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GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE COLONISATION — RESSOURCES DE LA TUNISIE

La végétation. — Sous ce ciel, en somme assez doux, et sur ce sol assez bien arrosé pour une terre d'Afrique, mieux arrosé que celui de l'Algérie, infiniment mieux que celui de la Tripolitaine, croît dans de vastes régions une végétation qui ne peut être comparée pour sa richesse qu'à celle des belles parties du Maroc et même de la France. Le district de Tabarka n'est pas riche seulement en mines : il est couvert par les plus belles forêts que présente l'Afrique du nord ; avec les arbres de France, l'orme, le peuplier, le saule, l'aune, le houx, avec toute la verdure et toutes les mousses de nos forêts, on trouve encore là-bas le chêne zéen et le chêne liège en abondance, sur de très vastes étendues. Les ravages des invasions successives et les déprédations séculaires des nomades, qui ont déboisé et stérilisé tout le centre de la Tunisie, ont respecté ce territoire. Les

massifs forestiers offrent une superficie de cent mille hectares au nord de la Medjerda, de dix-sept mille au sud.

Au sud de ce massif et jusqu'à Tunis, toute la vallée de la Medjerda est riche en céréales de toutes sortes; Tolivier y réussit très bien ausi.

La côte orientale présente, de même que la côte nord, une très large bande de terrain d'une extrême fertilité. Le centre de la Tunisie et, presque sur tous les points, les bords du golfe de Gabès sont, au contraire, en ce qui concerne ces cultures, à peu près stériles. C'est la région des landes. Elle produit toutefois en quantité de l'alfa.

Les terrains fertiles de l'est produisent^ avec autant d'abondance au moins que ceux du nord, tout ce qu'il plaît aux travailleurs de leur demander : pâturages, céréales, olives, oranges, raisins, amandes, grenades, figues, etc. Chaque ville est entourée d'immenses jardins ou vergers qui l'encadrent de leur verdure. Au delà s'étendent des champs dans lesquels des Européens, de plus en plus nombreux, viennent apporter leur travail, leur expérience de la terre et leurs capitaux. Dans un temps qui n'est pas éloigné, l'industrie de nos compatriotes devra s'attaquer aux terrains laissés en friche depuis des siècles, et partout où les couches artésiennes, heureusement assez nombreuses, permettront d'obtenir des eaux d'arrosage, il pourront, sans peine excessive, rendre à ce sol l'antique fertilité qui en a fait autrefois le grenier de Rome.

Oasis : palmiers, etc. — Le sud de la Tunisie, l'île de Djerba, le voisinage des Chotts constituent la région des oasis. Le sol y est sablonneux, mais partout oii on peut l'arroser il devient d'une fertilité surprenante * ; les palmiers surtout y prospèrent, mais avec eux et au-dessous d'eux tout un monde de végétaux moindres. « La voûte gigantesque que forment les éventails de palmes des dattiers couvre une forêt de pistachiers, de grenadiers, d'orangers et de citronniers qui protège ellemême un fourré d'arbrisseaux dont les fruits mûrissent encore sous ce double abri. Pline nous a laissé de l'oasis de Tacape, qu'il avait certainement visitée, dans l'une de ses deux excursions en Afrique, une description qui est encore la plus exacte qu'on en puisse donner : « ... Là, sous un palmier très élevé croît un

1. Cette expérience a été tentée, sous la direction de M. de Lesseps. par le commandant Landas : un puits artésien creusé dans la région de Gabès, prés de l'oued Mêla, donne aujourd'hui 300 métrés cubes à l'heure d'excellente eau d'arrosage.

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t olivier, sous Tolivier un figuier, sous le figuier un grenadier, t sous le grenadier la vigne; sous la vigne on sème du blé, « puis des légumes, puis des herbes potagères, tous dans t la même année, tous s*élevant à Tombre les uns des autres. » Ce tableau est celui de toutes les oasis tunisiennes, Gafsa, Oudiane, Tozeur, Nefta, Telemin, Kbilli, Djerba*. » Les dattes de la Régence sont les plus célèbres et les meilleures du monde entier; infiniment supérieures à celles d'Egypte, elles sont préférées à celles de la Tripolitaine, de l'Algérie et du Maroc. Leur excellence est attribuée en partie à l'avantage qu'elles ont d'être arrosées partout, sauf dans le Nefzaoua, par les eauxtièdes des sources thermales.

Les aecpilsKIons de terres. — Les difficultés dans l'acquisition de la terre par les Européens venaient de l'incertitude habituelle des titres de propriété, de l'absence de tout enregistrement, enfin de certaines coutumes indigènes qui assuraient aux parents du vendeur et aux voisins de Timmeuble un droit de préemption, fort gênant pour Tacquéreur. En outre, c'était le tribunal du Ghâra qui était exclusivement compétent pour les contestations immobilières, même entre Européens et indigènes. C'est contre ces difficultés qu'avaient échoué les premiers colons français venus en Tunisie après l'établissement du protectorat. La loi du l**" juillet 1885 a eu pour objet d'écarter les obstacles. Elle rend applicables dans la Régence, non pas les savantes dispositions de notre code, plus convenables pour un pays de droit romain que pour une contrée pour ainsi dire neuve, mais bien les règles du fameux act Torrens, dont les effets ont été si bienfaisants en Australie.

Tout propriétaire d'immeubles peut aujourd'hui en réclamer l'immatriculation. Un conservateur de la propriété foncière procède, après des délais fixés et l'accomplissement de certaines formalités destinées à sauvegarder les droits des tiers, à l'enregistrement du titre; si des contestations se produisent, un tribunal spécial en décide. Un plan de la propriété doit être joint à toute demande d'immatriculation. Toute propriété ainsi enregistrée tombe, pour l'avenir, sous la juridiction des tribunaux français. Selon toute vraisemblance, les biens un peu importants seront tous enregistrés d'ici à peu de temps. On obtiendra alors ce triple résultat avantageux : que la transmission des terres les plus riches de Tunisie sera facilitée par

l. Ch. Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, liv. 1, ch. m.

l'existence de titres inattaquables ; que le cadastre de ces mêmes terres se trouvera fait sans que l'Etat ait rien eu à débourser, enfin qu'elles échapperont au tribunal religieux musulman, le Châra *, pour relever de nos magistrats.

Les biens dits habotis, ou de mainmorte, les uns publics, c'est-à-dire affectés à des fondations pieuses, les autres parliculiers, constitués en espèces de ftdéicommis, ne pouvaient être acquis par les colons français. On ne crut pas devoir toucher au principe môme des habous, qui a un caractère religieux; mais un décret beylikal du 21 octobre 1885 a permis, mais uniquement par voie d'enchères publiques, de les constituer en enzel, c'est-à-dire à bail emphytéotique pour une durée très longue et moyennant une redevance annuelle. Tout le monde y a gagné : les colons, qui ont pu acquérir la terre dans des conditions très favorables, et les fondations pieuses ou les fidéicommissaires, qui ont acquis ainsi un revenu assuré.

Ces dispositions et d'autres encore, comme la location à bas prix des terrains domaniaux que les colons s'engagent à planter en oliviers, la prise à la charge de l'État des frais d'immatriculation, la simplification de la procédure d'enregistrement, ont favorisé grandement le développement de la colonisation française. Sur 6 068 hectares de biens habous mis aux enchères, 3430 ont été acquis par nos compatriotes. Par achat aux propriétaires indigènes ou par contrat à'enzel, de 1881 à 1890, 400 000 hectares sont passés entre des mains françaises. Ce chiffre s'est accru de 38 876 hectares en 1890 et 1891. Tel des propriétaires nouveaux possède 3 000, 5 000, 6 000, 8 000 hectares. La Société franco-africaine en a 11 500 à Gafour et 120 000 à l'Enfida ^.

lies plantatlonfi de vignes. — La terre tunisienne, éminemment propre à l'agriculture et surtout à la vigne, recueillera d'ici à peu d'années une partie de cette population agricole que le phylloxéra a ruinée en France. Dans chaque nouvelle propriété acquise par nos compatriotes la vigne est plantée. On a commencé il y aura bientôt dix ans, et le produit a dépassé l'attente. Gomme rapidité de croissance et comme fécondité, les plantations ont donné de meilleurs résultats qu'en Algérie même. On récolte dans la Régence des

1. Il n'a gardé sa compétence que pour les immeubles non immatriculés.

2. Voir la curieuse liste de ces propriétaires, en presque totalité français, dans V Annuaire iuniiien de G. Blondeau.

vins rouges assez analogues à nos vins du midi de la France, et des vins blancs à peu près pareils aux vins chauds et secs de la Sicile. Nous ne pouvons leur souhaiter qu'une chose : c'est qu'ils finissent par égaler sur les marchés européens la réputation dont jouissaient dans le monde romain les vins de la province d'Afrique. A l'Exposition d'Anvers, en 1885, à TExposilion universelle de i889, de nombreuses médailles et mentions ont été accordées à des viticulteurs de Tunisie. La franchise accordée, en 4891, par les Chambres françaises sur l'entrée en France des vins de Tunisie, à raison de 50 000 hectolitres par an, donnera certainement à l'industrie viticole un grand essor.

I^a malM-tf'ceuwre et le prix de la (erre. — Les

vignerons français qu'on a fait venir en plusieurs endroits se sont bien acclimatés, et il y a tout lieu de croire que notre race pourra faire souche, et se multiplier dans ce pays;où 1 e manque de bras est la principale entrave au développement de la richesse.

Où la main-d'œuvre se rencontre, elle est peu chère, comme on a vu; mais les indigènes ne sont pas assez nombreux pour subvenir à tous les besoins et, bien qu'ils soient d'humeur moins vagabonde que leurs frères d'Algérie, ils ne sont pas encore suffisamment attachés au sol pour qu'on puisse partout et toujours compter sur eux. Quant au prix de la terre, il s'accroît très rapidement, il était de 25 à 30 francs l'hectare avant l'occupation, il a atteint ensuite 50 francs et s'y est maintenu deux ou trois ans. Il est aujourd'hui de 50 à 70 francs pour les terres non défrichées et de 100 à 200 francs pour les autres.

Les huile», les alfas. — Il faut espérer que des industriels du midi de la France s'apercevront des ressources qu'offre la culture de l'olivier dans le Sahel et apporteront dans ce pays leurs procédés perfectionnés qui, en doublant le rendement des olives, permettront à nos compatriotes de faire assez facilement fortune. Traitées avec soin, les olives de Tunisie donnent, en effet, un produit aussi parfait que celui des fabriques étrangères les plus estimées. Telle maison qui a commencé à traiter ses huiles à l'européenne les vend en Italie où un f'imple changement d'étiquette pourrait, si l'on voulait, les faire passer pour de l'huile de Lucques.

Les montagnes couvertes d'alfas du sud de la Régence commencent aussi à donner des produits pour l'exportation.

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La plante est plus belle que celle de TAlgérie et n'est inférieure qu'à celle d'Espagne. Malheureusement, presque tous ces envois sont dirigés, non sur la France, mais sur l'Angleterre, qui s'en sert pour la fabrication de ses papiers. L'emploi de ce végétal donne aux papiers anglais cette solidité qui les fait rechercher dans l'univers entier et les met, dans l'opinion générale et dans celle des Français eux-mêmes, si fort au-dessus des nôtres.

Explottatton et produits des forêts. — Un des plus grands produits agricoles de la Régence sera, d'ici à peu d'années, celui des forêts, d'une superficie de 500 000 hectares, dont les massifs sont régulièrement classés, sous notre direction, par l'administration indigène. Elles appartiennent toutes à l'État. La mise en exploitation a déjà commencé; une grande route de 4 mètres de large, conduisant chez les Ouchtéta à Ghardimaou (42 kilom.), et 646 kilomètres de sentiers muletiers avaient été ouverts en 4890. De 4884 à 4894, 3 860 000 chênesliège avaient été démasclés. Le liège qu'ils ont produit a une valeur de 2 534 000 francs.

Lorsque l'ensemble des forêts de Tunisie, chênes-liège et chônes-zéens de la région de Ghardimaou, chênes verts et pins d'AIep de la rive sud delaMedjerda, sera en pleine exploitation, c'est-à-dire dans cinq ou six ans, leur produit annuel sera d'environ 3 millions de francs, et peut-être du double dans quinze ans.

La Compagnie des chemins de fer n'aura plus à faire venir de l'Adriatique ses bois pour traverses ; elle en trouvera, sur place même, d'aussi beaux à meilleur compte ; de même, la capitale, qui consomme pour 4 500 000 francs par an de charbon de bois, ne sera plus tributaire de la Sardaigne et de la Sicile, mais s'approvisionnera dans les forêts du pays.

£<es antmaux sauvages. — Les animaux qui peuplaient autrefois la Tunisie en ont complètement disparu*. On n'y rencontre plus, et depuis des siècles, aucun spécimen de cette race d'éléphants qui y était nombreuse au temps des Carthaginois

i. L'alfa de Tunisie est exploité pour la fabrication du papier principalement par une société franco-anglaise. Le centre d'exploitation est la montagne de Bou-Uedma. Le lieu d'embarquement est la baie de Skira. Ces deux points, aux termes du cahier des charges signé par la compagnie, seront reliés prochainement, à ses frais, par un chemin de fer. La valeur de l'alfa emporté, en 4888-89, a été de plus de i mi liions de francs. 2. Le général Faidherbe, Mémoire sur les éléphants des armées carthaginoises, Bône, 1867.

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et (les Romains, qu'on dressait à la guerre et qui, à la suite d'Annibal, vinrent jusque dans notre pays passer le Rhône et les Alpes pour redescendre ensuite en Italie : singulière invasion tunisienne, la seule que notre patrie ait subie. En franchissant, avec les troupes françaises, il y a cinq ans, les frontières de la Régence, le général Forgemol a rendu, après saint Louis, au peuple de Tunis et Garthage, la visite qu'il y a vingt siècles Annibal, avec ses mercenaires et ses éléphants, avait faite à DOS ancêtres gaulois. Aujourd'hui Téléphant ne se rencontre plus en Tunisie, et si les serpents de la Régence descendent encore de celui qui donna tant de mal à l'armée de Régulus, et qui avait trente-cinq mètres et demi de long, il faut avouer qu'ils sont singulièrement dégénérés ; les plus robustes atteignent rarement huit mètres. L'autruche a, comme Téléphant, disparu de ce pays. On y trouve, ainsi qu'en Algérie, en fait d'animaux sauvages, l'antilope, la gazelle, le sanglier, le mouflon, quelques rares cerfs et daims, le chacal, l'hyène, et dans les montagnes voisines de l'Algérie, quelques lions.

Mje» antmaux domesttintes. — Les animaux servant à l'homme sont les mômes qu'en Algérie; les chèvres, les moutons à grosse queue sont très nombreux. La race bovine est petite et maigre. Les bétes de somme sont les ânes et les mules, les chameaux dont la race fut probablement importée au temps de l'empereur Justinien, le cheval barbe autrement dit berbère, qui est originaire du pays môme, et le cheval arabe qui, venu en Tunisie à la suite des conquérants musulmans, n'a pris d'importance et ne s'est multiplié qu'à partir du xi« siècle de notre ère. Cette dernière race est malheureusement bien dégénérée dans la Régence; les Tunisiens n'ayant plus depuis longtemps l'humeur militaire, ont cessé de donner des soins à leurs chevaux. Ils les ont laissés s'accoupler au hasard et l'espèce s'est abâtardie.

Élève des animaux. — Quelques efforts ont été tentés pour l'amélioration des races bovines, ovines et chevalines ; des troupeaux de moutons de Sétif ont été introduits en Tunisie par la Société franco-africaine en vue de remplacer peu à peu le mouton à grosse queue auquel les indigènes ont jusqu'ici donné la préférence, mais qui est, pour le commerce et la nourritiu'e, une espèce fort inférieure.

Un essai d'acclimatation de la race bovine charolaise est fait aussi à Sidi-Tabet, à 27 kilomètres de Tunis, où se trouvent

200 têtes de bêtes à cornes. Dans la même localité il y a un haras (224 têtes dont 9 étalons).

Produttn de la mer t coraux, éponges, pêcheries.

— Les eaux maritimes de la Régence fournissent en abondance: du corail, pour la pêche duquel, dès Tannée 1720, un privilège exclusif a été réservé à la France; des éponges, des pourpres. De grandes pêcheries de thon sont établies aux Kerkeniui; les mulets du lac de Bizerte sont très recherchés, et le droit de les pêcher est cédé par TÉtat à des particuliers moyennant fermage. Les produits de cette dernière pèche sont consommés principalement à Tunis. On pêche aussi la sardine à la hauteur de Mehdia; il s'en exporte en Grèce, en Turquie, en Syrie, environ 10 000 barils par an, au prix de 20 francs le baril de 54 kilos.

Industries mlnlèreii, or, fer, plomb. — Le sel des

Sebkas n*est que le moindre des produits minéraux que fournisse le sol de la Tunisie. Ses montagnes sont riches en marbres et en métaux. Parmi ceux-ci il suffira de signaler les très abondants minerais de fer exploités dans le pays des Khroumirs, des Nefza et des Mogod par deux compagnies françaises, dont Tune, bien connue en Algérie, est la compagnie Mokta-el-Hadid. Chacune de ces deux compagnies s'est engagée par un cahier des charges signé en 1884 à creuser un port, Tun à Tabarka, l'autre au cap Serrât, et à construire à ses frais un chemin de fer reliant à la côte les régions minières. Ces deux tronçons seront continués plus tard dans la direction de Béja, et feront communiquer la riche contrée des Khroumirs avec la grande ligne de Tunis à Bône. L'exploitation minimum du minerai doit être, à peine de déchéance, de cinquante mille tonnes par an pour chacune des deux compagnies. Elles verseront un droit s*élevant au vingtième du produit net.

L'or se trouve au Bou-Hedma et de grandes exploitations de ce métal y ont été faites dans Tantiquité; elles n'ont pas été reprises jusqu'ici. Le plomb se rencontre en plusieurs endroits, notamment à Djebba dans la vallée de la Medjerda, et surtout dans la montagne voisine de Tunis appelée Djebel Rcas. Ces deux mines ont été utilisées par les Carthaginois et les Romains; les pentes qui avoisinent la dernière sont couvertes d'une quantité de scories évaluées à soixante-cinq mille tonnes, d'où la société italienne concessionnaire retire encore trente-deux et demi pour cent de plomb que les procédés imparfaits des anciens y ont laissés.

Marbres* argiles, phosphates. — Quant aux marbres, la carrière la plus importante est celle de Chemtou dans la partie orientale de la vallée de la Medjerda. Elle est exploitée par une compagnie franco-belge. Les Romains s'étaient longtemps servis de ces marbres, et les ruines considérables que présente cet endroit naguère encore presque désert, attestent l'importance de la ville qui s'était élevée peu à peu autour de la carrière. Les beaux travaux exécutés par M. Closon, président de la société, ont mis hors de doute que le marbre numidique, si recherché au temps des Romains pour ses belles teintes jaunes et rouges, etdont les carrières étaient considérées comme épuisées ou perdues, provenait en réalité de Chemtou. Indépendamment des spécimens principaux rouges et jaunes, aux tons chauds, avec lesquels on commence à être familier en France et en Belgique, des veines d'onyx et des couches de marbre d'un très beau vert ont été trouvées tout récemment dans les galeries de cet antique Simittu, Un chemin de fer construit par la compagnie relie ses chantiers à la grande ligne de Tunis à Bône. Les produits de la carrière avaient été ouvrés jusqu'ici à Liège; mais les propriétaires ont établi récemment à Tunis même une scierie et un grand atelier de fabrication.

Enfin, en beaucoup d'endroits, le sol de la Régence fournit une argile excellente soit, comme à l'Enfida, pour la fabrication des briques, soit, comme dans le voisinage de Nebeul, pour la confection des poteries. Celles-ci, ornées de dessins grossiers mais fort pittoresques, et enduites d'un vernis brillant, servent aux usages journaliers du ménage et de la cuisine dans les maisons arabes. Quant aux briques, des droits exorbitants frappés autrefois par l'administration beylikale en avaient arrêté complètement la fabrication, et l'on ert était venu à les importer toutes faites de l'étranger. Cette industrie vient d'être reprise il y a cinq ans, à la suite de dégrèvement opérés par nous.

D'importants gisements de phosphate ont été découverts et commencent à être exploités dans les régions de Gafsa, le Kef, Téboursouk.

Sources minérales. — Dans un pays aussi riche en métaux, les sources minérales sont naturellement nombreuses. Elles sont aussi fort variées : il en est de carboniques et ferrugineuses dans la région de TEnfida, et il en est de sulfureuses sur plusieurs points, notamment à Hammam-Lif, sur le golfe de Tunis. Les distances sont trop grandes et les moyens de trans-

port trop peu développés encore pour que les propriétaires puissent en faire l'exportation et que nous les voyions rivaliser sur nos tables avec Saint-Galmier et Orezza. Quelques eaux toutefois, d*un goût fort agréable, commencent à être exploitées pour la consommation locale. Une seule, la source sulfureuse dlIammam-Lif, près de laquelle s'élevait de vieille date un établissement balnéaire important, est administrée depuis quelque temps à l'européenne et remplace, Tété, pour les Tunisiens, nos stations d'eau des Pyrénées. Elle guérit les maladies de gorge et de poitrine et les maladies de peau ; elle est très bonne aussi pour la goutte et les rhumatismes et une foule d'autres maux; il n*est pas surprenant que, n'ayant sur les lieux aucune rivale convenablement aménagée, elle doive se charger à elle seule de guérir toutes les maladies.

Travaux, pablies. — Le 14 août 1880 la création du port de Tunis a été concédée à la Compagnie du chemin de fer Bône-Guelma. Les travaux comprendront : un avant-port à la Goulette, un canal de 8 kilomètres de la Goulette à Tunis, un bassin à Tunis avec quais, voies ferrées, appareils. Tous ces travaux, évalués à une dépense totale de 13 750000 francs, sont en voie d'exécution.

La création du port de Bizerte, qui a un moment préoccupé l'Angleterre et qui inquiète l'Italie, a été concédée à une autre société. Une des jetées de l'avant-port est déjà construite. Les travaux sont estimés à 12 millions, dont 6 en argent fournis par la compagnie, et 6 représentant les concessions qui lui ont été accordées.

On a aménagé les ports de Tabarka et de Sfax.

On a amélioré les anciens phares du rivage tunisien et on a bâti ceux du cap Serrât, du raz Engala, de Kélibia, de Sousse, de Mahédia, de Sfax. '

Un service de bateaux-mouches a été inauguré en 1891 sur le lac de Tunis et fait une rude concurrence au chemin de fer italien de la compagnie Rubattino.

En 1883 la Tunisie ne possédait que 4 kilomètres de route empierrée entre Tunis et le Bardo : tout le reste étaient de simples pistes, impraticables en hiver et dans la saison des pluies. On a créé 600 kilomètres de routes et l'on fait un plan d'ensemble pour 4 000 autres kilomètres.

On a relié Tunis à l'Algérie par la ligne de Bône-Guelma (195 kilomètres de Tunis à la frontière). La ligne de Tunis à Hammam-Lif est de 17 kilomètres. On étudie un plan d'ensemble

pour un réseau de 359 kilomètres. Les lignes projetées sont celles de Tunis, par Hammam -Lif, à Hammamet; de Tunis à Gabès, par Kérouan, Fériana, Kasryn, Gafsa ; de Kasryn Tebessa (Algérie) ; de Kérouan à Sousse; de Tunis à F zerle.

Entre Sousse et Kérouan le service est fait actuellement pi une espèce de tramway tiré par des chevaux.

Le chemin de fer Ilubattino, à voie étroite, met en commi nication la Goulette, Tunis et la Marsa.

On a transformé la ville de Tunis; on Ta dotée de tramway du téléphone, de Téclairage au gaz, d'un bon service d*eau: d'une police bien faite, où des agents indigènes sont enrôli dans des cadres français.

Le réseau télégraphique de la Régence qui comptait, en 1881 1967 kilomètres de lignes et 3 520 kilomètres de fils, atteigna en 1891 2 250 kilomètres de lignes et 4 060 kilomètres c lils.

Entre ces deux années le nombre des lettres transportées pi le service postal s'est élevé de 4300 000 à 8 540 084. Le nombi des autres objets transportés s'est accru dans la même propo lion.

Industrie Indlffëne.— Les développements de l'industr tunisienne ont été faibles jusqu'ici. On continue à fabriqui exactement comme parle passé des chéchias ou bonnets roug( à Zaghouan; des tissus de laine à Djerba et dans le sud; di tissus de soie dans le Sahel et à Tunis; des objets de sellerie ( des ouvrages de cuir, des broderies d'or et de soie à Tunis et Kérouan; des parfums, surtout du jasmin, célèbres dans toi l'Orient, à Tunis; des tapis à Kérouan.

La création d'une école d'arts et métiers indigènes pei seule donner à l'industrie l'essor qu'elle devrait avoir, vu U aptitudes des Tunisiens.

On a pu voir aux différentes expositions ce dont les ind gènes sont capables lorsqu'ils sont encouragés. Dans la lisl des diplômes d'honneur des Expositions d'Amsterdam (1883) ( de Paris (1889), la Régence prend rang parmi les grandes pui sances. Elle a reçu un nombre plus élevé de ces récompens< que la Russie et l'Italie.

Commerce. — Les chiffres suivants donneront une ide des progrès du commerce depuis notre occupation :

EXPORTATIONS : Vdeur loUle.

Années 1880-1881 20 863 650 piastres.

Cette augmentation dans le chiffre des exportations pour ces dernières années s'explique : par les dispositions votées par les Chambres de France qui ont enfin, en 1891, accordé rentrée presque libre dans la métropole des produits du sol tunisien; et, en outre, pour 1890-1891, il faut remarquer que cet exercice est plus long qœ les précédents^ allant non plus du 13 octobre au 12 octobre de Tannée suivante, mais du 13 octobre au 31 décembre.

Si l'on trouve que le total des exportations n'est pas encore bien grand, on fera bien de se souvenir, avant d'en tirer des conclusions fâcheuses, que vingt ans après la conquête de l'Algérie, l'exportation pour l'ensemble de la colonie n'était que de 10 262 000 francs.

Voici la décomposition de ces 85 482 359 piastres, par pays de destination :

Pour la France 49 572 646

- TAlgôrie 12 483 940

— ritalie 6 160 511

- Malte 1 445 228

— l'Angleterre 10 103 410

Autres pays 5 715 624

Donc, près des quatre cinquièmes de l'exportation tunisienne est à destination de France et d'Algérie.

Les principaux produits à l'exportation ont été, en 1890-91 :

L'alfa, qui y figure pour 3 040 000 piastres.

L'huile d'olive 11 571 2:^ —

Les éponges lavées 1 218 000 —

Le tan 3 119 700 —

Le blé 30 628 160 —

L'orge 18 225 680 —

Légumes secs 3 549 440 —

Vins 1 176 600 —

1 . Cette année fut particulièrement mauvaise à cause de l'insurrection de 1881, qui avait empêché les semailles, et à cause de la fuite d'une partie de la populaUon en Tripolitaine.

IMPORTATrONS :

Valeur totale.

Anni^cs 1880-1881 85 437 460 piastres.

Voici la décomposition de ces 83 343 514 piastres par pays (l'origine :

France 42 353 210 piastres i.

Algérie 2 183 158 —

Italie 8 477 500 —

Malte 13 429 910 —

Autriche 3 92» 793 —

Russie 915 318 —

Angleterre 1 406 038 —

Suède et Norvègp 836 173 —

Autres pays 4 782 054 —

Donc plus de la moitié des importations en Tunisie viennent de la France.

Les principaux produits à Timportation ont été en 4890-4891 :

Marchandises. Valeur.

Fils de coton, de soie et de lainr 5 088 571 piastres.

Tissus de coton en loilerio 16 202 336 —

Denrées coloniales 5 865 362 —

Farine et semoiilei 8 357 1 15 —

Céréales 2 625 640 —

Vins et spiritueux 3 884 397 —

Les progrès dans le mouvement commercial sont d'autant plus remarquables qu'ils se sont produits malgré la diminution constante du corps d'occupation qui, après avoir été un moment de 35 000 hommes, n'est plus aujourd'hui que de 9 617».

Les droits perçus sur ces diverses marchandises sont de 8 0/0 à l'importation, sauf sur la bijouterie, qui paye au plus 4 0/0, et les vins et spiritueux, qui payent[400/0. Ajl'exportalion, les droits sont variables; leur valeur moyenne est inférieure à 8 0/0; ils ne sont donc pas exagérés. Les céréales,

1. A partir de l'exercice 1892, en vertu de la réforme monétaire, il ne sert plus compté en pioitres, mais en francs

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