NOSY-BÉ. — SAINTE-MARIE. — COMORES
IVony-Bé. — Tout près de la côte occidentale de Madagascar, à rentrée de la baie de Pasandava qu'elle commande dans sa partie septentrionale, se trouve l'île de Nosy-Bé. Son nom signifie « île grande » ; mais sa superficie ne dépasse pas 2 935 kilomètres carrés. Non loin, se trouvent quelques îlots sans importance, dont les plus importants sont Nosy-Mitsiou, que son chef Tsimiaro a cédé à la France pour une pension de 15 000 francs, Piosy-Lava, Nosy-Faly, Nosy-Cumbay etc. Le sol de Nosy-Bé est d'origine volcanique, et les champs de lave qui la constituent sont d'une fécondité merveilleuse. La partie septentrionale, qui se termine par le movne Loucoubéj recouvert de forêts, est la plus aride. Grâce au voisinage de la grande lerre, à la densité de sa population, à sa facilité d'accès, à l'excellence de sa rade, à sa fertilité, à l'espèce de foire qui s'y lient tous les ans et réunit tous les caboteurs qui fréquentent les rades de la grande terre, de la côte d'Afrique ou même de l'Inde, grâce à sa salubrité relative, Nosy-Bé possède d'importants éléments de prospérité.
En 1840 Vile grande fut cédée à la France par la reine Tsimeco, à laquelle les Hova avaient enlevé ses États sur la côte nord-ouest de Madagascar. Le traité fut signé en juillet par le capitaine Passot. Le pavillon ne fut arboré que le 0 mai 1841. La reine transporta sa résidence dans une petite baie voisine de la pointe Mahatinzo. L'administration française fonda Hellrille, la nouvelle capitale. En 1849, il fallut réprimer une révolte du parti esclavagiste, exaspéré par la suppression de l'esclavage.
iii LA FRANCE COLONIALE
Hellville est une petite ville de 1 iOO habitants avec des maisons en pierre, un appontement qui permet le déchargement de tout navire par toute marée, une jetée pourvue d'un chemin de fer Decauville, des magasins et des hangars à charbon où était déposé le combustible nécessaire à l'approvisionnement des navires de la division de l'Inde. Une cale et des feux qui permettent l'accès de la rade pendant la nuit complètent l'installation de cet établissement. Il a rendu de signalés services à notre flotte pendant sa rude croisière sur les côtes de Madagascar.
La population de toutes ces îles était, en 1889, de 7567 habitants, dont les deux tiers Malgaches, un tiers Africains, plus 250 Européens, presque tous Français.
La culture de la canne à sucre, de la vanille et de l'indigo sont particulièrement en faveur à Nosy-Bé; quant au café, qui donnait d'excellents résultats, les habitants ont dû y renoncer devant les ravages de Vhœmileya vastatrix. En 1889, le total des importations a été de i 937 749 francs, dont 140 649 de France, celui des exportations de 1 450 085, dont 103 363 pour la France, — dont environ la moitié sous pavillon français. Outre le grand nombre de commerçants indous établis à Nosy- Bé, on y compte trois maisons de commerce : une française, une allemande et une américaine.
Le budget local est d'environ 90 000 francs et les dépenses de la métropole (1892) de 74 598 francs.
fiainie-llarlc. — Sur la côte occidentale de Madagascar est située l'île Sainte-Marie, appelée autrefois Nosy-Ibrahim (île d'Abraham). Nous l'occupons depuis 1643. Les Anglais la prirent par capitulation en 1811 et la restituèrent en 1815. Elle est habitée par des Betsimisaraka, au nombre de 6 à 7 000. Sa superficie est d'environ 15 500 hectares; dans le sens de la longueur elle a environ 50 kilomètres, tandis qu'elle n'en compte que 3 de large. Sa baie principale est appelée le Port-Louis. Au centre s'élève une île rocheuse, l'îlot Madame, sur lequel ont été construits quelques fortifications et batteries, des casernes, des magasins et des chantiers. En face de cet îlot, la petite ville d' Aitibodi-fototray avec 1 200 habitants indigènes.
Exposée aux pluies, très marécageuse, Sainte-Marie est malsaine. Bien qu'on ait été de tout temps convaincu de son insalubrité, cela n'a pas empêché qu'on en ait fait le point de départ de plusieurs opérations et qu'on y ait réuni en grand nombre des troupes qui furent toujours décimées. On oompte à Sainte-
LES SATELLITES DE MADAGASCAK il5
Marie trente-deux villages indigènes, mis en communication par des sentiers à peine frayés, à travers des bois épais où se rencontrent la petite natte, le filao, le bois de fer, etc. Du riz, des cocos, des fruits, telles sont, avec les essences que nous venons de nommer, les ressources peu abondantes de Sainte- Marie, qui n'a jamais dû sa fréquentation qu'à son voisinage de Madagascar et particulièrement des districts où les bœufs sont extrêmement nombreux.
En 1888, Sainte-Marie, qui auparavant était rattachée à la Réunion, a été placée sous l'autorité du gouverneur de Diégo- Suarez. Un administrateur réside dans Tfle et commande à douze chefs entre lesquels elle est répartie. Les autres fonctionnaires sont un préposé du trésorier-payeur de la Réunion, un garde- magasin, un instituteur, un commissaire de police, un médecin de la marine, un commis de la marine, un conducteur des ponts et chaussées, un garde du port, deux prêtres desservants.
lie» Comores. — Le groupe des îles Comot^es, en presque totalité sous le protectorat de la France, est situé à l'entrée du détroit de Mozambique, entre le nord-ouest de Madagascar et la côle orientale d'Afrique et se compose (outre Mayotte dont nous parlerons plus loin) de trois îles principales : la Grande Comore ou Angazyza; Nijoitan, Anjouan ou Johanna ; Mohéli ou Moaliy la plus petite.
La superficie de ces trois îles est de i 606 kilomètres carrés ; la population était, en 1887, de 47 000 âmes. Leurs habitants primitifs étaient des noirs de la côte voisine d'Afrique. Au commencement du xvni« siècle, des Arabes de la mer Rouge, chassés sans doute par quelque révolution dont nous n'avons pas le secret, vinrent s'établir dans cet archipel et ne tardèrent pas à se mêler à la population nègre.
Anjouan fut longtemps fréquentée par les navires qui se rendaient dans l'Inde. En 1801, Bonaparte y fit déporter Rossignol et d'autres individus compromis dans le complot de la machine infernale. En 1816, le sultan d'Anjouan réclama vainement la protection de la France contre les incursions des Malgaches. Les Anglais eurent dans l'île, jusque vers 1883, un dépôt de charbon. Mossanumdou ou Anjouan, la résidence du roi, est construite sur l'orée, entourée de mauvaises murailles et défendue par deux fortins armés de vieux canons; ce gros village est composé de mauvaises murailles en pierres à terrasse et de huttes couvertes en chaume.
En 1892, Saïd-Omar, sultan d*Anjouan, est mort de vieillesse et aussi des austérités du Ramadhan. Gomme le traité de protectorat nous donnait le droit de désigner son successeur, le gouverneur de Mayotte a donné l'investiture au fils aîné do défunt, Saïd-Mohammed, très dévoué à la France et parlant bien notre langue. Il a fallu l'imposer de force à un parti de rebelles, principalement de race arabe.
A la suite de ces événements, le protectorat français sur Anjouan est devenu plus actif. De concert avec le nouveau sultan, on a fait un recensement plus exact de la population, établi des droits de douane, imposé une capitation de 10 francs par tète sur certaines catégories d'habitants, organisé une police sanitaire et de sûreté.
La population de l'île d'Anjouan est de 25 à 30 000 âmes, noirs ou Arabes. Ceux-ci, qui sont Télément* turbulent, tendent depuis notre occupation à émigrer. Anjouan présente des ressources considérables, des terres vierges, la main-d'œuvre et la vie à bon marché. On y a 12 poulets pour 3 fr. 60
L'île de Mohéli n'a que 231 kilomètres carrés et 6 000 habitants. Elle est abondamment arrosée par des eaux trop riches en magnésie; les palmiers, les caféiers, cannes à sucre, girofliers, vanilliers y prospèrent. Les habitants fournissent des travailleurs aux plantations de Mayotte.
La Grande Comore, dont l'abord est difficile à cause de sa forme tabulaire est moins bien connue qu'Anjouan et Mayotte. Elle est d'origine volcanique, dominé par le Kartal appelé aussi Djoungou dja Dsaba t la marmite de feu », dont le sommet a 2 650 mètres d'altitude et le cratère 150 mètres de profondeur et 2 kilomètres de tour. On n'y rencontre ni source ni ruisseaux, et l'on ne peut s'y approvisionner d'eau qu'au moyen de citernes.
Saïd-Ali, le sultan de cette île, après avoir vainement demandé le protectorat français, conclut, il y a quelques années, un traité de commerce avec M. Humblot, négociant français, qui est devenu résident de France auprès de lui.
Les sultans des îles voisines, voyant d'un mauvais œil les Français s'établir dans le pays, voulurent les chasser et marchèrent contre Mourouni, capitale de la Grande Comore.
L'aviso le La Bourdonnais fut aussitôt envoyé pour protéger nos nationaux ; nos marins, avec Taide des soldats de Saîd- Ali, battirent complètement les forces ennemies (1886), et, depuis cette époque, on peut considérer l'archipel entier comme placé sous notre protectorat.