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Livre jaune, Affairei du Tonkin, ire partie, p

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Bientôt la situation de nos nationaux et de nos protégés fut intolérable sur le fleuve Rouge. Les Pavillons-Noirs de Luu-Vinh-Phuoc devenaient de plus en plus dangereux et étaient appuyés sous main par les vice-rois du Kouang-Si et du Yunnan. M. Le Myre de Vilers, gouverneur de la Cochinchine, après maints avertissements adressés à la cour de Hué, dut écrire une lettre énergique au roi Tu-Duc et envoyer à Hanoï le commandant Rivière.

Mission «le Rivière. — IVovTelle prise de Hanoi. — Dans les instructions adressées au capitaine de vaisseau Rivière, le gouverneur de la Cochinchine insistait sur la prudence à suivre dans les relations avec les mandarins annamites et recommandait de n'avoir recours à la force qu'en cas d'absolue nécessité, t Toute ma pensée , disait-il, peut se résumer en cette phrase : Évitez les coups de fusil; ils ne serviraient qu'à nous créer des embarras. »

Malheureusement les autorités indigènes se montrèrent aussi hostiles qu'au moment de la mission de Francis Gamier. Le commandant Rivière, ayant fait appel au concours de la compagnie de débarquement de la division navale et de la garnison d'Haîphong, réunit un petit corps de 600 hommes d'infanterie (450 hommes d'infanterie de marine, 130 marins, 20 tirailleurs annamites) et sept canons, plus trois canonnières. Le tong-doc (gouverneur) de Hanoï futsommé de nous livrer la citadelle. Sur son refus, le 25 avril, l'assaut fut donné, après un bombardement préparatoire de deux heures et demie, effectué par les canonnières et l'artillerie de marine. La citadelle, attaquée à dix heures trois quarts par la face nord, était prise en moins d'une demi-heure. Nous n'avions que quatre blessés, dont le commandant d'infanterie de marine Berthe de Villers. Les pertes des Annamites étaient considérables. Le lendemain, le tong-doc, craignant la colère de son souverain, se suicida.

La prise de la citadelle de Hanoï n'était ni dans les intentions du gouvernement métropolitain, ni dans celles du gouvernement de la Cochinchine. M. Le Myre de Vilers couvrit cependant son subordonné et écrivit au ministre : t La destruction de la citadelle de Hanoï apporte un facteur nouveau dans nos négociations avec l'Annam. Peut-être aurait-on pu éviter d'en venir à cette extrémité, mais il faut tenir compte, dans l'appréciation des faits, des entraînements auxquels sont exposés les militaires, dont le principal objectif doit être l'honneur du drapeau et la sécurité des troupes qu'ils commandent*. En même temps, 4. Livre jaune, Affairei du Tonkin, {'• partie, p. 327.

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M. de Vilers protesta énergiquement, à Hué, contre la conduite des autorités indigènes de Hanoï. La citadelle fut remise aux Annamites, sauf la Pagode royale, où nous laissâmes une compagnie dans une position qui dominait tous les travaux ennemis.

lie marquis de Tseng. — A Paris, le marquis de Tseng intervint et demanda le rappel de nos troupes. Il lui fut répondu par M. de Freycinet, ministre des Affaires étrangères, « que nous avions donné l'ordre au gouvernement de la Cochinchine d'assurer l'application complète du traité de 4874, que les suites de l'action que nous entendions exercer dans cette vue concernaient exclusivement les -deux États signataires et, qu'en conséquence, nous n'avions aucune explication à fournir au gouvernement chinois ». » Cette réponse montrait une fois de plus que « pas plus à Pékin qu'à Paris, nous ne devions permettre à la Chine de s'ingérer dans la politique que nous suivions en Indo-Chine- ».

Rien ne put engager la Chine, sollicitée par Tu-Duc, à modifier sa ligne de conduite au Tonkin. La cour de Hué, de son côté, armait des troupes et cherchait à exciter une révolte dans la Cochinchine française, où M. Le Myre de Vilers fut obligé, avant son départ pour la France, de faire arrêter et interner à Poulo-Condore 150 individus compromis par leurs agissements.

lie traité Bouréc. — M. Bourée, notre ministre à Pékin, pensa alors à prévenir un conflit imminent entre la France et le Céleste-Empire, et communiqua au ministère des Affaires étrangères un projet de convention qui, portant constitution d'une zone neutre à délimiter entre la Chine et TAnnam, cédait Laokay au Yunnan et contenait l'engagement, pour la France, de respecter la souveraineté territoriale de l'empereur d'Annam. Le projet de M. Bourée ne fut pas accepté par le gouvernement de la République et ce diplomate fut rappelé.

IVouvelle coaquête du Delta. — Cependant, au Tonkin, après la prise de la citadelle de Hanoï, le commandant Rivière avait fait occuper Hong-Gay^ point important sur le golfe à cause des gisements de houille qu'on y trouve. Pour assurer ses communications avec la mer, le chef de notre station navale se dirigea sur Nam-Dinh, où les Annamites préparaient des barrages. Le 25 mars, une petite flottille

1. Livre jaune. Affaires du Tonkin, i^o partie, p. 2i3. â. Ibid., p. 369.

débarqua le lieutenant-colonel Carreau avec quelques troupes. Le tong-doc de Nam-Dinh, sommé de se rendre à bord du Plufier, répondit par un refus. Le 26 fut employé à reconnaître la place. Le 27, à sept heures du matin, le bombardement commença par les canonnières et les pièces débarquées, dont le brave colonel Carreau, de Tinfanterie de marine, rectifiait le tir quand il fut atteint au talon par un biscaïen. Le commandant Badens conduisit Tassant contre la porte de Test, enleva le redan, força le pont et enfonça la porte au moyen d'un pétard de dynamite. Les Annamites, au milieu desquels on crut reconnaître des réguliers chinois, étaient en fuite. Nous avions deux blessés. Le colonel Carreau mourut des suites de l'amputation de la jambe.

Le ministère français, tout en approuvant les faits accomplis, ne voulait pas encore s'engager à fond. Il ordonna au commandant Rivière de n'entreprendre aucune autre expédition à moins d'y être absolument contraint pour la sécurité de ses troupes.

Cependant l'ennemi était toujours bien informé de nos mouvements. Pendant la marche sur Nam-Dinh, Hanoï était attaqué par 4000 Annamites et Pavillons-Noirs qui profitaient du départ d'une partie de nos forces. Dans la nuit du 26 au 27 mars, ils attaquèrent la Pagode royale, vigoureusement défendue par le capitaine Retrouvey. Une sortie de la garnison de la Concession française, dirigée par le commandant Berthe de Villers, força nos adversaires à se réfugier sur la rive gauche du Song-KoT, où ils furent suivis et obligés à une retraite précipitée vers Bac-Ninh.

Mort de Bivlère. — Rivière revint le 2 avril à Hanoï. Les Pavillons-Noirs se rapprochaient de nouveau de nos positions, occupaient tous les environs, canonnaient nos cantonnements et pénétraient nuitamment avec une grande audace dans la ville marchande. Le commandant concentra ses forces, fit venir de HaTphong une partie de la garnison d'infanterie de marine, et demanda à l'amiral Meyer, commandant la station navale de la Chine, quelques compagnies de débarquement. Dans les journées du 15 au i8 mai, des opérations de détail furent dirigées contre l'ennemi. Le i9, le commandant Rivière résolut de faire une sortie vers Phu-Hoi, sur la route de Sontay, pour dégager la ville.

Deux compagnies d'infanterie de marine, les marins de la Victorieuse, du Villars, du Léopard et trois pièces de campagne

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quittèrent Hanoï à quatre heures du matin sous le commandement direct du chef de bataillon Berthe de Villers. Rivière accompagnait la colonne. L*action commença vers six heures du matin, près du marché de Can Giay, qui devait donner son nom à la rencontre, et nos soldats enlevèrent le pont de Papier, jeté sur un arroyo qui coupe la route de Sontay. Notre artillerie ouvrit le feu contre les positions ennemies et nos troupes s'avancèrent, repoussant les Pavillons-Noirs. A ce moment tomba Berthe de Villers, frappé des blessures qui devaient remporter. Rivière prit alors le commandement direct de la colonne. Malheureusement, Tennemi, supérieur en nombre, s'efforça de tourner notre droite pour s'emparer du pont de Papier et nous couper de HanoT. Ordre fut donné aux marins de la Victorieuse^ engagés à Trung-Thung, de rétrograder. La retraite commença sous un feu d'une extrême intensité. Le lieutenant d'infanterie de marine Héral de Brisis est tué avec plusieurs soldats ; les lieutenants de vaisseau de Marolles et Clerc, de Tétat-major, sont blessés. Bientôt le canon du Villars est compromis et tombe dans la rizière. Rivière pousse lui-môme aux roues du canon avec Taspirant Moulun pour le remettre sur la route et remporter. Le capitaine Jacquin, de l'infanterie de marine, l'aspirant Moulun, le commandant Rivière sont tués. Les Chinois se précipitent, décapitent les cadavres et ne s'arrêtent que devant le feu de l'échelon de retraite commandé par M. de Marolles, chef d'état-major, qui sauva le canon. La retraite continua et fut très pénible. Nos derniers soldats ne rentrèrent dans la Concession française qu'à neuf heures et demie du matin, suivis à distance par les Pavillons-Noirs. Nous avions 30 morts et 55 blessés.

Benforls envoyés au Tonkin. — La nouvelle de la mort du commandant Rivière impressionna douloureusement l'opinion publique. Le gouvernement déposa sur les bureaux des Chambres une demande de crédits qui furent votés. Le général Bouët, commandant supérieur des troupes en Cochinchine, reçut Tordre de se rendre à Hanoï et de prendre la direction des troupes. Une escadre nouvelle, la division navale du Tonkin, fut créée et placée sous le commandement du contre-amiral Courbet. Elle se composait de deux cuirassés, le Bayard et VAtalante, du croiseur le Château-Renaud, du Â>rsainty du Hameliriy du Parseval et du Drac. En même temps, la direction politique et administrative de l'expédition fut donnée au docteur Harmand, ancien compagnon d'armes de Francis

Gamier, et explorateur distingué de Tlndo-Chine, qui reçut le titre de commissaire général civil de la République.

Quand le général Bouët parvint à Hanoï, avec quelques renforts d'infanterie de marine envoyés de Saïgon et de la Nouvelle-Calédonie, et avec deux compagnies de tirailleurs annamites, la situation était grave. Dès les premiers jours de Tarrivée du général, les attaques des Annamites contre Hanoï et contre Ilaïphong, notre port de débarquement, furent vigoureusement repoussées. Il en fut de môme à Nam-Dinh, oh commandait le chef de bataillon Badens. Les renforts expédiés de Toulon par VAnnamite, le Mytko et la Saône portèrent Teffectif du corps expéditionnaire à 3 750 hommes environ, y compris les tirailleurs annamites.

Le commissaire général civil, M. Harmand, arriva au Tonkin à la fin de juillet et s'entendit pour les opérations avec le général Bouët et Tamiral Courbet. Il fut décidé que Tescadre, avec des troupes de débarquement tirées de la Cochinchine, s'emparerait des forts de Thuan-An, situés à l'embouchure de la rivière de Hué^ et s'efforcerait de pénétrer jusqu'à la capitale de l'Annam pour imposer un traité à la cour, tandis que le général Bouët reprendrait l'offensive au Tonkin.

Expédiiion sor Hué. — On apprit bientôt la mort du vieux souverain Tu-Duc, adversaire déclaré de l'influence française, notre ennemi acharné depuis le début de notre intervention dans l'extrême Orient. Cet événement ne pouvait empêcher notre action contre l'Annam. L'amiral Courbet se rendit à Thuan-An avec le Bayard, VAtalante, le Château-Renaud, V Annamite, le Drac, la Vipère et le Lynr.

Le 16 août, l'amiral reconnut la position des Annamites. Le 17 fut employé aux préparatifs. Le 18, à quatre heures de l'après-midi, le bombardement des forts annamites fut commencé. Le 20, nos troupes descendirent à terre. Les forts furent emportés après un brillant combat; nous n'avions que six blessés.

Traité de protectorat avec l'Annam. — La cour de Hué sollicita aussitôt un armistice qui fut accordé. M. Harmand, assisté de M. Palasne de Champeaux, administrateur des affaires indigènes, se rendit dans la capitale et imposa les conditions de la France Elles furent acceptées par le traité du 25 août 1883. Ce traité reconnaissait entièrement notre protectorat sur l'Annam et le Tonkin, annexait la province de Binh-thuan à la Cochinchine, nous donnait le droit

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d'occuper à titre permanent les forts de Thuan-An et plusieurs autres positions et ouvrait au commerce européen les ports de Tourane et de Xuanday. Un résident de France, installé à Hué, devait avoir le droit de voir le roi en audience personnelle. L'administration des douanes devait être remise entre nos mains et un traité de commerce spécial devait compléter les avantages consentis à la France par le traité politique.

Opëraiiona au Tonkin. — Au Tonkin les opérations militaires n'avaient pas été aussi heureuses. Le 15 août, le général Bouët s'était avancé en trois colonnes sur la route de Sontay et avait rencontré l'ennemi fortement retranché au village du Vuong et dans les villages avoisinants La colonne de droite, commandée par le colonel Bichot, soutenue par la flottille, tourna la gauche de l'ennemi. Au centre, le commandant Coronnat, chef d'état-major, s'avança de Phu-HocCi sur la pagode de Noï et s'y maintint jusqu'au lendemain. La colonne de gauche, sous la direction du lieutenant colonel Révillon, de l'artillerie de marine, après s'être avancée contre les positions des Pavillons- Noirs, se trouva en présence de retranchements d*une très grande force, défendus par de nombreux ennemis. Le colonel Révillon, après des efforts répétés, ordonna la retraite et rétrograda jusqu'au pont de Papier, où se trouvait le général Bouët.

La journée du 15 août fut considérée par la presse étrangère comme un insuccès. Cependant, si l'on considère Teffet obtenu, il f^ut reconnaître que cette affaire nous donnait de sérieux résultats, car le lendemain on constata que l'ennemi s'était retiré au village de Phung, à quatorze kilomètres au delà des lignes attaquées, pour défendre le passage du Day; il renonçait ainsi à inquiéter et à brûler Hanoï, comme il essayait de le faire depuis le 19 mai.

Prise de Haî-IHEvonir- — Quelques jours plus tard, le 19 août, Hdi-Dzuong, ville d'une grande importance stratégique, une des clefs du Delta, tomba entre les mains du lieutenantcolonel Brionval qui s'était dirigé de Haïphong sur cette ville avec deux canonnières, 300 hommes d'infanterie de marine, 300 tirailleurs annamites et une demi-batterie. Il n'y eut qu'un combat insignifiant, et les Annamites se retirèrent abandonnant leur trésor, 150 canons et beaucoup d'armes. La prise de Haï-Dzuong empêcha les Chinois de s'établir dans cette place dont ils appréciaient la valeur : on le vit bien au mois de

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novembre, quand ils s'acharnèrent à l'attaque de la citadelle et du réduit que nous y avions installé.

A la suite des combats du 15 août, le général Bouët demanda des renforts, qu'il pensait devoir être d'une division complète. Le ministère de la Guerre envoya un régiment de marche, composé de deux bataillons de tirailleurs algériens et d'un bataillon de la légion étrangère, pendant que le département de la Marine autorisait Tamiral Courbet à mettre à terre ses compagnies de débarquement et expédiait un bataillon d'infanterie de marine et un bataillon de fusiliers-marins. Des armes étaient transportées pour armer les auxiliaires indigènes qui formèrent le noyau des deux premiers régiments de tirailleurs tonkinois.

Après la signature du traité du 25 août 1883, M. Harmand, commissaire général civil, retourna de Hué au Tonkin, où de graves difficultés ne tardèrent pas à naître entre le pouvoir civil et le commandement militaire. Le conflit arriva rapidement à l'état aigu, et, le 18 septembre, le général Bouët rentra en France. Pour cacher le véritable motif du retour du commandant des troupes, il fut décidé que le général viendrait à Paris en mission pour renseigner le gouvernement métropolitain sur les mesures militaires à prendre sur le Song- KoT.

ComlMit de Pliviig. — Avant son départ le général Bouët avait livré le combat de Phung, le l«f septembre, où se distinguèrent nos soldats indigènes soutenus par une compagnie d'infanterie de marine et une section d'artillerie. Ils enlevèrentlespositionsoccupéesparlesPavillons-Noirs. Les Chinois profitèrent de la nuit pour battre en retraite. Les retranchements abandonnés par Luu-Vinh-Phuoc furent détruits et nos soldats rentrèrent à Hanoï, laissant à Ba-Giang, ou Palan^ sur le fleuve Rouge, près de la naissance du Day, un poste fortifié pour dominer le cours d'eau et la route de Sontay'.

Intervenilon armée des Cliinois. — Le colonel d'infanterie de marine Bichot prit le commandement au moment du départ du général Bouët. La situation militaire

i. Pendant toute cette période, nos officiers, secondés par le vicaire apostolique, Msf Puginier, s'efforçaient de retrouver les dépouilles mortelles de Rivière et de ses infortunés compagnons Le 8 octobre, on put ramener en France le corps du commandant Rivière, qui fut reconnu par M. Mondon, médecin de la marine, et celui du chef de bataillon Berthe de Villers.

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était diiYicile; les Chinois, qui se décidaient à lever le masque, faisaient passer des réguliers au Tonkin, et se montraient à Sontatjy BaC'Ninh et Hong-Hoa. Néanmoins le colonel Bichot fit enlever et occuper Ninh-Hinh,

Peu après, le commissaire général civil, M. Harmand, qui voulait établir à Quang-Yen un port de commerce important, s'entendit avec Tamiral Courbet, notre nouveau commandant en chef, pour installer dans cette place une compagnie d'infanterie de marine. Il pensait à prendre possession des lignes de Vung-Chvoay dans le Tonkin méridional, sans attendre la ratification du traité du 25 août 1883, afin de couper les communications entre Hué et le delta du Song-Koï.

La nécessité de concentrer toute l'autorité entre les mains du commandement paraissait de plus en plus évidente. L'heure du gouvernement civil n'était pas encore venue, M. Harmand le comprit et demanda à rentrer en France. L'amiral Courbet réunit alors les pouvoirs diplomatiques, civils et militaires. Presque au même moment, le 17 novembre, le marquis de Tseng, ambassadeur de Chine à Paris, se décidait à notifier officiellement la présence des forces impériales au Tonkin. Nous savions désormais qu'une lutte contre le Céleste-Empire se greffait sur notre action contre la cour de Hué.

Le 12 novembre, Hdi-Dzuong fut attaquée par des Chinois et des Annamites. Le 17, la ville eut à repousser un nouvel assaut Le capitaine d'infanterie de marine Bertin, secondé par l'adjudant Geschwind, repoussa vigoureusement l'ennemi grâce au concours de deux canonnières, la Carabine et le Lynx.

Prise do Sonlay. — L'amiral Courbet reçut les renforts de France et d'Algérie et put alors disposer de 9 000 hommes, ïl se décida aussitôt à marcher contre Sontay, situé à la naissance du Delta, où Luu-Vinh-Puoc et Hoang-Ké-Viem avaient leur base d'opérations contre Hanoï.

Deux colonnes .furent constituées. La première (tirailleurs algériens, légionétrangère, un bataillon d'infanterie de marine, auxiliaires tonkinois, une compagnie de tirailleurs annamites, trois batteries, 3 300 hommes environ) était sous le commandement du lieutenant-colonel Belin. La seconde (trois bataillons d'infanterie de marine, bataillon de fusiliers marins, trois compagnies de tirailleurs annamites, quatre batteries, environ 2 600 hommes) était dirigée par le colonel Bichot, commandant supérieur des troupes. La flottille devait appuyer les opérations.

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Depuis Tarrivée du commandant Rivière au Tonkin, l'ennemi n'avait pas cessé d'accumuler les travaux autour de la citadelle de Sontay.

Le 13 décembre, les deux colonnes françaises se trouvaient réunies à proximité de leur objectif. Le 14, le corps expéditionnaire se mit en marche, le lieutenant-colonel Belin à gauche, le colonel Bichot à droite, et se concentra à la pagode de Thien- Loc; la flottille suivait à petite vitesse, sans dépasser la tète des troupes.

L'amiral Courbet reconnut les positions ennemies avec le colonel Bichot, commandant supérieur des troupes, le lieutenant-colonel Belin et le lieutenant-colonel Révillon, commandant de Tartillerie. D'après la disposition des ouvrages chinois, il décida de s'appuyer sur le fleuve, tant pour avoir une base d'opérations solide, surtout avec le concours des canonnières, que pour échapper à toutes les difficultés d'approvisionnement en vivres comme en munitions. C'est aussi vers ce point que la porte nord-est de l'enceinte était le plus accessible.

Le commandant en chef fît avancer sur la branche sud de la digue qui relie Thien-Loc aux ouvrages de Phu-Sa les bataillons Dulieu et Reygasse (infanterie de marine), sur la branche nord les bataillons Roux et Chevalier (infanterie de marine). Vers dix heures et demie les avant-postes et les premiers ouvrages de l'ennemi étaient enlevés et nos soldats s'établissaient au village et à la pagode de Linh-Chien, situés à 5 ou 600 mètres des lignes de Phu-Sa dont le feu très vif gênait beaucoup nos mouvements. L'artillerie du corps expéditionnaire établie à Linh-Chien et l'artillerie de la flottille battirent alors Phu-Sa et réduisirent les pièces chinoises au silence.

Cependant les défenseurs de Sontay cherchèrent à opérer une diversion sur notre gauche, mais ils furent repoussés par une portion du bataillon Dulieu, le bataillon Reygasse et le bataillon Donnier (légion étrangère), envoyé comme renfort. Pendant toute la journée ce côté du champ de bataille fut le théâtre d'un combat indécis tandis que l'action principale se passait au nord, sur notre droite.

Sur ce point, au nord de Linh-Chien, le bataillon Jouneau (tirailleurs algériens), resté en réserve à Thien-Loc, se porta en avant, à droite des bataillons Roux et Chevallier, ce dernier se reliant au bataillon Dulieu, Les tirailleurs algériens arrivèrent jusqu'à 400 mètres environ de la digue de Phu-Sa et prirent position derrière une haie de bambous. La flottille et trois batteries d'artillerie cherchaient à préparer l'assaut par leurs

obus. Vers quatre heures, le lieutenant-colonel Belin, qui dirigeait plus particulièrement Topération sur ce point, demanda l'autorisation d'attaquer et lança les tirailleurs algériens. Ceux-ci se précipitèrent avec furie. L'ennemi fait une résistance acharnée : chassé de la digue, il se retire derrière une barricade ; deux fois les tirailleurs algériens tentent Tassaut, deux fois ils sont repoussés. La nuit approchait. Le colonel Belin, d'accord avec l'amiral et le colonel Bichot, commandant supérieur, s'établit solidement sur les positions conquises qu'il fit fortifier.

La nuit du 14 au 15 fut employée par le colonel Bichot à réapprovisionner en munitions les différents corps et à faire une distribution aux troupes qui n'avaient pas eu le temps de manger depuis le matin.

Pendant la journée du 15, on occupa les retranchements abandonnés par l'ennemi.

Le 16, au jour, l'amiral, accompagné des colonels Bichot, Belin, Badens et Révillon, reconnut les positions ennemies et résolut de diriger une fausse attaque vers la porte nord de la citadelle où les Chinois avaient accumulé leurs plus puissants moyens de défense et de diriger le principal assaut contre la porte de l'ouest.

Quant à l'opération principale elle fut préparée par le bombardement lent et méthodique de la porte ouest et de la ville par la flottille et l'artillerie du corps de débarquement. Vers dix heures du matin, le commandant Dulieu avec ses légionnaires s'établit au hameau de Ha-Tray, dans des maisons situées à 300 mètres environ de la porte ouest, et pendant toute la journée, soutenu par les fusiliers-marins, il gagna incessamment du terrain. A cinq heures, nos premières lignes de tirailleurs n'étaient plus qu'à 100 mètres du fossé. L'amiral commande l'assaut, l'artillerie cesse son feu. La légion étrangère court vers la porte murée, le commandant Laguerre et ses marins, la compagnie Bauche, du bataillon Dulieu, vers la poterne de droite. Les troupes désignées pour rester en réserve trépignaient d'impatience et le colonel Bichot était obligé de se multiplier pour les empêcher de suivre leurs camarades. Malgré le feu de l'ennemi, malgré les obstacles accumulés, le soldat Minnaert de la légion étrangère, le quartier-maître Le Guirizec des fusiliers-marins, le caporal Mouziaux de l'infanterie de marine pénétrèrent les premiers dans la place et furent immédiatement suivis de masses nombreuses. A cinq heures quarante-cinq, l'amiral et son état-major pouvaient

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entrer dans la ville. L'ennemi fuyait en désordre, protégé par la nuit : il n'essayait môme pas de défendre la citadelle qui fut occupée le lendemain.

Les pertes desPavillons-Noirsontétédeplus delOOO hommes tués; ils abandonnèrent plus de 100 canons, des armes, des munitions et la correspondance de Luu-Vinh-Phuoc. De notre côté, nous avions 83 tués dont 4 officiers, et 319 blessés dont 22 officiers.

Il faui encore des renforts. — Si important que fût notre succès, il ne pouvait pas terminer la guerre : la plus grande partie du delta du Song-Koï restait encore entre les mains de nos adversaires avec les places fortes de Bac-Ninh et de Hong-Hoa. Plus loin, dans la région montagneuse, était Langson et, sur le haut fleuve Rouge, Laokay, La Chine ne se sentait pas assez frappée pour renoncer à la suzeraineté sur TAnnam et pour consentir à nous avoir comme voisins. De son côté, la cour de Hué, voyant le Céleste-Empire s'engager à fond dans la lutte, ne cessait de nous créer des difficultés. L'oligarchie des lettrés et le parti militaire, souvent divisés entre eux, s'entendaient contre nous. Le malheureux successeur de Tu- Duc, Hiep-Hoa, coupable d'avoir subi le traité Harmand et d'avoir essayé de s'appuyer sur nous, fut empoisonné et remplacé par un jeune homme de quinze ans, Kien-Phuoc, intronisé sans notre participation (2 décembre 1883). Notre résident à Hué, M. de Champeaux, qui avait rompu les relations diplomatiques, était menacé à la légation. Pour parer à toutes les éventualités, la garnison de Thuan-An fut renforcée. M. Tricou, ambassadeur de France en Chine, se rendit à Hué. Les régents parurent se soumettre et, pour le moment, une tranquillité apparente régna dans la capitale.

L'amiral Courbet aurait désiré marcher sur Hong-Hoa aussitôt après la prise de Sontay. La baisse des eaux ne le permit pas. D dut se borner à quelques expéditions de détail pour purger le pays des bandes de pillards qui l'infestaient. D'un autre côté, le gouvernement français ne pouvait se dissimuler que les forces envoyées au Tonkin étaient insuffisantes pour la tâche qui leur incombait. Une brigade de renfort fut envoyée avec le général de division Miliot qui eut comme brigadiers les généraux Brière de l'Isle et de Négrier. L'effectif du corps expéditionnaire s'élevait maintenant à environ 16000 hommes*

L'amiral Courbet en remit le commandement à son succes-

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seur le 12 février 1884. Il conservait la direction deTescadre et mit son pavillon sur le Bayard,

Prise de Bac-IVinh. — Le général Millot dirigea d'abord ses opérations contre Bac-Ninh, ville située à 35 kilomètres de Hanoï, près du Song-Gau et du canal des Rapides, point stratégique bien choisi, dominant les routes de Thai-Nguyen, Langson et Haï Dzuong. Pendant la concentration du corps expéditionnaire, un bataillon de la légion étrangère s'établit aux Sept pagodes, dans l'angle formé par le Song-Cau et le canal des Rapides, et repoussa deux attaques des Chinois qui voulaient reprendre celte position dont l'occupation nous permettait d'entrer dans le Song-Cau avec les canonnières de la flottille.

Les Chinois avaient multiplié les forts autour de Bac-Ninh et avaient établi des travaux de défense sur les deux voies par lesquelles notre armée était attendue, la route de Hanoï et le cours du Song-Cau. L'enlèvement de ces ouvrages, par une marche directe, aurait entraîné de grands sacrifices d'hommes, le général Millot préféra tromper l'attente de l'ennemi, prendre ses positions à revers et menacer sa ligne de retraite, en concentrant tout le corps expéditionnaire au confluent du canal des Rapides et du Song-Cau pour faire tomber la place sous TefTort combiné des deux brigades et de la flottille remontant le Song-Cau.

Le 7 mars, le Mousqueton prit le contact avec l'ennemi, et la première brigade, venue de Hanoï, passa sur la rive gauche du fleuve Rouge. Cette opération fut terminée le lendemain à huit heures. Pendant que les troupes se dirigeaient vers le marché de Chi où elles devaient rencontrer la brigade de Négrier, partie par eau de Haï-Dzuong, le commandant Morel- Beaulieu avec les canonnières nous assurait la possession des voies fluviales et faisait évacuer les positions ennemies du canal des Rapides. Ces opérations prirent les journées des 7,8, 9 et 10 mars. Le 11, les deux brigades se trouvaient sur la rive gauche du canal des Rapides et les Chinois se retiraient sur le Trung-Son, massif montagneux de 350 mètres d'altitude, situé au sud-est de Bac-Ninh. Toutes les positions des Impériaux tombèrent les jours suivants entre nos mains, presque toujours enlevés par des mouvements tournants, soigneusement préparés par le feu de l'artillerie. La flottille, sur notre droite, détruisait les barrages et s'avançait sur Bac-Ninh par le Song-Cau. Le Trung-Son tomba entre les mains de la première brigade pen-

dant que le général de Négrier et la flottille s'emparaient de Dap-Gau sur la rivière et coupaient aux Chinois la route de Bac-Ninh. La prise du fort de Dap-Cau, le plus important des quatre ouvrages qui protégeaient les abords de la place, amena l'évacuation des autres retranchements et même celle de la ville. L'ennemi débandé était en pleine déroute et les fuyards se dirigeaient, par un détour, sur les routes de Langson et de Thai-Nguyen. Bac-Ninh était pris (12 mars).

Dans la place nous trouvâmes une centaine de canons, dont plusieurs batteries Krupp, des fusils à tir rapide et de nombreux étendards.

Pendant la marche sur Bac-Ninh nous avions perdu 8 tués, dont 1 officier, et 39 blessés.

Après la prise de Bac-Ninh, le général de Négrier poussa une pointe sur la route de Langson, chassant devant lui les réguliers du Kouang-Si et les battant à Phu-Lang-Giang et à Lang-Kep, De son côté le général Brière de l'Isle s*empara de Yen-Thé et de Thai-Nguyen. Le corps expéditionnaire rentra alors à Hanoï pour préparer la marche sur Hong-Hoa.

Prlne de Hong-Hoa. — Le 10 avril, chassés de retranchement en retranchement, les Célestes abandonnèrent Hong- Hoa et prirent la fuite après avoir incendié la ville. Le 13 avril, à une heure de l'après-midi, un bataillon entrait dans la citadelle où nous trouvâmes une trentaine de canons. L'ennemi avait fui devant le mouvement de la brigade Brière de l'Isle et devant le bombardement lent et précis de nos canons; il n'avait pas songé à défendre la ville qui est cependant très forte. Nous avions un tirailleur algérien blessé, cinq hommes dont trois artilleurs, et onze coolies noyés.

Deux colonnes légères poursuivirent les Chinois. Le commandant Coronnat rasa la citadelle de Dong-Van, évacuée par nos adversaires. La place de Phu-Lan-Tao tomba également entre nos mains. '

La période active de la conquête paraissait terminée. Le général Millot s'attacha alors à l'organisation du pays et à la création de deux régiments de tirailleurs tonkinois. Quant aux troupes, elles procédèrent à une série d'opérations de détail dont la plus importante fut, le l®*" juin 1884, l'occupation de Tuyen-Quan, place qui domine le cours de la rivière Claire, affluent du fleuve Rouge.

Le trwMé Foumler* — On put croire bientôt que la Chine allait se décider à la paix. Un peu avant que nous nous

établissions à Tuyen-Quan, le grand mandarin Li-Hung-Chang, vice-roi du Pé-tché-Li, qui avait engagé des négociations officieuses avec le capitaine de frégate Fournier, venait de signer le 11 mai, avec l'autorisation de la cour de Pékin, le premier traité de Tien-Tsin. Ce traité portait que la France respecterait et protégerait contre toute agression d'une nation quelconque et en toutes circonstances, les provinces méridionales de la Chine, limitrophes du Tonkin. De son côté le Céleste- Empire s'engageait à retirer immédiatement sur les frontières les garnisons chinoises du Tonkin; à respecter, dans le présent et dans Tavenir, les traités directement intervenus ou à intervenir entre la France et la cour de Hué. C'était dire, sans l'exprimer, que la Chine renonçait à la suzeraineté qu'elle avait revendiquée sur l'Annam et qui était la cause première du conflit entre Paris et Pékin. Le principe d'une indemnité de guerre due par le Céleste-Empire était admis, mais la France déclarait en faire remise à cause de l'attitude conciliante du gouvernement chinois et de son négociateur. L'indemnité devait être remplacée par des facilités accordées au libre trafic sur les frontières du Tonkin et par des avantages particuliers à consentir par un traité de commerce à intervenir. Un quatrième article disait que le gouvernement français s'engageait à n'employer aucune expression de nature à porter atteinte au prestige du Céleste-Empire dans la rédaction du traité définitif qu'il allait signer avec l'Annam et qui abrogerait les traités antérieurs relatifs au Tonkin.

Tout paraissait devoir aboutir à la paix. Des dates pour l'évacuation du Tonkin par les Impériaux avaient été fixées et notifiées au général Millot et aux commandants chinois. Malheureusement, le parti de la guerre, ennemi de Li-Hung- Chang, parvint à ressaisir l'influence à Pékin et un conflit éclata sur la route de Langson, à Ban-Lé, entre les réguliers du Kouang-Si et une faible colonne française.

l.a surprise de Bac-Lé. — Confiant dans la signature du traité de Tien-Tsin, le gouvernement métropolitain avait ordonné au général Millot d'envoyer le bataillon de fusiliers marins à Madagascar et le bataillon de tirailleurs annamites à Saîgon. Le général en chef ne tarda pas à vouloir prendre possession des villes qui devaient être évacuées par les Chinois. Le lieutenant-colonel Dugenne, avec huit cents hommes environ, se dirigea sur Langson par la route mandarine.

Le 23 juin 1884, le détachement était arrivé au delà de

Bac-Lé quand il se trouva en présence des réguliers chinois qui Taccueillirent à coups de fusil. Puis un parlementaire se présenta, porteur d'une lettre des mandarins militaires. Us déclaraient ne pas vouloir violer le traité de Tien-Tsin, mais ils refusaient de se retirer sous prétexte qu'ils n'en avaient pas reçu Tordre. Le commandant Crétin, chef d'état-major, entra en pourparlers avec les envoyés des mandarins. L'entrevue n'eut aucun résultat et le colonel Dugenne fit avertir les Chinois qu'il allait reprendre sa marche.

Une heure plus tard notre avant-garde se mit en mouvement et se heurta contre les réguliers. Le combat s'engagea et dura jusqu'à la fin de la journée. Le 24 juin il recommença à huit heures du matin. L'ennemi, profitant de sa supériorité numérique, nous entoura de toutes parts. Le lieutenant-colonel Dugenne ordonna la retraite, s'arrêta à Bac-Lé jusqu'au lendemain et rétrograda jusqu'à une forte position défensive où il attendit les renforts que lui conduisit le général de Négrier. Il put alors rentrer à Hanoï. Peu de temps après le général Millot demanda à rentrer en France et laissa le commandement au général Brière de l'Isle.

Le gouvernement de la République demanda satisfaction à la Chine et donna des instructions en ce sens à notre ambassadeur, M. Patenôtre. Pour appuyer les observations de notre ministre plénipotentiaire, l'amiral Courbet reçut l'ordre de prendre le commandement supérieur de nos deux divisions navales de l'extrême Orient dont l'une avait pour chef le contre-amiral Lespès.

Difllciillés Wivee TAiinaiii. — Il faut maintenant nous reporter à Hué et dire quelles étaient nos relations avec T Annam . Nous avons -laissé notre récit au départ de M. Tricou après l'avènement de Kien-Phuoc. Le cabinet français chargea M. Patenôtre, qui se rendait à Pékin, de s'arrêter à Hué pour modifier quelques clauses du traité Harmand. A la suite d'un ultimatum, les régents annamites signèrent une nouvelle convention le'6 juin 1884. Les modifications apportées par le traité Patenôtre au traité Harmand sont assez profondes. Le Binh'Thuan est rétrocédé à l'Annam, les trois provinces méridionales^du Tonkin, celles de Thanh-HoUy du Nghé-An et de Hatinhy sont rattachées à l'Annam. Cette concession est à regretter, car ces dernières provinces ont toujours fait partie du Tonkin ; elles sont habitées par des populations remuantes, elles sont dévouées à l'oligarchie des lettrés et elles ont besoin

ftiiS Lk FRANCE COLONIALE

d'être activement surveillées. Par contre, le nouveau traité donnait au résident français et à son escorte le droit de séjour dans Tenceinte de la citadelle de Hué.

A peine M. Patenôtre avait-il quitté TAnnam, après s'être fait remettre et avoir détruit le sceau impérial, signe de la suzeraineté de la Chine, donné autrefois à Tu-Duc, que le roi Kien-Phuoc mourut prématurément, le 31 juillet 1884, comme son malheureux prédécesseur Hiep-Hoa. Les régents s'empressèrent d'appeler au trône un autre enfant, Ung-Lich, jeune homme de quatorze ans, frère du monarque défunt. En vain M. le lieutenant-colonel Rheinart, notre résident, fit-il remarquer au premier régent Nguyen-Van-Tuong, que son conseil ne pouvait, par suite du traité de protectorat, nommer un roi sans l'intervention du gouvernement de la République. Il ne fut pas écouté. M. Rheinart ne pouvait laisser un tel précédent s'établir sans protester et avertit le général Millot. Celui-ci envoya immédiatement à Hué son chef d'état-major, le lieutenant-colonel Guerrier, avec un bataillon et une batterie. Le 12 août, un ultimatum fut remis au conseil de régence : nous exigions une lettre demandant l'autorisation d'élever au trône le prince Ung-Lich. Grâce à la fermeté des colonels Rheinart et Guerrier, la cour fit sa soumission et, le 17 août, la mission française pénétra dans le palais royal par la porte du milieu pour assister à la première réception du nouveau souverain. Ce détail d'étiquette avait une importance capitale, car, seules, les ambassades du Céleste-Empire avaient joui de cet honneur quand elles apportaient au roi d'Annam l'investiture du Fils du Ciel. Aux yeux d'un peuple aussi formaliste, nous montrions une fois de plus que nous entendions jouir des droits de suzerains.

Diminués avec le Camlio^ffe. — Dans le Cambodge, le gouvernement de Norodon ne s'inspirait guère des idées de l'administration française. Il ne considérait en toutes choses que l'intérêt personnel du prince et ne semblait pas se douter que les rois sont faits pour les peuples et non les peuples pour les rois. Aussi les dépenses de la cour s'élevaient-elles chaque année, le monarque ajoutant au luxe asiatique les dépenses du bien-être de l'Europe : la magnifique contrée soumise à notre protégé souffrait de cet état de choses et aucune réforme ne lui était appliquée Nos gouverneurs de la Cochinchine insistaient vainement pour obtenir quelques modifications heureuses dans la direction des affaires. Norodon promettait, signait des traités, mais ces actes restaient à l'état de lettre morte. Une ordon-

LINOOCHINE FRANÇAISE K09

nance royale, signée en 1877, prononçait Tabolition de Tesclavage; elle n'était pas appliquée. Il avait fallu imposer plus d'une fois notre volonté pour empêcher la contrebande des armes de guerre, de Topium, obtenir l'extradition de malfaiteurs, etc. Bref, la situation devint intolérable. Devant un dernier refus du roi de consentir à rétablissement d'une union douanière entre le Cambodge et les autres parties de l'Indo-Chine française, M. Thomson, gouverneur de la Cochinchine, se transporta à Phnum-Penh avec quelques troupes et obligea, le 17 juin 1884, Norodon à signer un dernier traité. Par l'article premier, le roi accepte toutes les réformes administratives, judiciaires, financières et commerciales, que la République française jugera utile de proposer pour faciliter l'exercice de son protectorat. Le résident de Phnum-Penh prit le titre de résident général; il eut le pouvoir d'établir les comptes de chaque exercice. Chef de tous les services, il eut la surveillance des mandarins cambodgiens. Les finances furent placées sous la direction d'agents français.

Enfin l'abolition de l'esclavage fut de nouveau prononcée et la propriété individuelle constituée, la terre cessant d'être la propriété exclusive du roi.

La convention du 17 juin 1884 est une véritable révolution qu'il nous appartiendra de diriger pour en faire sortir tous les heureux résultats. Nous y arriverons en agissant avec prudence et en amenant chaque réforme à son heure. Le roi Norodon, sous la pression de quelques individus de son entourage, lésés dans leurs intérêts particuliers par l'intervention de plus en plus directe de la France dans le gouvernement du Cambodge, essaya d'empêcher par des protestations la ratification de la convention du 17 juin. Il ne fut point écouté, et cet acte, ratifié par le Parlement, est devenu obligatoire pour les deux parties contractantes.

Il a toutefois été appliqué avec beaucoup de ménagements * .

Ainsi donc, au moment où nous sommes arrivés dans notre récit, c'est-à-dire vers le milieu de l'année 1884, nous trouvons que la Chine, après avoir signé le traité de Tien-Tsin, manque à sa parole sous la pression du parti militaire et oblige la France à continuer la guerre pour tirer vengeance du guetapens de Bac-Lé. L'Annam, après une tentative d'afi'ranchissement, marqué par l'intronisation à demi secrète du nouveau roi Ung-Lich, est obligé de reconnaître le protectorat et d'ob-

i. Se reporter à l'organisation du protectorat, page 572.

tenir rautorisalion du général Millot pour régulariser la situation de son souverain. Enfin le Cambodge est contraint de consentir à l'extension de notre action sur les bords du Mékong.

OpéraiioBS de ramtral Courbet — Notre ad versaire le plus puissant était toujours le Céleste-Empire. C'est aussi contre lui que furent portés les coups les plus vigoureux. L'amiral Courbet, sur les ordres venus de Paris, se proposa un double but : saisir, à titre de gages Kélung et Tamsui, ports septentrionaux de l'fle de Formose, importants à cause de leurs mines de houille, et détruire Tarsenal maritime de Fou- Tchéou, à Tembouchure de la rivière Min, L'amiral Courbet, laissant à son lieutenant, l'amiral Lespès, le soin d'atteindre le premier but, se tint embossé, depuis le 16 juillet, devant Fou-Tchéou. Les négociations engagées avec la Chine lui imposèrent une longue inaction. Elles échouèrent et, le 22 août, il reçut l'autorisation d'agir.

Le plan de l'amiral, longuement médité, avec cette méthode et cette science qui ont caractérisé toutes les opérations de ce vaillant officier général, trop tôt enlevé aux légitimes espérances de la France, était d'une hardiesse extrême. Dès le premier jour, il était entré dans le Min et avait dépassé les défenses élevées par les Chinois pour empêcher l'accès du fleuve. Il se coupait ainsi toute retraite en cas d'insuccès et se condamnait à vaincre pour regagner la haute mer.

Bombardeineiii de Fou-Tchéoii. — Le 22 août, aussitôt après la réception des ordres de combat, l'amiral Courbet fit amener le pavillon du consulat français et prévint de l'ouverture des hostilités les autorités chinoises et les consuls étrangers. Il disposait dans le Min, du Volta, portant son pavillon, du DtAgtmj'Trouin , du d'Estaing, du Lynx, de la Vipère, de V Aspic, et des torpilleurs 45 et 46, à l'entrée du fleuve, où ils ne pouvaient pénétrer à cause de leur tirant d'eau, du VUlars et de la Triomphante, et au mouillage de Quantao, du Ckàteau-Renaud et de la Saôrie.

Les Chinois avaient 23 bâtiments, le Yang-OUj le Tchen- Hang,\e Yong-PaOy le Fou-Po, le Fey-Yune, le Tsi-Ngan.k I-Sing, le Tchen-Ouei, le FouSing, le Fou-Skeng^ le KieuSheng et 12 grandes jonques de guerre.

Le 23 août, les opérations commencèrent avec le flot, vers deux heures de l'après-midi. Dès le début, les torpilleurs 45 et 46 s'élancèrent sur le Fou-Po et le Yang^Ou et les coulèrent. En même temps VAspiCj la Vipère, le Lynx attaquèrent les

L'INDO-CHINE FRANÇAISE 51 i

bâtiments qui se trouvaient devant Tarsenal, tandis que le Duguay-Trouin, le Villars et le d'Estaing devaient réduire les trois derniers navires chinois, battre les jonques de guerre et les batteries de terre qui dominaient Tarsenal. Ce plan fut exécuté avec un ensemble parfait : une demi-heure plus tard, il ne restait plus que les débris de la flotte chinoise. Elle avait perdu 22 navires en y comprenant les jonques de guerre et 2 000 officiers et matelots. Les bateaux-torpilles chinois, qui paradaient les jours précédents autour de nos bâtiments, avaient disparu avant l'action et s'étaient retirés, les uns dans le haut du fleuve oh le tirant d'eau de nos canots à vapeur ne permettait pas de les poursuivre, les autres dans l'arroyo de la douane où ils furent rejoints et détruits. Le feu des batteries de l'arsenal et de la pagode de l'île Losing était éteint également.

Le 24, après avoir achevé la destruction des jonques, des épaves en ignition et des brûlots, le commandant en chef poursuivit le bombardement de l'arsenal et bouleversa la fonderie, l'ajustage, l'atelier de dessin, un croiseur en construction. La destruction complète de l'établissement ne put avoir lieu; il aiu*ait fallu pour cela des obus de 24 centimètres ou du moins de 49 centimètres, et on ne pouvait amener à portée le Duguay- Trouin et la Triomphante, qui possédaient seuls des canons de ce dernier calibre.

La flotte chinoise, coulée ou brûlée, les premiers établissements de l'arsenal détruits en partie, notre escadre devait descendre le Min sur un parcours de douze milles et démanteler les ouvrages établis sur les rives. L'opération était d'autant plus périlleuse que, sur deux points, aux passes de Mingan et de Kimpai, le fleuve se resserre, sa largeur est réduite à 4 ou 500 mètres, la navigation est difficile, et que des fortifications avaient été élevées par l'ennemi. Heureusement le plan audacieux de l'amiral nous permettait de prendre à revers la plupart des batteries, construites en vue de défendre l'entrée de la rivière et non d'empêcher la sortie d'une flotte victorieuse.

Le 25, les compagnies de débarquement du. Dugtuiy-Trouin, de la Triomphante, du d^Estaing et du Villars furent mises à terre pour détruire des batteries chinoises. Le bombardement des forts par l'escadre continuait.

Le 26, les batteries de la passe Mingan furent boulevei*sées et le 27, à deux heures et demie, tous les bâtiments avaient rallié la Saô^œ et le ChdteavrRenaudy restés en dehors de la passe de Kimpai, Ces deux bâtiments avaient fait évacuer le camp de Quantao et empêché l'établissement d^un barrage

5it LA FRANCE COLONIALE

dans la passe. Les jonques chargées de pierres, disposées dans ce but, avaient été rangées sur la rive. Elles furent détruites par la Vipère et V Aspic, malgré le feu du camp retranché de Kimptà.

Les opérations continuèrent le 28, dès le point du jour, et, après avoir réduit au silence plusieurs ouvrages, soit par l'action de Tartillerie de Tescadre, soit par celle des compagnies de débarquement, Tamiral Courbet franchit heureusement la passe de Vt\e Salamis, où il craignait de trouver des torpilles.

Le 29, dès le commencement du flot, les bâtiments sortirent du Min sous la protection du Duguay-Trouin et de la Triomphante pour rallier le mouillage de Matsou.

Nos pertes ne s'élevaient qu'à 10 tués, dont 1 officier, le lieutenant de vaisseau Bouët-Willaumetz, et à 45 blessés, dont 6 officiers.

Le bombardement de Fou-Tchéou devait causer à la Chine une perte de 25 à 30 millions de francs.

Opérations dans l'ile Formose. — L'amiral Courbet avait également été chargé de s'emparer, à titre de gage, des ports de Kélung, de Tamsui et des mines de houille qui les avoisinent dans l'île de Formose. Il avait chargé l'amiral Lespès, son lieutenant, de cette opération. Dès le 3 août, le VUlars, le La Galissonnière et la canonnière le LiUin étaient devant Kélung; le 5, le port était bombardé, et les compagnies de débarquement détruisirent une partie des fortifications de l'ennemi. L'escadre avait ensuite rallié le pavillon de l'amiral Courbet pour prendre part à l'attaque de Fou-Tchéou.

Ce ne fut qu'après la destruction de la flotte chinoise que les opérations furent conduites avec vigueur contre les ports septentrionaux de Formose, quand les bâtiments de l'amiral Courbet purent joindre la division de l'amiral Lespès, et qu'un petit corps de débarquement, formé d'un régiment de marche d'infanterie de marine et de trois batteries d'artillerie, fut mis à la dispK)sition du commandant en chef.

Le 2 octobre, les troupes débarquées la veille, sous la protection de l'escadre, occupèrent le morne Saint-Clément , et les jours suivants les forts qui dominent Kélung. La place fut enlevée et les ouvrages ennemis retournés. Malheureusement, l'amiral Lespès était moins favorisé de la fortune devant Tamsui, où une tentative de débarquement échoua le 2 octobre. L'effectif des troupes mises à la disposition de l'amiral Courbet était insuffisant pour garder à la fois Kélung et renouTeler l'attaque de Tamsui. Il se contenta de garder la première de

LINDO-CHINE FRANÇAISE »18

ces villes. Nos positions à terre furent même attaquées à plusieurs reprises, et, malgré l'arrivée de renforts, nos soldats furent presque constamment réduits à la défensive, faisant parfois des sorties heureuses, mais ne gagnant que peu de terrain. La mauvaise saison fut cause de maladies qui éprouvèrent beaucoup le corps expéditionnaire.

S«ccè0 aiÉ oronlcin. — Au Tonkin, le général Brière de risle, successeur du général Millot, avait trouvé une situation assez embarrassée à cause des intrigues et des agissements des régents annamites. Des bandes de pirates profitaient de Tétat troublé du pays pour piller les villages et durent être poursuivis par nos colonnes, surtout par les tirailleurs tonkinois qui venaient d'être organisés et étaient particulièrement aptes à cette guerre de partisans, sous Thabile direction de cadres européens.

Le général Brière de Tlsle allait avoir à repousser des attaques plus sérieuses, celles des forces du Kouang-Si. Les premières tentatives de Tennemi se produisirent sur le Loch- Nan et furent repoussées par nos canonnières. Le commandant en chef prit aussitôt ses dispositions pour repousser les assaillants et envoya vers le nord quatre colonnes qui, sous le commandement supérieur du général de Négrier, s'emparèrent des importantes positions de Kep et de Chu. En même temps les troupes du Yunnan s'avançaient par la rivière Claire sur Tuyen-Quan, d'où elles furent repoussées. Une colonne, dirigée par le colonel Duchesne, nettoya le pays. Par ces opérations, nous préludions à la marche sur Langson et nous débarrassions la vallée supérieure du Song-Koï des bandes du Yunnan.

Acte de neutralité anirlais. — Les opérations militaires devant Formose étaient gênées par les maladies et la mousson de nord-est. D'un autre côté, l'Angleterre, en présence de la prolongation des hostilités, promulgua le Foreign enlistment act^ loi qui interdisait aux belligérants de se ravitailler en vivres, munitions et charbon dans les possessions britanniques. Cette mesure nous était beaucoup plus préjudiciable qu'aux Célestes. Pour parer à la fermeture des ports anglais, le gouvernement français établit des dépôts de charbon à Obock, h Mahé et à Pondichéry. C'est là une excellente mesure que nous devons continuer en vue de certaines éventualités pour l'avenir. L'amiral Courbet fut alors investi du droit de visite des navires neutres.

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Courbet fall saator les navires chinois* — L'amiral Courbet demandait en même temps de bloquer le Pé-tché-Ii, afin de gêner le ravitaillement de la Chine septentrionale et d'empêcher le riz, qui constitue la plus grande partie de l'impôt des provinces, d'arriver à Pékin. En attendant cette autorisation, il se mit à la recherche d'une division chinoise de cinq navires, sortie du Yan-tsé-Kianr/. Il la rejoignit le 13 janvier 1885 et commença aussitôt la chasse. Trois bâtiments chinois réussirent à s'échapper; deux autres cherchèrent un refuge vers le port de Sfiei/fou, et dans la nuit deux canots porte-torpilles, commandés par le capitaine de frégate Gourdon et le lieutenant de vaisseau llavel, qui avait reconnu la passe, s'avancèrent sur les deux navires ennemis chinois et les coulèrent.

lie biocns dn ris e( l'oecnpnlion des fies Feseodores. — Après différentes opérations de détail, ramirai Courbet reçut l'autorisation de commencer le blocus du Pé'tché'li et d'occuper les îles Pescadores, situées à l'ouest de Formose, pour servir de base d*opérations à sa flotte. Cette dernière opération fut vigoureusement menée, entre le 29 et le 81 mars, par le chef de bataillon Lange, de l'infanterie de marine, commandant le corps de débarquement. Les préliminaires de la paix vinrent arrêter les progrès de l'amiral et amenèrent l'évacuation complète de Formose. Le blocus fut levé le 16 avril.

lia marciie snr dansson. — Au Tonkin, les échecs de Kep et de Chu avaient arrêté pendant un certain temps les opérations des réguliers chinois. Le général Brière de l'Isle, commandant en chef du corps expéditionnaire, prépara avec un soin minutieux la marche sur Langson. La plus grande difficulté consistait dans la préparation d'une route et dans le transport des convois de vivres et de munitions dans un pays montagneux et boisé où jamais armée européenne n'avait pénétré et sur lequel nous n'avions presque aucune donnée géographique.

Le général de Négrier repoussa d'abord les Célestes à iVtti- Bop, le 3 janvier 1885, et leur infligea des pertes sérieuses.

Bientôt le ministère de la Guerre, ayant envoyé de nouveaux renforts, prit la direction des opérations le 7 janvier 1885. Dès le 31 décembre 1881, le gouvernement, comprenant la nécessité de concentrer tous les pouvoirs dans les mêmes mains, avait

LWDO-CHINE FRANÇAISE 515

décidé que les fonctionnaires civils seraient soumis à Tautorité du général en chef.

La partie du corps expéditionnaire destinée à marcher contre Langson était partagée en deux brigades placées, la première sous le commandement du colonel Giovanninelli, la seconde sous la direction du général de Négrier. L'effectif s'élevait à 7 000 hommes environ. Avant son départ pour Langson, le général Brière de Tlsle, commandant en chef, prévoyant une attaque des réguliers du Yunnan sur le fleuve Rouge et la rivière Claire, avait confié la défense de la place de Tuyen-Quan au chef de bataillon Dominé.

Plusieurs routes s'ouvraient devant le général Brière de risle. Les Chinois nous attendaient surtout sur la route mandarine, suivie autrefois par la colonne Dugenne avant le guetapens de Bac-Lé. Le commandant en chef résolut de délaisser cette voie et dirigea le corps expéditionnaire vers une route de montagne, plus difficile pour la marche, mais ayant l'avantage de tourner les principales défenses de l'ennemi.

Prise de L<aiiffson. — Le mouvement commença le 3 février et, avant d'arriver à Langson, nous fûmes obligés de livrer plusieurs combats à Tay-Hoa^k Hao-Hn, kDong-Song, k Deo-Qmn, à Pho-Vi, à Bac-Viai; nous arrivâmes le 13 devant Langson, et les Célestes, chassés de position en position, essayèrent de se rallier au marché de Ki-lua, situé à peu de distance de la place. Quelques coups de canon eurent raison de cette dernière résistance * .

Défense héroi^nt® de T«yen-Q«an. Combat de Boa-Moc. — Aussitôt après la prise de Langson, le commandant en chef laissant le général de Négrier à Langson avec la seconde brigade, se dirigea à marches forcées vers Tuyen- Quan, sur la rivière Glaire, où le chef de bataillon Dominé, avec 600 hommes assistés par la canonnière la Mitrailleuse, était assiégé par 15,000 Chinois depuis le 20 novembre 1884.

La défense de Tuyen-Quan demeurera toujours un des plus beaux faits d'armes de notre jeune armée. L'ennemi se montra d'une grande audace et d'une telle habileté qu'on put supposer que ses opérations étaient dirigées par des ingénieurs européens. Les Chinois eurent en effet recours aux opérations de la guerre de mine et réussirent, non seulement à couper

i. Nous avons perdu dans cette expédition le commaadant Levrard, de rartillerie de marine, et le sous-lieutenant Bossant, officier d'ordonnance du général en chef.

5i6 L4 FRANCE COLONCALE

toutes les communications avec Textérieur, mais à pousser leurs travaux souterrains jusque sous les murs de la place où ils pratiquèrent plusieurs brèches par Texplosion des mines. Le sergent Bobillot, chef du génie, fut blessé mortellement, le tiers de la garnison fut atteint par le feu de Tennemi. Plusieurs sorties furent faites par les légionnaires ou par les tirailleurs tonkinois. Le 28 février 1885, nos soldats aperçurent enfln les fusées tricolores tirées par Tartillerie de la première brigade qui accourait de Langson à leur secours et indiquait ainsi son approche.

En prévision de l'arrivée du secours, Luu-Vinh-Phuoc, chef des Pavillons-Noirs, avait fait fortifier le défilé de Uoa-Moc, que notre colonne devait franchir pour arriver à Tuyen-Quan.

Le 2 mars, la première brigade s'avança, éclairée par les tirailleurs tonkinois. Arrivés à 60 mètres des ouvrages chinois, les éclaireurs sont accueillis par un feu roulant. Les tirailleurs algériens marchent à notre droite, Tinfanterie de marine à notre gauche. L'assaut est préparé par Tartillerie. Tous nos hommes s'élancent la baïonnette au canon. Une mine, préparée en avant de l'ouvrage attaqué par les tirailleurs algériens, saute mettant de nombreux soldats hors de combat. Mais l'infanterie de marine s'empare de plusieurs retranchements. La nuit arrête notre offensive. Nuit terrible qu'il fallut passer à quelques mètres de l'ennemi, sans pouvoir faire un feu de bivouac ou même allumer une lumière. Le lendemain, 3 mars, les derniers ouvrages de l'ennemi furent enlevés et, à deux heures de l'après-midi, le général Brière de l'Isle pouvait féliciter le commandant Dominé de son héroïque résistance *.

Ii*airalre de EjWknKmon s succès et retraite.— Revenons à Langson. Le général de Négrier, poursuivant ses succès, battit les Célestes en plusieurs rencontres, s'empara de la porte de Chine qu'il fit sauter pour frapper l'imagination des Impériaux et leur prouver notre puissance. Il s'avança jusqu'à Dong-Dang et à ûang-BOy position qui fut enlevée le 24 mars au matin. Vers trois heures de l'après-midi les Chinois reprirent l'offensive, et après une résistance acharnée le général de Négrier, devant les forces écrasantes de l'ennemi, ordonna la retraite sur Dong-Dang.

1. La prise de Langson et le souvenir impérissable de la délivrance de Tuyen-Quan ont valu au général Briére de l'Isle l'honneur d'élre maintenu en activité au delà de la limite d'âge. L'infanterie de marine a salué, avec fierté, cette récompense accordée à son valeureux inspecteur général.

Le 25, le général de Négrier demeura avec son avant-garde devant la porte de Chine, attendant les Célestes qui ne se présentèrent pas. Le 26 il rentra à Ki-lua et à Langson avec le gros de sa brigade.

Le 27 fut calme jusqu'à Taprès-midi. Quelques renforts répartis entre les bataillons portèrent notre effectif à 3 500 hommes.

Le 28 au matin, les réguliers du Kouang-Si s'avancèrent, dessinant, grâce à leur grande supériorité numérique, un double mouvement tournant. Le général de Négrier résista victorieusement jusqu'à trois heures de l'après-midi. A ce moment il fut blessé et laissa le commandement au lieutenant-colonel Herbinger. Celui-ci commanda la retraite à cinq heures du soir.

Cette retraite, inutile et trop précipitée, ne fut pas inquiétée par l'ennemi, qui redouta un piège, et la deuxième brigade rétrograda jusqu'à Kep et à CAw où elle fut recueillie par le colonel Borgnis-Desbordes , chargé du commandement en attendant l'arrivée du colonel Giovanninelli, promu général de brigade, et du général en chef. Celui-ci ordonna immédiatement de réoccuper une partie des positions abandonnées. A ce moment survinrent l'armistice et la paix.

lia paix avec la Chine. — La nouvelle de la retraite de Langson arriva à Paris le dimanche 29 mars et fut connue dans l'après-midi. Elle excita une douloureuse émotion qui eut son contre-coup le lendemain à la Chambre des députés. Le ministère, mis en minorité, succomba.

Sur ces entrefaites, M. Jules Ferry, profitant du succès précédemmentobtenu à Langson, avait renoué des négociations avec la Chine pour conclure la paix sur les bases de la convention Fournier. Il les continua en attendant la formation du nouveau ministère, le ministère Brisson. Les préliminaires furent signés à Paris, le 4 avril, par M. Billot, directeur des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères, et M. Campbell, représentant du gouvernement chinois. L'évacuation du Tonkin par les forces impériales commença immédiatement.

Les négociations pour la paix eurent lieu à Tien-Tsin entre M. Patenôtre au nom de la France, Li-Hung-Chang et deux délégués du Tsong-Li-Yamen au nom du Céleste-Empire. Le traité fut signé le 9 juin. La Chine, malgré la fâcheuse retraite de Langson, qui aurait pu l'encourager à la résistance, se trouvait dans la nécessité de traiter. Les événements dont la Corée

LA FRANCE COLONIALK

; été récemment le théâtre mettaient le Tonkin au second des préoccupations des conseillers de ri mpératrice régente, locus du Pé-tché-Li par la flotte de l'amiral Courbet empé- Tarrivée dans le nord, c'est-à-dire vers la capitale, des is de riz. Or, le riz est à la fois un produit alimentaire pensable à la consommation des Asiatiques et représente leur de Timpôt, payé en nature pour la plus grande partie L quotité; la disette de riz pouvait entraîner la révolte dn ines provinces et ne permettait pas de payer les troupes •eçoivent en nourriture leur solde presque entière. D'un î côté, nous savions que le Céleste-Empire voyait ses ces épuisées par les dépenses de la guerre et ne pouvait appel au crédit international. Pour lui, la paix s'impoi bref délai.

3 nouveau traité de Tien-Tsin relève le Tonkin et i'Ande l'antique suzeraineté chinoise; il règle les rapports )n voisinage de la France et du Céleste-Empire, la délimin des frontières, ouvre à notre commerce deux points s au delà de Laokay et de Langson, prévoit l'installation nsuls des deux puissances sur le territoire de leur voisin, erture de voies de communication, et spécifie que, si la de Pékin juge à propos de faire de grands travaux publics, demandera de préférence le concours d'ingénieurs fran-

rort de l'amiral €o«rl»et. — La joie de la paix fut )lée par la nouvelle de la mort du vaillant amiral Courbet,

le Bayard ramena en France les dépouilles mortelles, bet était un de ces hommes qui, comme Chanzy, permett à la France de légitimes espérances dans le cas d'une :e européenne. La fortune jalouse nous a ravi ces capitaines,

ils ont laissé des élèves et des émules. Quant à nos [îs et à nos soldats, ils ont montré, dans l'extrême Orient, lies qualités militaires que la République, fière de leurs 5S, peut désormais considérer l'avenir avec confiance.

net-apens de ilaé. — La paix avec la Chine étant ie, le général de Courcy, nommé commandant en chef du j expéditionnaire, avec les généraux Brière de l'Isle et de ier pour lieutenants, se rendit à Hué. Il débarqua à m-An, avec un bataillon du3« zouaves et deux compagnies le chasseurs à pied, et arriva dans la capitale le l«f juillet, ^ociait pour régler les détails de la remise de ses lettres de ice au souverain quand, dans la nuit du 4 au 5, les Anna-

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mites, sous les ordres du second régent Thuyet, attaquèrent à rimproviste nos soldats. Vivement repoussés, ils prirent la fuite, emmenant dans les montagnes à Cam-Lo le roi Ham- Nghi. Le premier régent, Nguyen-Van-Tuong, fit sa soumission et protesta qu'il avait été étranger au guet-apens de son collègue. Nommé membre du gouvernement réorganisé, il no tarda pas à donner de nouvelles preuves de sa fourberie et fut interné à Poulo-Condore, puis à Tahiti, où il mourut. Des troubles éclatèrent sur plusieurs point du royaume. Le roi Ham-Nghi fut alors déposé par le général de Courcy et remplacé par le prince Chanh-Mong, qui prit le ijom de Dong- Khanh ouUnion desdeux Nations {\9 septembre 1885). Nguyen- Huu-Do, qui avait donné des gages certains de sa fidélité à la France, était chargé de la régence*.

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