sénat se borne à occuper les villes du littoral et à constituer solidement la petite province romaine d'Afrique ; il abandonne à Utique, son alliée, le reste du territoire punique. — En 407, le Numide Jugurtha oblige Rome & la guerre; il tient en échec pendant plusieurs années los meilleurs généraux de la République : Mctellus. Marius et Sylla; enfin il est livré par son beau-pére Bocchus, roi de Mauritanie; il orne le triomphe du vainqueur et il est jeté dans an cachot où il meurt de faim. Cependant le Sénat consent à peine à agrandir la province romaine d'Afrique, il laisse à son indépendance la plus grande partie de la Numidie qu'il partage entre Hiempsal et Bocchus. — Ce n'est qu'en i6 que Jules César, vainqueur de Juba, fils d'Hiempsal, qui avait embrassé le parti de Pompée, se décide & réduire la Numidie en province romaine. — Ce n'est qu'en 32 que l'empereur Auguste fit une province delà Mauritanie; encore Tabandonna-t-il bientôt au Namide Juba II, et ce n'est qu'en l'an 43 après Jésus-Christ, sous le règne de Claude, qu'elle forma définitivement deux provinces romaines, lés deux Mauritanies Césarienne et Tingitane. Ainsi, depuis l'an 202 avant J.^., jusqu'à l'an 43 après J.-C, pendant 245 ans, les Romains ont poursuivi lentement mais sûrement la conquête de l'Afrique septentrionale. Comment nous étonner qu'en soixante-deux ans nous ne l'ayons point encore achevée?

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thage, avait dans le nord-est du massif de l'Atlas une excellente base d'opérations, et, par les vallées longitudinales qui s'ouvrent sur les rivages carthaginois, elle pouvait pénétrer jusqu'au cœur de la Numidie et en tourner les retranchements ^naturels. En second lieu, elle n'avait pas à vaincre l'hostilité jeligieuse des habitants, dont les croyances polythéistes pouvaient s'adapter aisément au vieux culte latin. Enfin, déjà maîtresse de presque tout le monde méditerranéen, elle j n'avait aucune puissance rivale à ménager, et elle était libre de idiriger ses meilleures forces en Afrique. De notre côté, nous l'emportons sur nos prédécesseurs romains par les moyens perfectionnés dont nous disposons pour l'attaque et la domination : le tir rapide et la longue portée de nos armes à feu, la célérité de nos transports par eau ou par terre et de nos communications télégraphiques. Mais tous ces engins, qui assurent notre supériorité matérielle, pourraient se retourner contre nous : il n'y a qu'une sécurité véritable pour le vainqueur, c'est de régner dans le cœur du vaincu.

Administration romaine t elle n*acslmlle pas le» Berbères, — Un fait hors de doute nous est attesté par l'importance des ruines romaines en Algérie : c'est le nombre et la prospérité des colonies fondées par Rome : Lambèse, résidence de la 3« légion Auguste et centre militaire de la région ; Cœsarea (Cherchell), dont l'antique emplacement est dix fois supérieur à celui de la ville actuelle ; ThevestSy aujourd'hui Tebessa, dont le cirque pouvait contenir 7,000 spectateurs; Constantine, l'ancienne Cirta; Russicaday qu'a remplacée Philippeville, et tant d'autres villes. Les temples, aqueducs, portiques, arcs de triomphe, voies publiques montrent partout leurs débris, malheureusement trop peu respectés par nos colons.

Les provinces correspondant à l'Algérie de nos jours étaient : la Momidle, depuis Tabarca jusqu'au fleuve i4 mp^a^o^ (Ouedel-Kébir), avec Cirta pour capitale; la Mauritanie Sitlfienne, dont le centre était à Sitifis (Sétif); la Mauritanie Césarienne, la plus étendue des trois, qui allait des environs de Saldœ (Bougie) jusqu'à l'embouchure de la Malva (Moulouïa), et qui avait loi ou Césarée pour capitale. Elles étaient, aussi bien que l'Afrique propre, les greniers de Rome. Nous connaissons enfin des Africains illustres, tels que l'empereur Septime- Sévère, le pape Victor, Tertullien, saint Gyprien, saint Optatet saint Augustin, dont les noms seuls attestent la fécondité intellectuelle de l'Afrique romaine. Mais ni l'histoire, ni les

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monuments épigraphiques ne nous éclairent exactement sur le sort des indigènes. Il semble que la plupart, dépossédés de leurs propriétés, aient continué à les cultiver, en qualité de serfs, pour le compte de leurs maîtres romains; que d*autres, comme les Kabyles du Djurdjura, aient conservé leur autonomie, ou qu'ils aient plié sous le joug de chefs indigènes investis par Rome d'une puissance légale; que bien peu, en somme, aient pu s'élever au rang de citoyens romains. Ainsi, malgré leur patience et leur habileté, en dépit de leur réseau savant de colonies qui enveloppaient tout le territoire, les Romains n'avaienî pas réussi à s'assimiler la population africaine; peut-être mêmej n'y avaient-ils pas songé*.

BësistaBcc sourde et révoltes des Berbères. — Géographiquement, la domination romaine n'atteignit jamais les limites de la nôtre et laissa à leur indépendance et à leur barbarie de nombreuses tribus. S'ils s'avancèrent jusqu'à Biskra, au sud de l'Aurès, ils n'occupèrent pas les hauts plateaux situés à l'ouest du Chélif et dépassèrent peu Pomaria (Tlemcen),dans rOuestoranais. hdipaix romaine y il est vrai, dura plus de trois siècles. Après l'insurrection de Tacfarinas et des Musulans sous Tibère, après celle de la Mauritanie sous Caligula, et enfin après la tentative du propréteur Macer pour se rendre indépendant à la mort de Néron, pendant 336 ans la Berbérie entière est tranquille. Mais, dès la fin du ni« siècle, dès que la force matérielle de l'Empire est affaiblie, les révoltes recommencent. Sous Dioclétien, r.\frique proclame empereur Aurélius Julianus, et il faut que Maximien, après avoir battu et tué l'usurpateur, combatte les Maures et en transplante une partie en diverses contrées. Sous Valentinien I^"^, nouvelle insurrection des Maures avec Firmus, que la bravoure et l'habileté du général Théodose ont peine à dompter. Puis usurpation du féroce Gildon. Ainsi se prépare l'effondrement de la puissance romaine en Afrique. D'autres indices semblent indiquer la désaffection profonde qui n'aurait cessé de couver dans le cœur des Africains. Nous voulons parler de leur empressement à embrasser le christianisme pour s'en faire une arme de protestation contre l'Empire, tant qu'il est païen; de leur impétuosité à se précipiter dans le schisme et l'hérésie, aussitôt que

i. Les Romains n*avaieDt pas su imposer leur langue aux indigènes, puisque, au début du v« siècle, saint Augustin proposait à Tévéque Crispinus de faire traduire leurs sermons « en langue punique >, afin d'être entendus des habitants de Colama (Guelma), ville située en plein territoire romain (en 402).

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l'Empire est devenu chrétien. C'est l'histoire de Tertullien et de son zèle implacable ; c'est aussi celle des farouches Dofialistes, bientôt surpassés par les Circoncellions et leurs sanglants excès.

Caractère de l^ceuwre romaine. — En résumé, Rome a été admirable dans sa conquête, qu'elle a poursuivie avec constance pendant deux siècles et demi ; la conquête achevée, elle a su maintenir la paix matérielle en Afrique pendant plus de trois siècles, et ses colonies y ont atteint une brillante prospérité ; mais elle est demeurée impuissante à s'assimiler les Africains, à fonder une nation africo-romaine. Aussi la civilisation qu'elle avait apportée a-t-elle été balayée du sol de la Numidieavec une extrême rapidité, et les indigènes, doublement rebelles contre l'Eglise et contre l'Empire, avaient déjà commencé eux-mêmes l'œuvre de destruction , lorsque les Vandales parurent. Le problème que les Romains n'ont pu résoudre subsiste pour nous : notre civilisation ne sera pas plus solidement implantée en Afrique que la leur, tant que nous n'aurons pas réussi à rallier les indigènes et à constituer en Berbérie une véritable France africaine.

Dominations diverses. — I^es Vandales. — La suite de l'histoire algérienne jusqu'au débarquement de nos troupes ^n 1830 ne nous offre qu'un intérêt secondaire, puisque, après ]les Romains et avant nous, aucun peuple européen n'a tenté ^sérieusement de s'établir en Afrique.

Les Vandales, peuple germanique, qui étaient chrétiens, mais qui professaient l'hérésie arienne, arrivant en 429 par le détroit de Gibraltar avec Genséric, n'eurent pas de peine à soumettre un pays déjà désorganisé et moralement détaché de Rome. Ils démantelèrent les villes, saccagèrent les églises catholiques, puis, séduits par la beauté du climat, s'établirent à demeure et essayèrent de gouverner au moyen d'une sorte de féodalité. Mais ils étaient grossiers, ignorants, peu nombreux, et ils n'ont modifié d'une façon appréciable, ni dans son organisation, ni dans sa race, le vieux fonds berbère.

lies Byzantins. — Les Byzantins, ou Grecs de Constantinople, qui se prétendaient les héritiers de l'ancien Empire, abordèrent à leur tour en Afrique avec Bélisaire, le célèbre général de Justinien, et, à la bataille de Tricaméron, en 533, mirent fin d'un seul coup à la domination des Vandales. Rs se montrèrent plus avides et ne furent pas plus heureux que leurs devanciers. La dureté de leur fisc acheva de ruiner les

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villes romaines. L'insurrection des indigènes, devenue permanente, porta de tous côtés la dévastation. Ni Bélisaire, ni ses successeurs Salomon et Jean Troglita ne parvinrent à rétablir l'ordre. L'historien Procope affirme qu'en vingt ans la population diminua de cinq millions d'habitants. Au bout d'un siècle, personne n'eût reconnu l'Afrique romaine. De véritables déserts parcourus par les nomades avaient remplacé en maintes contrées les cultures et les villes.

Premlèro Inirasioii arabe. — Au milieu du vn^ siècle, nouvelle invasion, celle des Arabes : le fondateur de Kérouan, le fameux Okba, dont les os reposent près de Biskra, dans le plus ancien monument musulman de TAIgérie, un peu plus lard Hassan, soumettent au Koran la Berbérie qui prend dès lors le nom de Maghreb. Les Grecs et les derniers Romains disparaissent. Les habitants de l'Aurès s'étaient défendus quelque temps dans leurs montagnes, ayant à leur tète la KalUna, reine et prophétesse. Cependant la majorité des Berbères accueille sans répugnance la foi islamique, la considérant peut-être comme une revanche suprême contre la tyrannie et lorthodoxie byzantines. Mais bientôt ils s'aperçoivent qu'ils n'ont fait que changer de maîtres; ils se jettent dans l'hérésie avec une ferveur nouvelle : musulmans, ils deviennent ouakbites et chiites, de même que, chrétiens, ils avaient naguère *»mbrassé le donatisme. Enfin ils se séparent des khalifes de Cordoue, ils absorbent une fois de plus leurs conquérants et ils fondent, à l'ombre du Croissant, des dynasties nationales.

Mymmmtlem berbères du Vlll* au XV siècle. — Une

partie de l'Algérie, ou Maghreb-el-Otimsathy c'est-à-dire « couchant du milieu », fut ainsi gouvernée, dans la seconde moitié du viii« et pendant tout le ix« siècle, par les Restamitesoiiahhites. Leur capitale était Tiaret (Tagdempt en berbère), centre stratégique protégé par le massif de l'Ouarsenis et qui commande à la fois le Tell et les hauts plateaux. Ils furent les contemporains des Edrissites de Fez et des Aghlabites de Kérouan.

Pendant le x« et au commencement du xi« siècle, l'Algérie fut comprise dans l'empire des Fatimites, fondé par le chiite Obéid-Allah et qui s'étendit jusqu'à l'Egypte. A la fin du XI* siècle, elle suivit dans leur rébellion les chefs berbères Ztrites qui, en haine de leurs maîtres du Caire, adoptèrent le rite orthodoxe malékite, suivi encore de nos jours par la plupart des indigènes algériens.

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Seconde Invasloii arabe et nouwelles dynasties berbères. — Les Fatimites se vengèrent en déchaînant sur le Maghreb une invasion d'Arabes autrement terrible que celle du VII® siècle : plus de deux cent mille nomades, véritables brigands, dévastèrent les campagnes et forcèrent la population agricole à se réfugier dans les montagnes. Vers le même temps, arrivèrent du Sahara occidental et du Maroc des Berbères voilés, semblables aux Touareg actuels, et qui, sous le nom d* Almoravides ou Morabethin (marabouts, liés à Dieu), poussèrent de tous côtés jusqu'au Nil et jusqu'au Guadalquivir leurs rapides conquêtes. Après les Almoravides, au xn« siècle, surgirent les Almohades ou unitairiens, qui les remplacèrent. Cette dynastie de race berbère assura près d'un siècle et demi de tranquillité et d'éclat à TEspagne méridionale (c'est le temps d'Averroès, c'est alors que fut construite la Giralda de Séville) ; mais elle ne parvint pas à réprimer complètement dans l'Afrique du nord l'anarchie qui y régnait depuis la seconde invasion arabe.

Eies Zlanides de Tlemeen. — Après la dissolution de l'empire almohade, les Beni-Zian ou ZianideSy établis à Tlemeen en 1248, ne furent guère plus heureux. Ils se rendirent maîtres, il est vrai, d'Oran, d'Alger et d'une portion notable de l'Algérie. Leur capitale Tlemeen, assise au bord d'un plateau frais et ombreux, protégée par les montagnes contre le vent du Sahara, devint par ses palais, ses mosquées, ses jardins, ses écoles, son université, son industrie, son commerce et sa population de 125 000 âmes, la première ville de tout le Maghreb. Cependant ils furent impuissants à réprimer les dévastations des nomades; ils eurent peine eux-mêmes à se défendre contre leurs voisins, les Mérinides du Maroc et les Hafzides de Tunisie; Alger leur échappa; Tlemeen fut étroitement bloquée, et l'on voit encore les ruines du camp ou plutôt de la cité militaire (Mansourah) construite à ses portes par les assiégeants. Au xvi« siècle enfm, les Espagnols, irrités par les pirateries des villes maures du littoral, s'emparèrent d'Oran et de Bougie. La dynastie des Zianides n'en avait pas moins duré deux siècles et demi lorsqu'elle fut renversée par les Turcs. La race berbère avait prouvé qu'elle n'était incapable ni d'organisation politique, ni de travail fécond, ni de développement intellectuel. Le géographe Ibn-Batouta et Thistorien Ibn-Khaldoun, qui vivaient au xiv« siècle, sont tous deux des Berbères.

Entre la Tunisie et le Maroc, l'Algérie s'était constituée et avait trouvé à peu près ses limites actuelles.

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INMiilaatloa turque. — Deux aventuriers habiles et énergiques, Aroudj et Khaïr-Eddin Barberousse, établirent alors (1510) en Algérie une oligarchie militaire connue sous ' nom de VOdjak.

Cette milice fanatique, recrutée surtout parmi les Turc commandée par des chefs électifs ou deys, solidement établ dans les ports et dans quelques villes de l'intérieur, leva d tributs sur les indigènes, organisa une puissante marine s'enrichit par la piraterie et la traite des blancs. Pendant trc siècles et demi, elle brava TEurope et, en dépit des expéditio de Charles-Quint (1541), de Duquesne (1682-83), de lo Exmouth (1817), continuait à exercer impunément son odieu industrie. La domination turque eut du moins cet avantage i donner à l'Algérie une capitale définitive : Tancien Icosium d Romains, le port berbère à'AUDjezdir (les îles), la vil

d'ALGBR.

Sous l'autorité du dey d'Alger, le reste de l'Algérie éU gouverné par trois autres chefs turcs : les beys d'Oran, Tite ou Médéa, Constantine. De ceux-ci relevaient les grands ch€ indigènes.

Ainsi, à la veille de la conquête française, les Berbèr dWlgérie, fils des anciens Maures et Numides, à peine modifi par les Romains, effleurés par les Vandales et les Byzantin en partie arabisés, mais à la surface seulement, par deux inv sions, par une conversion plus ou moins profonde à la 1 musulmane, par l'adoption (sauf dans le Djurdjura et l'Aurî de la langue arabe, demeurés intacts sous le régime turc, retrouvaient après quatorze cents ans en face d'un conquéra civilisé et allaient lui opposer le même esprit de résistan obstinée et farouche.

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