LE CODE ET L'ÉPÉE
Voici les estimables Humbert sur la sellette, et j'espère qu’en dépit des précautions DEites nous allons bien nous
amuser. :
Je pense que vous savourez, chers lecteurs, les efforts de la presse gouvernementale pour transporter dans le.
camp conservateur ou nationaliste ce colis d'escrocs,
plutôt embarrassant. Auguste et difficile besogne ! IL
pleut de Madrid une série de dépêches opportunes et singulières, nous représentant la grande Thérèse, sa fille Eve et sa sœur Märie Daurignac, en prières au milieu de livres de messe et de bénitiers, cependant que Frédéric, Emile et Romain crieraient : « Vive le Roi!
vive l'Empereur ! vive Déroulède ! » selon la physionomie
du reporter présent. En outre, le ministère espagnol a donné des ordres pour qu’on ne laisse personne s'approcher d'eux. pi
Cependant, ils reçoivent tout le monde, et ces nourris-
sons de là troisième république ne cessent d’insulter et de déchirer en public la Marianne jacobine qui leur fit des loisirs dorés.
Tant d’ingratitude me dépasse. Elle dépasse aussi la
RL Il est vraisemblable, il est certain
. que la retraite des fugitifs était connue depuis long=
res du chemin de 1 di un
re
al frontière, comment pi que sur
ments nalée ait passé inapercue ! Est- il imissible que, dans une ville comme Madrid, la même cohorte du coffrefaible ait vécu de mai à débonbre. tranquillement, sans se gêner ni solliciter l'attention ? Allons, allons, l'affaire du traître Dreyfus a donné trop de COnHAnCe à nos maîtres.
Ils nous prennent pour des campagnards de. Done. de Cham ou de Granville, avec le mouchoir à carreaux,
loie dont le col dépasse. le panier : « Là, quoué’qu'c’est- -il donc qu’ j'en devions penser, m sieu notre
maire ? ? >
Ilest vraisemblable, il est certain que ce rapatrie-
ment des amis de l'anticlérical Jacquin et de tant d’autres intègres magistrats, est manigancé, ordonné,
réglé depuis longtemps, ainsi qu'un ballet parlemen- | ‘taire et juridique : « Vous direz ceci, vous tairez cela,
nous vous livrons celui-ci, nous vous interdisons celui-
là; déchirez-moi ces photographies, brülez-moi ce paquet de lettres. Ce cadavre nous agrée ; sortez-le. Celui-ci nous effraye ; rentrez-le. On est gentil ? On est sage ? Alors, on aura du bon nanan d'indulgence.
Les agenouillements et les oraisons de ces illustres ë
farceurs font partie de la comédie’un peu grosse, mise en
scène par des doigts épais. Les ordres se déformenten traversant les Pyrénées. C’est de la forte cuisine, de la nu
cuisine à l’ail dans des casseroles mal étamées : « Bah,
c'est bien assez bon pour eux », affirme le subalterne à |
son chef qui l’arrose d'un regard vitreux.
N'oubliez pas d’ailleurs que, dans cette colossale
affaire Humbert, derrière la chambre ardente où se débattent des juges, des présidents de cour, des cambrio-
leurs, des sénateurs et des ministres, derrière ce cloaque
à hermines il y a une pièce réservée, plus obscure et
BE
ar
l'air d un Éd assez détértaité J'aurais encore préféré rencontrer lé vieux garde des sceaux au Coin d'un bois — de justice — plutôt que notre nouveau confrère nationaliste. Non, vraiment, voilà une recrue à laquelle je ne tiens pas du tout. Et je suis persuadé que MM. Le-. maitre, Drumont et Rochefort sont absolument de mon AVIS.
. Or c'est par ce Romain de la décadence. a que les choses, si elles doivent se gâter, se gâteéront. Il n’est pas un doucereux, un malin comme Frédéric Humbert, député aüticlérical de Seine-et-Marne. Il n’a pas la maîtrise de Thérèse Humbert, la dame de pique, sanoble . sœur. C'est sur lui que doivent en cemomentconverger les regards du monde officiel. C’est lui qui doit être le plus recommandé à la sagacité des cuisiniers ambulants sur la voie ferrée de Madrid à Paris — billets d'aller et retour valables pendant huit mois. Si l’anticlérical Jacquin va, comme c’est son devoir d’ancien camarade, attendre ce gentil à la gare d'Orléans, il fera ur de le sermonner. sa | Quoi qu'il advienne, la moralité de cette Étuipée tragicomique apparaît aux yeux les moins clairvoyants, et c'est pourquoi les palinodies à ce sujet de Jaurès le farceur, par exemple, pour ne citer que celui-là, feraient rire ces mouches que tue Pelletan, si elles n Res SUr-. tout enfantines et débiles.
L'affaire Humbert, gasconnäde infamante, € ‘est la dé- | route du mauvais Midi, hâbleur, vantard, bavard et révolutionnaire, qui depuis trente années accapare la. politique française. La lie de la Garonne, violemment remuéé, ést en train d'empoisonner la bouteille. Félicitons-nous d’un scandale qui nous renseigne profondé-. ment sur une des causes de notre avilissement devant. l'Europe et devant notre histoire. HN Vous le connaissez, ce mauvais Midi dont l'anticléri- | calisme est Ja loi, l’antimilitarisme la doctrine, qui se nourrit de mots et se contente de textes, ces mots fus- È
a cam pag e ie tradition nat male, c'est fai ‘ au prernier rang, entonnant
: HEAR au u chant ae
vedi articipent de dite compagnie.
Dans un régime parlementaire tel que le nôtre, ce qu'il à . faut aux vociférateurs de premier plan, c'est ducreux, du or ‘ « se mon 1 bon », cé qu” il faut. aux <ergee
Dans 1 héritage ae — qu'a pillé effrontément . ‘: Ja république tout en ayant l'air de le maudire — il y avait un code et une épéé. Le mauvais Midi a choisi le Code, comme d’un maniement moins dangereux, plus s ose, et il essaye présentement de briser l'épée. Or n'ai pas besoin de vous faire remarquer que l’un ne ignihé rien sans l’autre et que l’idée francaise, l'indestrüctible idée de notre race, serait peu de chose si elle