CHAPITRE PREMIER
DB» PUISSANCES JLBSOXiUBS.
^ntttthutian.
Nous avons dit dans YavertistemaU que le congrès de Vienne avait fixé en 1815 la nouvelle position de TEurope. A cette époque, la France vaincue par une formidable coalition dut expier, par d'immenses sacrifices, vingt-deux ans de gloire et de triomphes.
D'abord les grandes puissances se firent la part du lion. La Pologne passa sous le joug de la Russie; la moitié delà Saxe, la Westpbalie et la rive gauche du Rhin échurent à la Prusse ; la Lombardie et les états vénitiens furent le lot de 1* Autriche; quant à l'Angleterre, elle s'empara de l'Inde entière, et choisit sur le globe les tles, les ports et les colonies le plus à sa convenance.
Elles créèrent ensuite , d'après leur intérêt et leur politique, ou augmentèrent des états secondaires placés sous leur patronage : à la Suède , on confirma la possession de la Norwége ; à la Bavière, on donna le palatinat du Rhin ; à la Sardaigne, la république de Gènes ;
et pour que le nouvel état de choses portât bien le cachet d*u sentiment hostile à la France ; pour que toute l'Europe fût et de meuràt liguée contre cette nation généreuse, le duc de Wellingtc et lord Castelreagh , tous deux unis par une haine ardente pot la liberté dont elle est le foyer, décidèrent le congrès à prendi des mesures continuellement agressives et toujours insultante pour notre pays qu'ils voulaient en quelque sorte placer au ba des nations.
C'est afin de compléter ce système qu'outre la Belgique, ondonn au roi des Pays-Bas deux places de l'ancienne France , Philippe ville et Marienbourg ; à la Prusse, Sarrelouis ; à la Bavière, Lan dau; à l'aristocratie suisse (celle de Bâle], on accorda la démoli 4ion de Huningue; à celle de Genève, on transmit le pays de Gex à la Sardaigne, le reste de la Savoie.
Ainsi fut tracé le réseau qui enveloppait la France de puissance
intéressées à la resserrer et à la contenir dans ce^ étroites limites.
Le cabinet russe laissa faire aux tories tout ce qu'ils avaient mé-
«dite contre la France et la liberté , car il y trouvait un avantag
•dont l'évidence doit frapper tous les yeux.
Déjà, en effet, le czar voyait clairement que les peuples allemand seraient mécontens de la politique, de l'ingratitude de leurs souverains et de leur refus d'accorder les libertés promises en 1813. Ilju geait bien que pour maintenir leur pouvoir absolu, les rois auraien besoin d'appui , et que cet appui ne pouvait venir que de lui , autocrate , vicaire de Dieu, chef suprême de l'état et de la religion, ei non de l'Angleterre, pays constitutionnel. En conséquence, il conçut plus tard le plan de la sainte-alliance, le proposa à l'adoption de set .alHés, et se constitua le protecteur des monarchies despotiques et le xhef de l'aristocratie européenne. C'est ainsi qu'il fit servir à sa .puissance et aux projets de son ambition la politique maladroite iiu'avait inspirée aux tories un s^timent de haine aveugle contre Ja France.
Mais vint la révolution de 1830 , puis celle de la Belgique , puis xelle de la Pologne, puis le refarm-biUj événemens graves qui rétablissaient r honneur de la France et la replaçaient à la tète des Peuples libres.
La Russie, pour ne pas perdre le fruit de nos désastres et des fautes immenses que des passions honteuses avaient entraîné le cabinet
anglais à commelire , chercha à r^rer ce grand échec ei à conserver son influence.
Voyant la iainie-iUliance à demi renversée par le choc de la lérolution de juillet, le czar forma avec la Prusse et l'Autriche la tripU^ oUiancty espèce de diminutif de la formidable coalition de 1815 contre les peuples libres et la civilisation. Par ses liens de famille, ses caresses et les services qu elle lui avait rendus, la Russie sut facilement capter la Prusse ; mais elle eut plus de peine avec l'Autriche, puissance défiante et jalouse. Toutefois, M. de Mettemich, quoiqu'on garde contre les projets de Nicolas sur l'Orient, céda en cette circonstance à la peur que lui inspiraient la révolution française et la crainte de perdre l'Italie.
Ces trois grandes puissances entrahièrent sans peine les trois royaumes secondaires qui roulent dans leur orbite ; la Russie et la Pnisse s'attachèrent facilement le roi de Hollande; l'Autriche se lia plus intimement avec la Bavière et la Sardaigne, et dès ce moment le reste de l'Allemagne se soumit à peu près à l'influence de la politique moscovite. Le Hanovre, qui seul jusqu'à présent avait résisté par sa constitution libérale à l'envahissement des doctrines absolutistes , vient de faire cause commune , par l'avènement au trône du prince Ernest, avec les dominateurs du Nord.
Mais le bill de réforme ayant remplacé les tories par des ministres whigs, ceux-ci interposèrent la puissance de l'Angleterre entre les désirs belliqueux de l'autocrate et la tendance des peuples libres. Par suite de leur intervention, la guerre n'a pas éclaté ; l'Allemagne a pu respirer en repos, et grâce au secours de la France, la Belgique a été délivrée de l'invasion du roi de Hollande.
Tel est encore aujourd'hui Tétai des choses : la tripU-oUiance est sous les armes et nous observe, attendant avec impatieAce que nos fautes ou un événement favorable lui permettent de tourner contre nous ses forces immenses.
La Russie a un quadruple intérêt à provoquer une guerre générale :
!• Elle exercerait ses armées , et les ferait vivre aux dépens de r Allemagne et de la France ;
2* Elle aurait la chance de s'agrandir encore, si la coalition restait nctori^se, aux dépens de ses deux alliés, en repoussant de
nouveau les Praisleng à Touest, et en prenant à i* Autriche quc^uei districts de la Gallicie et de la Transylvanie ;
3^ Elle pourrait étoufier la liberté en Europe de manière à n'avoir plus à traiter qu'avec des gouvememens absolus en lutte ouverte avec leurs peuples ; gouvememens qui ne pourraient existei qu'en s' appuyant sur elle, conséquemment en la laissant libre d'agir i sa volonté, et de donneri'essor à ses projets sur l'Orient ;
Enfin le quatrième intérêt de la Russie consisterait i priver l'Angleterre d'un allié et peut-être i lui substituer un adversaire.
Cet exposé prouverait à lui seul que la Russie est notre ennemii naturelle, quand bien même ses actes et sa conduite depuis six ani ne Tauraient pas démontré suffisamment.
En conséquence nous la mettrons au premier rang des adversaires de la France, et à la tête de la coalition formée par ses soini contre nous.
C'est en raison de la force colossale, delà prépondérance militaire des Russes et de la pressante nécessité de prémunir l'Europ contre eux, que nous entrerons dans quelques détails sur leurs conquêtes depuis trois quarts de siècle, sur leurs interventions en Europe, leurs armées, leur influence morale et politique , enfin su leurs projets ultérieurs.
La Russie, à peine connue il y a un peu plus d'un siècle, touch aujourd'hui à l'Asie, elle est en marche sur Constantinople sous le murs de laquelle nous avons vu camper ses troupes ; elle a cnvoy des armées en Italie; elle a dévoré presque toute la Pologne, elle ; plusieurs points de contact avec l'Allemagne , elle est deux fois plu forte que l'Autriche, quatre fois plus forte que la Prusse; que n pourra-t-elle pas entreprendre contre nous, par exemple , si ell continue ft être, comme en 1815, intimement unie avec la Prusse r Autriche, 1* Allemagne, la Suède, la Hollande, la Sardaigne c toute l'aristocratie européenne I
Après ces réflexions qui nous ont paru nécessaires, nous allon passer en revue l'état et la situation de nos ennemis naturels et politiques.
ARTICLE PREMIER
De ta BiMMile*
Annt de déreloppe» notre pensée sur les projets de la Russie, nous ne pouTons trouver de mefUeur moyen de la Caire piessentir qu'en retraçant rapidement :
D'une part , les empiétemens et les conquêtes de cette puissance depuis un demi siècle ;
De r autre, ses intérvtentions en Europe et ses actes diplomatiques depuis ilki jusqu'en 1836.
Ainsi nous commencerons cet article par la formation de deux taUeaux.
Le premier présentera le relevé détaillé des provinces conquises sur les Polonais, les Pftissiens, les Suédois, les TcÉks et les Tiitars , en Europe seulement.
Le second offrira la série des intetrvenlions des Russes dans les aflbkes européennes , depuis 17^1 où fls débutent en Allemagne , sur les imiatuxs de VAngktem , jusqu'à T^toque où la Russie, par le ooncoutB des tories et l'acte de la sainte^lianoe , est devenue la suienine de l'Europe.
PBBMIKB TABIiBAU.
œNQUÊTES ET ENVAHISSEBŒNS DES RUSSES.
|o Su* te Peteipae *•
En 1667 les Polonais cédèrent aux Russes la partie de la Lithuanie située au-delà du Borysthène et qui forme aujourd'hui les gouvememens de Pultawa et de TschemigofT.
* Veir la Baiêto, U PolopM el Ui Finlande» |wr SetoiUler (Parit, 1836:; oavrafc coDMieacieax auquel noiu v^ons emprunté une partie de ces documeiii.
Les millei rarréf géofraphkiatf, de 15 an degré, font, aai lievet de France, de 9& ta degré, à peu prêt comme 7 est à 4.
U miUe carré dit 49 verttes carrées. 16 verstes carrées font environ une Hase earrée de France.
Une vente carrée fait 104 déciatines 3tiO«
L'étendue de celui de Tschernigoff est de 996 milles carrés géographiques , et sa population de lySOO^OOO âmes.
Celle du gouvernement de Pultawa est de 850 milles carrés géographiques ; elle comprend une population de 1,900,000 âmes.
Après toutes les cessions successivement faites aux princes de la maison de RomanofT, la Pologne possédait, en 1T73, une surface de 13,500 milles carrés géographiques.
Le premier démembrement qui eut lieu en vertu du traité conclu à Saint-Pétersbourg le 5 septembre 1T72, entre la Russie, la Prusse et l'Autriche , livra à la première de ces puissances les palatinats de Mscislawl , de Witebsk , une partie de cdui de Polotsk et la Livonie polonaise ; alors il ne restait plus à la république que 10,000 milles carrés géographiques avec environ 8,000,000 d'ha^ bitans.
De cespalatinats , Catherine II forma, en 1778, les gouvememens de Polotsk et de Mohilew. Réunis en 1796 , ils furent appelés gouvememens de la Russie-Rlanche.
L«ur étendue était de 1,975 milles carrés géographiques , et leur population de 1,800,000 âmes.
Le deuxième partage concerté entre la Prusse et la Russie seulement, eut lieu en 1793 ; i la Russie échut une partie des pahtinats de Wilna, Novogrodek, deRrzek, KiefT, la Yolhynie et la Podolie.
Elle gagna <h,558 milles carrés géographiques et 3,000,000 d'habitans â cette époqw [1793 ], tandis que la Prusse n'obtint que 1,061 milles carrés géographiques et 1,136,000 habitans.
Ce qui restait de l'ancienne Pologne continuait à s'appeler royaume , et renfermait un peu plus de <k,000 milles carrés géographiques avec 3,100,000 habitans.
Les provinces arrachées à la malheureuse Pologne en 1793, formèrent les gouvememens qui suivent :
mUl. cirr. hablUos.
Gouvern. de Minsk, qui renfermait en 1834. 1,832 1,100,000 de Kieff, du palatinat de Kiow. ... 936 1,350,000
de Podolie 738 1,400,000
de Volhynie , en 1815 , après les deuxième et troisième partages. . . 1,300 1,300,000
Le troisième traité de partage a été signé le ^ octobre 1795 entre la Russie , la Prusse et l'Autriche.
Ce dernier démembrement livra à la première de ces puissances tout le reiste de la lithuanie et de la Yolhynie. Elle en forma le gouvernement de Grodno *, contenant en surface 700 milles carrés géographiques et MO,OOOhabitans, et celui deWilna, contenant en surlace 1,781 milles carrésgéographiques et 1 ,200,000 habitans.
De ce qui précède, il résulte qu'il a été enlevé directement i la PoSogne 10,408 miUes carrés géographiques et 11,950,000 âmes.
2"* PIOVINCES DE POLOGNE ÉCHUES A LA PEUSSE, ET DÉlA EEPUSES