Duveyrier, La Tuniiie, ch. VII
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Entrée des Frantats dans la Béirencc. — Sous le commandement en chef du général Forgemol de Bostquenard, trois divisions, dirigées par les généraux Logerot, Japy et Delebecque, furent concentrées dans la région de Bône : au total 23,000 hommes. Des pluies torrentielles et des brouillards intenses, enveloppant un pays montagneux et à peu près inconnu, relardèrent le départ des troupes, qui n'eut lieu que le 22 avril. Devant une force aussi imposante, les tribus tunisiennes se replièrent en toute hâte et furentd'abord insaisissables ; la poursuite à travers des montagnes inexplorées et sans routes, dans lesquelles chevaux, mulets et canons n'avançaient qu'à grand'peine, était fort pénible. Cependant, le 26, Tennemi fut rejoint Siu co\ de Fedj-Kahla : après une vive résistance, il dut Tabandonner en grand désordre, ainsi que les deux autres postes de Hadjar'Menkoura et Kef-Cheraga, Le même jour la brigade Logerot arrivait au Kef, et la ville, après quelques velléités de résistance heureusement calmées grâce à la prudence de notre agent consulaire, M. Roy, ouvrit ses portes et Tunique citadelle de la Tunisie occidentale se trouva entre nos mains. Le général Logerot y laissa garnison et, après un combat très brillant, dans lequel bon nombre d'ennemis périrent et où nous eûmes six tués et quatorze blessés, il opéra sa jonction avec la colonne Delebecque. Refoulées dans toutes les directions, les tribus du pays Khroumir se trouvaient réduites à l'impuissance.
Pendant ce temps, du côté de la capitale, M. Roustan remplissait avec bonheur la difficile mission qui lui était échue : empêcher le bey de se déclarer en guerre avec nous et de s'enfuir dans l'intérieur, obtenir au contraire la coopération des réguliers tunisiens avec nos troupes, enfin prévenir tout mouvement insurrectionnel dans Tunis môme.
Béliar^ni^nA^n^ à Blaerte* — Tandis que sa ferme attitude rassurait les colonies européennes et tenait en respect la partie hostile de la population indigène, un débarquement dont les préparatifs avaient été gardés entièrement secrets avait lieu à Bizerte. Partis de Toulon; les généraux Bréart et Maurand, le 2 mai, avaient occupé la ville sans difficulté. Une colonne française pouvait être de là rapidement conduite josqu*à Tunis. Ce fut à ce moment précis que le désir d'intervenir se manifesta avec le plus de vivacité à Tétranger.
Essais d*iiitcrventloii étranirère. — La Porte, qui depuis le début n'avait cessé de mettre en avant les droits légendaires qui avaient découlé un moment pour elle de la
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conquête de Tunis par Khaïr-Eddin Barberousse au xvi* siècle, se voyant perpétuellement éconduite, prit tout à coup la résolution d'agir par la force, et, puisqu'on parlait d'ordre à rétablir dans un pays musulman, d'accomplir elle-même cette tÂcbe ardue. Une escadre fut armée à la bâte. Elle était à la hauteur de La Canée quand ce projet fut connu en France. Le jour même, 5 mai, M. Barthélémy Saint-Hilaire télégraphiait à notre ambassadeur à Constantinople, M. Tissot, d'avertir les ministres ottomans que, si une ingérence pareille se produisait, nous nous considérerions sur-le-champ comme en état de guerre avec la Porte. En même temps notre flotte recevait l'ordre d'arrêter au passage l'escadre turque et de s'opposer par la force à tout débarquement sur un point quelconque de la Régence. C'étaient, presque mot pour mot, les instructions qui avaient été envoyées trente-cinq ans plus tôt, en juin 1846, par M. Guizot au prince de Join ville, lequel devait aussi repousser de vive force les Turcs < si quelque tentative hostile avait lieu de leur part, sur une partie quelconque du territoire de la Régence ». Comprenant qu'il n'y avait pas là de notre part une vaine assurance, les ministres ottomans abandonnèrent leur projet et renoncèrent de même, sur un nouvel avis identique, à leur intention de faire simplement paraître le pavillon ottoman en rade de La Goulette. Ils durent se contenter d'envoyer à grands frais toute une armée à Tripoli, de faire relever bruyamment les bastions des abords de la ville, de recevoir à bras ouverts les dissidents tunisiens qui passaient la frontière. L'armée mal payée, les dissidents privés de leurs ressources, mirent le pays au pillage et le ruinèrent à qui mieux mieux ; la Tripolitaine s'en ressent encore aujourd'hui. C'est là l'unique satisfaction que reçurent, à propos des affaires tunisiennes, les goûts panislamiques de Sa Majesté Abdul-Hamid.
Une autre proposition d'intervenir, mais celle-là d'une forme toute pacifique, se produisit à la même époque. Le
7 mai, l'Angleterre fit offrir par lord Lyons ses bons offices à la France, et, si cela pouvait nous agréer, sa médiation. Le gouvernement déclina, en termes très amicaux, cette ofl're courtoise ; mais il comprit qu'il devait se hâter de terminer lui-même l'affaire tunisienne en traitant directement avec le bey.
Traité du Bardo. — Le général Bréart reçut» le
8 mai 1884, l'ordre de quitter Bizerte; il campa le 9 avec ses troupes au Fondouk, à vingt-cinq kilomètres de Tunis; le 10,
il reçut ses pleins pouvoirs pour traiter et, le 12, arrêtant ses tètes de colonne à La Manouba, à deux kilomètres du Bardo, fut présenté par M. Roustan à Son Altesse, alors installée au palais de Kasr-Seiidy à côté du Bardo. Le traité ayant été lu en arabe à Mohanied-el-Sadok, ce prince demanda à réfléchir et tint conseil pendant quatre heures. A huit heures du soir, il « fît appeler de nouveau les plénipotentiaires français et signa le traité en leur présence.
Par cet acte, le gouvernement de la République garantissait l'intégrité du territoire tunisien contre toute attaque du dehors et assumait la responsabilité de la préservation de l'ordre au dedans. 11 maintenait, conformément à ses engagements antérieurs avec les puissances, les traités qui unissaient celles-ci à la Tunisie. Les agents diplomatiques et consulaires de la France étaient chargés de la protection à l'étranger des intérêts et des nationaux de la Régence. Enfin les parties contractantes se réservaient de procéder, lorsque le moment serait favorable, à une réorganisation totale de ce système financier tunisien qui avait donné lieu à tant de plaintes et qui menaçait d'amener la ruine totale du pays.
Première paelflcattoB de la Béirence. — Ce traité fut communiqué aux diverses puissances européennes. Les Anglais demandèrent ce que l'on comptait faire de Bizerte : pas un port de guerre pour le moment, leur fut-il répondu, peutêtre un port de commerce. Il n'y eut pas d'autres observations. Les mouvements de nos troupes continuèrent dans la partie septentrionale de la Tunisie ; ils furent appuyés par des colonnes de l'armée régulière du bey, commandée par Sidi-Ali, depuis bey de Tunis, lequel avait fait comme son frère sa soumission la plus complète au nouvel ordre de choses. Au 31 mai, Tinsurrection était entièrement calmée; les Meknas, lesMogods et les autres tribus de la frontière et du pays Khroumir reçurent Vaman, c'est-à-dire l'amnistie, et l'on put considérer la partie militaire du programme comme terminée.
Bappel d*Me partie «les troupes. — Une partie des troupes (dix mille hommes) fut rappelée en France. C'était une satisfaction partielle donnée à l'opposition ; celle-ci avait fait grand bruit du nombre relativement considérable de morts causées par les fièvres dans l'armée d'occupation et avait créé en France une vive anxiété de voir ces opérations promptement terminées. Comme on le sait et comme l'expérience l'a montré depuis, la Tunisie, à part quelques points qu'il est
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facile d'éviter et qui sont bien connus, n'est pas un pays fiévreux ; mais les fatigues de la marche dans des régions sans chemins, à la poursuite d'un ennemi la plupart du temps insaisissable, par des pluies et des brouillards d'une intensité exceptionnelle, avaient occasionné dans Tarmée- beaueonp de cas de fièvre typhoïde, et ce mauvais état sanitaire, exagéré par le bruit public, faisait désirer par une partie de la population le rappel des troupes.
IVoavelle a^ltatioa. — Quoi qu'il en soit, le rappel eut lieu et on en vit immédiatement les fâcheux effets. Le bruit se répandit parmi les indigènes qu'un ultimatum du sultan avait causé cet exode inattendu et qu'une armée ottomane considérable venait au secours des Tunisiens. On sait avec quelle rapidité des bruits pareils et môme beaucoup d'autres plus invraisemblables encore se répandent parmi les Arabes et avec quelle crédulité ils sont accueillis. L'agitation recommença dans la Régence, non plus dans le nord que nous continuions d'occuper suffisamment, mais à l'est, au sud et dans les environs mômes de Tunis où nous n'avions pas pénétré : des assassinats et des faits de pillage avaient lieu aux portes de la capitale. Vers le milieude juin, des nouvelles inquiétantes arrivèrent de la région du Sahel ; à la tête de tribus insoumises, Aliben-Khalifa désolait le pays et y entretenait l'agitation; elle était grande surtout dans la riche cité de Sfax, dont les habitants, le regard sur la mer, attendaient de jour en jour la venue de la flotte du Grand-Seigneur. 11 fallut renvoyer des troupes dans la Régence. Les envois se firent par deux et trois bataillons à la fois; ils s'élevèrent de juillet à octobre à trente mille hommes.
InsarrectioB de SCax et ses suites. — Le 28 juin, la ville de Sfax entre en révolte ouverte ; le quartier européen est envahi et pillé; le vice-consul de France, blessé dans l'émeute, se retire avec ses nationaux et le reste des étrangers à bord du Chacal, de VAlina et des autres bâtiments européens arrêtés en rade; la rébellion triomphe et s'étend jusqu'à Gabès, à VArad, au Djérid. Il était nécessaire de prendre d'énergiques mesures. L'escadre de la Méditerranée se réunit dans les premiers jours de juillet devant Sfax, qui fut bombardée par l'amiral Garnault et par le commandant (depuis amiral) de Marquessac. Les Arabes de la côte, qui n'avaient aucune idée de la puissance de notre artillerie, s'imaginaient que, de la distance où les navires français avaient dû s'arrêter,
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nos obus n'atteindraient pas la ville. Ils furent bientôt convaincus du contraire; en fort peu de temps, les murs et la citadelle furent battus en brècbe; quelques projectiles allèrent même atteindre, par delà Tenceinte de la ville, des campements de révoltés établis dans la campagne.
Le 16 juillet au matin, Tordre de débarquement fut donné. Par un soleil splendide, les embarcations prirent la mer, emportant, sous le feu des Arabes, environ trois mille hommes, tant marins que soldats de Tarmée de terre. Les batteries indigènes installées sur la plage avaient été détruites la veille; rétablies pendant la nuit, elles avaient été renversées de nouveau avant le débarquement; néanmoins, dans les fossés creusés derrière elles, leurs servants, acharnés à défendre la position, attendirent nos soldats de pied ferme, luttèrent jusqu'au dernier souffle et moururent, sans fuir ni se rendre, près des pièces qu'ils n'avaient pu protéger. La ville se défendit de môme; il fallut, dans certaines rues, prendre les maisons une à une ; ce qui fut un exemple unique dans l'histoire de notre occupation de la Tunisie. Enfin marins et soldats arrivèrent à la Kasba, s'y établirent, et les révoltés s'enfuirent hors des murs dans la direction du sud, emportant ce qu'ils pouvaient du butin fait par eux dans le quartier européen avant la prise de la place. Nous eûmes à l'assaut de la ville huit morts et quarante blessés ; nous n'en avions eu aucun pendant le bombardement. Une contribution de 5 millions de francs fut imposée à la ville qui avait donné l'exemple de la rébellion. Sonsse, Djerbay Gabès furent occupées successivement.
Pendant ce temps, les élections générales avaient eu lieu en France le 21 août, et, en donnant une forte majorité au ministère, elles avaient montré qu'en somme, malgré les protestations de la partie hostile de la presse, le pays approuvait l'acte courageux qui devait nous valoir un si notable accroissemeht de puissance africaine. On résolut de poursuivre énergiqueinent l'entreprise et, comme on avait fait pour le pays des Khroumirs, de balayer toute la Régence, au moyen de colonnes venues de points différents qui auraient un lieu de jonction commun.
•ccvpatton de Kéronait. — Le général Forgemol partit de Tebessa, le général Etienne, de Sousse, une troisième colonne était commandée par le général Logerot. Le rendezvous était à la ville sainte de Kérouan, dans laquelle les chré-
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tiens n'avaient jamais pénétré, et qui passait pour le foyer principal du fanatisme musulman. L'exemple de Sfax donnait lieu de croire qu'on rencontrerait une vive résistance; mais il n'en fut rien. Sauf dans le nord-ouest où elles ont gardé leurs qualités belliqueuses, les tribus tunisiennes n'ont aucunement les goûts guerriers des habitants du Maroc ou de la province d'Oran. Sur tout le parcours de nos colonnes, elles s'enfuirent ou effectuèrent leur soumission. Ce furent pour nous de simples promenades militaires qui s'exécutèrent avec beaucoup d'ordre, et qui eurent, outre l'avantage de nous faire connaître le pays, celui de donner aux Arabes du centre quelque idée de nos forces et d'étouffer pour longtemps toute velléité de révolte. Le général Etienne arriva le 26 septembre devant Kérouan, le général Logerot le 28, le général Forgemol, le 29. La ville ne se défendit pas et nos troupes entrèrent sans combat dans les murailles qui renferment le tombeau du barbier du Prophète. La colonne amenée d'Algérie par le général Forgemol comptait dix à onze mille musulmans de notre armée, qui ne manquèrent pas d'aller faire leurs dévotions devant les saintes reliques. Ce zèle religieux de la part de soldats français ne contribua pas peu à faire comprendre à la population que nous ne venions pas persécuter, que nous arrivions en protecteurs et non en ennemis, et qu'on pouvait vivre sous notre domination sans renier pour cela la foi de ses pères. .
L'attaque d'une gare sur la ligne de Tunis à la frontière, la gare de VOued-Zarffua, par les Arabes, suivie du massacre du chef de la station et de plusieurs employés (30 septembre), attaque promptement et sévèrement punie, est le dernier fait grave qui ait marqué la campagne tunisienne.
Pactflc^Uon déflnlttve du pays. — A l'automne, le pays était entièrement pacifié. Dans le sud, il est vrai, Ali-ben- Khalifa, réfugié avec ses partisans en Tripolitaine, faisait de temps en temps quelques incursions sur le territoire tunisien ; mais il était surveillé par le général Logerot, dont les troupes exécutaient de fréquentes marches sur la frontière. Le vieux révolté fut bientôt réduit à peu près à l'impuissance; les tribus soumises et les tribus dissidentes se razzièrent à tour de rôle pendant quelque temps ; il y eut pillage, mais il n'y eut plus guerre. Bientôt, du reste, allait commencer, grâce à l'aman que le bey, sur les conseils du résident de France, accorda à tous les rebelles, le mouvement de rentrée qui fit le vide autour du vieil Ali. 11 n'avait plus qu'une poignée de partisans lorsqu'il
mourut sous sa tente, en novembre 4884. Les efforts de notre coDsul général à Tripoli, M. Féraud, et ceux du gouverneur tunisien de l'Arad, le général Allégro, hâtèrent cette fin pacifique de la campagne.
L'histoire de la Tunisie, depuis Tannée de l'occupation, n'est guère que celle des réformes que la France y a introduites; elles seront examinées dans un chapitre à part.
D suffira de signaler ici la chute de Moustapha-ben-Ismaïl, l'ancien favori du bey, remplacé, dans l'été de 4881, par Nohammed-Khaznadar ; la désignation de M. Paul Cambon, préfet du Nord, pour succéder à M. Roustan, dont la tâche diplomatique à Tunis était terminée (18 février 1882); Tavènement d'Ali-Bey, frère du bey Sadok, le 28 octobre 1882 * ; la nomination de Si-Azis-bou-Atour, premier ministre; enfin la convention franco-tunisienne du 8 juin 1883, par laquelle le bey s'engage « à procéder aux réformes administratives, judiciaires et financières que le gouvernement français jugera utiles » et, en un mot, reconnaît ouvertement le protectorat de la France.
Attaciaes de la presse contre II. Boastan. — Ce
rapide historique de l'établissement de notre protectorat en Tunisie serait incomplet, si nous ne rappelions en terminant que, comme Dupleix et comme Lally, comme la plupart de ceux qui se sont voués à l'accroissement de notre empire colonial, M. Houstan, redouté et admiré par tous les étrangers qui avaient eu à lutter avec lui, fut, en France, abreuvé d'injures et de calomnies. Appartenant à une famille dont tous les membres se sont distingués au service de l'État, dans l'armée, dans la marine, dans l'enseignement supérieur, remarqué dès ses débuts pour le courage dont il avait fait preuve en Egypte pendant la terrible épidémie de 1865 et pour son habileté politique éprouvée dans nombre de postes difficiles, M. Roustan s'est vu appliquer les appellations les plus ignominieuses. Il a été représenté comme un « faiseur d'affaires », un « traître à la patrie » qui n'avait rien voulu que c voler des millions sur des cadavres », Le procès qui s'en est suivi est encore présent à toutes les mémoires, de même, Dieu merci, que le mouvement général d'opinion qui, à la fin, a revisé le jugement rendu dans celte affaire. Il suffira sans doute de rappeler comment les polémiques furieuses de divers journaux qui, à travers M. Roustan, cherchaient à atteindre M. Gambetta, ont été
i. Ali-Bey est né en 4817. Suivant la coutume musulmane, rhéritier présomptif est un autre vieillard, son frère, Mohammed-Taie b.
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jugées par un écrivain peu suspect de partialité, M. de Mazade, de l'Académie française : « Voilà, a-t-il écrit sur le moment même, un homme qui aura servi son pays dans des postes lointains et souvent pénibles, qui aura eu plus d'une fois à déployer toute son énergie, à engager sa responsabilité pour la défense des intérêts nationaux. Naturellement, il est obligé d'user, au besoin, des moyens qu'il a sous la main; de l'aveu de tous, cependant, il est resté honnête, uniquement occupé de son devoir d'agent de la France, et un jour vient où, sur la foi d'on ne sait quelles dénonciations obscures ou intéressées, il est exposé à être offert en spectacle devant un prétoire, à voir son nom traîné dans toutes les polémiques, ses plus simples actions dénaturées par l'esprit de parti. Est-ce par cette manière de payer le dévouement qu'on se figure recruter, pour les plus difficiles services du pays, des fonctionnaires intelligents, actifs et utiles? S'il devait en être ainsi, la première pensée des agents employés au loin serait bientôt de ne jamais se compromettre, de ne point engager leur responsabilité pour les intérêts nationaux, d'éviter enfin les affaires le plus possible, au risque de laisser décliner l'influence française au milieu de toutes les compétitions ardentes. On aurait bien gagné et la République serait bien servie si, dans tous les postes compromettants, où il y a des intérêts français à défendre, nos représentants en étaient chaque matin à craindre d'être dénoncés dans un journal de Paris et d'avoir à intenter, avec le même succès que M. Roustan, des procès en diffamation devant le jury de la Seine * !» M. Roustan a été nommé depuis ministre de France à Washington. Il est actuellement ambassadeur à Madrid.
CïonvernemeBts de M. Cambon et de M. M asslvaiilt.
— Depuis dix ans, la Tunisie n'a plus donné aucun souci à la France. A un moment seulement, en 1890, quand M. Crispi, le chef du cabinet italien, semblait prendre à tâche de rechercher et d'entretenir des castis belli, des difficultés assez graves se sont élevées entre les cabinets de Paris et de Rome à propos du droit d'inspection sur les écoles italiennes de la Régence. A part ce conflit, assez promptement apaisé, l'histoire de la Tunisie n'est plus que l'histoire des réformes qui y furent accomplies, au nom du bey, mais sous l'action de la France. Ces réformes se sont poursuivies sous deux résidents généraux. M. Gambon (de 1882 à la fin de 1886) et M. Massicault (depuis