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mètres de là, il atteignit SokotOy en octobre 1891. « C'est une ville très grande, mais appauvrie par les guerres. » Il y fut très bien reçu par le sultan Lamédioulbë.

Par ZaouOy chef-lieu de la province de Zamfara, il atteignit, le 23 novembre, Kano, autre ville de Fempire de Sokoto, mais bien plus importante que Sokoto *, à mi-chemin du lac Tchad. Puis il se rendit à Kouka, capitale du Bomou^ sur ce lac. On peut donc estimer que la limite d'influence que nous assignait de ce côté la convention anglo-française, c'est-à-dire la ligne de Say à Barrua, est désormais atteinte.

Mission du lieutenant Mlaon. — En 1890, le lieutenant de vaisseau Mizon, soutenu par le Comité de V Afrique française et le Syndicat français du Haut-Bénito et de l'Afrique centrale, avait entrepris d'arriver au lac Tchad par les affluents de la Bénoué et du Chari et de revenir ensuite sur la Sangha et le Congo. Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1890, sur la rivière Suaré^ la mission fut attaquée par les indigènes, eut plusieurs hommes blessés, et parmi eux M. Mizon. Elle dut redescendre sur Akassa dans le delta du Niger. Là, les autorités anglaises, en violation des stipulations de l'Acte de Berlin, lui interdirent de reprendre son entreprise. Le Syndicat français protesta auprès de notre ministre des Affaires étrangères et le pria d'intenter une action pour obtenir de la Compagnie anglaise, violatrice de ces stipulations, une indemnité évaluée à 200000 francs.

M. Mizon, à peine guéri, repartit d'Akassay toujours sur la canonnière le René-Caillié, le 11 décembre 1890.

Le 28 janvier 1892, il était à Onitcha sur le Niger, où est installée une station de missionnaires français. Il dut attendre à Lukodja la crue qui lui permettrait de remonter la B&noué. Il n'était plus accompagné que de M. Tréhot, du tirailleur algérien .\hmed, du chef indigène El-Hadj-Ahmed et de la petite indigène S'Nabou. Il fut très bien accueilli par les chefs du Miicki et le sultan du Mouri. Les Anglais de la Compagnie du Niger essayèrent encore de l'arrêter dans sa marche sur Yola, le faisant dénoncer à Zoubir, sultan de VAdamaouay comme « un blanc qui arrivait en bateau de guerre pour apporter à ses ennemis des fusils et des cartouches ». Le sultan, persuadé par ces mauvais propos, projeta de le faire périr; mais M. Mizon, laissant sacanonnière, se rendit à Yola avec le tirailleur Ahmed

1. Voyez la lettre de M. Monteil, datée de Kano, 6 janvier 1892, et publiée par le joornal La Poiitique coloniaU et par le Temps (8 juin 1892).

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et El-Hadj -Ahmed (20 août 189i), et fit connaitre au sultan )a vérité. A partir de ce moment, le lieutenant reçut de lui le meilleur accueil. Zoubir lui dit : « Tu es mon hôte et désormais mon ami. Reste ici, je te donnerai des terres et tout ce que lu pourras désirer. Aux Anglais j interdis de mettre le pied dans ce pays ; à toi il ne te sera jamais fait de mal. * Et, en effet, M. Mizon séjourna dans TAdamaoua du 20 août au 45 décembre.

Pour se prémunir contre de nouvelles embûches des Anglais, il se rendit aux deux pontons qu'ils avaient sur le fleuve, et sur lesquels ils avaient pour deux millions de marchandises, et leur déclara qu'en cas de récidive il coulerait leurs pontons avec les hotchkiss de sa canonnière. A Taide de celle-ci, il reconnut les deux affluents de la haute Bénoué, le Faro et le Mayo-Kebbi, qui a ses sources dans les hauteurs au delà desquelles s'étend le bassin du Ghari.

Le sultan Zoubir connaissait déjà la France par les négociants arabes qui viennent chez lui d'Alger, de Tunis et de Tripoli ; il ne connaissait guère l'Angleterre que par les trafiquants du Niger, et par conséquent l'appréciait médiocrement. Il ne leur permet pas de s'établir sur son territoire : c'est pour cela qu'ils tiennent leurs marchandises sur des pontons. D prélève sur leur trafic une taxe de 10 0/0. Au reste, à Yola on rencontre des gens de toute provenance : M. Mizon s'y entretint avec un sergent turc qui avait combattu à Plevna.

Le royaume de l'Adamaoua tire son nom du chef peuhl, Adama, qui le fonda dans le premier tiers de ce siècle et bâtit Yola (vers 1835).

Il est peuplé de près de 4 millions d'habitants.

La race dominante est celle des Foulants ou Peulhs, qui sont non des noirs, mais des rouges, presque des blancs, comme les Égyptiens dont . ils prétendent descendre : aussi parmi les Prophètes ils font figurer Pharaon. Quoique de religion musulmane, ils n'aiment point leurs coreligionnaires arabes. Ils ont des instincts d'ordre, de gouvernement, de civilisation, et assurent aux peuples conquis par eux une sécurité et une prospérité qu'atteste la densité de la population.

M. Mizon affirme que le sultan, par lui-même ou ses feudataires ou gouverneurs (latnidos) pourrait mettre sur pied 3 ou 400 000 hommes de levée en masse; mais il n'a que 15 à 20 000 hommes d'armée régulière.

Parmi ses soldats d'élite il a non seulement des cuirassiers, mais des guerriers couverts d'armures de fer et de cottes

(le mailles, comme nos chevaliers de la guerre de Cent ans ou des Croisades.

Enfin, après quatre mois de séjour dans Yola, M. Mizon en repartit le 15 décembre, avec une lettre du sultan à ses vassaux. Toujours accompagné de M. Tréhot, des deux Ahmed et de S'Nabou, il passa par Goumna, les sources de la Bénoué, N'Gaounderé, grande ville de 20 à 25 000 âmes, où le gouverneur Mohammed, un des grands feudataires de Zoubir, le reçut en grande pompe, le garda du 4 au 30 janvier, lui fit passer des revues de ses troupes et demanda à être photographié au milieu de sa cour. M. Mizon continua par Koundé, Doka, Zaritty Gaza, sur la rivière Boumbi, où il se retrouvait parmi les populations fétichistes, et il atteignit la rivière Kadéi où il apprit que M. de Brazza était arrivé sur la Mamhéré, affluent nord de la Sangha. Il le rejoignit enfin dans Tile Comaza, au confluent de la Kaneï et de la Mambéré, et y séjourna avec lui du 7 au 10 avril. Il atteignit ensuite le fleuve Congo près de Bonga,

Le résultat de cette exploration de M. Mizon a été de faire connaître la ligne de partage entre le bassin de la Bénoué et celui du Congo, de ranger toute la région entre Oubanghi et Sangha sous notre influence jusqu'au 5* degré de latithde, de limiter à Test et au nord Vhinterland du Cameroun, de mettre en relation directe notre Ouest africain avec la région du lac Tchad. Par là, déclare M. Etienne, nous acquérons «une influence exclusive sur tous les territoires qui se trouvent à Test de ritinéraire parcouru par M. Mizon entre Yola et le Congo : ces territoires, qui comprennent l'important royaume d'Adamaoua, sont désormais placés sous l'influence française * t.

Une nouvelle expédition française, celle de Maistre, va se diriger sur le bassin du Chari, tandis que M. Mizon se prépare à repartir, encore par le bas Niger, sur l'Adamaoua, dans le dessein de compléter et consolider les résultats de sa première mission.

1. Discours au banquet Mizon, le 5 juillet 1892. ~ Conférence de M. Mizon à la Sorbonne, 10 juillet i89â. — Interviews dans le Temps du 23 juin et le Journal des Débats du 24 juin 1892. — Bulletin du Comité françaU de l'Afrique, mai 1891 et suiv.

P^IlRITIE: 0]ÉOOir-A.:PMIQUE

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