Voyez ci-dessus, p
Sakalaves ou Antankares, d*opposition à rétablissement de la juridiction française sur tous les Européens, de retards dans le paiement des arrérages au Comptoir d escompte, comme il est encore arrivé en 1892. Nous n'en continuons pas moins à donner Vexequatur aux consuls étrangers, à surveiller tous les actes du gouvernement royal, à interdire les concessions de terres ou de monopoles qui seraient préjudiciables à nos intérêts. Nous allons installer des tribunaux français.
Moire ëtabllssemeiit et nos forces militaires à Dié«:o-iiaareB. — La baie de Diégo-Suarez * , ou Antomboka, est Tune des plus belles du globe. Le capitaine anglais Owen, après l'exploration qu'il en fit en 4826, l'avait proclamée t la citadelle de l'océan Indien •. D'autres l'ont comparée à Pori- Jackson d'Australie, à Rio-de-Janeiro, à San-Francisco, ou prédit qu'elle serait un jour le Ilong-Kong français. Qui en est maître domine le nord de Madagascar, les Gomores et les Mascareignes. On ne peut entrer dans la baie que par une passe de 3 kilomètres partagée en deux par l'îlot de Nosy- Volane ou de la Lune. La baie comprend un bassin central^ parsemé d'îlots, large de 7 kilomètres, long de 10, profond de 25 à 50 mètres sur fond de sable, qui permet aux navires de s'approcher à quelques mètres du rivage. Puis cinq grandes baies ou ports. Ce sont, au nord, Douroutch-Varat ou Baie du Tonnerre; Douroutch-Foutchi ou Baie des Cailloux blancs; à l'ouest, la Baie de Vile du Sépulcre; au sud-est, Douroutch- Vasah ou Baie des Français ; an sud-ouest, le Port de la Nièvre, où a séjourné la Nièvre en 1832, et qui se continue par Welsh Pool, sur une longueur de 15 kilomètres. Toutes les eaux sont parsemées de nombreux îlots, dont les plus importants sont 1'//^ des Tortues, Vile du Sépulcre, Nosy-Langour et le Pain de Sucre. Les principaux caps sont celui de Vatouminty, le cap Diego et la Pointe du Corail.
C'est au cap Diego et au village d'Aiitsirane que se sont fondés les établissements français. En 1885 il n'y avait pas là plus de 200 habitants; aujourd'hui on en compte 5 ou 6000, pour la plupart réfugiés sakalaves ou antankares qui ont élevé leurs paillottes sous la protection de nos canons.
En octobre 1886 le commandant Gaillet, passant outre aux protestations du gouvernement hova, occupa la hauteur de Madgindgarive, point stratégique de premier ordre. On y
1. Ou Diego Soarez, du nom d'un navigateur portugais; voyez cidessus, page 370.
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éleva des fortifications pour y enclore le baraquement de nos troupes. Pour protéger les deux passes, on construisit un fort sur rîlot de la Lune et des batteries sur les deux pointes de la passe. Un autre fort occupe Nosy-Langour et commande le bassin central. Sur le territoire occupé on a créé, outre le baraquement pour les troupes, une église, des écoles, un hôpital ; plus, un sanatorium sur la montagne d'Ainbre. On étudie la construction d'un phare, d'un bassin de radoub, l'élargissement des deux passes, des travaux pour amener les eaux.
Nous avons à Diégo-Suarez 3 compagnies de l'infanterie de marine, 1 batterie de l'artillerie de la marine, 1 compagnie de disciplinaires, 1 détachement d'ouvriers, enfin 4 compagnie de tirailleurs sakalaves. Le décret du 3 mai 1892 a décidé que cet effectif sakalave serait porté à 1 bataillon, dont chaque compagnie comprendra 3 officiers et 7 soldats européens, et iiO sergents, caporaux ou soldats indigènes. En outre le projet de loi sur l'armée coloniale (mai 4892) porterait l'efl'ectif des troupes européennes à 5 compagnies. La science française a pris aussi possession de la grande île. Outre l'observatoire royal de Tananarire, à 1 400 mètres d'altitude, on a créé, en 1889 les postes météorologiques de Tamatave, Fianarantsoa, Arironimamo, en 1890, dans l'intérieur de l'île, avec ceux d'Ambositra, Ambohimandroso, Betafo. Ils sont dirigés par les missionnaires catholiques.
Notre colonie de Diégo-Suarez a déjà un budget local qui s'élève à 128 410 francs pour 1892. Les dépenses de la métropole s'élèveront pour l'année 1893 à 2 244 092 francs (crédits demandés).
Outre le Résident général à Tananarive, il y a un vice-résident à Finarantsoa, un kMojanga, sans compter celui de Nosy- Bé, Diégo-Suarez a un gouverneur.
Le commerce de Madagascar a été, en 1888, de 4 050 779 fr. à l'importation, dont 2 319400 pour les tissus; de 41 119 234 à l'exportation. Les principaux articles d'exportation ont été : peaux, 1 760801 fr. ; caoutchouc, 1 366 211 ; raphia, 401 079 ; cire, 280243; bétail, 244044.
Sur 91 navires de commerce qui sont entrés dans le port de Tamatave dans les six premiers mois de 1887, 65 étaient anglais, 14 français, 4 allemands et 4 américains.
iVo» fiBiurs colouii à Madaurascar. — Si nous parvenons à nous établir à Madagascar d'une façon définitive, nous
ne serons pas embarrassés pour trouver des colons. Maurice et Bourbon sont là, tout à côté, qui font depuis longues années avec Madagascar un important commerce. Si les Mauriciens n'ont qu'à se louer de la façon d'agir du gouvernement anglais à leur égard, ils n'en ont pas moins conservé pour leur patrie d'origine les plus vives sympathies.
En 1883, une lettre, adressée par un Mauricien à M. de Blowitz et reproduite par celui-ci dans le Times, s'exprimait ainsi : t Sur cent Mauriciens s'occupant de Madagascar, quatre-vingtdix-neuf approuvent la conduite des Français. Si lord Granville pouvait entendre les Mauriciens parler des Hova, il saurait jusqu'à quel point ces derniers sont détestés par les sujets de la reine les plus proches de leur île. Quant à l'approvisionnement de bétail que la colonie anglaise tire de Tamatave, les Mauriciens pensent qu'il sera plus abondant et à meilleur marché du moment où les Français auront ouvert le pays. »
Cette dernière phrase du correspondant de M. de Blowitz était si bien dans la vérité que, du moment où l'on a espéré un effort sérieux de la part de la France, les membres les plus en vue de la société mauricienne fondaient une société de colonisation à Madagascar avec le but hautement proclamé d'obtenir du gouvernement français des concessions de terres.
Un tel appoint de bonnes volontés et d'argent, un tel renfort d'hommes acclimatés n'est point à négliger, surtout si l'on songe qu'il est puissamment secondé par tant d'hommes d'initiative, habitants de Bourbon, qui sont réduits à s'expatrier et à porter au loin, comme certains l'ont fait à la Nouvelle-Calédonie, leurs capitaux et leur esprit d'entreprise. On a assez vu la popularité d'une expédition à Madagascar par l'empressement qu'ont mis les habitants de Bourbon à s'enrôler dans les compagnies de volontaires. Nous avons aujourd'hui lieu de penser qu'étant mieux connue, Madagascar attirera une importante émigration , et qu'avec des capitaux français, c'est un pays qui ne tardera- pas à se transformer radicalement.
En effet, il n'existe nulle part un champ d'exploitation plus vaste et plus libre pour exciter et récompenser l'esprit d'entreprise. Ainsi que le disait fort bien M. de Mahy dans le discours que nous citions plus haut, son étendue, sa fertilité, le peu de densité de sa population la mettent dans les conditions idéales d'une exploitation rémunératrice ; son passé ne l'a pas épuisée comme ses voisines Maurice et Bourbon; ses ressources sont intactes et, pour nous les disputer, il n'y a qu'un petit nombre
d'indigènes sans vitalité propre, sans cohésion et sans force de
résistance au point de vue ethnique et économiaue. Au moment
où toutes les nations du vieux monde semb
fièvre de colonisation, où Ton se dispute avec
dernières terres sans maîtres qui, par leurs re
ou par leur situation stratégique, semblent
valeur, nulle n'offre autant d'avantages que ^
ne pouvons que nous applaudir de voir sous
cette grande île tout entière et en notre posses
que Diégo-Suarez.
PiURXIE: OÉOORiUPHIQUE: