‹ La France de demain et ses coloniesChapitre 5 sur 8 · ALLOCUTION DE M. MILLERAND · texte numérisé non relu

ALLOCUTION DE M. MILLERAND

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux de me faire votre interprète en adressant à M. Ghailley nos plus vifs remerciements pour la belle conférence, si suggestive, si pleine d'idées et de faits que nous venons d'applaudir. Je n'aurai pas la lémérité de prétendre rien ajouter aux considérations qu'a esquissées de main de maître mon ami Ghailley. Mais en Tentendant développer ses idées, quelques réilexions me venaient h l'esprit, que je vous demande, en guise d'épilogue, la permission d'inscrire en marge de cette belle conférence.

L'orateur a, à plus d'une reprise, comment en eût-il été aulroment? — évoqué le nom et la mémoire de Jules Ferry, et son souvenir me rappelait un autre homme d'Etat qui, dans ces cinquante dernières années, s'est trouvé en présence de Jules Ferry : il s'appelait : Bismarck.

De leur vivant, la destinée de ces deux hommes a été bien différente : Bismarck n'était pas mort que surgissaient sur les places publiques des statues élevées en son honneur. En lui ses compatriotes célébraient l'homme qui, par la ruse et la violence, avait réuni à l'Allemagne l'Alsace-Lorraine. Peut-être ne faudra-t-il plus de longiles années pour qu'ils se demandent si le cadeau qu'il leur a fait n'a pas été plus nuisible à l'Allemagne que ne lui eut été prolilable le respect du droit. (Applaudissements,)

C'est la même politique, qui, au Congrès de Berlin, en 1878, croyant apaiser et dériver des ressentiments dont il ne se dissimulait pas la profondeur, ouvrait devant la France les perspectives coloniales.

S'il était un Français qui n'eût pas oublié, qui ne pouvait jamais oublier la cruelle blessure de 1870, c'était bien le Vosgien Jules Ferry. Ahî lui, il n'a pas eu de statues de son vivant; il a été en proie, on le rappelait tout à l'heure, à l'impopularité la plus odieuse et la plus imméritée, mais cet homme d'Etat, ce républicain, ce bon Français, n'eut pas une minute d'hésitation. Il comprit qu'en ouvrant à l'activité de son pays les routes coloniales, il n'accroissait pas seulement son domaine; il lui assurait ce complément de puissance que toutes les grandes puissances allaient, les unes après les autres, travailler à conquérir. Surlout il se rendait compte — vous savez à quel point l'avenir lui a donné raison — qu'enrichir la France d'un domaine oii son esprit d'entreprise pourrait se donner libre carrière, ce n'était pas risquer de diminuer ses forces au jour inévitable des réparations nécessaires. La France

n'a pas voulu la guerre ; mais le jour où elle nous serait impose'e par l'ambition et par la folie de l'ennemi, ce jour-là, la France qui^ pondant une longue période, aurait développé ses forces au dehors, devait se trouver, comme en eiïct elle s'est trouvée, incomparablement plus forte pour faire face au premier de ses devoirs.

Ce grand homihe avait vu juste. Jules Ferry mérite d'être salué par tous les patriotes avec une infinie gratitude, non seulement pour avoir donné à la France le plus admirable domaine colonial, mais aussi, mais surtout, pour avoir préparé son pays, par ces conquêtes coloniales mômes, à mieux supporter répreuve suprême que nous traversons aujourd'hui. (Applaudissements, )

En nous parlant tout à l'heure des conditions que la France devra remplir, pour tirer de ses colonies tout le bénéfice possible, c'est, à vrai dire, tout un programme de politique générale que notre ami Chailley traçait : le programme de la politique de demain.

Il vous a dit, avec infiniment de raison, que la Victoire elle-même a un passif, à côté de son actif. Son passif comprendra, sans parler des pertes irréparables d'existences humaines, les charges financières si lourdes que, demain, la France devra porter. Gomment y arriver? Sans doute, il faudra inaugurer — et l'on a déjà commencé à le faire, — une politique fiscale qui, s'adaptant aux nécessités du jour, soit à la fois assez souple et assez stricte pour obtenir de ce pays tout ce qu'il peut fournir d'impôts. Mais ce serait avoir, en vérité, une vue bien courte de la réalité, qu'imaginer que la France pourra faire face par une politique fiscale aux charges futures. Non, le problème de demain, il n'y en a qu'un, c'est le problème de la production. Produire toujours davantage, faire rendre à notre sol, à notre industrie, à notre commerce, à notre race tout ce qu'ils peuvent donner, tel est le problème à résoudre.

Nous le résoudrons, à deux conditions essentielles : la première, que nous sortions un peu de ces vues trop étroites qu'on critiquait si justement tout à l'heure. Eh oui ! le Français se trouve si heureux en France qu'il répugne à s'en éloigner. La vie était facile, les ambitions médiocres, les entreprises mes- (juines.

Il faut changer tout cela, il faut voir grand, il faut voir haut et déjà c'est un des résultats acquis de la guerre, que, sur beaucoup de points, nos industries ont transformé, élargi leur vision.

M. J. Chailley vous disait tout à l'heure d'un mot les miracles que l'industrie française, aidée de la sfcience française, a réalisées depuis trois ans. A Paris, à Saint-Étierine, à Lyon, à Marseille, dans la France entière, on rencontre des

usines de guerre, demain les usines de la paix, qui, en. vérité, peuvent rivaliser avec les usines de nos amis d'Amérique, Cet exemple, demain, toutes nos industries devront le suivre.

11 est une autre condition qu'il nous faudra remplir, pour pouvoir résoudre, comme il doit l'être, ce problème angoissant de la production. Nous n'avons plus le droit, désormais, d'être divisés. [Vifs applaxtdissemcnts. j La solidarité des classes s'impose, l'union étroite de tous les Français, patrons et ouvriers qui, à un titre quelconque, coopèrent à la production.

Les patrons comprendront qu'ils ne sont pas quittes avec leurs ouvriers en leur donnant des salaires même élevés, mais qu'ils doivent voir en eux des collaborateurs ayant, l'intérêt de l'entreprise le veut sous une forme à déterminer, une part dans sa gestion. Les ouvriers comprendront qu'ils ne leur suffit pas, dans leur intérêt même, de réclamer de gros salaires, mais que leur rendement doit être proportionnel au salaire, parce qu'ils ne peuvent pas se désintéresser des résultats de leur travail.

Cette solidarité des classes, indispensable à la bonne solution du problème de la production, comment ne serait-elle pas réalisée?

Non, pendant plus de trois ans, les Français n'auront pas combattu côte a côte, cœur à cœur, dans les tranchées; ils n'auront pas, fils de bourgeois, fils d'ouvriers, Français de toute condition et de toute opinion, olTert allègrement leur vie, fait le sacrifice suprême avec cet héroïsme qui emplit le monde d admiration, pour que, demain, l'ennemi commun terrassé, ils se retrouvent dressés l'un contre l'autre : c'est là une impossibilité morale. (Applaudissements.)

L'union sacrée, qu'on a voulue et réalisée pour la guerre, n'est pas moins nécessaire pour la paix.

Ainsi seulement, pour reprendre une formule connue, la France de la paix sera aussi belle et aussi grande que la France de la guerre. ( Chaleureux applaudissetnenls. )

Typ. PiiiLiFi'E Renouard, 10, rue des Saints-Pcros.

I!)0.r PEROT ^Alfred) }u-.)l'cssem> ;i l Irni,' pniv

* tecliai(iue.

l'tOl. BEKÏri£LOT{Daiiiel), professourà l'Uni vcrsitciUîl'dris. l'.iOiS. AKMtiNiîAUi) jeunc.(:^),aucien élève de l'École polytechiiKjue.

vm. BORDAS F.) (0. professeur supiacunl au Collège de France.

1!)U!). REWARD (Paul) (0. '^), Lieutenant-colonel du liénic territorial.

li)10. MAKRE (O. ingénieur-mécanicien.

1910. FÉKÏ", professeur a l'b^cole municipale tle Physi((ue et lie CUiinie.

191,;. ARNOULD i Pierre) (^;, ingénieur-conseil, commissaire-expert ssp. du gouvernement pour l'examen des coniestalions en douane.

rjlii. LEGOiiEZ (Raynald) {O. Ingénieur en clief des Ponts et Cti-iussees, membre de la Cliamhre de Commerce de Paris.

r.)n. LEQQEJX (P.; Ingénieur des Arts et Maimlacturcs.

l'jn. ZfifTER Gliarles (^), Ingeniiiur des Arts et Manufactures.

Comité d'Agriculture.

ISii.l, TISSERAND (Eug.) ((i. 0. membre de 1 Institut et de r.Vcademie d Agricuiuire, directeur lionoraire de l'Agriculture» conseiller maître honoraire a la Cour ues Comptes, ['résident.

1890. DAuiJdÉii (û.; vC.:^,, mciuore de f.Ycvidémie d'Agriculture, ancien conseiller d'Ktat, Directeur gênerai honoraire des iiiuis. et Koréts.

1S96. LIi>lDEf [0. t^j, docteur es sciences, membre de l'Académie .d'Agriculture, professeur à l' Institut national agronomique.

1901. RlNlrEiiMAiNN i^), membre dg l'Académie d'Agriculture, directeur de lactation d'essais de .Vlachines.

1901. Hli'lEK (tleiin;, Ingénieur-agronome, membre de rA.adt'mJe d\Vgrii'ultu,re,majtre Je "coalérences à riiisiitat nalioital agtonomi<{ue.

1905. SGriHlBAUX [É.i (^), memhre de l" Académie d'Agriculture, professeur a l'Institut national agronomiifue.

lOO.T. DïiiJ^SKi(U. -^), mjmbre de l'Académie d Agriculture, Inspecteur générai de l'Agriculture coloniale,

1901). GIRARD (A. Ch.) (O. memore de l'Académie d'Agriculture, professeur à l'Institut national agronomi({ue.

1900. WERlf ^ûeorgas) (^), Ingénieur-agronome, mamlux'

<ie l'Aradéaue d'Agriculture, directeur de l'jnstitut

nali »ual agr()noiiii<(ue.

l'>01. DAtfAf <). cuii^.iilfer d'État, membre de l'Aca-

dciuio (1 A-i-ii iilUue, directeur général des lilau.K et

Forèls.

1912 VINGEÏ (Paul) (^1, Ingénieur-agrounmc. Dinvlcur des Services agricoles du département de la Seine. 191".. PLtJGrtET ^E.), membre de l'Académie d'A^ru'ulturc,

président de. la Société des Agriculteurs de Krance,

régent de la Banque de France.

191t). VIAlA (Pierre.) îO. i^), .docteur es ^. i.-iirc., humuImt

d(^ l'Académie d'Agricullure, pi- ■ ^ > ' h, i imI

national agronomique, lu-p.M ^

Viticulture.

MOUSSU ^^), membre de l'Académie d'Agriculture,

prolcsseur a l'Kcole vétérinaire d'.VIIort.

MaNGIN (O. membre de l'Institut et de l'Acade-

miii d Agriculture, professeur au Muséum national

d'histoire naturelle. HITIER (Joseph), professeur à la Faculté de l'rmi ri

a l'Institut national agronomidue.

Comité des Constructions et Jtseaux-Arts-

lci9«.

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