‹ La France coloniale: histoire--géographie--commerce;Chapitre 48 sur 159 · I. — Sénégal · texte numérisé non relu

I. — Sénégal

Oiirisions politiques et admlnlslratlires. —On peut classer les divers pays qui constituent la colonie du Sénégal en : i^ communes de plein exercice; 2** pays possédés; 3<> pays annexés; 4*^ pays protégés.

Les communes de plein exercice sont Rufisque, avec les banlieues, et Tîle de Gi

Les pays possédés sont* : les îles d'Al baie de ce nom, une bande littorale limil nos canons; Portendik, au sud de Saint| de N'Diandory Gangounéy Pankoy; dans toires de M'Pal, de Khatety le poste de ! environnant dans un rayon de 1 000 ml 20 mètres de large à travers tout le paf

i. D'après les Noticet eolodiales illustrées (18i en pays possèdes, annexés ou protégés sont sujett] lions. Depuis deux ans, plusieurs des annexés o permettre aux noirs de vivre à leur manière, chez eux la justice française, prévenir les émig pouvait occasionner; et, en revanche, la plupj sénégalais ont été soumises à Tirapôt. Au reste^^^T ' ,^.. ^/vi»

raie, sauf dans les communes de plein exercice, j^ddigeoes conservent leurs lois, leurs coutumes; nous cherchons^seul^ment à faire prévaloir chez elles nos idées de civilisation et à préparer pour l'avenir plus d'unité et de fixité.

terrains nécessaires à rétablissement de la voie ferrée (de Dakar à Saint-Louis) et de toutes les constructions nécessaires à celle-ci. Tous ces territoires sont directement administrés par le gouvernement du Sénégal.

Les pays annexés sont le OiuUo, le Dimar, le N'Goye, le N'Guick (nord Cayor), le Taro, le Guoy, Les populations y conservent leurs lois et leurs coutumes; mais les anciens rois ont disparu et leurs pouvoirs ont été attribués au gouverneur. C'est lui qui nomme les chefs de canton, fait percevoir Timpôt, etc.

Les territoires qui entourent nos postes sont pays annexés t dans la limite de la portée du canon », disent les traités.

Les pays protégés sont: le Fouta central on Fouta sénégalais ^ le Djolof, le Cayor méridional, le Baol, le Sine, le Saloum, le Jiip, le Radibou, une partie du Bar, ces dernières régions étant au nord de la Gambie. Tous ces pays ont conservé leur autonomie et leurs anciens chefs; mais ceux-ci doivent être agréés par l'autorité française.

Enfin, avec un grand nombre de populations, comme les nations maures des Trarza, Brakna et Douaich, par exemple, nous vivons en relations de voisinage sur la foi de traités engageant les deux parties.

La superficie de notre colonie est d'environ 120 000 kilomètres carrés. Elle serait au moins du double avec les pays protégés ou liés avec nous par des traités.

La population des territoires de la région sénégalaise, en y comprenant les Maures, les Rivières du Sud, la Cazamance, les États des bords de la Gambie, serait de près de 700000 habitants; mais la population directement administrée par nous ne dépasse pas 80 000 âmes. Au reste, toute cette statistique est encore 1res incertaine.

Les principaux centres sont Saint-Louis (i5 000 habitants et 65 000 avec sa banlieue); Dakar (6 000, 9 000 avec la banlieue); Rufisque (3 000) ; Gorée(4 750); Thiès (2000); Richard- Toll (638) ; Dagana (845); Podor (285); Saldé (358).

Les pays au sud du Cayor sont habités par des Sérères ; le Cayor, le Ovalo, le Djolof, surtout par des Ouolofs ; le Dimar, par des Ouolofs et des Toucouleurs ; le Toro et le Fouta sénégalais, peuplés presque entièrement de Toucouleurs; dans le Damga, à côté des Toucouleurs, on commence à voir des Sarrakolés; dans le Gtwy, les Sarrakolés dominent.

I«e iToiiireriiear et les serrice* civils. — Le Sénégal est administré par un gouverneur. Il a sous ses ordres :

1» un directeur de l'intérieur, qui le supplée quand il s'absente et duquel dépendent l'administration municipale, les finances, les cultes, l'instruction publique, les travaux publics, le service sanitaire, les postes et télégraphes, la navigation, Tassistance, tout ce qui a trait à l'agriculture, au commerce et à l'industrie; 2» un chef du service administratif, qui est un commissaire de la marine; S» un trésorier-payeur; i^ un chef du service judiciaire.

Député, conseil colonial, conseils manlcI|Mi«x. droii électoral. — Le Sénégal nomme un député et possède un conseil général élu. Ce conseil se compose de 16 membres, dont 10 pour Saint-Louis, 4 pour Dakar et Gorée, 2 pour Rufisque.

L'ancien conseil colonial a été remplacé (décret du 24 février 1885) par un conseil privé. Il est composé des hauts fonctionnaires et des principaux notables de la colonie. Il assiste le gouverneur dans les mesures à prendre en vue de faire progresser la colonie, dans l'examen des divers marchés proposés par les chefs de service, dans les questions de paix ou de guerre.

Les quatre communes du Sénégal, Saint-Louis depuis 1872, Gorée et Dakar qui, en 1872, formèrent une seule commune et furent séparés en 1887, Rufisque depuis 1880, ont des conseils municipaux élus.

Sont électeurs au Sénégal tous les individus qui, depuis six mois au moins, habitent Tune des quatre communes de plein exercice.

Services militaires et maritimes. — Le colonel commandant supérieur des troupes résidant à Saint-Louis, a sous ses ordres : 1 bataillon d'infanterie de marine, 1 batterie et demie d'artillerie de la marine, 1 détachement d'ouvriers d'artillerie, toutes ces troupes envoyées de France pour faire un séjour de deux années dans la colonie ; 1 escadron de spahis sénégalais, comprenant par parties égales des spahis européens détachés du l®*" i^iment d'Algérie et des spahis indigènes; 1 compagnie de conducteurs sénégalais, formée d'Européens et d'indigènes; 1 régiment de tirailleurs sénégalais recrutés parmi tous les noirs du Sénégal et des pays voisins qui demandent ù contracter un engagement : il est commandé par des ofBciers, sous-officiers et caporaux, soit de l'infanterie de marine, soit indigènes, dans les proportions fixés par les règlements.

Outre le service de Tartillerie, pour lequel il existe une direction à Saint-Louis et une sous-direction à Dakar, l'artil-

lerie de marine est chargée dans la colonie du service du génie.

Des ateliers de la marine font sur place la plupart des travaux de réparation et d'entretien.

La station du Sénégal, sous les ordres d'un capitaine de frégate, commandant de la marine, comprend plusieurs bâtiments à vapeur : en tout 300 à 350 hommes d'équipage.

Une marine coloniale, administrée par le conseil général et la direction de l'intérieur, comprend les petits bâtiments à vapeur qui font le service d'un point à un autre de la colonie, les remorqueurs et bâtiments de transport qui naviguent sur le fleuve,

Les équipages sont formés en grande partie de matelots indigènes {laptots et capitaines de rivière).

C'est au total une force régulière de 4 500 hommes (dans cet effectif ne sont plus comprises les troupes spéciales au Soudan) qui se trouve à la disposition du gouverneur; mais dispersée sur 120 000 kilomètres carrés.

11 est très facile de lever des volontaires dans les populations noires du Sénégal. En 1892, pour la guerre du Dahomey, le gouverneur n'a eu qu'à convoquer les chefs des provinces voisines de Saint-Louis pour en obtenir aussitôt trois compagnies de volontaires, prêtes à s'embarquer.

laisafion Judiciaire. — Comme toutes nos colonies, la justice est confiée à la magistrature coloniale, dont les membres sont nommés par le ministre de la Marine et peuvent être appelés à remplir leurs fonctions dans l'une quelconque de nos possessions.

A Saint-Louis siège une Cour d'appel dont la juridiction s'étendait naguère sur le Sénégal, le Soudan, les Rivières et le Congo français. On lui a soustrait, en 1892, la Guinée française. Le président de la cour d'appel est en même temps chef du service judiciaire.

La cour d'assises siège normalement à Saint-Louis et, en certaines circonstances, à Dakar.

Le jury est remplacé par des assesseurs, choisis parmi les notables et désignés par le gouverneur, et quand il s'agit de juger les noirs, les assesseurs sont pris parmi les fonctionnaires de l'ordre civil.

D y a deux tribunaux; de première instance, siégeant à Saint-Louis et à Dakar.

Un tribunal musulman juge entre musulmans les afl'aires de succession et de mariage conformément aux lois du Koran.

Le cadi de Saint-Louis est nommé par le gouverneuir.

Un certain nombre de chefs de cercles et de postes, surtout de ceux qui ne sont pas en communications constantes avec Saint-Louis, sont investis, par arrêté du gouverneur, de certaines attributions judiciaires.

Enfin dans les pays annexés, les chefs de canton et de village rendent la justice d'après les coutumes et les lois du pays; mais la magistrature coloniale seule peut juger les crimes.

La justice militaire est rendue par deux conseils de guerre siégeant à Saint-Louis et à Dakar.

La gendarmerie se compose de 18 hommes, commandés par un maréchal des logis.

Il n'y a pas d'autres pénitenciers que les pénitenciers militaires.

Ori^anlsatlon anancière. — Le service du Trésor est assuré par un trésorier-payeur à Saint-Louis, un trésorier particulier à Dakar, trois percepteurs à Saint-Louis, Dakar et Ruftsque.

Les transactions commerciales s'effectuent surtout par échange de marchandises contre les produits du sol. Cependant cet état de choses se modifie peu à peu et l'emploi de la monnaie, surtout la monnaie d'argent française, se généralise de plus en plus.

Une banque a été instituée par décret du 21 décembre 1853 : son siège social est à Saint-Louis; son capital est aujourd'hui de 300 000 francs. Le privilège de la banque expire en 1894. Toutes les actions de la Banque du Sénégal sont coloniales; aucunes d'elles n'est immatriculée à l'agence centrale des banques coloniales à Paris; elles ne sont pas cotées à la Bourse.

La circulation des billets est d'environ 800 000 francs.

La loi sur l'usure n'est pas promulguée au Sénégal.

Le prêt sur hypothèque ou sur billet se fait généralement au taux de 10 et 12 0/0.

Le prêt de 8 0/0 s'applique aux prêts amicaux.

L'intérêt commercial ne varie pas : il est de 6 0/0.

Budget de la colonie. — Le budget local de la colonie est établi par le conseil général et administré par le directeur de l'intérieur. Il se monte, pour 1892, à 3 280692 francs.

Les dépenses de la métropole sont évaluées, pour 1893, à 6183898 francs.

m'aTisation et douanes. — Aucun bâtiment portant pa- Villon étranger n*a le droit de navigation dans le fleuve Sénégal.

Gorée, considéré comme Tentrepôt des établissements des Rivières du Sud, est por^ franc.

Les droits de douane sont perçus à Saint-Louis, Dakar, Ruûsque et, en suivant la côte, jusqu'à la rivière du Saloum et à la Mellacorée. Suivant les endroits, ils sont perçus soit à rentrée, soit à la sortie, soit à l'entrée et à la sortie.

Insfmctioii pabllqne. — Les communes de plein exercice possèdent une école d'enseignement secondaire spécial (à Saint-Louis) et douze écoles d'instruction primaire ou d'instruction enfantine. Ces écoles sont laïques ou congréganistes.

L'école secondaire est dirigée par cinq frères de la congrégation du Saint-Esprit.

Au total, on trouve que, dans ces communes, plus d'un millier d'enfants des deux sexes reçoivent l'instruction d'après la méthode pédagogique préconisée par le ministère de l'Instruction publique. De plus, des cours du soir sont professés pour les enfants des écoles musulmanes et pour les adultes : ils réunissent plus de 500 élèves.

Dans la plupart de nos postes, les commandants ont créé des classes qu'ils dirigent et où des sous-officiers et des interprètes enseignent le français.

Une école dite des otages, fondée autrefois par le gouverneur Faidherbe, réunissait les fils des chefs et des notables des divers pays en relation avec nous, protégés ou annexés. Cette école était un moyen efficace de répandre au loin notre influence. Parmi ces élèves où recrutait quelques-uns de nos interprètes indigènes. Des mesures d'économie l'avaient fait supprimer en 1871. On est revenu aux idées de Faidherbe, et l'école ou collège des otages a été de nouveau inaugurée à Saint- Louis, le 31 mars 1892.

Organisation reli^ieiise. — Le chef du clergé catholique au Sénégal est l'évéque inpartilms de Dansarah. Il y a un curé et un ou plusieurs vicaires pour chaque commune. Il existe de plus un certain nombre d'établissements religieux et de missions à Saint-Louis et dans les Rivières du Sud, mais pas un seul sur le fleuve Sénégal. Les missions ont leur principale maison à Joal, où elles ont installé une imprimerie et s'occupent de culture et d'éducation, et forment des ouvriers indigènes.

Quelques missionnaires protestants résident dans la colonie.

272 LA FRANCE COLONIALK

Travaiix publics. — Le service est assuré par un ingénieur colonial dépendant de la direction de Tlntérieur. II est secondé par un certain nombre de conducteurs et d'agents. Il est chararé de la voierie, des ponts, de Tentretien des bAtiments t des divers travaux entrepris par la colonie, nin de fer de Dakar-Saint-Louis, qui traverse le concédé à la Compagnie de construction des Batiiir quatre-vingt-dix-neuf ans; l'État s'est réservé la achat au bout de vingt-cinq ans. Il a été garanti, pour î la concession, un revenu minimum de 1 154 francs tre exploité.

IL — Soudan français.

ons polltiqiies et administrative*. — L'autommandant supérieur du Soudan commence, sur le Dut près de Bakel, au marigot de N'guerer. Tous les haut Sénégal, toutes les acquisitions dans le bassin 3nt sous sa dépendance. — Sa résidence est à Kaye$, linus de la navigation fluviale et tête de ligne de lin de fer soudanien.

Titoires du Soudan français se divisent en pays en pays annexes.

i la campagne de 1891 les pays protégés formaient a totalité de nos possessions. Ils comprenaient it :

ts d'Ahmadou : 1® le Kaarta, capitale Nioro, résidence m; 2» le royaume de Ségou, capitale Ségou-SikorOt \ par son fils Madani ; y s de Koundian et Nyamina;

re malinké du OuassouloUt c'est-à-dire l'empire de apitale Bissandougou;

lume sénoufo du Kéiiédougou ou royaume de Tiéba, 'kasso;

guiray, ou États d'Aguibou, capitale Dinguiray; itoire des Maures Embarek.

vons vu comment le premier de ces États a disparu nd est en train de disparaître. Le Dinguiray, Nyaindian sont à peu près annexés. Les pays de Kong^

LE SÉNIÎGAL ET LE SOUDAN FRANÇAIS âT3

Bondoukou *, Djimini, Anno, ont été placés sous notre protectorat; mais ils sont plutôt rattachés à la Guifiée française.

L'ensemble de ces régions est d'environ 900000 kilomètres, dont 330 000 pour le Soudan français proprement dit.

La population pourrait s*élever à 4000000 habitants.

La superficie et, avec des chiffres très incertains, la population peuvent se répartir ainsi :

Population. Superficie.

Soudan français avec le Dinguiray et

le Kaarta H)00000 330 000 kil. car.

Etats de Mademba et Bodian 1 200000 100 000 —

États de Samory (y compris nos dernières conquêtes) 1000000 300 000 —

États de Tiéba 160000 60 000 —

Maures Embarek. .;.... 12000 ?

ÉUtsdeKong 550000 50000 —

Pays au sud du Kong : Bondoukou,

Djmini, Anno, etc 300 000 70 000 -—

"4 042 000 920000 kil. car.

La moyenne de la population est généralement faible et en même temps très variable d'un pays à Tautre. Elle est d'environ 3 à 4 habitants par kilomètre carré sur le haut Sénégal, dans le Bouré, les États de Samory, les États de Tiéba; dans le Bélédougou, de 8 à 10. — Dans le Macina, elle serait de 8 à 10; dans le Mossi, qui, depuis longtemps, n'a pas vu de guerre, de 22 à 24.

Les pays annexés sont en réalité des pays protégés d'un peu plus près, parce que les rois ou chefs indigènes n'y commandent que sur une superficie assez restreinte. De ceux-ci, les uns sont d anciens alliés de la France; les autres ont été récemment installés par nous, quelquefois dans des pays conquis sur leurs oppresseurs El-Hadj-Omar, Ahmadou ou Samory. Ils acceptent d^autant plus volontiers notre autorité.

Les territoires annexés sont divisés en cercles, à la tète de chacun desquels est placé soit un commandant, soit un résident,

4. Les états d'Ardjoumani, roi du Bondoukou, comprennent : au sud YAbron, appelé aussi Arikkaio (endroit de For) ; au centre, le Diamman ou Gaman, qui a pour marché et capitale Bondoukou (mais le roi réside & Amenvi); à l'ouest, le Barabo; à l'est, le Fougoula ou pays Ligouy^ que les Anglais ont depuis revendiqué; au nord-est celui des Pakhalla {Voyez Binger).

VRAStCB GOUMIIALI. 18

avec le grade de capitaine ou de lieutenant. — Voici Ténumération des cercles existants à ce jour :

1<> Bakel *, comprenant entre autres provinces, le Boundou, et s'étendant jusqu'à la Gambie. Poste fortifié : Bakel;

2<^ Kayes, comprenant le Khasso, le Logo, le Niataga, le Diombokha, le Guidimaka, le Kamera, le Niambia, le Sirimana, le Dentiliay le Sangara, etc. Postes fortifiés : Médine, Kayes;

3® Bafoulabdy comprenant tout le pays du Tringa et du Lankamané dans le nord, du Merentambdia, Konkorodougou, Orodougou dans le sud. Postes : Bafoulabé, Badombé, Koundou;

40 Kita {Fouladougou, Kolou, etc.). Poste : Kita.

50 Bammako, comprenant principalement le Bélédougou. Postes : Bammako, Nyamina, Kangaba.

6^ NiorOj comprenant le Kaarta (le district de Koniakar}* a été réuni au cercle de Kayes). Poste : Nioro.

70 Ségou, comprenant : 1» le Ségou septentrional ou États de Mademba, capitale Sansanding; 2» le Ségou méridional ou États de Bodian, avec le Bendougou et le Baninko, capitale Ségou^oh habite, en môme temps que ce fama^ un résident militaire, qui a aussi une surveillance sur les États de Tiéba.

8^ Siguiry, comprenant tous les États que Samory a cédés, en trois fois, sur la rive gauche du Niger. Postes : Siguiryy Niagassola, Kouroussa.

9« Kankan, comprenant la province conquise par le colonel Archinard sur la rive droite du Niger. Poste : Kankan.

Bismndougou^ Kérouané, Sanankoro, sont les postes commandant le pays conquis par le colonel llumbert et qui ne sont point encore régulièrement organisés.

Caractères de notre domination an Soudan. —

A ces populations bambaras ou malinkés, d'une civilisation toute primitive, échappées d'hier seulement à la tyrannie de sultans négriers, on ne peut songer à imposer, je ne dis pas nos idées et nos institutions, mais celles mômes qui ont pu être introduites en Algérie, en Tunisie et dans notre ancienne colonie du Sénégal. Il faut les rattacher au sol dont les razzias les avaient comme déracinées, les rappeler dans les villages, supprimer la traite, rendre supportable l'esclavage de case en attendant qu'un progrès infaillible, mais certainement lent, en amène l'abolition. Il faut à nos sujets des chefs de leur race, surveillés et conseillés par nos officiers, des impôts légers, une justice cqui-

1. Eo ce moment (août i89!2), il est question de rattacher le cercle de Bakel au Sénégal.

LE SÉNtoAL ET LE SOUDAN FRANÇAIS 275

table et rapide, le respect de leur religion et de leurs coutumes, la sécurité du travail et du commerce. Les instructions laissées par le colonel Archinard * à nos résidents militaires méritent d'être citées comme un modèle de sagesse pratique, de haute raison, de politique humaine et sagace, reposant sur une profonde connaissance de l'ethnographie , des institutions et des mœurs, des faiblesses mêmes et des superstitions indigènes. Elles embrassent les mesures de défense militaire et de surveillance, le système de justice et d'impôts, la tenue des marchés, les moyens de développer la production et le commerce, de gagnera notre civilisation ces populations qui sont encore dans Tenfance. On devra leur donner le régime qu'elles-mêmes semblent préférer, c'est-à-dire, suivant les cas, un fama ou roi héréditaire, un almamy ou chef religieux élu, ou un conseil d'anciens, t Autant que possible, quand il ne s'agira pas de questions graves, le commandant du cercle renverra les affaires devant les cadis, les chefs de villages ou les anciens. Il devra peu à peu, à mesure qu'il connaîtra la population, chercher à nommer les indigènes chargés de rendre la justice. Il cherchera toujours à la faire rendre aux gens d'une même race par des notables de cette race ; il évitera soigneusement que des Toucouleurs soient chargés de la rendre à d'autres qu'aux Toucouleurs. Il aura à intervenir directement quand les intéressés seront de races différentes. » Ailleurs M. Archinard a écrit : i Notre action au Soudan n'est pas une action purement militaire... On n'usera de la force que pour surmonter les obstacles quand il a été bien reconnu qu'ils ne pouvaient être surmontés autrement. » D veut aussi que « des mesures soient prises dans chaque poste pour permettre à tous les indigènes qui veulent s'instruire et faire instruire leurs enfants de le faire ».

' • Les résultats de cette politique ont été de suite visibles : en détruisant les États brigands d'Ahmadou et de Samory, en supprimant les guerres de traite et le trafic des esclaves, en rétablissant sous notre contrôle les anciens pouvoirs, nous avons donné à chaque Noir la sécurité de sa personne, de sa famille, de sa propriété, de son travail. Où nos colonnes ont passé, les villages se repeuplent et les champs se couvrent de moissons. Les populations que nous avons trouvées fugitives, traquées comme un gibier, misérables et nues, s'enrichissent, commercent avec nous, se font gloire de porter des vêtements, se construisent

i. Le présent paragraphe est un de ceux que nous avons ajoutés & Tœuvre primitive du colonel Archinsu^d (note de la Rédaction).

276 L.i FRANCE COLONIALE

des huttes plus propres et mieux aménagées. Les provinces conquises il y a. trois ans sont déjà redevenues prospères; il en sera de même, dans un avenir prochain, de celles dont la conquête s'achève aujourd'hui. Notre domination est solide précisément parce qu'elle ne s'est manifestée que par des bienfaits et que parce que nous nous sommes bornés à remettre chacun à sa place, à faire régner partout la paix française.

Principaux oentre*. — Les villages de 2 ou 3 000 âmes ne sont point rares dans les régions prospères du Soudan. Nous avons vu que Sikasso, la capitale du roi Tieba, avait 8 ou 10 000 habitants; celle de Bissandougou, capitale de Samory, de Bandiagara, capitale du Macina, doivent être à peu près égales. Ouagaddougou, au témoignage de M. Binger, en aurait 5 000, et Kong atteindrait 15 000 habitants.

On ne peut donner des chiffres un peu précis que pour nos anciens postes : Bakel a environ 1 800 habitants ; Kayes s'est élevé de 300 à 4000, y compris le village de liberté; Médine en a près de 15 000; Kitat Bafoulabé, Bammako, environ 3 000; Siguiri, 2000; Dinguiray et Timbo à peu près autant.

On appelle villages de liberté des centres d*habitation établis sous le canon de nos forts, et qui ont servi d^asile à des fugitifs de toute sorte, captifs des pays voisins ou esclaves évadés des caravanes. On y a établi aussi des prisonniers faits dans nos campagnes et, avec des lots de terre, les tirailleurs et spahis libérés du service.

Administration. — C'est le décret présidentiel du 18 août 1890 qui a constitué le Soudan français comme colonie à peu près autonome, transformé le commandant supérieur du Haut-Fleuve en un commandant supérieur du Soudan. Il est question (août 1892) de faire de lui un gouverneur, avec, sous ses ordres, un commandant des forces actives.

En attendant, pour les services civils, il a sous ses ordres un chef du service administratif (décret du 22 octobre 1890), assisté de trois aides commissaires; un sou^-agent administratif et trois commis administratifs; un trésorier pour le paiement des dépenses. — Les travaux publics, qui ont presque tous un caractère d'utilité militaire, sont dirigés par des officiers. Le chemin de fer a pour directeur un capitaine de l'artillerie de la marine, assisté d'officiers et de quelques employés civils.

Il y a dans le Soudan 11 bureaux des postes et télégraphes. — Le personnel comprend des employés indigènes.

Le chemin de fer soudanais, de Kayes à Médine, a été prolongé jusqu'à Bafoulabé. La mission Marmier a commencé des études en vue de le prolonger jusqu'à Bammako sur le Niger sur un parcours de 400 kilomètres.

A Kayes on a créé un grand hôpital, composé de deux bâtiments à étage, avec vérandas au rez-de-chaussée. Chaque poste a son infirmerie. Le service de santé est confié à des médecins et chirurgiens militaires.

A Kayes, il y aune école officielle; à Kita, une école d'enseignement primaire et. d'apprentissage des métiers manuels, dirigée par les missionnaires du Saint-Esprit; dans quelques postes, des écoles ouvertes aux indigènes. Ici, les moniteurs sont des sous-officiers français et les livres, syllabaires, tableaux scolaires, sont en grande partie fournis par l'Alliance française.

La justice a été réorganisée par un décret du 25 mai 1889. Le tribunal correctionnel spécial de Bakel est présidé par le commandant de cercle, qu'assistent deux notables nommés pour un an par l'administration, et d'un greffier. Les fonctions du ministère public sont remplies par l'officier d'administration qui réside au fort. Ce tribunal juge les contraventions et délits attribués à nos tribunaux correctionnels ; il prononce sans appel lorsque la peine n'excède pas cinq jours de prison ou iOO francs d'amende, restitutions et autres réparations civiles. En matière de simple police, le président juge seul.

A Kayes, le commandant de cercle est juge de paix à compétence étendue : slu ci\\U il prononce sans appel sur les actions personnelles et mobilières dont la valeur n'excède pas 1 000 francs; au correctionnel, sans appel, lorsque la peine n'excède pas deux mois de prison ou ne doit consister qu'en une amende.

Les appels sont portés à la cour de Saint-Louis. C'est là aussi que sont transférées les assises; le juge de Kayes remplit alors, pour les causes soudaniennes, lerôle déjuge d'instruction.

Senrices militaires. — Il existe auprès du commandant supérieur un état-major composé d'officiers de diverses armes. Le chef est ordinairement un capitaine ou un commandant. C'est de ce corps que dépendent tous les services relatifs au ravitaillement des postes; missions diplomatiques, topographiques ou scientifiques ; remonte et travaux d'assainissement. Il y a un chef d'escadron qui est directeur de l'artillerie.

La flottille du Niger se compose de deux canonnières, le Mage et le Niger, commandées par un lieutenant et un enseigne

de vaisseau. Elles sont armées de canons-revolvers du calibre de 27 millimètres. Leur mouillage a été transféré de Bammako è Matiambotigou, puis à Koulikoro, sur la rive gauche du fleuve, et enfin à Ségou, où un port a été creusé.

Jusqu'à une époque récente, non seulement les troupes blanches, infanterie de marine, artillerie de marine, ouvriers d'artillerie et du génie, faisaient partie d'unités ayant leur centre en France; mais les troupes noires elles-mêmes, tirailleurs et spahis, dépendaient du corps de tirailleurs sénégalais et de Tescadron de spahis sénégalais de Saint-Louis. Le premier sur ses 3 bataillons en détachait un au Soudan ' ; le second y détachait une division, soit 50 sabres. Il y avait de même au Soudan un détachement de conducteurs sénégalais pour l'artillerie. Le décret de septembre 1880 a créé, pour le Soudan, une compagnie auxiliaire d'ouvriers d'artillerie de la marine et des colonies. Celui du 26 décembre 4891 a créé l'escadron des spahis soudanais. Celui du 23 avril 1892, le régiment des tirailleurs soudanais.

Normalement le régiment de tirailleurs comprend deux bataillons, soit huit compagnies. Chaque compagnie comprend : 4 officiers (dont 1 indigène), 11 sous-officiers (dont 3 indigènes), 4 clairons (dont 1 indigène), 8 caporaux, 120 tirailleurs, 2 enfants de troupe, — tous indigènes.

L'artillerie du Soudan comprend 100 canonniers européens, et, suivant les besoins, en leur adjoignant des indigènes, on peut former avec le matériel, qui est assez considérable, deux, trois et même quatre batteries de marche (campagne, montagne ou siège).

A plusieurs reprises, dans les expéditions, on a renforcé les colonnes de compagnie de tirailleurs libérés ou anciens tirailleurs.

On a vu aussi que, dans plusieurs campagnes, les rois et chefs nos alliés ont été appelés à fournir des contingents en cavalerie et infanterie.

Enfin toute colonne est toujours accompagnée de plusieurs centaines d'indigènes, porteurs de fardeaux ou conducteurs d'animaux de bât.

Bacl^eC du Soudan. — Le budget se compose de deux éléments : i^ les dépenses générales qui sont couvertes par les allocations de l'État français; 2« le budget local. Celui-ci, d'après le colonel Archinard, peut s'alimenter : des redevances

L Voyez ci-dessus, page 270.

imposées aux chefs indigènes, aux provinces, à des groupes de villages ou à des villages ; des recettes provenant des patentes et licences exigées des commerçants ; des droits de marche, concessions de terrains, péages pour le passage des bacs et des ponts; produits de la télégraphie privée, des transports en chemin de fer; amendes, fourrières, droits d'emmagasinage; poudres de commerce ; vente des prises de guerre et des cadeaux faits par les chefs indigènes ; recettes des douanes quand elles seront organisées régulièrement sur toutes les frontières.

Ce budget local, qui n'était en 1888 que de quelques milliers de francs, provenant des amendes et des cadeaux, s'élevait en i89i à 400 000 francs.

Les dépenses de la métropole (frais d'occupation du Soudan) sont évaluées pour 1892 et 1893 à 5 189 622 francs.

Le colonel Archinard, dans son rapport de 1891, évalue le chiffre d affaires du Soudan à 4 912 500 francs dont 3 275 000 à l'importation et 1 637 500 à l'exportation.

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