‹ La France depuis 1830Chapitre 25 sur 156 · MARINE RUSSE · texte numérisé non relu

MARINE RUSSE

£n moins de dix ans , l'empereur Nicolas a construit deux flottes à Cronstadt et à Sébastopol, et a fait prendre rang à la Russie parmi les puissances maritimes.

Des travaux gigantesques ont été élevés pour mettre ces flottes à couvert dans les ports, tant contre les entreprises hostiles que contre la fureur des élémens.

Trois divisions de vaisseaux de ligne du premier rang, de 9 vaisseaux chacune , ^ensemble 27 vaisseaux ; des frégates , des corvettes et autres bàUmens légers, environ 80 voiles au total , sont complètement armés à Cronstadt, pourvus de leurs équipages et de lout ce qui leur est nécessaire pour mettre en mer chaque printems

La force de la flotte de Sébastopol est d'un tiere moins considérable que celle de la Baltique.

Des régimens de soldats de marine sont attachés aux deux

flottes.

Voici l'état détaillé des forces navales de la Russie : US vaisseaux de ligne dont 5 à trois ponts ; M) à deux ponts ;

30 frégates; 5 corvettes ; 20 avisos.

Chaque vaisseau a un équipage de 1,100 hommes y compris les

officiers.

L'eflectif est d'environ 31,000 hommes dans la Baltique et de

30,000 dans la mer Noire.

Les dépenses annuelles de la marine s'élèvent à 30 millions. La marine forme 5 divisions:

3 divisions dans la Baltique ; 2 idem dans la mer Noire.

Une division se compose de :

Un vaisseau à trois ponts ; Huit vaisseaux à deux ponts dont 2 de M ; Six frégates ; Une corvette ; Quatre avisos.

Les divisions de la Balti(|ue sont au complet. Malgré cette organisation qui est forte en apparence , du moins en matériel , la marine russe est encore dans l'enfance et hors d'état de lutter, non pas avec celle de l'Angleterre , mais même avec celle de la France.

Et comment en seraitr-il autrement? La marine se compose d'élémens que ne possède pas encore la Russie ; une marine exige : lo Un personnel suffisant en matelots et en officiers ; 2* Une grande instruction et beaucoup de pratique ; 3* De grands revenus pour suffire aux dépenses ; ^

%• Un matériel abondant.

Les trois premiers élémens manquent à peu prés ou sont à créer. Le commerce maritime est encore trop faible pour fournir i la marine royale le nombre nécessaire de matelote.

L'instruction est naissante et n*a pu encore produire deseontrematlres et de bons officiers de marine.

L'armée de terre a absorbé T attention et les moyens du gouvernement ; et d'ailleurs comment former des équipages et les exercer dans une mer telle que la Baltique qui«st prise sept mois de Tannée par les glaces 1...

La Russie a d'eicellens ports dans la Baltique et la mer Noire ; die peut y abriter de nombreux yaisseaux dont il lui est facile d' accroître le nombre ; mais de bons équipages , des matelots exercés, d'habiles officiers pour les commander et surtout des finances pour mibrenir aux dépenses d'un grand établissement maritime sont autant de créations que le temps seul doit amener; parmi ces créations, celle des finances est la plus difficile de toutes, parce que la population dénuée de lumières et d'instruction ne peut parvenir que lentement à enfanter une richesse nationale par l'agriculture, l'industrie et le commerce. Jusqu'ici les ressources du pays n'ont pas même suffi aux frais de l'administration et du gouvernement.

Poissant par sa position , par ses armées, le gouvernement russe trouve encore de nouveaux élémens de Ibrce :

l' Dans le concours de l'aristocratie anglaise ;

â" Dans l'influence que lui donne la religion grecque dontl'emfwreur est le chef ;

3* Dans la prédominance au sein des états moscovites de la race fllaivi^ dont les Russes sont la souclie ;

h"" Dans sa conduite habile et l'immutabilité de sa politique.

Pour éviter d'inutiles répétitions, nous établirons, dans le chapitre consacré à l'Angleterre , l'assistance toute puissante que les tories prêtèrent toujours à la Russie , surtout dans ses guerres contre la France. Nous allons seulement examiner ici dans quelle proportion la religion et la prédominance d'une race homogène ont servi et doivent servir à l'agrandissement futur de l'empire moscovite.

COMMUNAUTÉ DE RELIGION KT d' ORIGINE.

Chez les peuples voisins de la Russie , on compte plus de dowee millions d'hommes qui pratiquent la religion grecque; l'Autriche seule en renferme plus de quatre millions.

Or, on sait quelle influence la religion exerce sur l'esprit des peuples sans instruction : on sait aussi combien il y a de haine instinc-

tive dans le cœur des houiines soumis à un |irince qui pratique une autre religion que la leur ; diiïérence qui , à elle seule ^ peu! les disposer à secouer le joug.

Quant à Toriginc commune , on doit considérer que les Bohèmes et les Hongrois sont Slaves comme les Russes , et personne ne niera que cette circonstance ne soit un grand moyen de rapprochemeot entre les sentimens de ces peuples : la conquête d'une portioD d*un peuple slave par la masse slave, présente donc moins d*oppositîoii et de difficultés au czar, qu*à un roi dont les sujets seraient d'une différente origine.

A la vérité on reproche au gouvernement russe d'aflaiblir ses forces et ses ressources, en laissant absorber une partie trop considérable de la population par les prêtres et T armée. Ces reproche» nous paraissent plus spécieux que fondés en réalité.

D*abord il faut observer que Tempereur, en sa qualité de chef de la religion, dispose souverainement des prêtres ; que les prêtres, à leur tour, dirigent, comme il Tordonne, des hommes tfinatiqueSy sans instruction et dont un seul sur cinq cents sait lire et écrire ; c'est là, il faut en convenir, un grand moyen de gouvernement.

Ensuite une armée nombreuse n est pas aussi à charge qa^OD pourrait le penser dans un empire où, si l'argent est rare, les vivres sont abondans et à bas prix ; au surplus, cet inconvénient, si c'en est un, est bien balancé par la crainte qu'inspirent à l'Europe des armées si formidables, si bien disciplinées, et par rinfluenoe qu'elles donnent au czar dans toutes les alTaircs de l'Europe.

Quelques hommes politiques ont encore pensé que l'étendue du territoire russe et la difficulté de contenir, de gouverner et de faire concourir au même but des races si diiïérentes et si diverses, séparées par d'autres mœurs et par un autre culte, élèvent des obstacles qui doivent arrêter les projets du cabinet de Saint-Pétersbourg.

En fait , c'est là une erreur que les événemens se sont chargés de réfuter. En raisonnement, nous dirons que la difficulté de régir des provinces immenses et éloignées , diminue chaque jour pour la Russie par la rapidité vraiment extraonlinaire des communications, par la soumission passive des peuples au joug théocratique des czars , et par les moyens que la civilisation et les découvertes modernes ont mis à la disposition des gou\eniemens. Ce sont en rflet de puisnans leviers pour n^ir fortrnit'nl sur les peuples, que la

vapeur, les télégraphes, les postes, l' imprimerie, les chemins de fer, hi police et des armées dont le dernier officier est nommé par le chef de Tétat. Tous ces puissans moyens manquaient pourtant à Tempire romain, qui, à part la Sibérie, était plus étendu et bien autrement peuplé que la Russie ; et si cet empire a été renversé, on peut dire qu'il a péri plutôt parce que toutes les bases de F édifice gouvememental étaient pourries par suite delà corruption des Romains, des gardes prétoriennes et des Césars, que sous les coups et les invasions des barbares.

D'ailleurs, il faut répéter que la masse compacte de la population russe se compose de 35 millions de Slaves ayant la même foi religieuse et le même idiome , que les races slaves sont ignorantes, simples et très propres à souffrir une domination absolue.

On doit remarquer du reste que, chaque jour, une fusion s'opère entre les différentes populations qui habitent le territoire russe, et voyez : la sagesse et la libéralité politique de ce gouvernement théocratique sont telles que, dans certains actes, on peut l'offrir comme modèle aui ministres de la France et de l'Angleterre.

Dans un empire immense où le souverain est chef de la religion, la liberté de conscience existe sans aucune restriction : dans certaines villes, on trouve, sur la même place, huit à dix temples élevés à des cultes différens.

Dans la même province, on voit vivre en paix et en bonnes relations, idolâtres et catholiques romains, juifis et grecs, bohémiens et arméniens, boudhistes et bramhistes, luthériens et calvinistes, guèbres et mahométans, sans que cette diversité de religions suscite la moindre querelle, la moindre collision, et se fasse plus remarquer que la différence du costume de chaque habitant.

Quel exemple pour les gouvememens de l'Europe qui se croient si avancés en civilisation et en liberté I et quelle grande leçon de tolérance les Moscovites donnent à leurs amis les tories, qui, toutefois, se garderont bien de l'appliquera l'Irlande I

Une autre mesure plus sage encore et d'une politique plus éclairée a été adoptée par la Russie ; elle a conservé aux peuples soumis (la Pologne exceptée) leurs habitudes, leurs costumes, leurs libertés provinciales et communales ; elle s' est attaché la noblesse et les prêtres de ces pays en leur accordant de la considération, des places, di?s faveiu^ et des avantagea pécuniaires. Par cette conduite

habild, le czar est parvenu i leur persuader que s* ils ont changé de maftre, c'était pour en avoir un meilleur : c'est avec des bienfaits qu'il a voulu les lier à leur nouvelle patrie. Pourquoi n'en a-t-il pas agi de même avec les infortunés Polonais I

Aussi quels ont été les résultats de cette grande et noble politique de ceux que nous appelons les barbares du Nord? les voici :

La Finlande est déjà presque russe ; les Cosaks et autres peuplades nomades commencent à se fixer et à cultiver la terre ; les mahométans de la Krimée ont fourni, dès 1812, des régim^is de cavalerie qui se sont très bien battus contre nous : enfin les Palatinats arrachés à la Pologne dans le premier et le deuxième déroembremens, ont peu concouru à la dernière insurrection.

Ajoutons que, depuis la fatale campagne de 1812, cette homogénéité naissante a fait des progrès immenses, et que les efforts du gouvernement, de ses agens ei des prêtres, des relations commerciales étendues et libres, enfin la tranquillité qui règne au sein de cet immense empire, contribuent à hâter puissamment la fusion complète de ces nations dans la grande masse slave.

Nous avons dit que la Russie retirait de grands avantages de son habileté diplomatique, de l'immutabilité de son système politique et de la manière habile dont elle l'applique ; rien n'est plus facile è établir.

Le tableau historique des conquêtes de l'empire moscovite suffit seul pour prouver que l'idée fondamentale qui a présidé à l'agrandissement de cet empire a toujours été la même; et cette idée repose tout entière sur le besoin de créer à de si vastes états une position maritime , c'est-à-dire des ports qui puissent servir de débouchés au commerce et à l'industrie russes. C'est pour satisfaire à ce besoin qui a été clairement énoncé dans le testament politique de presque tous les czars qui se sont succédé sur le tréne, que le cabinet de Saint-Pétersbourg a tenu ses regards constamment tournés vers la Turquie et la Perse. Mais, comme il ne pouvait accomplir ses projets d'agrandissement sans provoquer le reste de l'Europe, ce cabinet a dû songer à y conquérir une haute inOuence, à se faire des alliés parmi les grandes puissances , ou à les opposer tellement l'une à l'autnî qu'elles ne puissent faire attention aux progrès do la Russie dans ses projets ambitieux. Ce résultat était en partie obtenu par Catherine II, quand la révolution de 89 vint à éclater.

Attentif à la lutte engagée entre la dénuxiratie et T absolu tisme, Paul !•', qui crut la France perdue, prit parti contre elle, pour intervenir dans le partage de ses provinces, et se faire donner des équivalons ; les victoires de la république avaient momentanément arrêté les dispositions hostiles du czar, quand Alexandre vint à lui succéder. L'Angleterre n'eut pas de peine à lui faire comprendre que le triomphe de la France était celui de la démocratie, c'est-àdire de l'émancipation des peuples. Alexandre prit les armes et unit ses troupes à celles de la coalition. Mais pendant ses guerres contre l'empire français, il ne perdait pas un instant de vue l'exécution de ses projets sur la Turquie, et certes, il le prouva, après la paix deTilsitt, dans les négociations qu*il entama avec Napoléon au sujet de la Sublime-Porte.

En 1815 , Alexandre parut céder à ce mouvement démocratique qui avait fait lever toute l'Allemagne comme un seul honmfie , et amené la chute de Napoléon. Mais bientôt le cabinet russe, conduit irrésistiblement par cette politique traditionnelle d'agrandissement qui lui dicte, depuis plus d'un siècle, toutes ses résolutions, s'aperçut que le système libéral pratiqué par Alexandre nuisait à l'intérêt russe et retardait les progrès de la nation dans la route qui conduit à Constantinople. Et en effet , si les peuples de l'Europe se mettaient en possession de la liberté , leurs gouvernemens se verraient forcés d'ouvrir les yeux sur les empiètemens de la puissance moscovite en Turquie, et de les arrêter de tout leur pouvoir. Aussi Alexandre s'empressa-t-il de renoncer à ses tendances libérales que les invasions de 1814 et 1815 lui avaient fourni l'occasion d'appliquer généreusement en France*, pour les remplacer par le système qui dirige

* Cett à loi que l'on doit le rejet des propositions faites par les Prussiens de s'emparer de toutes les forteresses, depuis Dunkerque jusqu'à Besançon , poar les retourner contre la France , et de partager une partie de son territoire. Cest lui qui arrêta les réactions sanglantes des légitimistes; c'est lui qal, pour empêcher le l>ombardement et l'attaque de nos places fortes de l'Est, après le licenciement de Tarmée et des gardes nationales en I8i5, fit oc- CBper Toal par 1,500 Russes, et cantonner des troupes autour de Thionvi>le, dans le but de préserver cette place du sort que les Prussiens avaient fait subir à la ville de Longvri ; c'est enfin l'empereur Alexandre qui envoya M. de Woronzoïr à la grande armée pour lui porter l'ordre de rester sur l'Elbe tant qu'il plairait é l'armée prussienne de se maintenir sur le territoire français.

(IV^oie de Fauteur,)

On sait, en outre, qu'il a fallu toute l'autorité de Tempereur de Russie pour déterminer Louis XVIII à doter la France d'une constitution. Un jour que 31. de Talleyrand, craignant que les Bourbons une fois entrés en France ne

aujourd'hui les actes politiques de T empereur Nicolas , et dont la devise est Secoun et protection aux gowsemement abiolus. Le but d'Alexandre était double: 1'' empêcher ces gouverncmcns de céder aux vœux des peuples ; S"" prendre une haute influence sur leurs cabinets. Ce rôle de protecteur convenait merveilleusement â Alexandre qui, tenant sous son sceptre des peuples fanatiques, façonnés au joug et à demi barbares , n avait à craindre chez eux aucune opposition. Aussi n'hésita-t-il pas, et de prince éclairé, libéral qu'il était, il devint absolu , sombre et mystique; il s* efforça de détruire la constitution que le traité de Vienne Tavait contraint de donner à la Pologne ; cnfm il institua la sainte-alliance. L'empereur Nicolas accepta, sans bénéfice d'inventaire, Théritage politique de son frère , et il donna aux principes de la sainte-alliance toute l'extension possible. Les puissances absolutistes l'en remercièrent en lui permettant de faire impunément la campagne des Balkans qui mit la Turquie à deux doigts de sa perte ; devenu , après la révolution de juillet , le directeur suprême de la résistance organisée contre les principes qui venaient de triompher de nouveau en France, il profita de son admirable position pour arriver cette fois jusqu'à Constantinople, sous un masque d'ami et d'allié, il est vrai , mais qu'il sut dépouiller sans pudeur en forçant la Turquie à payer chèrement son puissant auxiliaire.

Ainsi , comme on le voit , le programme politique de la Russie a été invariablement suivi par ses mattres. Maintenant, est-il nécessaire de dire tout ce que donne de force , de consistance à un cabinet cette direction pour ainsi dire héréditaire et immuable qu'un intérêt évident et toujours le même imprime à son gouvernement ; point d'hésitation , de tâtonnemens , d'essais infructueux , de forces gaspillées inutilement, mais une marche hardie et confiante ve» un but que rien ne saurait masquer un seul instant ; mais une concentration formidable de toutes les ressources du royaume vers un pointa peu près unique; certes, voilà pour la Russie un élément de force qui nous manque essentiellement à nous qui avons à concilier

rejelassent toale idée de constitution» se plaignait â Aleiandre de s'être conpromis. I^ czar lai répondit : « Je mets 30,000 hommes â votre disposition • pour arrêter le roi â son débarquement, et on ne le lâchera qae îorsqae » tout sera Qni , et qu'il aura consenti â faire tout ce qu'il convient. • ( Hit^ toire de la rettauraliony par M. Lu bis.)

perpétuellement deux piincipes opposés, à nous que notre faiblesse oblige à de continuelles transactions.

Que l'on ne croie pas cependant que la Russie marche à la réaiîsatioD de ses projets avec une imprudente inflexibilité. Loin de là; elle sait attendre le moment , se retirer, s* il le faut, de ses conquêtes et prendre les allures du plus strict désintéressement. Elle ne jette pas seulement son épée de fer dans la balance, mais aussi les intrigues de sa diplomatie qui lui permettent peut-être d*y peser d'un poids plus décisif \ Sa force consiste aussi, comme on Ta ditsourent, dans le tenqts ^ arrêta force immense que Napoléon n*a pas su apprécier pour son malheur et pour le nôtre. Ainsi , par exemple , si Nicolas , irrité de voir les projets formés par son frère , à 1* époque de rétablissement de la sainte-alliance, renversés par la révolution de 183Ôy et l'insurrection polonaise, a laissé entendre un cri de

fureur y et dévoilé un instant ses pensées secrètes ** , il a bientôt compris qu'il forçait, par ses menaces, la France à s'unir étroitement avec l'An^eterre ; ce qui rendait la conquête de l'Orient difficile , impossible même. Aussi pendant quelque temps , on aurait pu croire

* A cette occasion Ton nous excusera de citer dans un ouvrage sérieux ce proverbe populaire, si l'on songe au sens profond qu'il renferme : « Un Grec » Ttal deai juifs, et un Russe vaut deux Grecs. »

** A Tappai de cette opinion , nous citons un passage du discours prononcé par lord Pilmerston dans la chambre des communes, le 19 avril 1837 :

« La quadruple traité, dit le noble lord, a essentiellement pour bot de m nuinteolr la paix dans toute l'Europe ; car si don Carlos parvenait à do- » miner sur l'Espagne, il y aurait, j'en conviens, une espèce de tranquillité

• dans ce paya ; mais cette tranquillité du tombeau soutenue par une tyran* » nie de fer, provoquerait des troubles dans le reste de l'Europe. Mais quel

• ne serait pas, dans ce cas, l'état de la France? Au lieu d'avoir au-delà des

• Pyrénées une puissance amie, elle y aurait un jour un ennemi pareil à Fer-

• dinand VII. Je puis déclarer arec une grande certitude^ mais non officielU- *ment, qu'immédiatement après la révolution de 1830 en France, et lorsqu'il

• était encore douteux si les grandes puissances du continent de CEurope de-

• waieni s'unir pour renverser le gouvernement français, une puissance du JVord

• fU inviter Ferdinand à envoyer 40,000 hommes de troupes au pied des Pyré'

• nées pour observer les embarras de la France, et en tirer parti, s'il était possi-

• tu. ie suis sûr que Ferdinand VU se serait rendu À ce désir s'il n'en avait

• pas été empêché par les circonstances. Je déclare encore une fois que la

• domination de don Carlos sur l'Espagne serait incompatible avec l'indépen-

• damée et le repos de la France. >

Ainsi la France est bien et dûment avertie des projets hostiles que les tories nourrissent contre elle s'ils reviennent au pouvoir. Ainsi elle est encore prévenue, que si don Carlos parvient au trône d'Espagne, il sera l'allié des puissances du Nord, et qu'elle aura à le comliattre sur les Pyrénées.

à un changement de politique de la Russie envers la France. L*ambassadeur russe avait Tordre de flatter le cabinet des Tuileries et de lui faire croire à des dispositions pacifiques. Cest dans ce but qu*une femme célèbre par ses grâces et son esprit , et qui passe en Europe pour le diplomate le plus habile de la Russie , vint à Paris. On pourrait croire qu'elle réussit dans sa mission ; car dès ce moment, le cabinet français parut attacher â Falliance anglaise moins de prix qu'auparavant ; on le vit même faire aux cours du Nord une déplorable concession en abandonnant l'Espagne. Quand leczar eut ainsi compromis la Franco, et que les peuples insurgés se furent façonnés au joug qu'ils avaient repris, quand enfin la France eut abdiqué son rôle de protectrice des gouvernemens constitutionnels, la Russie fit volte face, et le czar revint à ses habitudes de hauteur» d'arrogance et même de menaces envers le gouvernement de juillet.

Nous avons présenté sans exagération les élémens dont se'composent la force et la puissance des successeurs de Pierre-le-Grand ; nous avons prouvé, par l'inflexible histoire, les développemens et les résultats heureux de leur politique ; il nous reste à examiner si cette politique a reculé ou changé de but, et si des succès aussi éclatans , des succès aussi inespérés que ceux qu'il a obtenus dans trois quarts de siècle, ont pu décider le cabinet russe à s'arrêter et à abandonner ses projets ambitieux.

Le czar a beau faire publier dans ses feuilles officielles et salariées qu'il a renoncé à la politique de Pierre-le-Grand et de Catherine, qu'il désavoue l'idée de conquérir Constantinople et de s'emparer des Dardanelles, etc., etc. Non, mille fois non, dirons— nous; tout dément ces déclarations, et le passé, et vos actes, et votre diplomatie , et vos intrigues , et le maintien. sur le pied de guerre de 000,000 hommes. Et si ces preuves n'étaient pas suflisantes, nous ajouterions que l'empereur, tout puissant qu'il est, voudrait vainement répudier le legs politique do Pierre-le-Grand et de ses successeurs ; la force des choses entraine le gouvernement et le pays d'une manière irrésistible. Le sénat, la noblesse , les vieux Moscovites, les prêtres et les soldats eux-mêmes ne le souflnraient pas, et s'il ne cédait à leurs vœux , le czar courrait grand risque de subir le î^ortdc plusieurs de ses prédécesseurs.

Comment encore nierait-on la tendance de la Russie, quand on la voit, au mépris dos traités de Vienne, et à la honte de l'Europe,

convertir, par sa volonté, la Pologne en provinces russes, lui enlever son dernier espoir, son nom glorieux, son costume national, sa religion, son idiome et diviser sa population comme celle de la Russie en quatorze classes I Comment croire à la sincérité de l'intérêt qu'elle porte à la Turquie et ne pas trembler sur l'avenir de cette puissance f quand on se rappelle qu'il y a soixante ans à peine, la Pologne existait encore ; quand on pense que les moyens employés pour la détruire sont tout-à-fait semblables à ceux dont la Russie se sert contre la Sublime-Porte.

Après avoir semé l'anarchie dans la malheureuse Pologne, après avoir placé un favori et un esclave sur le trône des Jagellons, que disait Catherine dans ses proclamations, en envoyant ses armées envahir la Pologne?

« Polonais, accueillez mes troupes, je ne suis poussée par aucun » dessein ambitieux, mes armées s'avancent pour protéger l'ordre » et vos lois, pour défendre votre liberté, etc.... »

Et puis, un demi siècle plus tard , son petit-fils devint roi de Polognel

Un habile écrivain , en insérant dans un journal fort répandu plusieurs réflexions aussi profondes que vraies sur le discours tenu par l'empereur Nicolas à Varsovie, a mis à découvert, selon nos idées, les plans et les projets futurs de la Russie, et la preuve qu'il a touché la plaie au vif, c'est que la Gazette de Saint-Pétershourg et celle de Berlin ont cru devoir répondre à ce publiciste distingué et combattre ses argumens, afin de diminuer l'eflet produit en Europe par ses salutaires avertissemens.

Tout à l'heure nous avons dit que la force des choses ne permettait pas à la Russie d'abandonner ses projets ambitieux ; nous allons le démontrer.

De grandes masses de terre ne peuvent se passer de grandes masses d'eau ; sans des mers libres, ces terres restent sans valeur et sans agriculture ; la population languit, l'industrie et le commerce ne peuvent se déployer parce qu'ils ne trouvent aucun débouché.

Cela posé, il est très évident que ce développement et l'extension de l'empire russe ne peuvent s'opérer, d'après les lois de la nature, que du nord au midi par le cours des fleuves navigables et des mers qai les reçoivent.

Ses plus bdies, ses plus riches provinces sont au midi ; leurs produits et ceux des pays qui entourent la mer Caspienne peuvent-ils

être échangés plus facilement et plus avantageusement que par le Tigre et TEuphrate, dans le golfe de Bassora ; et ceux des pays qui entourent la mer Noire peuvent-ils être échangés plus avantageusement aussi que par la Méditerranée? Voilà les débouchés naturels et indispensables des produits de ces riches provinces , de ces mers intérieures, car on ne peut songer à les aller chercher à Saint- Pétersbourg et dans la mer Baltique, dans une mer qui n*est ouverte que pendant cinq mois de Tannée.

Une des plaies de la Russie, et elle est très grande, c'est la position fâcheuse et excentrique de sa capitale. Pétersbourg, création merveilleuse de Pierre-le-Grand , absorbe inutilement toutes les forces de Tempire. Placée dans des marais malsains, sous un climat rigoureux, elle ne peut remplir le but que se proposait son fondateur et qu'il a tant recommandé à ses successeurs , dans son testament politique : « Obtenir des voies commerciales pour la Russie » et en faire une puissance maritime, »

A cette époque, ses projets durent se borner à des avis pour ses successeurs, car la Pologne existait tout entière , et la Turquie , forte et puissante, possédait toutes les rives de la mer Noire. La Moscovie, éloignée do ces rives et ne voyant devant elle que celles du golfe de Finlande, dut nécessairement y porter toute son attention; faute d'un autre point maritime, Pierre-lc-Grand 6t construire Pétersbourg et Cronstadt, dotant ainsi son pays d'un premier débouché sur les mers, et d*une marine militaire.

Certes , il n'a pas entendu borner les débouchés de la Russie à ceux du golfe de Finlande; il a vu dans l'avenir les moyens de les augmenter encore par les Dardanelles , par TEuphrate et par le golfe Persique. Tout le système russe remonte nécessairement à cet homme extraordinaire. Il était entré dans ses plans que la Russie touchât à toutes les mers, parce que c'est de là que viennent la force et la richesse des états. Posséder les rives de la mer Noire et de la Caspienne ne serait rien , si la Russie n'avait à sa disposition le détroit des Dardanelles et la voie du golfe Persique.

11 est clairement démontré aujourd'hui qu'on ne peut ni former ni entretenir une marine dans la Baltique ; en effet, nous le répétons, à quoi servent des vaisseaux, qui sept mois de Tannée sont prisonniers des glaces ; comment former des marins qui pendant sept mois de Tannée no peuvent être exercés? ce serait

crifier, en pare perte, un temps précieux et des sommes considérables.

Force donc est aux Russes de suivre Tordre établi par la nature, de reporter au midi et dans des climats tempérés leur marine militaire et leur capitale. Il faut que cette capitale soit au centre de l'empire et qu'elle le vivifie, au lieu d'en absorber la substance par des moyens factices et ruineux.

Et quelle plus belle position au monde, quel point plus central pour les provinces d'Asie et d'Europe que Constantinople ! quel plus beau port, quelle plus admirable situation maritime !

Pétersbourg a beau être une grande capitale, une ville de luxe et de palais , le gouvernement qui a su brûler Moscow pour détruire son ennemi, saura bien abandonner sa seconde capitale pour l'échanger contre une troisième qui assurerait à jamais sa puissance, décuplerait ses richesses, sa force maritime et simplifierait si mervdlleusement les rouages de son administration.

Qui osera dire ou penser seulement que la Russie a pu renoncer a occuper Constantinople, le Rosphore et lés Dardanelles, qu'elle a pu renoncera cette position formidable qui lui assure le commerce du monde et Fempire do la Méditerranée, à cette position qui lui permettra de former et de créer à sa volonté, sans trouble aucun , une marine redoutable dans les mers d*AzoiT, de Marmara et du Pont- Euxin?

Que le Bosphore soit occupé par des ennemis , la Russie reste à leur merci, elle est prisonnière chez elle ; ce détroit fait la loi a ses rivières, à ses ports, à ses principaux arsenaux : pour les garantir de toute attaque, elle doit les fortifier et les garder avec des garnisons nombreuses.

Que si, au contraire, elle occupe et fortifie les Dardanelles , elle tient sous une seule clé, elle garde avec une seule forteresse, ses ports, ses arsenaux, ses flottes et son commerce maritime : que le Volga soit réuni au Don par un canal, la mer Caspienne se trouve en communication avec celle d'AzofTet devient un lac russe comme la mer Noire et celle de Marmara ; dès-lors la Russie se trouvera maîtresse de tout le commerce de l'Orient et bientôt après de celui de l'Inde; ses grands fleuves amèneront à l'envi dans les ports qui se trouvent sur ces mers intérieures les fers, les chanvres, les enivres et les bois destinés à construire ses flottes, et l'immensité do

Mê côtes maritimes lui fournira une nombreuie popohiiiNi de nuttelots. Tel est Fétat de choses qui arrivera si l'Europe n'y met obstacle ; tel est le plan, et il n est pas chimérique, de la politiqiif

russe.

S*il s accomplit, rien alors ne pourra et ne saura résister i sesTOloniés ; ses richesses et sa population s'augmenteront dana use progression si grande que tout équilibre politique sera rompu et ipie l'Europe n'aura plus qu'à se courber sous la suzeraineté de la

Russie.

Et qu'on ne dise pas que nous nous livrons à de vaines dédanalions, que nous supposons des projets chimériques et inexécutables, ces plans existent, ils sont pour la Russie une question de pniasance, de richesse et de force maritime.* Ils sont sonévangUe

* On peut voir dam VJfiittoire diphmaUque de ta France eotu IfmptUm» par M. Bignon (seconde série) , combien sont fondées toutes nos atacriioos sur les projets d'agrandissement de la Russie. Après la paix de Tiltilt, les empereurs Alexandre et Napoléon, à peu prés les maîtres du eonllnent européen, essayèrent de s'entendre sur la question d'Orient.

La Russie, qui occupait la Moldarie et la Valacbie, Toulait se les approprier; il ne lui fallait, pour cela, que le consentement de Napoléon, et elle le demandait avec instance ; Jamais sa politique envahissante ne s'était miMiirée plus à nu ; c'était ce que l'ambition a de plus égoïste et de plus impérieux. Napoléon refusa de céder les principautés du Danube, ao prix mémt fies plus riches équivalens. Alexandre voulut alors faire agréer aa cabiael français le projet de partager l'empire ottoman. « Ce projet, préparé par M. de Romanzoff, ne fut pas réputé admissible par M. de Caulaincourt. Celui-ci trouvait que les bases proposées étalent loin de concilier l'intérêt des deux parties ; que tout dans ce projet étant aobortauié à l'intérêt russe, il serait impouible de l'accepter ; que l'empereur Napoléon, malgré son désir de satisfaire l'empereur Alexandre, ne pourrait sacrifier à son affection pour ce prince le commerce de la France et du monde ; qu'il fallait de l'équilibre dans les parts, de l'égalité dans les avantages. Parquaiques passages que nous allons extraire d'une dépêche de M. deCaulainooirt, on jugera tout à la fois jusqu'où distendaient les vues de la Russie, et ai la résisunce du gouvernement fh-ançais était fondée. Dans nne converulloaavec l'empereur Alexandre, M. de Caulaincourt, ayant dit que le projet de M. de Romanzoff présentait de graves difflcullés qui ne pou>aientse réioadre qu'à Erfurth, et l'empereur Alexandre lui ayant demandé en quoi eontlstaient ces difficultés, l'amlMssadeur s'efforça de lui faire comprendre Tinpossibilité de donner à la Russie ConstaniinopU et Uê DardaneUes, Il représenta que la Russie deviendrait parla maîtresse du commerce du Levant et même de l'Inde, et qu'elle serait, quand elle le voudrait, aux portes de Corfou, de Toulon, tandis que dans les mains de la France ou de tout aatreéiat. ces mêmes possessions ne nuiraient à personne, étant si êloignéesqu'on pourrait les regarder plutôt comme des colonies. Ainsi, en 1S08,Constantinopleel même les Dardanelles ont été considères par la Russie comme une poisesalona

politique ; tout ce qu elle a pratiqué ea Pologne avant de la rayer de la liste des nations, elle le pratique en Turquie, tantôt avec une audace sans égale, tantôt avec une souplesse merveilleuse ; les me-

» laquelle il lui était permis d'aspirer, et qui était pour elle une dépendance

> nécessaire. Aux objections de l'ambassadeur de France, qu'oppose l'empereur » Alexandre? Il répond que Gonstantinople ne serait pour la Russie qu'une » ville de province, à l'extrémité de l'empire ; que la géographie la lui donnait ; » qu'il fallait qu'il eût la clé de la porte de sa maison ; que si un autre l'avait,

• Il ne serait pas maître chez lui.* Au reste, l'empereur Alexandre ajoute que » pour assurer le commerce de toutes les puissances, on pourrait faire un ar- » rangement qui garantirait quecelte route ncseraitjamais fermée, en quelque » tcmpsque ce fût. Il est aisé de sentir ce qu'il y aurait eu de peu solide même m dans un pareil arrangement. BI. de Caulaincourt, par courtoisie, voulait bien « admettre qu'un tel ordre de choses pourrait exister sous le règne de l'em-

• pereur Alexandre; mais sous son successeur, que deviendrait cette garantie.^

• Nous laissons aux lecteurs, aux gouvernemens» à l'Europe te soin de méditer

• ce dialogue de l'empereur de Russie et de l'ambassadeur de France. Nous

• avons peine à concevoir que jamais, à aucune autre époque, les aveux, les

• épaochemens de l'ambition entre deux princes aient été poussés aussi loin. » L'avenir fera connaître si les prétendons de l'empereur Alexandre à la poa- » session de Gonstantinople étaient une velléité accidentelle résultant duca- » ractére personnel de ce prince, une espèce d'acte excentrique appartenant

• à l'imagination de l'bomme , ou si c'était de sa part l'expression francbe,

• naïve d'une pensée du cabinet.

» On voit dans les détails que M. Bignon tire des dépèches diplomatiques, » que, dés 1808, il y avait en Russie, à l'égard de la possession de Gons- » tantinople , ou plutôt à l'égard des moyens de l'obtenir , deux pensées m différentes; mais ces deux pensées marchent au même but. Il y a la pen- I» sée populaire et nationale, il y a la pensée diplomatique. Autant la pensée » populaire est impatiente dans ses désirs de conquête, autant la pensée diplo-

• maliqne est prudente et circonspecte. Quelques écrivains modernes ont indl- » que et approuvé cette pensée ; entre autres M. le duc de Raguse dans ses cn- » rieux voyages. Le peuple russe veut avoir Gonstantinople, et pour lui le plus » tôt sera le mieux. Le cabinet veut aussi avoir Gonstantinople ; mais il attead » l'occasion. Avoir de l'influence et de l'ascendant i Gonstantinople, dominer » sans gouverner, préparer la possession sans la faire éclater, tel est le but que » le cabinet russe poursuit, tel estle but qu'il a déJAatteint.Le moment viendra » oà, faute d'héritiers possibles, l'Europe sera forcée de consentir à voir les » Russes à Gonstantinople. Nous trouvons la trace de ce système dans les con- » versations de M. de Romanzofr avec M. de Gaulalncourt. « G'est un empire » qui s'en va, disait M. de Romanzofr, quand il pressait M. de Gaulalncourt de

> consentir à son projet de partage de la Turquie ; ce que vous pouvez avoir l'air » de nous donner maintenant, nous serons peut-être obligés de le recueillir » ëanspea, même sans en avoir l'Intention. » Ailleurs encore : « G'est une sac-

• cession, dit-il, qui ne peut manquer d'échoir i la Russie, fauu tThériiitri, >

(DébaU.)

* BT. Bl^oon ajoute en note : « En s'approprlant la Finlande, i'empercor Alexandre ■ dit •{ull ae dtffaiaait de l'ennemi géographique ; roUà maintenant la géographie qui doit lut doaner le^ Dardanelles, coanme la dé de sa maison. St c'c»l l'empereur Napoléon qui lui a enaeigaé à faire ainti d<> la géographie un iastrtiment de e onqviACe, la leçon n'a pas été perdue ; IVlère était difne du malrrr. •

nactfs, la nise, les séductions, les trésors, sont tour à tour prodigué» et mis en usage par ses diplomates et par ses agens.

Tout concourt donc à assurer dans Tavenir la réalisation des plans de Pierre-le-Grand et de Catherine II. Tout démontre qu'à la première occasion favorable ou à la première guerre qui surgira en Europe, le gouvernement russe marchera à son but, et que ai une nouvelle coalition se forme contre la France, il s* empressera de s*y joindre en promettant beaucoup et en tenant peu, conune le faisait Catherine. Mais il aura bien soin de réserver ses forces pour Taccomplissement de ses projets ambitieux et de n'agir que quand les combattans seront à peu près épuisés.

Et ces projets, quels sont-ils?

Pousser ses frontières méridionales aux limites tracées par b nature, aux limites qui lui donnent les débouchés des mers de rinde et de la Méditerranée, et qui, en réduisant Tétenduc de ses frontières les rendent inattaquables, excepté sur le point où elles côtoient le territoire hongrois. En moins d'années qu'elle n*en a mises à réunir les nombreuses provinces dont nous venons de donner T étendue et le dénombrement, la Russie subjuguera la Perse maintenant dévorée par l'anarchie et dont le gouvernement «ans force et sans unité est à sa discrétion ; alors, elle portera ses limites de la Caspienne au golfe Persique ; de là à Alep, en suivant le cours del'Euphrate et les déserts de l'Arabie, et d'Alep à Alexantirette, villes séparées par une distance de douze lieues seulement; puis, de cette ville à Tliessalonique, en suivant les côtes de la Méditerranée; enfin, deThessalonique à Widdin sur le Danube.

En abandonnant à l'Autriche toutes les provinces turques situées à l'ouest de cette ligne, telles que l'Albanie, la Bosnie, la Servie et une grande partie de la Macédoine, elle pourra sans doute e<mipler sur son concours.

Le seul point faible de cette longue frontière couverte par les déserts de l'Arabie et les côtes de la Méditerranée, sera b ligne de Tliessalonique à Widdin (iOO lieues), la seule que la Russie aura à garder et à fortifier.*

Profondément convaincu que la Russie a conçu un pareil plan

' Four faire mieui gaUir nos idéeselfdireconaaUre ànos lecteurs lesagnndiisemer.s successifs de la Russie, nou> joignons a cet ouvrage la carte àn\-

el qu'elto fort tout pour le réaliser, nous répondrons à ceux qui combattraient notre avis, que nous avons été trop réservés en prétendant qu'il faudra cinquante ans à cette puissance pour l'eiécutionde ses projets d*agrandissement. S'il s'élevait, par malheur, une guerre entre la France et l'Angleterre seulement , ce projet serait accompli avant peu d'années, tant les moyens et les préparatifs de la Russie sont puissans, tant ils sont parfaitement combinés.

« Si, i la fin du xvii* siècle, quelqu'un avait imaginé une Russie •• comme celle de 1836, on l'eût traité de fou ou de visionnaire. Et » cependant si ce colosse ne succombe pas sous son propre poids, *» la Russie qui sera à la fin du xix* siècle, différera bien plus delà » Russie actuelle que celle-ci ne diffère de celle qui était en 1700. »

(Gluchou)êki.)

Que l'Europe avise donc et surtout que la France, placée à la lèle de la civilisation et des peuples libres, songe à combattre do toutes ses forces lesempiétemens continuek de la Russie I...

ARTICLE SECOND

De la Prusse.

La Prusse, avec une population de 13 millions d'ames réparties sur une surface de 5,028 milles carrés géographiques, avec un faible revenu de 190 millions de francs et un territoire généralement peu iécond , s* est élevée , grâce à la sagesse et à la politique mesurée de son gouvernement, au rang des cinq premières puissances de FEuiope. Cette élévation, qui peut paraître factice, est due en grande partie i des circonstances heureuses dont le cabinet prussien a su hautement profiter; et, dans ces derniers temps, à la protection de

•ée ca lS3a, par J. B. Glucho^ski, elle indique la date de ses conquêtes, ri éoaas ta limlle de tes frontières en 18.16.

La ligne roage trace sa frontière future telle que nous Ia supposons, de U Gaspleane é Bassora;

De aasion à Alep ;

DTAIcp et Aleiandrelte à Thessalonique:

de Tliefsaloiiiqoe à Widdio, sur le hanube.

la Russie dont la Prusse sVst fait non seulement FalKée , mais en-^ core le satellite inséparable.

Ce royaume est régi par un gouvernement parement militaire ; c*est, en quelque sorte, celui d*un général en ehef qui administre un royaume par et pour son armée. Tous les Prussiens sont soldats, personne ne peut être exempté du service militaire ; nous avons donc raison de dire que le haut rang où la Prusse s*est placée , dans I* espacé d*un siècle, ne repose que sur des moyens forcés et sur des iMses factices , car ton faible revenu , sa population peu nombreuse, le défaut de cohésion de ses providces , la diversité de mœurs, de caractère et d* origine de ses peuples, devraient la faire classelr au rang des puissances du deniième ordre.

Effectivement, d'un côté , la longueur démesurée de son territoire qui va tantôt en se resservant et tantôt en s' élargissant , depuis Memel sur la frontière de la Ruâsie, jusqu'au-delà de Sarrelouis (âacienne France) , ouvre ses fldncs aux coups qui pourraient lui dtre portés par ses adversaires ; d'un autre côté, les forces considérables qu'exigent, pour les garder, l'étendue et la dissémination de ses provinces , la difficulté de réunir promptement des corps d'armée échelonnés de l'est à l'ouest sur une ligne de k50 lieues , sont des causes véritables de faiblesse ; mais elles ne sont pas les seules ; il en existe une autre qui rendrait la puissance de la Prusse bien chancelante dans une guerre malheureuse: nous voulons parler des élémens hétérogènes et presque hostiles qui forment sa population , car tout le monde sait que des siècles entiers suffisent à peine pour amener une fusion complète parmi des peuples de diverses origines.

La population prussienne se compose à l'est d'anciens ou de nouveaux Polonais ; au sud , d'Autrichieus et de Saxons; au nord , do Suédois, et à l'ouest d'Allemands; puis, sur la rive gauche du Rhin de nouveaux Français, et, sur le territoire de Sarrelouis, d'anciens Français ; le nombre de ces derniers est peu considérable à la vérité , mais la cession à la Prusse de Sarrelouis , provoquée par la haine aveugle des tories contre la France, a merveilleusement servi les projets futurs de la Russie. La Prusse , ainsi placée sur la rive gauche du Rhin , se trouve , par la force des choses , dans un état de surveillance continuelle envers la France ; d'un autre côté, l'occupation de Sarrelouis est un outrage permanent pour

ceUa puMsance; aura la EuMÎe ii*a pas dû manquer de se dire : a J'UToquerai tôl ou tard le précédeot posé par les tories ; quand » je repreadrat à la Prusse lo duché de Posen » la Prusse orientale » ei la Pruaae occidentale, à défaut d'indemnités suflBsantes m • Allemagne pour cette puissance , j'en trouverai en France : » coiifMiHOiis donc à rejeter l'ambition de la Prusse vers l'ouest, b

Ealre des intérêts si graves et si compliqués , avec des élémens de force si infMeurs à ceux de ses voisins , la Prusse se trouve dans une position d'autant plus difficile que le roi , au temps de ses inlortttses f avait promis des institutions à ses peuples; promesses do rot qid, comme on le sait , n'engagent à rien , surtout quand l'orage 6it passé. Les peuples sont seuls obligés par leurs sermens, dtt Tarislocralie, les rois ne le sont jamais ; mais aussi» iôi ou tard , les peuples» qui ont de la mémoire» prennent les choses au serienx, tt quand les temps sont arrivés , ils demandent à compter avee leurs princes

En Suéde» la déchéance de Gustave IV ; en AngieCerre » le renvoi dea Sluarts ; en France, l'expulsion de la branche atné des Bourhomêf témoignent hautement de cette vérité.

Malgié les efllMls de l'aristocratie et des gouvernemens absolus» lai hmières se répandent en Europe, la civilisation s'étend chaque jour, el dans des temps difficiles, le peuple prussien pourrait fort bien se souvenir des promesses qui lui ont été fiaites en 18i<h et en 1815. Noua fa|ipeloos ces promesses parce qu'une révolution constitutionaella peut seule détacher la Prusse de sa sujétion à la politique russe» imoiM ^qui n'est pas à espérer) que la Prusse» ouvrant les yeux sur rambilkNi de la Russie , n'abandonne cette alliance pour celle de la France et de l'Angleterre » et ne consente à repasser sur la rive droita du Rhin pour s'arrondir et se cantonner dans le nord et dans Fooeil de F Allemagne. C'était cette alliance que Napoléon aurait dft contracter; à son début, c'est à la France constitutionndle qu'U convient de la former.

Lan Pnissiais ont un gouvernement fort éclairé ; ils sont très avaaoéa en instruction» en industrie, et sous un grand nombre de lapporli, ib ont beaucoup d'analogie avec les Français; que les des deux pays soient séparées » que les deux gouvernes'entendent , et les deux peuples oublieront bien vite leur vWHe haine pour s'unir intimement ; car la nationalité polonaise

étant détruite , il convient à la France que la Prusse mi forte et compacte dans le nord' de F Allemagne, pour résister à la Russie» et la maintenir dans ses limites actuelles. C*est dansxse sens que nous avons entendu raisonner des Prussiens fort éclairés, etU serait heureux pour les deux peuples , comme pour la cause de la dvib et de la liberté , que nos vœux pussent être exaucés ; quoique l'exécution de ce projet soit fort problématique en raison des intérêts inconciliables et des difficultés nombreuses qui s'opposeront à sa réalisation.

En effet, s'il est possible d'espérer que F Angleterre consentira aujourd'hui à céder à la Prusse le Hanovre, il ne l'est guère de croire qu'elle abandonnera les villes anséatiques et qu'elle permet* tra à la France de s'étendre jusqu'à ses frontières natureUes, qui sont les Alpes et la rive gauche du Rhin.

C'est ici le cas de rappeler un mot du chef des tories, du duc de Wellington, mot qui fera bien connaître la pensée intime de l*aristocratie anglaise.

Il s'agissait des promesses faites par le roi de Prusse, en 1814 et en 1815, d'accorder à ses peuples une constitution après le renversement de Napoléon, « pourvu (ne cessait-il de répéter aux généraux » prussiens] quevotrerroi ne commette pas la foute irréparable de » donner une constitution à ses peuples, ce serait le plus grand » mal qu'il pourrait faire à la Prusse et à l'Europe. »

Malgré nos vœux et nos espérances, qui ne sont peut-être que des illusions, il fautprendre les'choses dans l'état où elles se trouvent, classer la Prusse au rang des cinq grandes puissances de l'Europe et, malheureusement, la tenir pour l'alliée et pour ainsi dire le satellite de la Russie.

Maintenant, citons, pour modèle à suivre par la France, le gouvernement prussien , gouvernement admirable, tant sous le rapport de son administration civile que sous celui de son organisatîoa militaire.

La Prusse constituée en royaume depuis 125 ans seulement, ne renferme, comme nous l'avons dit, qu'une population de 13 millions d'habitans, composée de six à sept peuples d'origine et de mœurs différentes, successivement conquis ; elle ne possède que 190 millions de revenu.

Examinons, d'abord, comment s'est formé le rovaumedeTrusse.

coounenl il est parvenu au degré de force et de puissance qu'il a atteint de nos jours.

C'est en 1701 que le titre de roi fut déféré par Fempereur Léopold à Frédéric III, électeur de Brandebourg ; en 1713, les puissances de l'Europe le reconnurent en cette qualité ; la politique, la prudence et le génie de ses successeurs, surtout celui de Frédéricle-Grand, ont fait acquérir successivement à la Prusse la Silésieet d'autres provinces en Allemagne ; puis, lors du triple démembrement de la Pologne , un grand nombre de ses palatinats avec Dantzik.

Les revers éprouvés parle roi qui régne actuellement, lui firent perdre, sous le régne de Napoléon, toutes ses acquisitions en Pologne et les provinces situées en Allemagne, y compris Bfagdebourg ; par le traité de Tilsitt, la Prusse se vit réduite à la moitié de ses possessions, et ce ne fut pas une des moindres erreurs de l'empereur d'avoir conservé un ennemi aussi humilié et pourtant encore aussi puissant, entre la Pologne et la confédération du Rhin ; il a éprouvé en 1812 les déplorables conséquences de cette faute. 11 fallait, en 1807 , détruire entièrement la Prusse ou bien en faire une forte puissance et la lier à la France, en créant son souverain roi de Prusse et de Pologne, et en donnant le Brandebourg et la Poméranie à la Saxe ; alors ce souverain, avec notre alliance, était assez fort pour résister à la Russie, et l'intérêt de sa conservation nous répondait de sa fidélité.

La déplorable campagne de Moscow présenta au gouvernement prussien une chance inespérée dont il sut habilement profiter : d'allié de la France il devint son ennemi, et d'autant plus redoutable, que chaque Prussien avait son injure à venger et semblait (aire la guerre pour son propre compte ; l'enthousiasme fut poussé à un degré extrême par la promesse que fit le roi de donner une constitution ; et l'organisation mOitaire si admirablement conçue par le général Scharmhamt^ et qui a été perfectionnée jusqu'à nos jours, mit la Prusse à même de réunir instantanément plus de 300,000 hommes exercés au maniement des armes et ayant déji tous passé sous les drapeaux.

Cette organisation consistait à faire entrer au service militaire tous les jeunes Prussiens, sans exception, et i les renvoyer deux ou trois ans après, c'est-i-dire quand ils avaient reçu une instruction

suffisante ; à leur retour dans leurs foyers ils étaient classés dans la réserve de guerre et la landwehr du premier ban. Par cette sage combinaison, le gouyernement pouvait, en six semaisûs, porter son année à 300,000 hommes exercés et disciplinés. Aussi n^ peut-oo conceroir comment une organisation pareille, avec k puissance et les ressources qu'elle donnait au souverain, a pu échapper au regard d'aigle de Napoléon.

Ce fut donc avec ces élémens de force que la Prusse entière entra en lice, et joignit ses armées, ou pour mieux dire, toute sa population aux armées russes.

On connaît trop les résultats déplorables de la campagne de 1813, de rinvasion de 1814 et de la campagne de Waterloo; il serait donc aussi inutile que douloureux de retracer nos revers. Ce qu*il nous importe de rappeler, ce senties grands avantages que les traités de Vienne ont faits à la Prusse, en compensation des provinces polonaises qui lui ont été définitivement enlevées avec Varsovie.

Les palatinats qu'elle avait acquis par les trois partages successifs de la république, contenaient 2,428 milles carrés géographiques et 3,700,000 habitans. Tels sont les élémens qui constituèrent le nouveau royaume de Pologne, placé sous le sceptre d'Alexandre.

La Prusse reçut en échange :

rain. carr. habittns.

En Allemagne, démembrement du royaume de

Saxe 458 1,275,000

Province de Westphalie 367 1,118,000

Bîvesdu Rliin, Cléves, Berg et Jubiers. . . 158 963,000

Sur la rive gauche du Rhin, les cercles du Rhin

avec Sarrelouis 288 1,014,000

Ainsi, l'indemnité accordéeà la Prassea été large et faite, comme on le voit, aux dépens de l'Allemagne et de la France.

Les dettes de ce royaume s'élèvent de 5 à 600,000,000 fr. en principal, mais ses finances sont tellement bien gérées , qu'il peut se Hbérer en peu d'années.

Son administration civile est régulière et éclairée ; la Prusse a un employé là où la France en occupe cinq ; mais aussi, dans le premier de ces pays, on choisit les plus capables pour la place qu'ils doivent

rempKr, et on ne fait pas uneplacepimr i'kammê, comoie oek le pratique souvent ailleurs. Nous n'avons pas besoin de dire que Ton n'y rencontre pts de sinécures. Si les adnùnistraieurs et les employés ont une grande latitude d'action et un pouvoir très étendu , il fout reconnaître aussi qu'une grave responsabilité pèse sur eux et rappeler qu'ils sont astreiiits à rendre des comptes sévères de leur administration.

Lee goureineurs civils ne sont pas d'un abord aussi difficile que quelques-uns de nos préfets ; les cbefs de dicastères n'imposent pas à leurs garçons de bureaux use consigne aussi sévère que nos cheb de divisien. On peut les abordera presque toutes les heures de la journée, et nous pouvons, parmi tant d'au très, citer avec certitude un exemple frappant de cette facilité.

A la fin de 181%, le gouvernement français envoya un agent auprès du gouverneur-général à Aix-la-Cfaapelle pour une affaire importante qui concernait les salines de l'est. Le soir même de son arrivée, cet agent se vit admis par le gouverneur-général à lui préseoler sa demande , et le lendemain même l'affaire fut convenue et ré|^; mais ce qui surprit agréablement l'envoyé français, c'est que le gouverneur-général lui demanda, à la fin de l'entrevue, s'il était venu i Aix-la-Chapelle pour d'autres affaires que celle qui avait occupé leur conférence? Sur la réponse du négociateur qu'il n'attendait qu'après rexpédition de l'arrêté pour repartir, son excellence lui dit fort civilement :

« Eh bien ! monsieur , vous recevrez votre ordonnance dans la soirée. »

Eflbdivement , i onze heures de la nuit, une estafette la lui apporta.

Nous demanderons si jamais en France on a pensé à mener les aflUrw ivec octte rapidité, et s'il y a un seul administrateur qui conaentirait à se soumettre à une telle ponctualité ?

Daoi notre pays une pareille négociation durerait au moins dix à dooie jours ; par combien de filières ne foudrait-il pas passer! que de renvois à subir ! que de notes et d'avis à prendre, sans compter les renseignemens â puiser dans chaque bureau I etc.» etc., etc,

Après ce court aperçu sur l'économie et la régularité qui prési-» dent i Fadministration civile en Prusse, nous allons présenter Tor^ gnûsation de Tannée.

L'infanterie se compose de :

k régimens de la garde (jœger) ;

1 bataillon de chasseurs delà §^e( garde jsger] ;

1 de tirailleurs de la garde ( garde schutzer } ;

1 d'élèves de la garde (lehr};

ii^O régimens de ligne dont les huit derniers numéfXM 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39 et kO forment la réserre des huit corps d* année (à raison d*un régiment par chaque corps d'armée] ;

k sections ou divisions du corps des chasseurs ;

k sections ou divisions du corps des tirailleurs.

Page 1