OBJECTIONS
« Stérilité et épuisement da sol ; manqae d'eaa et de forêts. »
Soiii ce rapport» nous nous en référons aax documens officiels que nous citons â l'art, ly du chapitre Y.
Nous demanderons seulement comment il se fait qu*an sol stérile» épuisé, à peine cultivé et sans cesse ravagé ; conunent un pays sans eaux et sans bois peut armer iikOO,000 hommes presque tous cavaliers? comment une telle contrée peut suffire surabondamment à Tentretien et i la nourriture de près de 4 millions drames, de troupeaux innombrables et d*une immense cavalerie ?
Qu'il y ait dans les plaines et dans quelques portions de la régence des plages dépourvues d'eau et de bois, nous le croyons. L'Arabe pâtre et nomade t détruit les bois ou les a abandonnés i It dent dévastatrice de ses troupeaux ; de là le déboisement des montagnes et par suite la diminution et le tarissement des sources ; mais il n'en est pas moins vrai que le massif d'Alger est rempli de fontaines ; qu'il en est de même à Blida ; que la ChifTa et le Massafran ne tarissent pas ; et qu'un honorable général a proposé, dans un discours prononcé à la chambre des pairs, Tirrigationde la Métidja avec les eaux qui découlent del' Atlas. Il est certain qu'il y a de belles eaux vives à Oran, quelques fontaines et des sources dans les coteaux qui l'environnent, et que les bords et les tffluens du Che- Nfsont d'une fécondité prodigieuse; les eaux vives et les sources sont encore bien plus abondantes dans les beyiiks de Béne et de Constanttne.
Il n'y a pas de bois, dites-vous? cela peut être vrai dans certaines parties de la régence, mais il abonde dans les montagnes, surtout près de Stora, Collo, DjigelU, Bougie, etc. ; près de la Galle il y a une forêt vierge de 20,000 hectares. Les environs de Blida, si renommés pour leur sahibrité, sont situés dans un climat dt^iicieux et ombragés par des bois touffus d'orangers et de citronniers qui croissent sans culture. Prés d'Oran est la forêt d'Emsila , celle do Muley4smael est non loin d'Arzew; du reste, un honorable adversaire n*a-t-il pas dit â la tribune : a Le caballe est invincible n dans ses forêts, b
Enfin, un noble pair, notre adversaire aussi, na-t-il pas déclaré que si la tranquillité régnait dans la régence, on verrait bientôt sur
les collines des bois d'oliviers qui y croissent spontanément ; dan* les valléesdes bois d'orangers et de citronniers, et dans les plaines des champs de canne à sucre, de cafîers, de cotonniers, etc. Sans doute ce tableau est très flatteur, mais nons le trouvons un peu exagéré, et nous demanderons la permission de n'en approuver qu^une partie et de reporter la culture du cafier, du cotonnier et de la canne à sucre, de la plaine de la Métidja au revers sud de 1* Atlas, vers k* Bélid-Ul-Djérid.
Quoi qu'il en soit, il y a nécessairement des bois et de Teaudans un pays où, dès le mois d'octobre, tombent des pluies diluviales et où les neiges séjournent, sur les hautes montagnes, pendant quatrr mois de Tannée. Que Ton sème et que l'on plante des bois dans leurs flancs exposés au nord ; qu'on les garantisse surtout de la deot des troupeaux, et bientôt leurs escarpemens seront couverts de
forêts.
« Insalabrité. »
On prétend que le climat de l'Algérie est insalubre , nous pourrions nous borner à répliquer par cette question : Un pays de montagnes peut-il être insalubre? La réponse certainement sera négative. Dans la plaine de la Métidja, dit-on, la culture de» terres fera sortir des miasmes délétères qui causeront la mort des habitans, s'ils n'évacuent la plaine. Dans ce cas, répcMidronsnous, ils se retireront sur les coteaux pendant les mois dangereai. Mais il n'en est pas ainsi ; l'insalubrité de certaines parties de la Métidja provient des marais nombreux qui s'y trouvent et que le colonel Lemercier oflrc de dessécher moyennant des sonunes peu considérables; du reste, la vente des terres ainsi desséchées pour être rendues à la culture couvrira et au-delà les dépenses.
Il en est de même à Bône ; avec moins de 200,000 francs (d'autres disent 50,000 francs] on dessécherait les marais de la Seybouse , et cette ville ne serait plus un charnier vivant. Il y a cinq ans que ces travaux utiles auraient dû être entrepris, et ils seraient achevés si, par suite des pouvoirs que les gouverneius se sont arrogés, les fonds accordés pour cette amélioration si itfgente n'avaient été détournés de leur destination.
« Impossibilité de sounieUre ce pa)s, Tondée sur le caractère, les mœanet la
religion des indigènes.» (M. Ducos.)
Les faits que nous avons cités à l'article 2 du chapitre i«' prou-
yent incontestablement que la religion n'est pas un obstacle i la soumission des mahométans à un peuple chrétien. Nous en donnerons de nouvelles preuves à Tarticle k du chapitre v , en rappe-^ lant que déjà dans les communes du massif d'Alger 5,424 indigènes sont mêlés et travaillent avec 2,139 Européens.
A B^ne, à la Galle, à Guelma, les Arabes vivent pacifiquement avec nous et nous ont offert leur assistance : s'ils ne se sont pas livrés entièrement, c'est qu'ils ont été retenus par nos irrésolutions et par notre faiblesse, c'est qu'ils ont craint d'être abandonnés à la vengeance de nos ennemis communs. La même crainte a fait repasser sous le joug d'Abd-el-Kader les vingt tribus du Chélif qui s'étaient soumises lors de l'excursion du général Perregaux.
Après la prise de Constantine, trente-une tribus ont fait leur sou^ mission entre les mains du maréchal Valée. Un scheik du désert est venu avec les Arabes demander notre amitié; la puissante tribu des Zenati près de Bêne a aussi reconnu notre autorité. Eh bien! retirons nos régimens, évacuons Constantine, montrons-dous irrésolus sur le dessein d'occuper cette province, ou seulement ^ au lieu de faire des sorties, tenons nos soldats étroitement renfermés dans les murailles , et les Arabes secoueront notre joug.
• Le Caballe ne l'est Jamais soumis à anenne domination. >
Le Caballe ou l'ancien Numide, s'est soumis et a changé de religion en 706, car il a reçu des Arabes le joug et le Coran. Des Cabailes servent dans nos Zouaves. Le colonel Lemercier en employait dans les ateliers qu'il avait établis pour dessécher la Métidja. Dès 1837, un grand nombre de Caballes sont venus servir dans les fermes du massif d'Alger. Donc le Caballe n'est pas aussi insociable que vous le faites.
• Nous avons à combattre des nations féroces qae les mœars et la religion
• rendent réfractairesà toate civilisation.» {Général Rogniat.)
« Les Arabes ne changeront Jamais lears habitudes. > (M. Det'jobtrt.)
La preuve que les Arabes et les Caballes ne sont pas ennemis de toute civilisation, c'est que dans des vallées riches et fécondes on rencontre des fermes, des villages, des bourgades qui n'attendent pour se développer que la sécurité et la protection d'un gouvernement fort. Ces peuples sont lins, spirituels, observateurs et plus ci-
Tilis^ qu'on no le croit généralement ; leurs mœurs nomades tiennent plus à leur état social et à leurs guerres continuelles qu*A un état de bart>arie originel. Faisons cesser l'anarchie qui règne dans ces contrées, protégeons les habitans, soyons juste» enters em» et bientôt ils se fixeront au sol , bientôt ensuite ils élèveront des habitations et cultiveront la terre avec plaisir et arec Truit.
D'ailleurs, est-ce que leurs ancêtres, les Maures d'Espagne, n'é^ taient pas des Arabes? Est-ce que les Maures, il y a quatre siècles, n'étaient pas plus avancés en civilisation que les Espagnols, leur» sujets, et même que les Français en liOO? Si ces faits sont exacts, rt ils le sont, nous avons prouvé qu'ils ont déjà changé leurs habitudes, donc ils pourront les changer encore. Ces citations prouvent jusqu'à la dernière évidence qu'il sera facile de trouver dans la population arabe des èlémens pour la culture et la colonisation, quoique nos adversaires prétendent le contraire.
« Lt loi de Mahomet défend de payer le tribal aui chrétiens. •
Nous avons déjà dit que, malgré cette défense, les musulmans soumis aux Russes, aux Anglais, aux Hollandais, n'en paient pas moins fort exactement l'impôt et souvent un impôt ImI lourd.
lien est de même pour les tribus qui ont reconnu notre autorité. Abd-el-Kader lui-mémo s'est engagé, par son dernier traité, à nous faire des livraisons considérables.
Etablissons ces impôts avec sagesse, équité et modération ; prélevons-les on nature, mais surtout avec des mesures sages et justes, et ils seront exactement payés. Soyons bien persuadés encore que si nous laissons des forces respectd)les à Constantine, la dtme sera parfaitement servie à notre caïd par les tribus qui ont fait leur soumission.
• Les Arabes ne peuvent vivre en paii tvec le gouvernement égyppUsB. • Comment sopporteront-tls votre domination f »
C*est Méhemet-AIy qui ne veut pas vivre en paix avec eux, et qui cherche à soumettre les nomades de l'Arabie et les Wéhabiles ; tâche au dessus de ses forces, par suite des obstacles invincibles que lui opposent le climat, la configuration du pays et le caractère des habitans.
Sur les confins de TÉgypIe c'esl loul autre chose ; les tribus errantes ont été promptement soumises. 81 tous en doutez, reportei- \ousà l'expédition d'Egypte, â l'époque où rarmée française épui* sée par ses victoires mèmeSy sans communication avec la mère patrie, devait taire lace aux Turks, aux Anglais, aux troupes de F Inde ; et pourtant un seul régiment de dromadaires avait suffi pour coih> tenir et repousser les Arabes dans leurs déserts.
« La régence peat ariner 400,000 lioninei prsiqae toa? cavaliers. »
En admettant ce nombre exagéré peut^re du double , il y a quelque chose de fort rassurant pour nous : l'impossibilité absolue uù sont les Arabes de réunir une aussi forte quantité de cavalierSt à raison des grandes distances qui séparent les diverses tribus ; Timpuissance où ils sont d'établir des magasins de vivres;!^ jalousies et les intérêts qui divisent les cheb et les populations, et principalement l'impossibilité de les placer sous le commandement d'un seul général.
Une circonstance plus rassurante encore , c'est que dans ses guerres saintes Abd-el-Kader luinnéme n'a jamais pu réunir ( encore pour 12 ou 15 jours seulement] plus de 12 115,000 hommes. Dans les temps ordinaires , il entretenait, en troupes soldées , 300 cavaliers et 1,200 fantassins; et à la fin de 1836 il n'avait que 250 cavaliers et 500 fantassins. Cependant , il faut le dire , le traité de la Tafna tend à placer toute la nation aral)e sous le sceptre de l'émir, si nous ne prenons promptement des mesures afin d'empêcher ce résultat.
• Cet raTslIert sont intrépides, infatigables -, ils fuient par laiiique et non > par crainte ; lors de nos retraites, on les a vos venir attaquer nos colon- • œs CD flanc, à l'avant-^arde et enlever tous les hommes isolés. •
Ola est vrai.
L'Arabe élevé durement, vivant de privations toute sa vie, hal»itué dés l'enfance A manier un cheval et un cimeterre, devient un bon soldat; puis les tribus étant continuellement en contestation et en hostilités les unes contre les autres, la guerre est, potir ainsi dire, leur état normal. Mais ils combattent sans ordre , sans intelligence , sans discipline, (le S4iiil des hordes de nomades sans consistance et tellement étrangers à tous travaux militaires qu'un
seul de noi blokhaus peut résister à une armée arabe. Ib ne tiennent ni contre notre artillerie, ni contre notre in£anterie , ni contre notre cavalerie, à moins d'être dix contre un.
Tous nos revers viennent de nos fautes et de nos excursÛNis aventureuses. Agissons avec mesure, avec prudence, employoos les moyens que nous proposons au chapitre vu, et nous aurons des succès aussi prompts qu'inespérés.