‹ La France devant l'Europe Jules MicheletChapitre 3 sur 19 · VI LA GUERRE ACTUELLE EST LA VICTOIRE FUTURE · texte numérisé non relu

VI LA GUERRE ACTUELLE EST LA VICTOIRE FUTURE

vie des bons résultats delà landwehr Allemande, se fait une armée défensive....* Défensive uniquement. Elle lève 500,000 jeunes gens en janvier 71 , pour ajouter aux 700,000 soldats qu'elle a en pleine paix. En tout, douze ou treize cent mille; c'est le chiffre qu'on déclare dans un journal russe quasi-officiel. Mais comme ce journal a servi souvent pour tromper l'Europe , je me fie bien plus aux lettres privées qui parlent d'un grand mouvement général de la Russie, armée, et prête à partir.

Pour aller où ? Qui le sait ? Est-ce pour la faible Turquie, pour une occupation ordinaire du petit pays Valaque? Qui pourrait le croire?

Non, la Russie a repris sa marche vers l'Occident.

Dans sa note du 1 er novembre, le Czar, donnant à la Russie, bien plus qu'à l'Europe même, une ouverture de fanfare, le Czar se proclame quitte du vieux traité de 56, garanti de toute l'Europe. Il fera ce qu'il voudra.

L'Angleterre alors ouvre un œil, lui dit : « C'est un grand soufflet. Ayez au moins la bonté de me dire pourquoi, à une personne tellement inoffensive, vous appliquez ce soufflet. »

« Je vous le dirai dans Londres, » dit le Czar d'un ton très-doux, ajoutant cette plaisanterie : * Que voulezvous ? Cette Turquie, que je vois armée jusqu'aux dents, est devenue si redoutable, qu'à chaque instant je pouvais

DE LA RUSSIE SUR L'ALLEMAGNE. Vit

être attaqué dans la Mer Noire. Que voulez-vous ? j'avais peur ! » *

Où est la France ? Où est l'épée qui dans la guerre de Crimée (de l'aveu d'un illustre lord) sauva les Anglais trois fois ? Aujourd'hui l'Angleterre est seule , et derrière elle, elle voit les corsaires des États-Unis, qui comme d'innombrables mouches , vont harceler et piquer son commerce sur toutes les mers.

Il y a bien une Autriche au monde, qui, l'autre jour, par Benedeck, dit avoir un million d'hommes. Mais Bismarck prend les devants, travaille cet État malade. Sa Diète refuse les fonds pour la guerre, écoute l'incantation magique qui suspend tout. « Le Danube est Allemand : l'Autriche aura le Danube. »

Mais qu'en pense la Russie, les Slaves si nombreux sur ce fleuve? Que fera M. de Bismarck? A combien de gens déjà il a promis ce Danube ?

D'abord il y a mis la Prusse, un Prussien à Bucharest, près des fameuses embouchures. Avant Sadowa, il a dit aux patriotes Allemands : c Vous l'aurez.... C'est Allemagne, i En 4870, il endormit l'Angleterre, lui disant que la Turquie ne bougerait, garderait cette porte du Danube. A la Russie, que disait-il ? Qu'il l'appuyerait dans l'Orient, la Mer Noire? Mais dans cette mer, la grosse question est de savoir qui aura la clef de l'Europe, qui sera le grand portier pour ouvrir, fermer le Danube, pour étouffer l'Allemagne qui veut respirer par là.

Tin LA GUERRE ACTUELLE EST LA VICTOIRE FUTURE

La Russie, en corps de peuple, avec ses levées e* masse, vient se poser aujourd'hui en face de M. de Bis* marck, rappeler leurs conventions.

Cette Russie a bien mérilé. Elle lui a rendu le service que Napoléon III (un simple) lui rendit avant Sadowa. Elle lui a dit: «Allez!... Lancez toute votre Allemagne. Moi, je vous réponds du monde. » Pour mettre à l'aise Bismarck, la Russie a intimidé l'Italie, le Danemark, leur a défendu de bouger.

Maintenant la Russie arrive, réclame. Répondra-t-il au terrible mendiant: « Repassez!... Un autre jour ! »

Ses procédés varient peu. Il mystifia l'Empereur en 1866, l'Angleterre en 70.... La Russie en 71?

Les patriotes Allemands, professeurs et gens de lettres, cette classe si estimable, si savante et si chimérique, qui a imposé tellement son opinion à l'Allemagne, n'ont rien négligé pour alarmer les nations, les avertir qu'ils prétendent un empire universel. De la Hollande à la Suisse, de Copenhague à Bucharest, tout en est, ou en sera. La Courlande, la Livonie, abandonnant la Russie, feront la Baltique allemande. Grande utopie à laquelle (le 26 novembre encore, à l'ouverture de la Diète) ils ont immolé à Bismarck les libertés du pays, bien plus, le deuil et les larmes, les soupirs de l'Allemagne, excédée de sa victoire.

Ces politiques profonds répondent à ceux qui leur

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