PRÉFACE V
Coogo, de Madagascar, de l'Indo-Ghine, succombait sous le poids de l'impopularité la plus imméritée.
Dans le pays et dans les Chambres on a compris enfin l'importance du but à atteindre dans Tàpre concurrence de toutes les grandes nations européennes, et Ton a admis la nécessité de sacrifices proportionnés aux tâches entreprises. On ne discute plus que sar le meilleur parti à tirer des colonies déjà acquises ou sur les moyens les plus efficaces pour assurer notre influence dans les limites reconnues par les traités. Mais, en 1885, qui eût pu prévoir qu'un jour les victoires sur Ahmadou et Samory seraient célébrées comme des victoires, que les crédits pour une expédition au Dahomey seraient votés presque sans opposition, que le désastre de Crampel serait seulement le point de départ de nouvelles entreprises, que les noms des Dybowski et des Monteil seraient dans toQtes les bouches, que le lieutenant Mizon serait fêté à l'Hôtel de Ville et qu'il se formerait à la Chambre des députés un imposant « groupe colonial » ? Certes il est regrettable que ce revirement ne se soit pas produit plus tôt ; nous n'aurions pas toléré que les Aoglab de Calcutta, par les conséquences qu'ils prétendent tirer de leur conquête de Birmanie, nous ravissent sur le Mékong une partie des fruits de nos succès au Tonkin ; nous serions solidement établis à Madagascar ; nous n'aurions pas laissé grandir la puissance de Samory et l'insolence du roi Béhanzin ; nous n'aurions pas liTréà la Royal African Company le bas Niger, la Bénué et un immense hinlerland jusqu'au lac Tchad ; nous aurions prévenu, par des traités conclus en temps utile, le développement incommode pour nous qu'a pris le Togo allemand ; nous aurions obtenu de meilleures frontières dans la région du Congo, aux sources du Niger et dans maûnte autre région. Du moins, lorsque nous revenons* d'une erreur, nous en revenons vite; et c'est à pas de géants, avec des bottes de sept lieues, que nous avons reconquis une partie du terrain perdu. Au reste, chaque génération a ses ignorances et ses^ incertitudes et il ne faut pas être plus sévère pour la nôtre qu'il nb convient. Si aux jours de la Restauration, même dans les années tranquilles de Louis-Philippe, ou même seulement vers 4858, lorsque le second Empire n'avait pas encore mis le doigt dans Tengrenage qui Ta pris tout entier, la France avait eu l'intuition nette des destinées qui l'attendaient dans le grand continent du sud, îmagine-t-on ce que serait aujourd'hui l'Afrique ? non pas ce triangle bizarrement découpé en rectangles, démembré, déchiqueté, t^ariolé de couleurs anglaises, allemandes, italiennes, portugaises, belges-congolaises, mais un empire immense, presque compact, qui eût compensé pour la France ceux que les guerres du ivui* siècle et la chute de Napoléon lui avaient fait perdre dans llndoustan, en Amérique et sur le continent européen. L'Afrique eût été pour nous les véritables Indes noires, plus précieuses mêmes que celles du Gange, car il y a là un monde de clients inconnus,