I. — NOTICE HISTORIQUE
La convention anglo-française. — La France est aujourd'hui la grande puissance saharienne. Elle l'est devenue évidemment tout d'abord par le fait de ses conquêtes algérienne et tunisienne, prolongées au sud jusque dans le Sahara, ainsi que nous l'avons dit au chapitre spécial de l'Algérie. Mais elle l'est devenue, même diplomatiquement, par les traités de 1890, 1898 et 1899, conclus avec l'Angleterre. Celle-ci, en effet, reconnaît à la France le droit d'établir son influence exclusive sur toute la région qui s'étend entre ses colonies d'Algérie-Tunisie, le cap Blanco, le Niger central, le lac Tchad, le bassin du Bahr-el-Ghazal et le versant oriental des monts du Tibesti.
Plus de la moitié du Sahara étant désormais partie intégrante du domaine colonial français, il est nécessaire de jeter d'abord un coup d'œil rétrospectif sur les premières explorations qui nous ont fait connaître cette immense contrée.
Les explorateurs sahariens. — L'histoire du Sahara, peu intéressante dans les temps anciens, malgré les rapports commerciaux que le Soudan eut de tout temps avec la côte méditerranéenne, ne commence pour nous qu'avec les explorations scientifiques entreprises au xixe siècle.
C'est la société anglaise African exploration qui, la première, dès 1822, dirigea des expéditions vers le Soudan, afin d'obtenir des renseignements géographiques et commerciaux.
Voici, par ordre chronologique, les Européens qui se sont signalés par une entreprise au Grand Désert.
1822. Le major anglais Denham et son compagnon Clapperton, partis de Tripoli, traversent le Fezzan, atteignent le lac Tchad, visitent Kouka, la capitale du Bornou, Kano et Sokoto, dans l'empire des Fellatahs. Un résultat considérable était ainsi obtenu par la première expédition.
En 1825, Clapperton revint dans la contrée du bas Niger, où il mourut à Sokoto, en 1828. Ses compagnons, les frères Lander, qui rap-
portèrent ses papiers, descendirent le bas Niger jusqu'au, golfe de Guinée (1830).
1822-1826. Le major anglais Laing traverse le Sahara, de Tripoli à Insalah, et, le premier, il pénètre à Tombouctou; mais il est assassiné peu de temps après par son guide.
4827-1828. René Caillié, Français, parti du Sénégal, se rend à Tombouctou et traverse le Sahara occidental pour atteindre au Maroc. Nous en reparlerons au chapitre du Soudan.
1845. Henri Barth, Allemand, explore la Tunisie, la Tripolitaine, le Maroc, l'Egypte jusqu'à Assouan.
De 1850 à 1854, envoyé par le gouvernement anglais, il fit, avec le missionnaire Richardson, chef de l'expédition, et le hambourgeois Overweg, un grand voyage de Tripoli au lac Tchad; il visita le Bornou, le Baghirmi, atteignit la haute Binué, affluent du Niger, traversa ce fleuve dans son cours moyen, et parvint à Tombouctou. De là, il rebroussa chemin vers le Soudan et, par Agadès, regagna Tripoli (1855). il avait perdu ses deux compagnons, morts en route, et avait rencontré à Kouka le voyageur allemand Vogel, qui, venu à sa rencontre par Tripoli, voulut pénétrer au Wadaï, où il fut assassiné en 1856.
1861. Le médecin allemand Gerhard Rohlfs, ayant eu la bonne fortune de guérir le shérif ou sultan du Maroc, reçut de lui une mule et une robe blanche, emblème de sainteté chez les mahométans, ce qui lui permit de traverser impunément le Sahara septentrional par le Touât, Ghât, Ghadamès et Tripoli. En 1865, il repartit de cette dernière ville pour le lac Tchad, le bas Niger, d'où il parvint à Lagos, sur la côte de Guinée, ayant ainsi le premier fait la traversée complète de l'Afrique du nord-ouest, de la Méditerranée à l'Atlantique.
1859-1860. Henri Dnveyrier est le premier des explorateurs français qui ait fait dans le Sahara septentrional un voyage important. Parti de la province de Gonstantine en mai 1859, il se dirigea d'abord sur le pays des Beni-Mzab. Après plusieurs mois consacrés à l'étude de cette intéressante contrée, il fit une reconnaissance aventureuse sur El-Goléa, ville dans laquelle aucun Européen n'avait encore pénétré; il y fut très mal accueilli. Le reste de l'année fut consacré à des reconnaissances dans les différentes parties du Sahara dépendant des provinces d'Alger et de Gonstantine, de Laghouat au Souf, et de Biskra à Ouargla.
La première moitié de l'année 1860 fut employée à explorer le Sahara tunisien, le Djérid, le Nefzaoua jusqu'à Gabès, sur la petite Syrte.
De retour à Biskra, Duveyrier reçut les instructions et des subsides du gouvernement, ainsi que de nouveaux instruments, pour entreprendre l'exploration du pays des Touareg. De Ghadamès, il se rendit à Ghât. Là il se trouvait au foyer des ardentes rivalités d'intérêt qui divisent les commerçants de ce grand marché et les Touareg, maîtres des routes qui y
SAHARA
aboutissent; il crut prudent de ne pas s'immiscer à leurs querelles et s'empressa de continuer à explorer le nord du pays des Azdjers. Il se rendit ensuite à Mourzouk et enfin à Tripoli par la route de Sokna. — Duveyrier mourut à Paris en 1892.
Autres voyageurs français. — Après Duveyrier, plusieurs autres Français tentèrent de pénétrer également dans le Sahara.
En 1874, Soleil/et parvint dans le Touat; mais il lui51 fut interdit d'en-
Une caravane dans le Sahara.
trer à Insalah. — Il fit plus tard une nouvelle tentative par le Sénégal, et dut s'arrêter à Séi>ou.
En 1874, Dournaux-Duperré , commissaire de la marine française, et l'ingénieur Joubert sont massacrés par les Touareg au delà de Ghadamès. Ils avaient projeté le voyage à Tombouctou.
La même année, Largeau parvint à Ghadamès, où il conclut une sorte de traité de commerce qui ne reçut pas d'application; il y retourna en 1875, puis en 1876, et pénétra dans le Rhira, mais sans résultat.
Cependant, en 1880, le docteur Lens, Autrichien, partant du Maroc, parvenait à Tombouctou, d'où il revint par le Sénégal.
En 1880, trois missionnaires d'Alger, les Pères Richard, Moral et Pouplard, sont assassinés dans le Sahara par les Touareg.
1880-1881. Les expéditions qui eurent à cette époque le plus de reten tissement en Europe furent celles du colonel Flatters, chargé par le gouvernement français de trouver la direction d'un chemin de fer transsaharien. Le massacre du colonel et de presque toute sa troupe donnant à cette mission un intérêt poignant, nous y reviendrons avec plus de détails après avoir exposé l'état des connaissances actuelles sur cette contrée.
1898-1899. MM. Four eau et Lamy, marchant sur les traces du colonel Flatters, parvinrent avec une escorte respectable à atteindre le massif de l'Air et les rives du lac Tchad, ainsi que nous le verrons plus loin (p. 144).