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nulle part, n'y mit ni un soldat ni un canon. En 1862, elle achetait Obock, mais on sait qu'elle ne Tutilisa pratiquement que vingt-deiix ans plus tard !

Cheïkh-Saïd a été acquis en 1868, par des particuliers armateurs et négociants à Marseille, qui rachetèrent à l'autorité locale, c'est-à-dire au cheïkh Ali-Tabatt-Dourein. En font foi des contrats parfaitements réguliers passés par devant consul à Aden. Le prix en fut fixé à 80000 talaris. L'étendue du territoire se mesura par 6 heures de marche dans toutes les directions, soit un arc de cercle de 42 kilomètres de rayon, ou une superficie de 165 000 hectares.

Le vendeur, le cheïkh Ali, étant un souverain indépendant comme son père et tous ses aïeux, la Turquie ne protesta pas plus qu'elle n'avait protesté lors de l'occupation d'Aden et de Périm par les Anglais, occupation faite cependant de vive forcera main armée, sans achat préalable du sol. 11 fallut, pour émouvoir la Turquie, les intrigues des agents anglais. Quand, en 1870, quelques soldats turcs tentèrent de planter leur pavillon sur notre bien, nous protestâmes à Constantinople et sur place un de nos navires de guerre le Bfnat les fit déguerpir; puis, après maints débats, nos revers en Europe nous enlevant toute influence, nous condamnant ainsi pour un temps aux pires timidités, on s'arrêta à Paris et à Constantinople au maintien du statu quo.

Cependant, de 1868 à 1871, les acquéreurs marseillais avaient fait sur place les études nécessaires, créé même de premiers établissements; notre gouvernement enfin avait utilisé Cheïkh-Saïd au cours de la guerre en y créant un dépôt de charbon où nos navires purent se procurer le combustible que les Anglais d'Aden, ravis de nos défaites, leur refusaient en vertu de la loi des neutres, — ce qui, entre parenthèses, montre bien que les partisans de Cheïkh-Saïd ne défendent pas un projet, ne soutiennent pas une utopie, mais s'appuient sur les leçons de l'expérience.

Abandonnés à eux-mêmes, tracassés par les soldats turcs du pacha d'Hodeïdah, nos armateurs retirèrent leur personnel en 1871 et interrompirent les paiements qu'ils opéraient aux échéances convenues entre les mains du vendeur, le cheïkh Ali ; mais auparavant, il fut régulièrement et nettement stipulé que cette interruption ne pourrait invalider leurs droits mutuels. Supprimé le cas de force majeure, c'est-à-dire l'opposition turque, les choses, réoccupation et paiements, devaient reprendre. En un mot, c'était là aussi le statu quo.

Et les choses en sont encore au même point, en 18921 De temps en temps, les Anglais annoncent l'arrivée à Cheïkh-Saïd de quatre homme et d'un caporal ottomans; nos compatriotes répondent en rappelant énergiquement leurs droits, leurs titres, en excipant de leurs contrats. Puis le silence se fait à nouveau sur la question. Faudra- t-il donc un nouveau 1870 pour que nos navires reprennent le chemin de Cheïkh-Saïd? pour que notre ambassadeur à Gonstantinople demande ce qu'on est aujourd'hui tout disposé à lui accorder: la reconnaissance formelle de nos droits ?

Ou bien attendra-t-on que les possesseurs actuels, les armateurs et négociants marseillais, soient tous morts et que leurs héritiers vendent Cheïkh-Saïd?

Le péril est là. Les propriétaires actuels, bons patriotes, refusent de traiter avec l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie. Leurs héritiers montreront-ils le même désintéressement? Ils peuvent, qu'on ne l'oublie point, ne pas être Français.

Si donc le gouvernement tient à ce fameux statu quo, s'il craint les criailleries de la presse anglaise, s'il ne veut pas soulever la question à Gonstantinople, ne devons-nous pas lui demander de se substituer aux simples particuliers détenteurs actuels de ce précieux coin de côte?

Il s'agit d'une dépense de 500 000 à 600 000 francs, dont le sacrifice, si la France ne veut ou ne peut rien faire là-bas, nous assurerait en tous cas qu'aucune puissance ne nous supplantera en s'installant au cap Bab-el-Mandeb.

En attendant le Sailing-Book britannique, toutes les cartes anglaises et allemandes (voir entre autres V Atlas Stieler de Gotha) et les publications italiennes portent Cheïkh-Saïd parmi les possessions françaises.

Si maintenant nous passons aux objections derrière lesquelles s'abritent les mauvais vouloirs, nous ne trouvons de sérieux que l'opinion des amiraux Mouchez et Alquier.

Ces deux marins ont reproché à Cheïkh-Saïd ce pourquoi justement nous le défendons : le voisinage immédiat de Périm. Ils ont ignoré ou oublié que le premier dominait le second de par son altitude supérieure de 200 mètres, c'est-àdire en était militairement maître au premier coup de canon. Que si leur objection ne vise au contraire que les inconvénients en temps de paix de ce proche voisinage (un mille et demi), il est facile de leur répondre que le territoire de Cheïkh-Saïd est séparé du continent de l'Yémen par une vallée, — un otuuti, — qui, creusée mettrait en communication les deux mers, le golfe

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d* Aden et la mer Rouge (goulet de Bab-el-Mandeb), lesquelles sont à son niveau. Les Italiens (ramiral Acton et le professeur Sapeto notamment qui ont songé à prendre Cheïkh-Saïd pour le cas où nous commettrions la folie de Tabandonner ou de le vendre), les Italiens, dis-je, n'ont pas manqué de relever cette facilité ri^ nn^û.. deux issues, sur deux mers différentes, la seconde de es étant masquée devant Périm.

néme, ils n'ont pas manqué (comme tous ceux d'ailii ont visité le pays ) de noter Texistence d'une lagune ire au pied des hauteurs volcaniques encerclant notre re, et la possibilité de creuser un canal de 4 kilomètres nt communiquer avec le golfe d'Aden, hors de vue de Ce canal nous donnerait un port intérieur que nos ïs au sommet du Manhali {264t mètres) rendraient iiable en réduisant au silence les pièces de Périm. pensera que de telles dépenses représenteraient de trop îux millions ? Erreur profonde. Avec ce qu'on a sans Ls dépensé à Obock et autres points de la côte d'Afrique, lit créé sur la côte arabe un port unique. Quelques-unes gués du canal de Suez suffiraient pour que la lagune es navires à fort tirant d'eau. Là, comme dans le canal à )n n'a affaire qu'à du sable. Enfin, pour ne parler que du térieur, de la baie circulaire, qui, telle quelle, a rendu services en 1870-71, ce serait a.ssez, pour l'abriter, d'une îu coûteuse établie à l'aide de roches métamorphiques e compacte et homogène qu'on a là sous la main, 0 mètres cubes de blocs ne représentent pas, extracçonnage et pose, une somme effrayante. Ils suffiraient usson nord et nord-ouest, de juin à septembre, à abribon mouillage de 7 à 8 hectares, avec fonds d'excelnue et, pendant la mousson du sud, de fin septembre ils assureraient la sécurité d'un mouillage deux fois endu.

portance de €licîkh-Saîd. —L'importance politique :aire de Cheïkh-Saïd ressort trop clairement de ce qui 3 pour qu'il soit nécessaire d'insister. Nous avons là un ardont les feux pourraient se croiser aux îles Soba et au arn, dominer Périm et maintenir libre le canal de Suez, is serions à même d'emprisonner dans la mer Rouge les nts ennemis si on voulait nous fermer l'œuvre française 5eps.

nportance commerciale de ce poste est, dit-on, de

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second ordre. Mais, Gheïkh-Saïd ne livrerait pas du charbon à nos seuls bâtiments de guerre. Tous les navires se rendant dans Tlnde et rExtrème-Orient auraient intérêt à s'y ravitailler, car actuellement ils se détournent de 60 milles au moins de leur route pour faire du combustible à Aden. Le crochet sur Obock est, lui, de 30 milles. Cela compte avec la navigation rapide d'aujourd'hui.

A Obock enfin, remarquons-le en passant, un seul navire à la fois peut faire du charbon ; le port est insuffisant et sans ressources. Et puis Obock, pour tout dire, ne peut vivre sans Aden. Destiné à nous ravitailler, il se ravitaille lui-même chez nos voisins et adversaires. Qu'adviendrait-il en temps de guerre?

A Cheïkh-Saïd, il n'en serait pas de même. Bon et grand port, eau excellente, vivres frais. Un arsenal y trouverait du bois et tout ce qu'il faut pour fabriquer de la chaux grasse et de la chaux hydraulique. Venus pour y entretenir Tapprovisionnement de charbon, les cargo-boats le quitteraient chargés de guano.

Quant à la population, elle n'attend que nous : — c'est celle d'Aden, la population indigène que les Anglais chassent peu à peu afin de ne plus faire de la place qu'un vaste camp retranché, qu'une colossale forteresse. Cette population, ils veulent de 20 000 âmes la faire descendre à 6 000, toujours en vue de la guerre future, et ils ont transporté le marché, le foyer de la vie indigène, à Cheïkh-Othman, dans le désert, sur un mauvais emplacement où l'eau est réputée malsaine. C'est la ruine pour le commerce local, pour la ville arabe; — c'est une population pour nous.

Cheïkh-Saïd en outre est à proximité d'Hodéidah, à moins d'une journée de la montagne, et aux portes de Moka. Une grande partie du café envoyé actuellement à Hodeïdah y transiterait, de même que toutes les marchandises à destination d'Aden. L'importation s'y ferait sur une plus vaste échelle: tissus de tout genre, pétrole, fer, etc. L'abri sûr de son port attirerait tous les boutres arabes qui comptent les trop rares havres dans lesquels ils peuvent commercer ou se réfugier. A ces boutres Aden est interdit de longs mois, durant certaines moussons.

Avec 2000 mètres de câble, ajoutons qu'on relierait Cheïkh- Saïd au télégraphe international, par Périm.

Pour terminer cette notice, il convient de noter que Cheïkh- Saïd renferme des gisements houillers avec affleurements,

mais nous ignorons encore ce que

c et sain. Des colons français y ont 171) sans avoir un malade. La faune toral de TArabie. La surveillance de existants et des forages artésiens Hamorphosë notre Oued-Rhir algérage et certaines cultures.

Paul Bonnetain.

ALFRED RAMBAUD, Li

Armand Colin St C»», éditeurs.

Carte n<» Q.

ALFRED RAMBAUD. L

Amiantl Colin & Ci», éditeurs.

Carte n<» Q.

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